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L'ART DU COLORISTE

$ I. — Couleurs blanches.

Ün grand nombre de substances sont susceptibles de fournir des couleurs blanches; quelques-unes seulement peuvent être employées avec avantage dans l’art du coloriste : elles ont toutes l'inconvénient de couvris ce qui tient à leur opacité ou défaut de transparence.

Blanc de Plomb, Céruse, Blanc d'argent:

Sous-Carbonate de Plomb.

Le blanc de plomb est connu par les chimistes sous le nom de sous-carbonate de plomb. Ce produit, que l’on trouve dans le commerce, est en masse plus ov moins volumineuse, il doit être blanc, doux au tou: cher, sans saveur et insoluble dans l’eau. Souvent on le rencontre mêlé avec des matières étrangères telle: que de la craie, de la terre de pipe, du sulfate de ba-

ryte ou du sulfate de plomb. Pour reconnaître la pré: sence de ces corps, il suffit de faire bouillir une petite

quantité de céruse avec de la potasse caustique en so— lution dans l’eau, qui doit dissoudre entièrement le blanc de plomb s’il est pur. Dans le cas contraire, le . résidu insoluble , inattaquable par la solution alcaline, étant lavé, séché et pesé, indiquera la proportion À matières étrangères que la fraude y a fait introduire. De toutes les couleurs, le blanc est sans contredit celle qui est le plus fréquemment employée, et qui présente de graves difficultés lorsque l’on fait usage du blanc de plomb du commerce , à moins de s’adresser dans les fabriques déjà citées dans le cours de cet ouyrage, et qui, à plus d’un égard, méritent la réputation dont elles jouissent. La difficulté que présente le broiement des couleurs nous a déterminés à donner leur préparation à l’état de pâte et dans un degré de division extrême et que les moyens mécaniques ne sauraient atteindre. Pour obtenir le blane de plomb à l’état de pâte, il faut dissoudre dans un litre d’eau 45 grammes ( 12 gros } d’acétate de plomb (sel de Saturne), verser cette solution dans un vase de la capacité de quatre litres. On prépare ensuite une solution de 35 grammes ( 9 gros) de sous-carbonale de soude (sel de soude en eristaux, cristaux de soude ) dans un litre d’eau. Cette dernière solution est ensuite versée lentement et en remuant dans la première. Il se produit alors une vive effervescence qui pourrait entraîner une portion du liquide au-dehors si l’on versait en une seule fois la dissolution de sous-carbonate de soude. Il se forme un précipité blanc que l’on laisse déposer au fond du

vase pour décanter le liquide qui le surnage. Ce pré-

cipité est ensuite lavé cinq à six fois avec de l’eau, ou

miéux jusqu’à ce qu’à ce qu’elle n’ait plus de saveur.

Pour le dernier lavage on fait dissoudre 15 grammes } ( une demi-once ) de gomme arabique dans quatre?

litres d’eau; on y délaie le précipité , et on laisse re—. poser pendant plusieurs jours, puis on décante le li=: quide surnageant, et la pâte est conservée dans un: vase bouché. Pour s’en servir, il faut en mettre dans: un godet et l’étendre de plus ou moins d’eau, suivanti l'usage que l’on veut en faire. Le blanc de plomb ayant la propriété de noircir par la présence du soufre, om doit éviter de le mélanger avec les couleurs qui on# cette substance pour partie constituante ; tels sont le: sulfure d’arsenic ( orpin }, le sulfure de mercure ( ver= millon ). On peut lui substituer le blanc de zinc qui ne présente pas cet inconvénient.

Blancs de Plomb que l’on rencontre dans le Commerce;

On les désigne sous les noms de b/anc de Krems de blanc d’ardoise, de blanc de perle, de blanc d’argent , de céruse de Clichy, ete. ‘

Le blanc de Krems est ordinairement en petites ta: blettes carrées ; on le tirait autrefois de la Haute-Au« triche; mais aujourd’hui, celui fabriqué en France est même reconnu d’une qualité supérieure. Celui di Krems contient toujours une certaine quantité de sous:

= di

acétate de bismuth, substance d’autant plus nuisible qu’elle est plus altérable à la lumière.

. Le blanc d’srdoise est d’une qualité plus commune, et contient souvent des particules de plomb métallique ; il est livré dans le commerce sous la forme de petites écailles dures et très-difficiles à réduire en poudre. :

Le blanc de perle ne diffère du blanc d'argent que par une petite quantité de bleu de Prusse que l’on ÿ a introduit.

