‹ Nouveau manuel complet du destructeur des animaux nuisiblesChapitre 13 sur 114 · LA BELETTE · texte numérisé non relu

LA BELETTE

soltdetncut au moyen d^une ^eUe passée dans les trous e e. Du reste, on peut encore se servir avec le même avantage du traquenard a souris , que nous avons figuré ( PI. Il, fig, é. ) et que nous Récrivons à ^article de la souris.

L%ssommoir*( voyez la PI, I, fig, 48 ) est d'un succès peut-être plu»> certain eficore. On prend une planche de chêne pour former le fond a a de la machine , et Ton cloue sur leis côtés les liteaux &. c est une planchette mobile qui se baisse et se lève à volonté par devant , et qui est fixée par-derrière à la plante a, par un boulon en fer ou une <^arnière ; cette planchette sert de détente. Une troisième planche , forte et épaisse , d, sert d'assommoir; elle est moinle et à charnière, comme la planchette. Sur le devant, en e, est une autre planche clouée solidement au fond'et servani d<^ aupport. Le lïras e de h plaorliclte c passe par ime ouverture de k planche e; il v a plusieurs entaiUes jir^s du hûut. Dans une de ces f^ntaïlles on pFace un petit support oti hîlboquet f^ dont l'eilrémite opjjosée est fixée ■%n Qt dana un cl an de ïa planche e\ une lie elle h, tient au bilboquet f, passe sur la pUinclio e, et va s'attacher à la planche oâsommcfir d^ que Ton a sui^har^ée d'une grosse pierre. Lorsqu'^un anima] pâ^se sur la plane bette c, il la fait taîssçr par son poids; le bras e bab&ant avec elle ,1e bilboquei f échappe du cnin i; la ficelle h n'^^tint plus retenue, laisse lombt^r rassonimoir d, qui écrase la belette. Cette gnacLine , ainsi que la suivante » est excellente pour la désir uc tien ^ nen-setilcment des belettes , mais encore des foujnti , martes , pu têts , et autres petits animaux, lï ne fl'a^ît que d& la tendit dans les coulées et les passages qu'ils fréquentent bahitiLeHemeni.

L*as60imnûir , fltf, 19, n'est pas moins employé. On pr«*nd une pièce de bois a, en chêne lourd et épais , et l'on ^ fait deux trous b b, dans lesquels passent les montans ce; jI faut nue la pièce puisse d^êment couler sur les montans^ srïit de bas 4?n haut, sciK de haut en bafs. Lesmontans soni solidenïeui fixés dans une plaui^he épaisse d, formant le fond de la machine. Sur ce fond est une^ planchette de détente e, pouvant s'élever et s'abaisser sur le devant , et attawiiée derrière en g g, par une charnière -, au-dessus de» montans est une traverse h h, au milieu de laquelle est un.

uigitizea oy -^jkjkj^ik.

44 MAMMiF. ]\UISIB. , CARRAS. — l'hEBMIITETTE.

trou , «n », par où passe la ficelle , dont un bout k^ est attaché à Talssommoir et le tient Suspendu ,. tandis que Tautre bout If est attaché à un bilboquet qui lâent la machine tendue par le même principe qu^ dans Tassommoir précédent. Quand Tanimal passe sur hy[)lanchette e, 1^ piège se détend et la piècfe de bois a tombe sui' lui çt Técra^.

Quoique les belettes donnent aisément dans les pièges qu^onleur t^nd, il faut né^moîns éviter -de soufler^r ces pièges , enlever la rouille ae toutes I^s parties en fer , et surtout passer la machine à la-flanj^e chaque fois qu^un de ces animaux s j e$t pris. Oo^dpit aussi avoir soin de ne pas tendre le pièce U>tit-^à-fait sur leur trèu , ce qui leur mspirerait de la dftance , mais à quelque distance de leur passage ordinaire. Il suffit qu'ails, p^isçent^entir l'appât.

L'HERM©iErra:.

