‹ Nouveau manuel complet du ciseleur contenat la description des procédés de l'art de ciseler et repousser tous les métauxChapitre 30 sur 63 · COMPARAISONS · texte numérisé non relu

COMPARAISONS

Bn analysant les travaux, que Ton affirme être authentiques, des Florentins, il reste bien acquis pour moi qu'ils ne connaissaient pas la ressing. Leurs vases, ceux que j'ai vus et qui sont du xvi e siècle, sont faits « d'une façon qui le prouve suffisamment. Les corps de leurs vases sont établis en deux et trois morceaux, lesquels rentrent les uns dans les autres à l'aide d'un filet ou d'un carré, faisant moulure circulaire, mais n'étant en réalité qu'une bâte déguisée. Le collet est toujours d'un morceau à part, soudé après ciselure de la panse; lequel morceau est posé à peu près de la même manière qu'un couvercle sur sa soupière. Ces artistes se ménageaient ainsi la facilité de s'introduire dans la partie ciselée du vase, et encore faut-il dire qu'ils n'en tiraient pas tout le parti qu'on en pouvait tirer, puisque leurs bas-reliefs sont presque tous pris de par-dessus, en enfoncent les fonds, et que dans plus d'un endroit qui exigeait un haut-relief, tels que tètes de mascarons, trophées, etc., on trouve-souvent une applique.

La conclusion de tout ceci, est que la supériorité de Benvenuto Cellini sur nos orfèvres n'était pas, en réalité, dans les moyens si délicats et si hardis de la préparation du repoussé , mais dans un autre mode du dessin de la forme Renaissance. (Le gothique avait fait son temps), à savoir qu'il tenait de l'école florentine, dont le sublime Michel-Ange devint le chef par l'influence qu'eut l'ampleur et l'énergie de ses œuvres sur ses contemporàins, entre autres Bandinelli, Rosso, Çrimatice, Benvenuto Cellini, etc. *

L'arbre de l'orfèvrerie et de la sculpture existait en France. Les artistes italiens, que la munificence de Ciseleur. 9

François I er attira à sa cour, en ont greffé une branche qui a produit de beaux fruits; mais l'arbre luimême en produisait de beaux aussi plusieurs siècles avant que l'école de Fontainebleau ne fût au monde, seulement le goût était différent.

Voyez au musée des Souverains du Louvre, la statuette de la Vierge, donnée par la reine Jeanne d'Evreux, à l'abbaye Saint-Denis. Ce travail, du xiv e siècle, en dit plus qu'un commentaire écrit sur l'état des procédés à cette époque.

Repoussés moderne. — Figures rondes-bosse. — Moyens comparés à ceux du temps de Benvenuto Cellini.

On repousse de plusieurs manières. La nature de la pièce, ronde-bosse, bas-relief, haut-relief, ouvert© ou fermée, détermine la route à suivre. J'ai quelquefois entendu dire : « Bah! tout chemin mène à Rome.» Défiez-vous de ce genre de proverbe sophistique; en ciselure, il est bien difficile de faire un A avec un Z, voire même avec un B ; il faut prendre un parti, le bien réfléchir, ou Ton ne peut plus répondre des imprévus.

Pour repousser une figure ronde-bosse, il n'y a • qu'une voie, le coquillé. J'ai eu en main du repoussé de la vieille Egypte, des Grecs anciens, du Moyen- • Age, de la Renaissance et des modernes >: tout est coquillé. J'ajouterai même qu'il est impossible de faire autrement. On fait bien quelquefois une sorte de tour de force pour de petites figurines d'une certaine dis- $o$ition, mais ces sortes de tours de force ne peuvent pas s'exécuter sur toutes formes données, ni sur une figure d'un mètre de haut, et encore moins sur de. plus grandes. Nous, modernes, nous coquillons aussi,

