DES EXPRESSIONS
v&is encore, je crois la comprendre, mais je ne saurais la décrire.
On cherche la vérité, et on va l'étudier dans les musées, dans les reproductions; mais allez plutôt à la source : la nature fourmille de choses de sentiment, ttras les genres sont dans son grand livre ouvert à tous. Observez, cherchez à rendre vos observations ; totit l'art est là, il en a pour tous les goûts.
Éians un village, je vis, un jour, sur le Bord d'une; mare ou d'un petit étang, une poule à qui Ton avait fait couver des œufs de cane, qu'on avait substitués aux siens. Cette pauvre mère où demi-mère sortait pour la première fois avec sa nombreuse famille, dont elle paraissait ne pouvoir comprendre les allures, les instincts. Mais ce fut bien pis, lorsqu'arrivée au bord de l'eau, la turbulente couvée eut la révélation de sa nature barbotante, et en un instant se mit à nager p aux yeux de la poule éperdue, pauvre mère, qui, avec une vigilance unique, les rappelait, leur criait sans doute : « Voulez -vous-v^nir- ici ! » courait, voletait, mettait les pattes dans l'eau pour aller les chercher, revenait et se désolait. J'en fus ému, et à l'aide de petites pierres, je fis rebrousser chemin aux mutins, et lorsqu'ils furent rendus à la sollicitude de cette tendre mère, je regrettai que le bon Lafontaine ne fût pas là pour me traduire tout ce qu'elle leur avait dit, tout ce que son amour, son étonnement avaient pu lui suggérer d'avis, de tendres appels ou de menaces; mais à défaut de connaissance de son langage, ses gestes, son expression m'en firent bien douter.
Tout cela se résume à dire : cherchez vos expressions dans la nature.
11 est bien sous-entendu que l'expression ne réside pas seulement dans la tranquillité ou la contraction des traits du visage.
. L'attitude d'une mère voilée pleurant sur la tombe de son enfant, est une expression. #
J'entends, à ma manière, qu'il faut chercher l'expression de l'action, dans le caractère de l'attitude d'abord, dans le jeu de la physionomie ensuite, et renforcer le tout par l'harmonie ou le contraste des ac-; cessoires, suivant le sujet.
Dei draperies.
En sculpture, en ciselure , toutes les draperies ont un caractère différent, qui est celui de l'étoffe que Ton veut rëprésenter : ils varient de la laine, à la soie, le coton, la toile de chanvre, de lin, etc., etc., puis encore, en raison des styles. Le grec, le moyen-âge, la renaissance, le Louis XV, etc., drapent d'une façon qui leur est particulière, indépendamment des étoffes, et je parle ici de la manière de grouper les plis. On doit, enraison de'ce que Ton fait, tenir un très-grand compte des temps, des lieux, des diverses natures d'étoffes et des styles. 11 y a aussi à considérer les draperies flottantes, puis celles portant immédiatement sur les nus. les Grecs manequinaient souvent à la draperie mouillée pour mieux faire sentir les dessous.
On doit examiner les rapports ou plutôt les différences qu'il y a entre les draperies d'une même figure : la tunique de lin, par exemple, et le manteau de laine,
En ciselure, c'est l'ébauche à l'outil surtout qui donne la souplesse et la fermeté du pli, le rifloir n'est qu'un auxiliaire. Une draperie bien entendue ne doit
jamais être' traitée sèchement, avec les fonds de plis et les dessus à angles vifs partout; j'en excepte cependant certaines figures de style gothique, lorsqu'on fait des imitations. Quand on reproduit de la gaze, on doit chercher à la rendre légère, et si j'osais, je dirais transparente.
Il ne faut pas croire que Fart de draper soit sans importance : c'est une chose qui demande beaucoup d'étude. La plus grande partie de la majesté d'une figure est quelquefois empruntée à l'ampleur, à la noblesse du drapé. Rachel et beaucoup de comédiens avant elle le savaient bien.
