‹ Nouveau manuel complet du ciseleur contenat la description des procédés de l'art de ciseler et repousser tous les métauxChapitre 45 sur 63 · MACHOIRES DE PLOMB · texte numérisé non relu

MACHOIRES DE PLOMB

N'ayez pas non plus un étau trop bas, vous auriez le dos voûté toute la journée, ou plutôt des journées entières. La tête se fatigue et la poitrine se trouve trop pliée, ce qui, non-seulement n'est pas hygiénique, mais iThs-échinant, pour parler la langue du métier. En écartant les jambes, cela vous fait naturellement tenir plus bas vous-même, mais ce ne peut être qu'une ressource passagère : cette position deviendrait bientôt aussi fatigante que celle que vous voudriez éviter.

La vis^de l'étau doit être graissée de temps en temps : quand eïle est brillante, c'est qu'elle en a besoin. On se sert de saindoux, qu'on introduit dans la boîte de la vis. On doit, pour la conserver, couvrir aussi la vis d'un morceau de cuir, afin d'empêcher le sable de fondeur qui reste à l'intérieur des pièces, de . tomber sur elle, lequel sable, mêlé à la graisse, fait un rodage très-nuisible, puisqu'il use et la vis et le taraud de la boite.

Les mâchoires de plomb.

Les mâchoires de plomb sont trop connues pour avoir besoin de dire qu'elles ont pour but de s'interposer entre la pièce serrée et les mâchoires d'acier de l'étau, afin que ces dernières ne marquent pas leurs dents sur la pièce entaillée. On vend des mâchoires et des moules à les fondre chez tous les gros quincailliers. Si vous les fondez vous-même, ajoutez au plomb un peu de zinc pour qu'elles ne soient pas trop molles. * (Voyez fig. 1.)

On doit à l'étau rifler debout.

Ciseleur. - 18

Pour faire soi-même préparation, la taille la retaille et la trempe des rifloirs.

Il y a beaucoup d'avantage à faire ses rifloirs soimême, et à, leur donner surtout la grosseur et la forme que le travail exige ; et c'est avec raison que généralement on commence les élèves par la préparation et la taille des rifloirs.

Il est important de prendre de bon acier; Facier fondu est moins cher par le bon usage qu'il fait, que les aciers forgés de douteuse provenance.

L'acier doit avoir le grain fin, et en examinant un bout cassé, celui qui se déchire en cassant est plus résistant et a plus de corps que celui qui casse net comme un verre à vitre.

Vous trouverez chez les quincailliers des aciers de toute grosseur, depuis trois millimètres jusqu'à un, deux et trois centimètres carrés et méplats, c'est une affaire de prix proportionels.

Les aciers méplats sont préférables pour rifloirs aux aciers corroyés carrés, cependant on se sert des uns et des autres. 1

Je dois dire que je rejette entièrement l'acier d'Allemagne, dit acier naturel, qui n'est pas assez homogène, et comme en somme ce n'est que de la fonte de fer plus ou moins décarburée, il n'acquiert pas assez de dureté à la trempe et présente souvent des parties à peine aciéré#j. Je le répète, pysnaz 4b frw jwer fondu.

Avant de limer l'acier, quand même il serait neuf et par conséquent n'aurait jamais été trempé, il est bon de le faire recuire un peu, (il est quelquefois récroui). Ce travail consiste à l'introduire un moment dans le feu, jusqu'à ce qu'il soit rouge tendre (rose), puis à le laisser refroidir lentement, couvert de cendre? .çhaijdpg.

Pour chauffer, tremper, détremper l'aciej?, le cl^ bon de bois est toujours préférable au cb^rbpn dp ierre. (Ce dernier contient du soufre.)