Ce çetit aninial , généralement confondu avec, llierminedes climats septentrionaux , ( mustela erminea , Linnée ) n'est réellemeut qu'une variété de la belette , ou la belette cHe-mêmc en pelage d'hiver. Ou sait, en efiet, que semblable sous ce rapport à plusieurs autres mammifères , la belette change , accidentellement et sous l'influence du froid , son pelage d'été en une robe d'un blanc de neige. L'heP* mine subit ce changement d'une manière encore plus marquée : mais -elle se distingue aisépaent del'hermmette, en ce qu'elle a toujours le bout de la queue noire. D'ailleurs » elle ne se rencontre que très rarement en France. L'herminette , y est assez commune , surtout dans la Lorraine. Ses habitudes et sa taillé soqt les mêmes que celles de la belette. La véritable hermine , au contraire , ne s'approche jamais des habitations : elle ne se plaît que. dans les forêts les plus sauvages. Du reste ,. gomme toutes les espèces du même genre , elle est avide de sang , et détruit beaucoup de menu gibier.

Les pièges destinés à pvendre la bejéttt s'emploient «tmi avec succès pour Therminelte.

On r«mp<)isonne très-'aîscnjent , en hiver , avec des haa-

nefoBs frîts, pré^rés et placés eomme nous laToos dit à l'article de la fouilic.

La loutre commune , rrtustela lutra^ de Lînnée , appartient à Tordce des mammifères carnassiers , sectiqg des digitigrades. Sa ^etie est aplatie horizontalement , S ses pieds de derrière ^tt'.|)almés comme ceux d^un canard, deux carac%es,i^HHe crois, la font distinguer de têus les mammifères dis li France. Elle est de la grosseur d*un chat: sa tète est compi'imée , sa langue demi-rude , ses jambes courtes , et son pelage brun en dessus , d'un gris-brunàtre enjÉpssous.

Elle habite le bord des rivières , des ^ngs et des kcs. Etk se creuse des terriers sous les racines , dans l^ falaises , le^piemilles , ete. A^ez ordinairement &j^ terner a deux issues *,#uiJe aboutit sous^TeajUprè^du kA de la rivière : l'autre au-dessus de la surfacM'e^ eaux , et ce tte «dernière oniSrture est ordinairement marquée par quelques racines d arbres , ou par d'épaisses broussailles. Cet animal nage et plonge avec une égale facilité ; mais, en raison du peu de longueur de ses pattes, il ne marche qu'ave; assez de peine, et po«r ainsi dire en se traînant. Le jour , il se tient caché dans son terrier , ou dans quelque buisson peu éloigne de l'eau , dont jamais il ne quitte les bords. Il a l'ouïe , l'œil et l'odorat exof^ents , et au moindre bruit il s'élance dans les ondes, plodjge jusqu'à une profondeur suflisante p^r dérober sa trace , nage entre deux eaux , et regagne ainsi sa retraite sans reparaître aux yeux Ju chasseur. Si par hasard on l'a surpris loin de son terrier, ilee cache sous des racines ou dans des herbes épaisses , reste le corps entièrement dans l'eau , fijfc n'élève à la surface , pour respirer , que le bout de son nez , qu'il a soin de masquer sous quelques feuilles ou sous tout autre objet; il demeure immobile dans cette attitude , jusqu'à ce qu'il soit assuré de Téloignement de l'individu qui 1 mquiétait.

La loutre se plaît de préférence dans les pays solitaires et un peu montagneux , le lon^ dos petites rivières qui nourrissent des écrevisscs, des truites et d'autres poissons;

46 MAMMIFÈRES NUISIBLES , CABNASSIERS^.

mais toujours à proximité des étftigs , où elle Ta de tempg en temps faire des excursions désastreuses. Elle s*y rend la nuit , cherche d'abord un trou ou un fourré dans lequel elle pourra se cacher pendant le jour *, puis, si elle trouve une retraite qui lui convienne^ elle y établit son domicile pour plus ou moins longtemps, selon qu'elle j est plus mi moins inquiétée. Chaque nuit elle pêche , et Ton peut calculer qu'un seul de ces animaux peut détruire ^e cent à cent çmquanle carpes dans le coijrs d'une année. Si elle s*est établie sur le bord d'une grande rivière , ce.qni arrive assez souvent , elle devient rcaoutable pour les pécheurs ; non-seulement parce qu'elle ruine leur pêche en détruisant le poisson , mais encore parce qu'elle manque rarement de couper leurs lignes et de trouer leurs nasses et leurs mkts, quand ils sont obligés de les laisser tendus pendaht la ny^t. Il est plusieurs moyens de détruire les loutres; la cha^e est un des meilleurs ci des plus souvent emploji^s. 4^ors(pie dans les prés qui avoisinent us rivières le fom est assez haut pour cadner et couvrir ce» Aimaux , ils s'y promènent volontiers le matin à la poursuite des grenouilles, des ratf, et