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mais les hommes éminents de la ciselure coquillent «Tune façon plus perfectionnée que no* Drédécesseurs. Je puis affirmer que la vieille E^jFpte connaissait, quoique grossièiîement, l'estampage des métaux, et j'ai des raisons de croire que dans l'antiquité^ les Grecs l'ont connu aussi. Le Moj-en-Age ^sfauoapa d'une façon un peu wive j la Renaissance a développé ce moyen, et enfin les modernes l'ont perfectionné. Les uns ont estampé sur relief, comme Caradosso, d'antres ont estampé -dans des creux, mais des creux de dépouilles. Le Jupiter, haut de quatre brasses, de Benvenuto Cellini, fut estampé et préparé par ce dernier moyen. Le torse, moulé en plâtre sur le modèle, avété fait de deux pièces, une partie pour le devant, iune partie pour le dos ; les bras et tes jaccibes le Jïiïent également en deux morceaux; puis ces pïâtees (étant des creuse) fuuent coiflés en îwonze, et les plaques d'argent, battues dans chaque creux, fureitt soudées sur les profils l'une à l'autre, le devant du torse avec le dos, et de môme pour les jambes et les bras. Après soudure, chaque membre, ainsi que le torse et la tète, furent mis en ciment et ciselés séparément, en copiant îa modelure ; puis, cela faît, les membres, le torse et la fôte furent réunis enserribfe au moyen de la soudure. Seulement, dans la préparation, Benvenuto CeUini dit que dans son creux en plâtre, lorsqu'un endroit n'était pas de dépouille, i$ le garnissait de cire ^(pour lui en donner), afin que tout sortît -bien en estampant ses plaques. €0ttQ méthode était la plus rapprochée de la perfection, mai? elle avait un inconvénient grave, c'est qu'elle forjaSt

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la modelure des figures à présenter une disposition de dépouille comme les petites figures antiques en terre cuite ; sans cela, comment arracher la plaque d'argent ou la faire rentrer dans le creux de cuivre où on Festampait au marteau, au maillet, etc. Il n'était pas possible de faire toutes les formes, de rendre tous les mouvements, et il y av^D; un arrêt, l'inexorable dépouille.

Cette difficulté est vaincue aujourd'hui, la dépouille ne nous arrête pas, et voici comment procède l'art moderne :

Supposons qu'on ait à faire en repoussé une figure d'un mouvement quelconque, on la modèle soit en cire, soit en terre, si la figure est grande ; je dirai cependant que si la figure ne dépasse pas 80 centimètres, je préfère la bonne cire à modeler à la terre, par la raison que cette dernière fendille souvent, en été surtout, et qu'en séchant, elle a beaucoup de retrait (environ un huitième). La figure étant modelée, on la moule en plâtre, on répare soigneusement-la figure de plâtre obtenue de ce moulage, laquelle constitue un modèle solide, ne bougeant plus, et sur lequel on peut, sans crainte, mouler, prendre des mesures, et, en dernier lieu, s'en servir, en la copiant, pour terminer le ciselé et la monture. Sur cette figure, nous prenons non des creux en plâtre, mais des creux en pièces réunies dans une chape, comme il est dit pour les creux en cuivre à couler du zinc. Pour un torse, pn fait une partie pour le dos et une partie pour le devant; mais s'il y avait, je suppose, des draperies très-fouillées et non en dépouille, on battrait des pièces comme pour

un bon ceux en plâtre à couler des statues. Chaquç pièce, posée l'une à côté de l'autre, reçoit selon sa grandeur, un, deux, trois ou quatre coups d'outij mir le dos ; ce coup d'outil est ce qu'on nomme un repaire, qui doit avoir à peu près le creux (Punô demi-coquille de noisette; puis, sur l'ensemble du doç de ces pièces, composant la face de la poitrine, par Exemple, on coule un plâtre. Une chape enveloppant le tout, laquelle chape, sorte de cuvette, a pris en relief, en moulant, l'empreinte des coups (repaire) sur le dos des pièces et dont je viens de parler, ce qui permejt de les réunir exactement à leurs places respectives, et cela sans hésitation. Cela fait, on fond en cuivre ce moule de plâtre, on le répare un peu si besoin est. SU est bien venu, on le passe simplement au papier émeri, pour enlever le grenu, et si le grenu de fonte était un peu gros, on y passerait le rifloir. Je supposais moule très-compliqué, et n'étant pas de dépouille : on mettra à chaque pièce du moule un ou deux bouts de filet (vis) ; cette vis doit traverser la chape et la dépasser assez pour qu'à l'aide de petits écrous on puisse serrer la pièce en dessous. De cette façon, toutes les pièces sont solides, et quand on veut recuire, ainsi qu'il serç dit plus loin, on défait les écrous des pièces et on enlève ces dernières exactement comme on démoule une statuette coulée en plâtre, en enlevant les pièces une à une.