La forme des rifloirs se donne à la lime, W ayant bien soin pour les rifloirs à adoucir, pi sont fl'u^fl taille plus fine, de les préparer assez dou* $t 4p pe pas laisser de carrés, ni dçs traits de limp dure. On lès adoucit avec une lime douce et on #eut encore les passer au papier én*eri. Le dégrossi de la fprjn^ se fait en serrant l'acier dans l'étau, mais pour la t$j^ painer, on met un morceau de bois d^p3 l'état; .09 y fait une coche, on tient son acier de la main gajj$# appuyée sur le bois dans la ÇQchp, jft ou 1^*1^*4 satisfaction.

Je ne saurais indiquer toutes les variétés #0 faunes qu'affectent les rifloirs et qu'exige la variété 4e formes du travail. C'est cette dernière qui voup r#p©re9?

dra. Néanmoins, je ferai connaître ici les formes les plus en usage.

Bouts ronds. — Ils ont la forme du bout du doigt appuyé, et non appuyé. .

Langue de chat. — Ainsi appelée à cause de sa ressemblance avec la lapgue de cet animal.

Coutelles. — Ils ont la forme des lames de couteaux, mais à dos rond et épais pour soutenir l'acier.

Haricot. — Cette forme sert dans les têtes de plis et certains fonds; il y a des ciseleurs qui s'en servent beaucoup, d'autres qui ne s'en servent jamais. On en fait beaucoup usage dans les creux.

Bouts relevés. — De toutes les formes rondes et méplates. Les formes ci-dessus servent pour la figure et l'ornement. (Voyez fig. 24.)

On fait encore dans un autre ordre des rifloirs à dresser des plates-bandes, etc >f ce sont des rifloirs plats comme une lime, et que l'on cambre au feu après ou avant la taille ; en laissant, si nécessité est, les deux épaisseurs ou une seulement, non taillées ou taillées, ainsi que cela se fait pour les limes plates.

Il est bien entendu que si l'on avait à dresser l'intérieur d'un cercle par exemple, le rifloir ne saurait être droit dans sa longueur, il ne porterait que sur les bouts, il faudrait donc le cambrer jusqu'à ce qu'il épouse la forme à dresser.

Les rifloirs à dresser des plates-bandes étroites se taillent ordinairement sur l'épaisseur d'acier méplat Que l'on prépare sous un angle en sifflet, ou, si vous aimez mieux, l'angle d'ajustage d\- n cadre carré (45

210 SECTION UIY.

degrés), cette disposition facilite la main à les -tente. Dans ces sortes de rifloirs, la longueur de la tailfà est souvent subordonnée à la difficulté des endroits que Ton a à dresser, 3 à 4 centimètres suffisent ordinairement, à moins de grandes choses; dans cp oas, on cambre une liiùe au feu. Mais si la plate-bande était courte et bornée des deux bouts, (ce qui arrive et souvent) et que votre rifloir fût long de taille, yo>u$ pe pourriez plus alors faire action de va-et-vient pour rifler. Du reste, quaDd on prépare un rifloir pour un, endroit spécial, avant de tailler, essayez bien si Iqk forme fait l'affaire. On se sert beaucoup de ces sortes de rifloirs pour les matrices de fonte et pour les creux . à couler la cristallerie, et comme dans l'un et l'autre travail, les plates-bandes sont en creux (vu l'inver»sion), elles exigent le plus souvent que les rifloirs qui les dresseront ne soient pas plus larges qu'elle?, l'e^ cédant gênerait, détruirait même les bords. [Vouez fig- 23.)

Tout ce que je viens de dire pour les rifloir? à plates-bandes, est également applicable pour les gorges, moulures, mi-joues, baguettes; etc., etc., soif en creux, soit en relief.

Arrivons maintenant à 1$ taille.

On taille les rifloirs avec un ciseau, en les seyr,ant à l'étau, et en faisant porter l'endroit où l'on taUle sut y& coin de plojnb. On a essayé plusieurs petits moyens que l'expérience n'a pas adoptés^ par l'habitude qu£ ton a de se servir de l'étau.