^ même des petits oiseaux qu'ils peuvent saisir sur leurs nids. Si le ciel est serein et que les rayons du soleil soient ardents, iU

. se couchent dani le pré , et s'y endorment pendant mielques heures de la matinée. La connaissance ae ces liibituaes rend la chasse aux loutres aisée. On arrive dans les prairies où on les soupçonne , à six heures du matin , avec un chien d'arrêt bien dressé et surtout assez docile pour obéir au signe sans qu'il soit nécessaire d'élever la voix. Le chasseur marche en silence le long du bord de l'eau , et fait battre son chien à trente pas sur le côté , mais en observant de ne jamais le laisser aller en avant , et de le tenir {)]utôt un peu derrière. La loutre part aussitôt qu'elle 'entend approcher, et vient droit à la riiière pour se plonger dans 1 eau ; nécessairement elle passe à portée du chasseur , qui la tue d'uni coup de fusil.

La chasse au terrier est assez ordinairement la suite de la précédente; cependant quelquefois on n*j porte pas de fusd. On a un chien qui va nien à l'eau , on le fait quêter dans les roseaux, les nuisisons, et tous les fourres qui se trouvent sur le bord des eaux. Aussitôt qu'une lonlre est'

tancée , elle gagne son terrier , mais eM ne neut échapper à la Yue des chasseur^ni à celle du^hieft* Gelni-ci la suit à la nage , et finit toujours par découmrir J'issue supérieure de sa retraite. On la déiftisqne , et Ton sonde avec un bâton, a0p d'en^nnaîtja la direction. Le trou d*une loutre a ordinairement dti ^ à quinze pieds de profondeur , et sa direction est presque toujj^s en ligne à peu près droite. Il s'élève près d| la «urface^e la terre à mesure qu'il s'éloigne du bord H. la rivière , et cela pour que le fond oik ranimai fait ses petits , soit toujours au-dessus de la surface des eaux lorsqu'elles sont le plus élevées. L'issue inférieure s'embranche av^c la partie supérieure en descendant obli-

3uement,ce qui donne au terrier entier à peu près la forme 'un y (*-< ) dans la position couchée on on le voit ici. Dè||que l'on^a suffisamment sondé le terrier p^ur être sur <^il n'r a pas d'juitres issues , ce qui est le plus ordinaire , on .Alvre une tranchée à quatre ou cinq pieds de l'ouverture supérieure , et l'on arrive tout de suite audessus de l'embranchement. On sonde de nouveau , et Vo» ouvre une seconde tranchée le plus loiif possible , afin • d'éditer des travaux inutiles. Il est entendu que l'on a bouché exactement le trou pour éviter toute surprise. Ordinairement la troisième tranchée conduit sur l'animal , si^ l'on a bien pris ses mesures ; quelquefois même on y arrive* à la seconde ) mais d'autres fois aussi il faut en ouvririlavantage.

Quand la loutre est à décoi^ert , il jautTassommer sur le champ ou la saisir avec des pinces de fer , car elle se* défend avec courage, et sa morsure est cruelle. Il faut surtout an écarter le chien , jusqu'à ce qu'elle soit morte. ^i elle le mordait, il pourrait se débouter de ce genre de chasse, et tromper le chasseur. Il glisserait légèrement sur Jes terriers qui seraient habités, ef il appuierait sur les autres, occasionant ainsi des travaux inutiles.

L'afî^^t enèore une excellente méthode pour détruire h loutnJHJlpn suit le bord de la riviàge en regardant sur le sable pour reconnaître les traces de cet animal , lesquelles ressemblent beaucoup à c^lesd'un chat*, on reconnaît ainsi les lieux qu'elle a coutume de parcourir. On les reconnaît aussi aux excréments que la loutre dépose toujoui-s au même

48 «AMlfiFÈRES NUISIBLES , CÂRNASSIEBS.

endroit , et qui sê composent généralement d''arètes de polirsons , mêlées à de^'^bcis du test des écre visses.