L'un des côtés importants de l'art de la ciselure, c'est d'ennoblir, mais simplement, et ne pas croire qu'on a ennobli, parce qu'on a maniéré de telle ou telle façon, à la grecque ou autrement. La noblesse n'est pas une chose .d'école, mais doit être bien phxr tôt un rapport de convenance avec le sujet. Chaque sujet étant la représentation de faits et de caractère» différents, il est ridicule de vouloir tout gveeguer ; et là surtout est la cause de ce que nous avons peu de çculpture nationale, quoi qu'en disent certains Cliques ou artistes.
Ce qu'il faut à l'artiste, c'est l'espace lib?e, j'entends la liberté d'interpréter son sujet, si celui-ci le permet, en dehors de Y antique influence. Il est bien entendu que ce que je viens de dire ne s'applique plus quand il s'agit de finir ou de réparer un monument ou un objet quelconque qui doit l'être dans te style même dans lequel il a été commencé ou exécuté.
, De la forme.
C'est dans la forme, dans sa disposition, que réside le style. L'exécution de la forme, c'est le modelé. Un ciseleur qui veut arriver à être lui-même, doit modeler ; il n'y a pas de force possible sans cela. Un ciseleur qui ne sait pas modeler, est comme un oiseau sans ailes ; il peut sautiller, mais ne s'élèvera jamais.
En sculpture, forme, style, modelé sont trois synonymes, qui doivent bien moins être une affaire de mode qu'une ressemblance dans les termes de la description avec la nature du sujet.
De* animaux.
Les animaux se traitent de plusieurs manières, et on ne doit rien changer aux animaux héraldiques des blasons, à moins de choses demandées ; on leur ravi-» rait leur cachet d'ancienneté, ce à quoi tiennent 1q plus les particuliers, les cantons, les villes, les provinces, les nations.
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tous les animaux d'invention, sont, suivant la place qu'ils occupent, des choses que Ton peut traiter librement ; ou auxquels on doit conserver le style qui a été donné par la description ou la tradition.
Indépendament des blasons héraldiques, il y a les styles; par exemple, les lions du siècle Louis XIV ont une manière qui leur est propre ; ils sont perruqués à la mode du temps.
Les anciens ont aussi traité les animaux à leur matmère, soit comme race , soit comme parti pris ; on doit en tenir compte , lorsqu'on fait quelque chose correspondant à une époque, à un. pays, le sphinx égyptien, par exemple.
La production moderne est indépendante et tend directement à imiter la nature. Les animaux si variés des Barrye, des Fratin, des Mène, des Rouillard, des Fremiet,etc.,ne sauraient être réparés autrement qu'ils ont été conçus, c'est-à-dire avec ampleur. N'abusez pas du traçoir, ne découpez pas en petites parties de larges masses de poils qui, dans l'intention du sculpteur, ont leur raison d'être ; ne séchez pas où vous touchez. Pas d'abus de fignolages à l'outil, au mat surtout. Laissez à chacun le caractère qu'il a voulu - donner h sa sculpture. Si l'artiste a cherché à, paraître
• sauvage, ne le bichonez pas. Quand vous réparez ces sortes de bronzes, si c'est un modèle, consultez, si vous le pouvez, le sculpteur sur certaines choses qui vous embarrasseraient; ne craignez pas de le déranger un instant, il vous en saura plus gré que d'assommer sa sculpture et de changer son intention ou son effet.
Dans les petits travaux, on abuse des détails; ainsi on répare le poil un à un avec des outils rayés faisant „ ofiice d'un double ou triple traçoir droit ; je ne connais rien de plus laîd, de plus monotone, qu'un chien poilé ainsi. Conservez., au contraire, les grandes et les
• petites différences de l'exécution du modèle. Il n'y a qu'un ignorant qui croit chanter un air en poussant toujours la même note sur le même ton: Conservez la vérité à l'action des muscles, et ne les séchez pas en croyant les rendre plus énergiques. De l'unité toujours, mais ne confondez pas avgc la monotonie.