Le creux étant établi ainsi qu'il vient d'être dit, j'y bâtis, par précaution, à la main, une feuille de plomb mince, ou à défaut, de* cette sorte de papier d'étain dont on enveloppe le chocolat. Cette feuiHe, retirée du creux et retendue à plat, me donne !a grandeur et la

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forme de la plaque dont j'ai besoin : ee<qui est parfois assez difficile à estimer, vu la multip licité des plis,,etcu Djsons de suite que pj>ur la plaque il vaut toujours mieux avoir plus en .grandeur que de s'exposer £ n'avoir pas assez. Sur tout le tour du creux, et.sursoa épaisseur, on pose, de distance en distance, des petites vis à têtes assez larges et se vissant facilement. Cel* fait, à l'aide du maillet, on donne quelques coups à h plaque approchant la grosse forme, puis on la fixe m le creux en y faisant de petits trous correspondant ai» petites vis du bord, dont je viens de parler; lesquelles vis servent à fixer la plaque sur le creux ; mais, pour commencer, on ne fixe pas la plaque sur tout le tour 4u creux, on ne la fixe que d'un côté : puis ou commence a battre du côté fixé. Un des points important?, c'esjt de ne pas fatiguer le métal, et, pour cela, je recommande les outils de bois durs qui, étant plus tendre? que la majière, sont impuissante à récrouir autant que les marteaux, les ciselets d'acier. Les anciens avaient déjà parfaitement compris cela.

Dans certains endroits qui exigent des soins, il feu* j: aller tout doucettement.

Comme le creux se trouve couvert par la plaque de métal, il n'est pas mauvais d'avoir à côté de soji celui en plâtre qui a servi pour mouler celui* de cuivre, de cette façon, on voit toujours où l'on en est. Je répète qu'il vaut toujours mieux commencer par un "bord (celui du côté vissé), et marcher ainsi à mesure que la matière épouse la forme du creux, un peu plus près du milieu en s'approchant petit à petit; après quoi on remonte le côté opposé jusqu'au bord non vissé du creux, et tout cela progressivement et en re-

cuisant quand le métal se récrouit. La plaque bien amenée partout, doit être alors fixée sur tout le tour du creux au moyen des petites vis, et être battue soigneusement partout, on se sert aussi de oiselet gras et du marteau. Quand le métal adhère, il est bien facile de le reconnaître, il porte, c'est-à-dire que le creux fait enclume dessous, qu'il a communiqué sa forme et qu'il n'en saurait faire davantage. On doit toujours, pour ces sortes d'ouvrages, avoir de bon métal bien doux, parce qu'il se récrouit moins que les métaux trop alliés; j'indiquerai plus loin la manière exacte de les reconnaître, et je n'entre pas pour le moment dans plus de détails. Si la chaleur rouge, ou rose même, amène la dilatation des molécules que le travail a écrasées (récroui) ; si le chauffé au rouge redonne la malléabilité, la ductilité, pourquoi, dans les occasions qui en exigent beaucoup, n'agirait-on pas à rouge comme le forgeron? Car, ciseler, c'est forger, et il me semble qu'on l'ignore ou plutôt qu'on l'oublie trop. ' Quand on veut prendre la disposition d'un creux, si la figure que l'on fait est drapée, on doit, autant que possible, prendre le plus de surface qu'on peut. Si la figure est mi-drapée et nue, on doit réfléchir si l'assemblage des parties à rejoindre, quand tout est ciselé, n'est pas plus favorable entre la draperie et le • nu. Les membres et la tète se font comme il vient d'être dit, et autant que possible de deux morceaux soudés ensemble. Pour la tète, selon sa disposition, les oreilles sont laissées à la partie antérieure (le masque); quelquefois on les fait venir avec la partie postérieure (le derrière de la tête), et la disposition, je le répète,

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peut seule déterminer ,1a préférence. Le cou doit toujours venir avejc la tête. Tous les morceaux, uns fois soudés ensemble, .c'est-à-dire les parties antéiâeiœes avec celles postérieures, constituant soit le tor$e, soit la tête, les bras ou les jambes, doivent, après soudure et dérechage, être remplis de ciment et ciselés chaeuu séparément, c'est beaucoup plus commode pour *mvailler. Vos pièces,une fois mises en ciment: c'est,alor8 que commence la ciselure au ciselet, c'est, comme m. dit, le moment de retrousser ses manches. Si vous aaiez du savoir, du sentiment, de l'acquit, on le verra hten. Je .suppose ici que je ne parle pas à un novice jen;Mt de ciselure, sans cela il faudrait entrer dans une if ouïe de ctétails impuissants même pour tout dire. C'est la pratique seule qui révèle touît. Il vous reste ce. qui ne testait pas à Caradosso, uu modèle. Que la modéture Qjqginal^, U figure 4e plâtre soit.de vous ou tfxm sculpteur, copiez-la, c'est un bon guide; tachez, autant çue px^siUte, d'en reproduire le» qualités et les perfections d'étude ; ^et si vous ayez me originalité dans la £a&on de rendre la ciselure,, vous devez, en raison 4u mjtf > apprécier jusqu'à quel point vnus pouvw, vous .devez aller.