Si Ton est assez heureux pour trouver une place où des» excréments frais ^t été déposés , 4E>n peut être assuré de tirer la loutre le même soir. Dans le cas contraire , on y pourvoit eh mettant sur le rivage, dans l^endroit oii l'cA a reconnu le passage habituel de l'animal , tinS pierre blanche oa un plâtras de démolition. Lorsque la n^iit est Tenue , on se rend sans bruit sur le bord de Feaû , c^Ton se poste à quinze ou vingt pas de la pierre , avec la précaution de se masquer derrière un arbre on un petit buisson. On choisit une nuit oii il y ait de la lune , car la loutre sort très tard de son terrier. Le chasseur aux aguets est plutôt averti de la préseace dô Tanimal par Toreille que par Jes yeux : il Tentend d^assez loin agiter Teau en plongeant pour^cher, 011 en j^ant à sa surface ; c'est alors que ISÎs yeux (âCfaassêur ne doivent pas quitter la pierre qu'il ajjjÉ^cée sur le sanle : car il est certain que la curiosité y amènera la loutre pour la flairer, et peut-être pour y faire%es ordures.

Si l'animal , «blessé seulement par le coup de fusil , a encore assez de force pour se jeter dans l'eau , il est inutile de s'Amuser à le chercher le lendemain matin : il est à peu près certain qu'on ne le trouvera pas. Quand elle se sent blessée à mort , la loutre s'enfonce dans des racines ou sous des pierres au fond de l'eau , s'y noie et y reste accrochôfe. Le seul SEioyen de la trouver serait donc de vider le bassin de !a, rivière où de l'étang pour la chercher , et certes, sa prise n'indemniserait ni des frais ni de la peine , en supposant que cette opération fût possible.

Laloutre , quoique fort rusée , se prend cepend^t au pii|e ; mais pour parvenir à l'y faire tomber , il faut Beau- . coup de patience. On commence par reconnaître les lieux qu'elle fréquente, comme nous l'avons dit plus haut. Si elle habite les bordi d'un étang ou d'une rivière où il y ait dup^son et pas d'écrevisses , on amorce «vec une écrevisse que l'on s'est procurée d'ailleurs; si, au contraire, elle habite les bor^s d'-flne petite rivière où il y ait beaucoup d'écrevisses et ppu ou point de poissons , ou amorce avec un goujon ou avec un autre poisson de la grosseur du pouce.

On place une pierre blanche sur le sable , comme nous Tarons dit précédenanent ; à deux ou trois pieds de cette

Sierre on élève une petite butte de sable , 4*un pied de iàmètrejur un pouce de hauteur, et Ton y dépose IV morce : Il Tant que le poisson soit très frais , ainsi que Fécrevisse ; car , pour peu qn'ik fussent morts seulement de-

Su^Quelques heures, là loutre n^y toucherait pas. Le lenemain matin on Va voir si la loutre a touché aux amorces. On reconnaît aux traces qu'elle laitse sur le si^le si elle s'^ep est approchée , et dans le cas où les amorces if y seraient plus , si c'est elle qui s'en est emparée. Dans cette circonstance on peut tendre le piège; dans le cas contraire , on replacerait tous les soirs de nouvelles émorces , et Ton attcnafait qu^ellé les ait prises une fois , avant de tôndr^le piège comme n^us allons le dire.

<!elui que Tob emploie est le traquenard , que nous avons fipiré, PI. I, fig. iÂ'^ on l'amorce, en attachant sur la planchette > en d, Fécrevisse ou le poisson, et on l'y fixe avec un petit lien d'osier. L'écre visse peut se mettre vivante, avec la précaution néanmoins ék lui écraser un peu la queue près du corps , afiii qu'elle ne puisse détendre le piège en s'agîtant trop fort| on a aussi le soia^ pour .]a même raison, de la placer Bqi; le dos.

On recouvre entièrehientle? piège dessable fin et see^ et on laisse un t«t>û sous la planchette d, afin de ne pas g^l^r sen jeu; on ne laisse paraître au-dehors, que l'appât. On conçoit que l'on ne doit mettre que la quantité de sable nécessaire pour masquer le traquenard çans nuire à la vivacité de sa détente. Comme la loutre est un animal très fort relativement à sa petite tajjle , et qu'elle pourrait entraîner le pièce dans \'eau , on attache ce dermer, au moyea d'une petite chaîne , à un piquet' enfuicé eà terre , et l'qn recouvre le tdut de sable. Nous terminerons cet article en consêilianC 4 nos lecteurs de choisir, pour placer la pierre blan^e et tendre le P*è|e , un endroit découvert du «vage , car c'est là que 1 ammal montre le moins de défiance.