U faut, pour tailler les rifloirs, cinq choses, à sa r

voir : un étau, un coin de plomb, un ciseau, un marteau, une corde longue à peu près de deux mètres et clont les deux bouts sont noués ensemble.

Tout le monde sait ce que c'est qu'un étau* Le coin de plpmb est un coin aigu qui sert à appuyer le rifloi? dessus, & le bien faire porter ( voyez fig. 22). Il doit avoir à peu près 5 centimètres de longueur, 2 & 3 centimètres de largeur et au talon 2 à 3 centimètres d'épaisseur. On plante un clou à tète au milieu du talon, ou mieux encore on y met une petite vis à tête , parce qu'elle tient mieux qu'un clou ; la tête, soit du clou ou de la vis, doit dépasser de i à 2 centimètres. Sa fonction est de porter la corde, ainsi que je le vais dire dans un instant.

Les ciseaux à tailler doivent être d'acier fondu, bien trempés, Us ne doivent pas être trop longs (9 centimètres) de corps, parce qu'ils fouettent (fouetter veut £ire qu'ils vibrent sous le marteau). La tête du ciseau £oit être très-étroite, le coup du marteau porte mieux (d'aplomb).

I/affûtage du ciseau ne doit être ni trop aigu ni trop obtus; obtus n'est pas le mot, mais il se dit pour ]ps ciseaux trop camards. Un ciseau aigu convient çaieux pour tailler les petits rifloirs. On doit les enr trptenir bien affûtés, et s'assurer de temps en temps s'ijs sont bien dans les conditions de dureté suffisante, s'ils ne s'émQussent pas. On fait revenir jaune-paille un ciseau qui s'égrène , parce qu'il est trempé trop sec. (Voyez des outils coupants.) Mais un cigeau qui s'émousse est trop tendre, il n'y a pas d'autre remède

que de le tremper de nouveau et plus dur (plus chaud qu'il ne Ta été).

J'ai connu des ciseleurs qui ont fait usage, et moimême je me suis longtemps servi, de limes à pivot, d'horloger, des limes usées, qui, affûtées en ciseau sur la meule et en diminuant un peu le côté de la tête, sont d'un excellent usage et résistent très-Lien. Mais 1 quand on a du bon acier, et que l'on a l'habitude de x tremper, on fait aussi des ciseaux qui résistent parfaitement.

Le marteau du ciseleur est suffisant pour frapper sur le ciseau. Je dirai même que pour les petits rifloirs, et pour les doux, il ne faut pas frapper fort.

La corde doit être de la grosseur à peu près d'un tuyau de plume à écrire. J'ai dit plus haut, en la nommant, qu'elle devait avoir la longueur de 2 mètres à peu près, les deux bouts noués ensemble.

Quand on est muni de tous ces objets, on s'asseoit ayant à sa gauche son étau, on serre et desserre de la main gauche. On met le coin de plomb sur Fétau, puis l'on serre le corps du rifloir, de manière que le bout à tailler porte bien franchement sur le plomb, la pointe du rifloir surtout ; on passe la corde sur le clou (ou vis) au talon du plomb (voyez le dïssin), et l'on met le pied sur la corde, et si elle est trop longue, nouez-la plus courte. La corde a pour but d'empêcher le coin do plomb de reculer en frappant.

Tout le monde sait aussi ce que c'est qu'une lime, un rifloir n'est pas autre chose.

On doit commencer à tailler, à partir de la pointe

et en venant sur soi; et poser la première taille en biais partout avant de la croiser. Ou appuie le ciseau contre la bavache que le coup précédent vient de faire, et cela jusqu'à la longueur que vous voulez, entre 3 et 4 centimètres ordinairement. On doit apporter son attention à ce que les coups de marteau aient la môme yaleu?, autrement, les coups frappés plus fort relevant davantage la taille, sont un défaut dans un rifloir ; autant que possible, les grains doivent être égaux et réguliers. Nous avons dit qu'on commence de la pointe en venant sur soi, on nomme cela la première ran- • gée ; soignez-la bien, les autres dépendent beaucoup de celle-ci : puis de la pointe, on reprend une rangée à côté de la première, en ayant soin autant que possible de les unir, de façon que ces deux rangées n'aient Fair que d'en faire une seute : cela s'obtient en rentrant l'un de? coins du ciseau dans la première rangée pour procéder à la deuxième, et ainsi de suite pour faire le tour du rifloir, et en remarquant bien qu'il faut frapper un peu plus fort, dans les endroits m peu méplats où le ciseau en prend davantage que su? Vas angles du rifloir.

