COLORIS DE L’'HISTOIRE NATURELLE
De tous les genres de coloris, celui qui concerne l’histoire naturelle est le plus varié et sans contredit
. le plus difficile. Que de soins, que d’attention et quelle 3 expérience ne faut-il pas pour rendre exactement tous ces détails minutieux, auxquels, avec raison, le natura- | liste attache une si grande importance! On est forcé de le reconnaître ici, peu de coloristes s’occupent spécialement de cette branche intéressante de nos arts : quelle en est la cause? doit-on l’attribuer à l’absence du goût ou des connaissances nécessaires ? je ne le crois pas : la grande quantité de travaux que cette partie a dû pro-
. curer depuis vingt ans, était bien capable d'imprimer « à l'exécution de ce travail un progrès sensible. D'où vient donc que cet art est resté presque stationnaire ;
à quoi faut-il s’en prendre ? Nous n’hésilerons pas à le dire, c’est à la modicité des prix ; certes, si les travaux qu’on fait exécuter à Paris n’étaient pas mieux payés à Londres, l'Angleterre, quoi qu’on en puisse dire , ne nous offrirait pas des ouvrages supérieurs aux nôtres,
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et je soutiens que nous pourrons égaler nos. voisine d'outre-mer ou d’outre-Rhin, dès l'instant où celua qui aura le goût du coloris de l’histoire naturelle, ‘ eroira pouvoir trouver, en s’y livrant , un état assuré? et surtout un salaire raisonnable. On ne saurait dis: convenir que le genre que nous traitons ne demandé une grande patience, de la vérité dans les tons , de I pureté dans l’exécution, et une extrême précision dant une infinité de petits détails essentiels, auxquels Id coloriste ne peut se soustraire sans défigurer en quel que sorte l'individu qu’il est chargé de représenter: Eh bien ? combien lui donnera-t-on pour couvrir, ref toucher, colorier, ou, pour mieux dire, copier exacte ment une planche de cinq à six insectes , exécutés pa! un peintre habile, et dont les pattes, les palpes, et soui vent les poils exigeront tant de soins ? vingt-cinq ceni times environ. Peut-il, de bonne foi, quelles que soient son habileté et son expérience, trouver là un encou: ragement à poursuivre la carrière où le portaient son goût et son espoir ?
Qu’en résulte-t-il ? celui-là qui se livrait par pen4 chant au coloris de l’histoire naturelle, le délaisse: pour en choisir un moins relevé , celui de l'imagerie: par exemple, ou de la carte.
‘Vous vous étonnez, parce que ce genre est-plus ma payé encore; mais si le prix est plus bas, l’exécutior en est plus facile, partant, plus prompte, plus expé: ditive, et le coloriste qui peut gagner autant et mêmi davantage en se donnant moins de peine, n’hésiteri
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. pas dans son choix; d’ailleurs l’éditeur d’imageries sera toujours satisfait, et il n’en sera pas de même de celui qui risque une partie de sa fortune pour faire paraître un grand et bet ouvrage. De là naîtront encore pour le coloriste des dégoûts qu’il n’aura pas la patience de surmonter, parce que son intérêt ne l’y excitera pas. Cependant, je le répète, le talent ne manque pas, - encore moins les dispositions. Les nombreux élèves, formés par les Vanspandouk, les Redouté, les Van- . dael, et ceux qui se forment encore chaque j jour à l’é- ! cole de ces maîtres si distingués , sont là pour donner
un éclatant démenti à ceux qui viennent nous dire qu’on
ne peut mieux faire, qu’on ne peut imiter les étrangers,
| 0 "importe à quel prix. Mais direz-vous, ces élèves que
vous nous annoncez, ne veulent pas colorier ; il en est,
sans doute, que leur fortune met au-dessus d’un salaire; mais combien de personnes estimables se feraient un plaisir de se livrer à cet art, si elles y trouvaient un juste dédommagement, et si dès l’abord elles n°étaient rebutées par l’énormité du travail comparé à son produit. Que ce mal cesse, les progrès seront rapides,
“ét les sujets capables ne manqueront pas.
Il est certain que l’histoire naturelle doit être pour
le coloriste un genre spécial; nul doute que s’il l’abandonne à tout propos pour des ouvrages qui n’exigent “aucun talent; s’il né s’en occupe, pour aïnsi dire, qu’ac-
"cidentellement, il n’acquerra jamais assez d'habitude
et de précision pour arriver à une perfection désirable. Nous engageons donc les personnes qui se sont déjà
livrées à cette partie , et celles qui s’y sentent porté! par inclination, à s’en occuper avec persévérance,, à ne pas se laisser rebuter par les obstacles; elles ob tiendront ainsi dans ce genre une espèce de renomm qui les fera rechercher. Leurs ouvrages comparés d’autres, étant alors plus estimés , devront aussi rec voir un plus haut prix, car la France est amie des pa grès, et le goût du beau y domine, plus peut-être qn partout ailleurs.
On me pardonnera sans doute cette digression; j! pensé qu’elle ne pouvait être de trop dans cet ouvrag surtout à l’occasion de sa partie la plus intéressar peut-être , puisqu’à elle seule elle renferme tant d’o: jets divers, dont la retouche demande un talent a: quis, pour satisfaire enfin aux exigences raisonnabl des raturalistes et des connaisseurs. N’imitons pas d esprits prévenus, et, plus confiants dans les arts, pes suadons-nous que celui du coloriste n’est pas resté arrière , et que ses progrès seront visibles et certain: le jour où il sera justement encouragé. Je viens: mon sujet. Ne donner sur l’histoire naturelle que di idées générales , serait sans doute manquer le but qu se propose ici; mais comme dans chaque branche : cette partie, les objets de même nature, quoiqu’offra: les mêmes caractères, varient à l'infini de couleur et« nuances, on sent qu’au milieu des milliers d’exempl! divers qui se présenteront à notre imagination , not ne pourrons que faire un choix bien restreint; € moins, nous Lâcherons de le rendre aussi utile que poi