‹ Nouveau manuel complet du ciseleur contenat la description des procédés de l'art de ciseler et repousser tous les métauxChapitre 6 sur 63 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

de ravissantes petites choses repoussées sur des fonds de montres, des tabatières, des boîtes à portraits, des bonbonnières, des cassolettes, des branches d'éventails, etc., etc., sur métal unique et sur des ors de couleurs. J'ai eu en main de charmants petits basreliefs repoussés par Thomas Germain, ciselés avec une grande délicatesse, et un savoir coquet qu'on ne rencontre à aucune époque.Ce genre d'ornement, malgré certains côtés gracieux qui le soutiennent encore de nos jours, fat alors appliqué sans discernement à tout, à l'architecture, à la sculpture, au dessin, àrl'orfèvrerie, etc.; tout fut traité sur le même ton, portes cochères, tabernac^s d'églises, chandeliers, pendules, bassins, vases, meubles, fontaines, bijoux, ostensoirs, M canapé et baldaquins, tout présenta le même caractère, sans tenir aucun compte des différentes destinations des objets. C'est cependant de ce règne que date véritablement la fabrication du bronze en France, par la quantité d'ornements en cuivre doré qui furent ciselés pour meubles,- pendules, montures de porcelaines, etc. Le Louis XVI fut un petit style de transition, qui cherchait à se produire, lorsque la révolution de 89 éclata.

On lit bien peu de ciselure sous la première république. Les femmes, comme les Spartiates d'autrefois, apportèrent leurs bijoux sur l'autel de la patrie. Le luxe n'était pas à l'ordre du jour. L'or, l'argent étaient si rares, qu'il fallut les remplacer par du papier et qu'on fut obligé de fondre les cloches des églises pour faire des sous. La ciselure n'ayant plus ni matière, ni clients , se vit contrainte de faire des poignées de

sabres et de graver sur les lames les légendes révolutionnaires. Peu à peu les enrôlements volontaires, la conscription, entraînèrent sur les champs de bataille, la plus grande partie des orfèvres et des ciseleurs, et rEmpire, avec ses levées extraordinaires, acheva de réduire le nombre des jeunes élèves qui cultivaient encore cet art. C'est à cette cause, et surtout au mau- . vais goût emprunté alors des anciens romains, qu'est due la faiblesse générale des produits de ciselures sous le premier Empire.

Des effets naturels et de l'influence de l'école littéraire dite romantique, sur la ciselure.

Si Ton veut bien consulter les ciselures anciennes, on conviendra aisément que les effets naturels dans le bronze, l'argent et les autres métaux, sont un des caractères de l'école moderne et datent de i 830, de la révolution littéraire, dite romantique, qui a eu lieu à cette époque, et sont dus à son influence. J'ai étudié avec beaucoup d'attention tout ce que nous possédons de l'art égyptien, de l'art grec et même de l'art florentin^ de son invasion en France au siècle de François I er ; j'ai examiné avec attention ces produits du siècle de Louis XIV, tout ce que. j'ai pu voir de l'époque Louis XV, et j'ai même été placé un instant dans une situation propre à bien voir et observer, puisque le patron chez lequel je travaillais était le successeur direct de l'orfèvre de Louis XV; modèles, dessins, tout était là. Puis les choses faites sous l'Empire en style romain , et le rococo des objets produits sous * Louis XVIII et Charles X, ont fait apprécier davantage la transition brusque qui a séparé l'ancienne de la nouvelle école. (Voyez les lions de Barye aux Tuileries.)

C'est ainsi que de larges effets naturels ont été substitués aux systèmes de sculptures posant et n'agissant pas, et qu'on s'est proposé pour but, la vie rem* plaçant les expressions de convention, et enfin la science arrivant avec le sentiment plus vrai de la nature. Ce but a même été poussé si loin dans la ciselure des métaux, que certains accessoires des coquilles, des crabes , des écrevisses, des poissons , des lézards, etc., ont été moulés en plâtre ou directement sur la nature môme par les fondeurs, et que certains mates traditionnels à faire les cheveux, que les outils à frapper les yeux, les ongles, etc., a été réformé comme étant frappé* de rococo. L'orfèvrerie a suivi le bronze* dans la voie nouvelle qu'il s'est ouverte, sauf les orfèvres églisiers qui persévèrent encore longtemps à suivre les vieux sentiers battus. La révolution de l'orfèvrerie d'église est enfin arrivée aussi; mais en suivant une autre voie, c'est-à-dire en revenant aux belles traditions des xn e et xiu e siècles. Ce fut M. Lôoû €ahier, mon patron, qui la commença, qui fit les premières pièces émaillées et filigranées; un des beaux morceaux qui soit sorti de chez lui, et qui ait été exécuté sous sa direction; a été la châsse de la sainte Tunique qui est à Argenteuil, près Paris.

Une fois la voie ouverte, l'émulation s'empara des esprits, la lutte s'ouvrit aussitôt entra les deux écoles, et de même qu'en littérature il y eut bien des résignées. Mais le public, par son accueil aux nouveaux produits, fit bientôt capituler tes récalcitrante; dans le commerce, il est d'usage de ne pas mettre son opinion dans un autre camp que sa bourse.

Page 1