La seconde taille, celle qui croise la première, ne se fait que lorsqu^ la première est terminée partout ; elle doit avoir la profondeur de l'autre, mais en réalité il f^ut frapper moins fort pour l'obtenir.

On doit éviter que les tailles soient d'équerre avsc les côtés du rifloir, elles doivent être en biais ; regajv dez les limes, et je dis même que cela est plus nécej* saire que dans les limes. Une taille biaise à gauche, l'autre biaise à droite.

214 SECTION XLIY.

Pour mon compte, je n'ai pas de préférence pour commencer la première taille, plutôt à gauche qu'à droite ; je dis cela, parce que je n'ai jamais compris qu'il pût y avoir de la différence, lorsque les tailles sont bien également enfoncées.

Lorsque vous ne connaissez pas encore bien le tempérament de votre ciseau, regardez-le de temps en temps, s'il ne s'émousse pas, s'il n'est pas égrené, s'il n'a pas besoin d'être affûté.

Ne frappez pas trop fort pour les petits rifloirs, je le répète, parce que c'est important ; il y a des ciseleurs qui les coupent par autant de coups de profondeurs inutiles : ces rifloirs cassent au premier engagement, et c'est facile à comprendre quand la trempe y a passé.

On s'explique tout seul que les rifloirs doux ne doivent pas être frappés aussi fort que les durs et que les rifloirs bâtards.

On doit avoir plusieurs ciseaux à tailler, quelquesuns pour les petits rifloirs ne doivent pas être trop .larges ni trop épais d'acier du côté de l'aflûtage, l'épaisseur masque la taille ; puis, ils sont plus longs à affûter.

Bien que la^taille soit une affaire où l'œil joue un grand rôle, c'est aussi beaucoup une chose du toucher; les camarades que j'ai connus, taillant les mieux, le faisaient facilement, l'œil se reposait presque sur le fact de la main, le ciseau s'appuyant contre la bavache du coup précédent, faisait, la régularité des coups de marteaux aidant, de beaux et bons rifloirs ; et ce que je dis

de la main, est si vrai, qu'il m'est arrivé de questionner avec intention des tailleurs de limes, qui me répondaient et me regardaient tout en travaillant.

Evitez que vos rifloirs aient des clairs. On nomme clair les endroits non taillés, des absences quelquefois de un, deux coups de ciseau.

Les rifloirs cambrés, et ceux dits bouts relevés, se taillent droits, puis on les fait rougir au feu, et avec un maillet ' de bois, on les cambre sur un morceau de bois, mis à l'avance dans l'étau ; cela doit se faire vivement, du reste, et n'est pas difficile.

On doit bien éviter, tant qu'un rifloir n'est pas trempé, de le laisser en contact avec les autres ou avec un corps dur quelconque. Il est d'usage, lorsqu'on a * taillé un bout de rifloir (comme on en taille aux deux bouts de l'acier ordinairement), il est d'usage, dis-je, de les envelopper d'un bout de papier, à mesure qu'ils sont faits, et cela pour éviter tout choc qui gâterait la taille. Une autre précaution consiste à mettre une carte ou un petit morceau de papier sur le plomb à l'endroit où porte le rifloir, et cela pour l'empêcher de s'empâter de plomb. Quand le plomb est déformé, on le frappe de quelques bons coups de marteau, et

il revient neuf à l'instant.