Le blanc d'argent, ou blanc léger , ne doit sa supériorité qu’aux soins apportés lors de sa fabrication ; mais nous recommandons spécialement la préparation du blanc en pâte que nous avons indiqué au commencement de ce chapitre.

Blanc de Zinc.

Sous-Carbonaie de Zine.

Le sous-carbonate de zinc est d’un beau blanc, il est léger , il ne couvre pas trop, ayant plus de transparence que celui de plomb ; il ne possède pas , comme ce dernier , la propriété de noireir lorsqu'on le mélange soit avec l’orpin, soit avec le vermillon. On peut l’obtenir de la même manière que le blanc de plomb en versant une solution de 61 grammes (2 onces) de souscarbonate de soude faite avec un litre d’eau dars une autre solution de 64 grammes (2 onces } sulfate de zinc

sb =

dans an litre d’eau, en observant , comme nous l’avons: déjà indiqué , de.ne point verser en une seule fois la: solution de soude. Le précipité qui se forme est ensuite: javé par décantation cinq à six fois, puis mis à égoutter sur une toile. Lorsqu'il a acquis assez de consistance, on le conserve en pâte que l’on gomme au moment des l’employer.

$ 2. — Couleurs jaunes.

Les matières colorantes, susceptibles de fournir le jaune, se trouvent dans les substances minérales, végétales et animales ; elles sont en très-grand nombre: Nous n’examinerons que les principales.

Jaune paille.

Chrômate de Zinc.

Bien que ce jaune n’ait pas encore été employé dans le coloris, il peut cependant rendre de grands service: en ce qu’il n’a pas l'inconvénient de noircir par le mé: lange des couleurs minérales telles que l’orpin, le vert millon. Il produit une teinte vive et franche que l’oi ne peut obtenir én mélangeant les autres jaunes ave le blanc. On le prépare en précipitant une solution dé 90 grammes (3 onces ) de sulfate de zinc dans un litre d’eau, par une solution de 61 grammes (2 onces) bis chrômate de potasse ( chrômate rouge de potasse) dans

un litre d’eau. Le précipité est ensuite lavé par décantation sept à huit fois et mis à égoutter sur une toile : on le conserve alors à l'état de pâte.

Jaune de Chrôme.

Chrômate de Plomb.

Le chrômate de plomb est d’une belle couleur jaune, insoluble dans l’eau. La couleur peut varier du jaune paille au jaune doré, suivant l’état de la dissolution que l’on emploie; nous reviendrons sur ces changements après avoir décrit le mode à suivre pour l’ebtenir à l’état de pâte. À cet effet, on fera dissoudre dans un litre d’eau 90 grammes (3 onces) d’acétate de plomb ( sel de Saturne). D’une autre part, on fait dissoudre dans un litre d’eau 72 grammes ( 2 onces 5 gros) de bi-chrômate de potasse ( chrômate rouge de potasse). On verse lentement et en remuant la solution de chrômate dans celle de plomb ; il se forme un précipité jaune que l’on laisse déposer, puis que l’on lave cinq à six fois par décantation. Au dernier lavage , on y met une solution de 50 grammes (une once) de gomme dans deux litres d’eau, et après avoir remué le mélange, on laisse reposer pendant plusieurs jours pour donner à la couleur le temps de se précipiter. Après avoir décanté le liquide, le dépôt est mis à égoutter, et on le conserve à l’état de pâte.

Si au bi-chrômate de potasse on ajoute ur peu de

potasse , le précipité inclinera vers la couleur orange; ; mais si on substitue à la potasse de l’acide nitrique: où acétique, le chrômate de plomb obtenu aura une: teinte plus pâle.

Jaune d’or, Orpin, Orpiment.

Deuto-Sulfure d’Arsenic.

L’orpin que l’on rencontre dans le commerce estl sous deux états : 40 à l’état natif, il:est alors d’une» belle couleur jaune dorée et a un aspect fibreux.. 29 Celui artificiel est en masse d’une belle couleur! jaune. L'un et l’autre ont besoin pour être employés: d’être réduits en poudre, opération qui ne laisse pas: que de présenter des dangers pour les personnes qui font cette manutention. C’est pour obvier à cet in-convénient que nous conseillons de le préparer en le: précipitant d’une solution qui le contient à l’état de: combinaison , mode de préparation que nous allons: décrire.