JBar le moyen du moule brisé que je vtens d'indir <ji*er, on peut repousser tous tes mouvements xie la statuaire ; et j'ajoute que les préparations en creux, des repoussés, sont supérieures aux préparations coquillées sur relief.

Dans tous les coquillés, il est toujours extrêmement important de bien repqirer les pièces destinées à être rejointes ensemble, afin qu'en les soudant, elles n'aug-

mentent ni ne diminuent la grosseur, soit d'un bras, soit d'une jambe, etc. On nomme repaires des marques fixes qu'ici l'on fait sur les bords des pièces destinées à être réunies ; lesquelles marques servent à diriger d'une façon exacte, pour l'assemblage de ces mêmes pièces entre elles, lorsqu'on les assemble en les soudant. On repaire ordinairement avec quelques coups de pointe donnés au marteau sur les plaques, ou mieux encore sur le creux.

Dans les choses un peu au-dessous de moyenne grandeur, on fait ordinairement les mains en fondu ; c'est plus prompt, surtout quand les doigts sont détachés les uns des autres ; mais lorsqu'on tient absolument aux tours de force, on coquille les mains de la même manière que tout le reste.

Quant aux moyens de faire tenir en travaillant, sauf l'étau qui aplatirait en serrant, je renvoie aux articles blot, boulet, corde, moyens de faire porter, etc.; c'est à vous, selon ce que vous faites, à choisir le plus favorable, puis tous ceux que vous pourrez ingénier j car, pour être ciseleur, il faut être adroit, patient, hardi, réfléchi, savant dans la forme, avoir assez de jugement, toutes les fois qu'on trouve un moyen supérieur aux règles, pour sauter bravement à pieds joints par-dessus îelles-ci, sans scrupule des devanciers. Le progrès en toute chose ne procède pas autrement.

Préparations des hauts et bas-reliefs sur surface plane et sur surface circulaire, ouverte et fermée.

Les rondes-bosses plaquées et les bas-reliefs se dessinent et peuvent se repousser directement à l'outil, par-derrière, quand la pièce n'est pas fermée. (Voyez repoussé d'église.)

Les bas-reliefs et rondes-bosses plaquées sur fond plat, je veux dire droit, peuvent aussi se repousser dans des creux simples à dépouille, et dans des creux brisés, comme ceux à préparer les statues rondes-bosses- Mais s'il fallait produire un relief quelconque sur une pièce fermée ; la panse d'un vase, par exemple, on dessinerait son sujet sur le vase et on relèverait à la ressing. (Voyez repoussé d'église, ressing.)

Quand on fait quelque chose hors ligne, il est d'habitude d'avoir la modelure de ce que l'on veut repousser, afin de ne pas tâtonner sur le métal, soit la disposition, soit l'effet, le tout en un mot composant le sujet à repousser.

Tout bas ou haut-relief repoussé à l'outil, à la main, sans creux ou sans la ressing, se repousse sur du ciment. (Voyez des ciments à repousser.)

L'un des moyens consiste à prendre un creux en plâtre sur la modelure, et à copier sur le derrière de la pièce ce creux, sur la plaque de métal; on s'aide pour cela îl'une sorte de compas de profondeur,qui n'est autre chose qu'une vis traversant perpendiculairement un morceau de bois peu long, lequel bois se pose horizontalement sur le creux ; puis Ton tourne la vis en la montant, rabaissant pour mesurer jusqu'à ce qu'elle touche les profondeurs que vous voulez mesurer, et l'on frappe sur la plaque, à l'outil, jusqu'à ce qu'on soit exactement à la même profondeur; à la rigueur, on doit cependant tenir un certain compte de l'épaisseur du métal. On fait du reste facilement ces sortes de compas ; afin d'en avoir plusieurs, je les faisais, moi, avec des cartes à jouer dans lesquelles je donnais, au milieu et dans le sens de la longueur, trois ou quatre coups de canif, long de 3 ou 4 centimètres; puis je passais un autre morceau de carte de la largeur d'un centimètre, que j'appointais du bout, entre les coups dont je viens de parler, de façon à faire un entrelas (voyez fig. 18) : je préfère de beaucoup les compas en carte, pour la raison qu'on les modifie à volonté et qu'ils sont de suite faits. Quand le métal se récrouit, on le recuit ; pour cela, il faut sortir de ciment. Et quand on a ses hauteurs (qui, ici, sont des creux) et son dessin exactement relevés', si la pièce vient d'être travaillée, on la recuit encore, on la décape, et on la met cette'fois en ciment, mais le ciment derrière, c'est-à-dire dans le creux que l'on a repoussé. On copie alors sa modelure, tout en ménageant bien sa matière. Dans tout ceci on repousse au ciselet avec

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