Si vous vous servez d'un coin de plomb, comme il a été dit, votre ciseau doit être tenu bien d'aplomb, c'est-à-dire vertical.

On fait des rifloirs très-petits pour les bijoux d'art, où Ton a souvent des figures dont les masques n'ont pas plus de 2 millimètres.

Dans les grosses choses, des statues équestres, par exemple, beaucoup plus grandes que nature, on fait des rifloirs larges de deux doigts ; mais on se sert beaucoup de limes, soit cambrées au feu (et retrempées), comme il a été dit pour' les bouts relovés, soit à Tétat naturel.

La longueur ordinaire des aciers de rifloir est quelque chose comme de 28 à 32 centimètres; les petits sont tenus plus courts.

Lorsque les rifloirs sont usés, qu'ils ne mordent plûs, comme on dit, on les détrempe ; Ton efface bien à la lime les traces de tailles, sans préjudice de tout ce qXii a été dit pour les neufs et leurs préparations, puis on 'les retaille comme s'ils n'avaient jamais été taillés, et on les retrempe. On fait durer quelquefois encore un rifloir qui ne mord plus, en le passant un instant à l'eatu forte et ayant soin de le bien rincer dans l'eati ordinaire avant de s'en servir. *

i • De la trempe des rifloirs.

Faites rougir au feu votre acier, et lorsqu'il est rouge-ceiisc, trempez-le dans l'eau; c'est tout. Il est bien entendu que je parle ici de rifloirs en acier fondu.

Je le répète, le charbon de bois est préférable au charboç de terre. Quand vous avez un acier au feu, snrveillez-le, surtout si vous soufflez le feu, et ne le laissez pas brûler. On bràle un acier quand on le chauffe à blanc longtemps et inutilement. Un acier fondu chauffé à blanc et trempé ainsi, fait une mauvaise trempe. 11 n'est pas beaucoup plus». dur, ainsi

TREMPE DES RIFLOIRS. 217

que quelques savants Font écrit, mais il ira plus de corps, est très-fragile, s'engrène facilement ; ce qui, en rifloir, raie quelquefois le travail; puis, le moins du monde qu'il est engagé à faux, il casse net; s'il tombe, il casse ; si vous appuyez, il casse. Il est certain qu'une chaleur élevée fait une trempe plus dure que trempé au rouge-brun ; mais il ne faut pas exagérer cette chaleur au-delà des limites raisonnables, et il y a de la différence entre chauffer et brûler.

Si vous avez beaucoup d'outils à tremper, ne trempez pas les derniers dans de l'eau trop chaude; renouvelez-la en totalité ou en partie. On voit souvent, dans les ateliers, des rifloirs casser où commence la taille : c'est presque toujours parce qu'ils ont été trempés net juste à l'endroit où ils ont cassé. On ne • doit jamais tremper un rifloir de cette manière : on le doit plonger deux ou trois centimètres plus haut que la taille, puis le relever vivement, jusqu'à ce que l'eau soit à un petit centimètre de la taille, et jusqu'à ce qu'il soit presque refroidi, lui faire sentir l'eau sur la longueur d'un centimètre, en l'abaissant, le relevant. Il est aisé de comprendre que la chaleur qui reste au rifloir fait revenir l'excédant trempé, qui se trouve être remis immédiatement hors de l'eau, et que la séparation entre le trempé et le non trempé a , été considérablement modifiée dans la longueur de ce centimètre, qui est, lui^ moitié trempé, moitié revenu, et que, comme tel, il ne saurait être cassant comme lorsqu'il est trempé sec en deçà, non trempé au-delà d'un millimètre.

Ciseleur. , 19

Si vous trempez au-dessous de la chaleur indiquée, votre outil ne sera pas dur ; pour s'en assurer, on le tàte avec une lime (mais jamais sur les bouts du rifloir) ; s'il se lime, il faut le retremper, et plus chaud que vous ne l'aviez fait.

