DIRECTION ET DIVISION DU TRAVAIL DANS UN ATELIER DE COLORISTE
Les ouvrages de coloris étant très-peu payés ; tous les moyens d'économie dans J’exécution doivent être employés, et nous croyons utile de donner à ce suje? quelques conseils, fruits de la pratique et de l’expérience.
Le chef d’un atelier où il se fait beaucoup de tra+ vaux , doit connaître la capacité de chacune des per: sonnes qu’il occupe, et surtout son activité dans l’exés cution. Si par exemple on lui confie un nombre plu: ou moins considérable d'épreuves d’une même planche! il devra faire, d’après le modèle qui lui sera donnét autant de modèles particuliers qu'il y a de couleun principales ; et, plaçant ses ouvriers ou enlumineuse à une même table, il les rangera par ordre d’habi leté. Si le rouge est la couleur dominante, il le fer: faire par l’enlumineuse la plus vive; si la couleur ] plus forte est ensuite le bleu , il en chargera celle qu fait le plus vite après la première, et ainsi de suit en continuant le rapport entre la qualité du coloris : faire et l'habileté des coloristes. Chacune d'elles devant les yeux le modèle de la couleur qu’elle do: employer.
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La première ayant fait le rouge sur une feuille, la passe à la seconde , qui y fait le bleu; la seconde la passe à la troisième, qui ÿ fait le jaune, et ainsi de suite. Une première tournée étant terminée, on peut la recommencer pour l’emploi d’autres couleurs.
Cette marche est surtout avantageuse pour les ouvrages courants, comme l’enluminure des images el celle des cartes géographiques ; elle peut être prati= quée par des ouvrières à la journée, que lon surveillera.
Dans presque tous les autres cas, on à de l’avantage à faire faire le coloris à la tâche, surtout quand il s’agit de travaux soignés , qui exigent beaucoup de temps et une spécialité de talent. ii
Quand les coloristes quittent le travail, il faut avoir le plus grand soin de faire laver les pinceaux, couvrir et enfermer les couleurs , et ne pas laisser les gravures exposées au soleil ni à la poussière.
Avant de rendre une série de planches coloriées , il est important de les vérifier, et de s'assurer qu’il ny a point eu d’omission ni d'erreur; il faut aussi enlever les taches qui se trouvent souvent sur les marges. Nous avons indiqué les divers procédés pour les faire disparaître soit par le grattage, soit par le lavage. |
Quand toutes ces opérations sont faites, il sera bon de mettre les feuilles en presse, entre deux cartons épais, ou mieux entre deux planches, afin de les dé-
friper, et aussi de faire disparaître le godage mt aurait pu être fait par les grandes teintes. |
En général, l’ordre et la propreté sont indispensables dans l’atelier du coloriste : c’est un premier: moyen d'économie et un préservatif contre les pen de temps. |
SERA de L’encollage et manière de faire sécher les épreuves.
La manière d'employer l’encollage est assez simple, comme on va voir. Lorsqu'il est entièrement refroidi, on l’étend sur le papier avec la brosse plate, appelée: blaireau ; il faut avoir soin de la passer régulièrement sur toutes les parties à colorier, afin qu’elles soient imbibées également, et que le trop mouillé ne fasse pas de rigoles. Ily a des coloristes qui trempent les feuilles dans l’encollage et les jettent ensuite sur une: corde tendue à cet effet. Alors, lorsqu'elles ne sont plus: qu’un peu humides, elles les enlèvent et les mettent em presse pour faire disparaître la marque qu’elles for ment en se repliant sur elles-mêmes. Cette méthode, qui est la plus usitée, a beaucoup d’inconvénients : d’abord, en trempant les épreuves, on court risque d’em déchirer, et ensuite il est presqu’impossible de faire disparaître totalement ce plitracé par la corde au mi-lieu de chacune d'elles, surtout si le papier est fort.
D’autres personnes, après les avoir ainsi trempées, . les étalent sur une couverture étendue sur le plancher. .
mais alors, il faut un emplacement considérable, et le papier se contourne tellement en séchant, qu’il est très-difficile de travailler dessus. Voici donc la manière d’encoller et celle de faire sécher, qui nous ont paru les meilleures et qui sont maintenant adoptées dans toutes les maisons où l’on traite le coloris en grand.
La personne chargée d’encoller place devant elle, sur une table très-propre, un paquet de cinquante feuilles environ , puis avec une brosse plate de 6 à 7 centimèt. (2 à 3 pouces)de large, pour les formats in-89 et in-49, et de 13 à 16 centimètres (5 à G pouces) pour les grands formats, elle couvre la première feuille d’encollage. Il faut éviter autant que possible de pas- * ser la brosse plusieurs fois au même endroit, ce qui fatiguerait le papier. Cette première épreuve encollée, on l’enlève avec soin, et on la met un peu plus loin; puis on encolle la seconde, que l’on pose sur la première, et ainsi de suite des autres. Quand les cinquante feuilles sont encollées, on les laisse s’imbiber ensemble. On prend un second paquet de pareil volume, dont on forme uh nouveau tas; on recommence ainsi le même travail sans discontinuer. On observera, néanmoins, qu'il ne faut pas laisser plus d’une heure le premier paquet sans le mettre au séchage; car, à la longue, les feuilles mouillées finiraient par se coller entre elles, et l’on risquerait d’en perdre beaucoup en cherchant à les séparer.
Passons maintenant au séchage, La manière que
nous allons indiquer est d’autant préférable à toute: autre, qu’on peut, en une nuit et dans un espace de 4 mètre (3 pieds) carré, faire sécher deux ou trois: mille épreuves. À cet effet, il faut se procurer un cer tain nombre de feuilles de carton de pâte de 2 millimètres (4 ligne) environ d'épaisseur. La quantité varie selon le nombre d’épreuves qu’on se proposa: d’encoller. Quant à leur grandeur, le mieux est de les prendre format colombier, parce qu’il en contiendra! davantage, et que la pile s’élevant moins, l’on éprouvera: moins de peine à la charger, comme nous l’expliquerons plus bas. Il faudra, avant de s’en servir, les border avec du parchemin, et les recouvrir de papier blanc, afin qu’ils ne tachent point les feuilles qu’ils doivent recevoir. On se procurera aussi deux ais de la dimension des cartons, et même un peu plus grands (on appelle ainsi plusieurs planches de sapin réunies, aux deux extrémités, par des tenons en chêne). Om placera un de ces ais sur deux forts trétaux de 14 dé. cimètres (15 pouces) de haut, et sur cet ais, un des cartons désignés ci-dessus. Puis on prendra le pre mier paquet d'épreuves encollées , lequel sera resté: trois quarts d’heure environ à s’imbiber. On enlevera: avec soin la première feuille pour la posér sur le carton, puis la seconde, qu’on placera à côté de celle-ci, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il soit tout couvert. Om prendra après un second carton qui servira à recouvrir ce premier lit d’épreuves, et à en recevoir um second. On procédera de même pour les autres tas, jus--
qu’à ce que le travail soit complet; après quoi on posera le second ais, qu’on chargera de deux ou trois gros pavés , pesant 12 à 15 kilog. (25 à 30 livres) chaque, et on laissera le tout en cet état pendant huit ou dix heures. Ce temps expiré, on ôtera les payës et on re tirera les feuilles sur lesquelles on pourra travailler aussitôt, car elles seront aussi sèches, aussi propres et aussi unies que si elles avaient été satinées. Cette méthode a l'avantage d’encoller les épreuves d’une manière parfaitement égale, de sorte que les teintes se fondent très-bien,