On fait un mélange de une partie de fleur de soufre, , de deux parties d’acide arsénieux (oxide blanc d’ar-senic) et de cinq parties de potasse du commerce. On: expose le mélange des matières, préalablement intro=" duites dans un creuset en terre, à l’action d’une cha-. leur rouge que l’on maintient pendant une heure. On: laisse refroidir le creuset que l’on brise pour en déta-: cher la matière qui est entrée. en fusion, et que l’on:

fait bouillir dans dix parties d’eau. La solution qus est d’un jaune verdâtre est ensuite filtrée, elle contient le sulfure d’arsenic, du sulfure de potasse et l’excès de potasse. Pour en séparer le sulfure d’arsenic on y verse-de l’acide sulfurique étendu de 15 parties d’eau, et l’on cesse d’en ajouter lorsqu'il ne se forme plus de précipité jaune. Après avoir laissé déposer le sulfure, on décante le liquide surnageant , et le dépôt est lavé cinq à six fois, puis mis à sécher, il passe alors à la couleur orangée. Plusieurs procédés peuvent être employés pour obtenir ce’ sulfure, mais nous les passerons sous silence comme offrant plus de dif ficultés que celui que nous venons de décrire. On doit éviter de mélanger ce sulfure avec les autres couleurs métalliques en ce qu’il a la propriété de les noircir ou au moins de les brunir.

Cette couleur, qui est très-solide, est un violent poison; on doit donc éviter de porter les pinceaux à la bouche : elle a le grave inconvénient de noircir lorsqu'on la mélange, soit avec le blanc de plomb,

soit avec le rouge de Saturne; il faut donc ne l’ em ployer que pour des teintes plates isolées dans le cojoris des cartes et des plans topographiques. On peut lui substituer avec avantage le jaune de chrôme.

Jaune d’Iode.

lodure de Plomb.

Cette belle couleur jaune s’obtient facilement en

précipitant une solution de 61 grammes (2 onces) d’a-: cétate de plomb dans un litre d’eau par une solution: de 61 grammes (2 onces) hydriodate de potasse dans: un litre d’eau. Il se forme un précipité floconneux: d’une belle couleur jaune, qu’il suffit de laver cinqäsix: fois par décantation, et au dernier lavage on y ajoute: un peu d’eau de gomme. Le dépôt est alors plusieurs: jours à se rassembler, et la couleur acquiert du liant! par sa combinaison avec la gomme; on sépare l’eau! qui surnage pour conserver l’iodure à l’état de pâte.. Comme le chrômate de plomb, cette couleur ne peut! être mêlée sans noircir, soit avec l’ orpin, soit avec le» vermillon. On peut la remplacer avec avantage soit! par le chrômate de plomb, soit par celui de zine, qui. sont d’un prix moins élevé que celui-ci.

Jaune minéral.

Le jaune minéral, qui est une combinaison de pro-toxide de plomb et de chlorure de plomb, est com-. pacte, d’un jaune citron très-brillant; il est aussii connu sous les noms de jaune de Kassler, de jaune: de Paris et de jaune de Vérone. On peut l’obtenir en: faisant un mélange de trois parties de minium et de» une partie de sel ammoniac : les deux matières sont | triturées ensemble avec un peu d’eau et placées en=suite dans un têt que l’on expose d’abord à l’action: d’une douce chaleur pour vaporiser l’eau , et que l’on: augmente ensuite graduellement jusqu’au rouge, afin

de volatiliser le sel ammoniac non décomposé. L'opération doit être regardée comme terminée lorsque les vapeurs blanches cessent de se dégager. On laisse refroidir la masse, que l’on réduit en poudre impalpable.

Ce jaune couvre assez bien, mais il faut en faire un usage modéré; il peut être d’un grand secours dans le coloris des planches d'histoire naturelle, par— ticulièrement dans celle des lépidoptères ou papillons.

Jaune de Naples.

Le jauné de Naples est une couleur plus employée dans la peinture à l'huile que dans le coloris, bien qu’elle ait l'inconvénient de couvrir beaucoup : on peut cependant en tirer un parti avantageux dans ce dernier genre. Il est d’une belle couleur jaune paille; mais comme il est diflicile de s’en procurer dans le commerce à l’état de pureté , nous croyons devoir dé+ crire le procédé que l’on peut suivre pour le préparer.

19 On réduit en poudre et séparément de l’antimoine et du nitrate de potasse. On prend une partie du métal et trois parties de nitrate de potasse ; puis on projette par portions ce mélange dans un creuset placé dans un fourneau et chauffé jusqu’au rouge. II se produit une vive déflagration, et l’on obtient pour résidu une masse blanchâtre et pesante, désignée sous le nom d’antimoine diaphorétique.

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