Tous les aciers ne prennent pas également la trempe à la même chaleur, c'est pour cela encore que je recommande les aciers foùdus. Les petits rifloirsse trempent de la même manière que les autres; on doit, bien plus encore que pour les gros, éviter de les brûler. Quand ils sont très«-petits, on peut les chauffer, les rougir sur une lampe à l'esprit-de-vin. On doit aussi avoir soin que l'eau ne soit pas trop distante du feu, pour que l'acier n'ait pas le temps de refroidir dans le trajet.

Les trempes à l'huile sont plus tendres que les trempes à l'eau, et ne conviennent pas pour rifloir, où la dureté est une qualité essentielle. Pour les rifloirs à faire les matrices de fonte de fer dures, la trempe au mercure donne plus de dureté que celle à l'eau, mais généralement l'eau ordinaire est suffisante. 11 est bien entendu, ainsi que je l'ai dit en commençant, que je parle ici trempe d'acier fondu et rifloir * seulement.

Que toutes les précautions que je viens d'énumérer ne vous semblent pas futiles : le travail est un combat dont l'outil est l'arme, et il est important que l'arme ne s'émousse ni ne se brise dans vos mains. Un mauvais outil, dans les ateliers, est nommé dédaigneusement : un clou, une pioche.

Des outils dits de chic ; moyens de les faire

soi-même*

Les outils dits de chic sont des oiselets qui tantôt se traînent à la façon des niâtes, mais le plus souvent se frappent net. Dans les figures fondues, on se sert d'outils de chic pour frapper la différence des cottesde-mailles par exemple. On a quelquefois en cette occasion deux ou trois outils, l'un fait la maille, le second l'entre-deux (de la maille), un troisième sert à la border. L f ôutilde chic est presque toujours un outil fait exprès pour Fendroit où Ton comprend sa nécessité : il y a des ciseleurs très -adroits pour faire et poser ces sortes d'outils. L'on s'en sert beaucoup pour les imitations de choses nature, pour la peau de serpent, alors que celui-ci est bien préparé, ébauché. On se fait deux ou trois grosseurs d'outils faisant l'écaillé en creux du serpent, et on les imprime écaille par écaille en commençant par la queue, parce que les écailles viennent ainsi se recouvrir, ce qui n'aurait pas lieu si vous commenciez parle côté de la tête ^i).

(i) Yoyw les marteaux des portes de la Monnaie, à Paris.

On fabrique ainsi des outils qui font toutes les différentes espèces de poils d'animaux, des sortes de traçoirs, puis au travail on additionne quelques coups par-ci, par-là, et on modifie ce que Ton trouve être de trop.

On fait aussi avec plusieurs outils les peaux de grenouilles, de crapauds, les carapaces d'écrevisses, de homards, les crabes, les petits lézards ; les légumes faisant boutons de couvercle ou d'ornements d'orfèvrerie de table, repoussés et fondus, certains coups dans des fleurs, fruits, les écailles de truites, brochets, etc., etc., qui, d'ordinaire dans les grands services,sont sur le couvercle des plats et servent en même temps que d'ornement à indiquer la nature des mets, par des poissons d'argent, du gibier, etc., etc., tout cela ciselé le plus souvent avec des outils do chic.

Presque tous les outils d'imitation exigent beau* coup d'observations pour les faire, et une certaine adresse d'expérience pour les bien poser, il y en a, je le répète encore une fois, qu'il faut traîner, d'autres imprimer seulement.

Généralement, pour faire ces sortes d'outils, il faut procéder par la voie du tâtonnement.

Dans certaines occasions, si l'on a un modèle assez lésistant, on prend une empreinte avec de la cire, en ayant soin de la mouiller un peu au préalable pour qu'elle n'attache pas. Sur des choses molles, telles que des fleurs ou des poissons (nature), je coulais un peu de plâtre qui me faisait un petit creux que j'examinais attentivement, et dont je copiais sur un acier d'outil

Page 1