La plume des ailes d'anges ou des oiseaux ne doit pas être traitée sèchement toujours, avec des traçoirs
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et encore des traçoirs. Le travail de plume doit être produit avec des ciselets rayés, mais grassement. N'abusez pas du réveillé, en croyant donner de la vie : l'abus appauvrit. On nomme réveillé, certains petits coups destinés à rompre la monotonie de la barbe, de la plume, etc., mais qui deviennent eux-mêmes monotones lorsqu'ils sont trop répétés dans la même valeur.
Quand on cisèle de la plume, que Ton a bien ébauché des ailes, on doit, avant de passer l'outil, donner un coup de rifloir doux sur le travers de tous les tords, afin de faire tomber les petites bavures. La plume étant posée comme les écailles de poissons, se recouvrant, on doit commencer par celles de dessous, afin de les coucher les unes sur les autres jusqu'à la dernière de dessus.
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De l'étau* — Des mâchoires de plomb.
L'étau du ciseleur n'est pas à pattes fixes, comme celui du forgeron ; la pointe de sa partie inférieure lui sert de pivot ; au-dessous de la vis, il est fixé à l'établi par des collets qui font l'office de charnière et lui permettent de tourner sur son centre. On rend cette articulation immobile ou mobile, en serrant ou desserrant les vis du collet. On doit mettre sous le pivot de Tétau un corps dur (un morceau de fer de • préférence), de façon qu'il porte bien et soit monté d'aplomb. 11 est bon, lorsqu'on achète un étau, de le choisir haut de mâchoires, de 16 à 20 centimètres à partir de la vis au sommet de ses pinces. Les étaux bas ouvrent moins et ne permettent pas d'y entrer des morceaux un peu gros ou à contours quelquefois gênants.
Il ne faut pas oublier, en plaçant un étau, que le ciseleur, tenant son ciselet de la main gauche, ne doit pas avoir la main devant son jour; il doit avoir le bras droit du côté de la croisée ou de la lumière.
Si vous vous tenez debout, les deux pieds rappro-
chés, sans raideur ni mollesse, et que vous mettiez votre poing fermé sous votre menton, votre coude sera à la hauteur à laquelle devra être posé votre étau; c'est la plus favorable. Il est plus important qu'on ne le pense, qu'un étau ne soit posé ni trop haut, ni trop bas. Que de fatigues* & la ôa de~la- journée^ qui ne viennent souvent que de cette circonstance. Quand le travail est entenaillé (le morceau serré dans l'étau), il rehausse encore, k et quelquefois plus qu'on ne voudrait, car on n'entenaille pas toujours comme on veut, mais comme on peut d'abord, puis ensuite, en raison de la commodité, enfin, eu égard à la très-grande attention qu'on doit toujours avoir de ne pas changer le galbe des pièces en les serrant à faux, ou en les serrant de trop inutilement. En général, la ciselure n'a pas besoin d'une grande force dans les choses ordinaires. Evitez donc de faire comme ces maladroits, qui serrent des statuettes (assez fortes même) dans un étau de quelque puissance, et aplatissent la poitrine, dêcontournent les membres en les soumettant à une pression superflue. Un étau trop haut force pour s'élever, à tenir la colonne vertébrale très-tendue, fait lever les bras et gêne la respiration, ce qui est trèspénible, et, de plus, fatigue considérablement les jambes. On n'est pas assez grand, et on veut se grandir j on se tient sur les pointes des pieds; c'est alors les muscles des mollets (gémeaux, le solaire) qui portent tout le poids du corps, et l'on est bientôt rompu. Règle générale, n'ayez pas votre étau trop haut, ou mettez, au besoin, des planches sous vos pieds.