Cet animal a été dt tout temps le flcau dss bergeries et

uigitizea oy vjvj'v^xiv-

50 HAMMIFÈRaS NUISIBLES, CABNASSIERS.

la terreur des bergers. Nous en, avons cTeux espèces en France, ou plutôt deux variétés , le loup ordinâirb, canis lupiM » de LiDdée , et le ioup noir , canisi^caon du mâime auteur. Gomme ce dernier est extrên>ement rawj, nous ne nous en occuperons pas ici , et nous nous bornerons à dire qxC'û ne diffère de Vautre que par sa taille un peu plus petite et sa fourrure entièrement noire. On le dit plus f^ce, mais aucun fait , à notre connaissance , ne prouve cette assertion.

Le loup a été rangé par nos naturalistes modernes dans la classe des mammifères carnassiers, section des digitigrades , genre chien. Il difiTère spécifiquement du cbien domestique par ses oreilles toujours droites ei^pointues; par sa queue droite , jamais recourbée en demi-cercle ; et par la manière dont il s'accouple , le mâle ne restant -pas lié agec sa femelle. Son pelage est dVn g|âs fauve , avec mie raie noire sur les jamoes de devant lorsqu'il est adulte. Sa taille ^ atteint assez ordinairement celle du plus grand mâtin.

Cet animal est d'une».. constitution très vigoureuse; ÎT peut faire quarante lieues dans une se^ule nuit et rester plu* sieurs jours sans manger. Sa force est prodigieuse et ne peut nullement se comparer S celle de nos chiens de plus grande race. Heureusement que son courage ne répond ni a cette extrême vigueur , ni à la férqcité de son caractère.

Si le loup n'est pas tourmenté par la fùîm, il se retire dans la profondeur des plus épaisses forêts , y passe le jour à dormir , et n'en sort que la nuit pour aller fureter dans la campagne. Alors il marche avec circonspection, évitant toute lutte inutile, fût-ce même avec des animaux plus faibles que lui. Il fuit les lieux voisins de l'habitation des hommes. Sa marche est f urtjve , légère , au point qu'à peine on l'entind fouler les herbes sèches. Il chasse aux mulùts et autres petits mammifères , mange des reptiles , des œufs de caille et de perdiix , quand il en trouve, et nedédaig»e pas , faute de mieux , les baies âe ronces et surtout les raisins. Il aime beaucoup les pommes et les poires, mais seulement lorsqtr'cUes sont pourries. Il visite les collets placés par les chasseurs , pour s'emparer du gj)>ier cpii peut s'y trouver pris; il suit les pipées fakcs le même soir, afin tl'y ramasser les oiseaux englués quF auraient échappé aux^

recherches *, il parcourt le bord des ruissea^ et des rivières pour se Jôurrir des immondices a«e les eaux reietiû|g. sur le^Ie. Sou odorat est d'une telle finesse ^u'il lui fffirlécouvrir un cadavre à plus à^xme lieuè'de distance. Aussitôt

Sue le crépuscule du matin commence à teindre Fhorizon , regagne Tépaisseur îles bois. S'il est dérangé de son gîte, ou. si le jour le surprend avant qu'il y soit rendu, sa marche devient plus insidieuse : il se coule derrière les haies ,^ans leë fessés , et , grâce à Texcellence de sa vue , de son ouïe et de son odorat , il parvleill souvent à gagser un buisson solitaire sans être aperçu. Si les bergers le découvrent et lui coupent la retraite , il cherche à fuir à toutes jambes ; s'il est cerné et atteint , il combat avec courage contre les chiens qui l'accablent par leur nombre *, il succombe et meurt , mais sans jeter un seul cri.

Quand cet animal est poussé par la faim , il oublie cette défiance naturelle que Buffon appelle à tort de la poltronnerie , et devient aussi audacieux qu'intrépide , sans néanmoins renoncer à la rusc^, si elle peut lui être utile. 11 se détermine alors à sortir de «on fort pendant le jour *, mais avant de quitter les bois, il ne manque jamais de s'arrêter sur la lisière et d'écouter de tous côtés. Lorsqu'il s'est ainsi assuré qu'il n'y a pas de danger à craindre , il parcourt la campagne, s'approche d'un troupeau avec précaution pour n'être pas aperçu avant d'avoir marqué sa victime , s'élance sans hésiter au milieu des chieps et des being;ers « saisit un mouton , l'enlève et rem|)orte avec une légèreté telle qu'il ne peut êtr^ atteint par les chiens , et sans montrer la moindre crainte de la poursuite qu'on lui foit , ni des clameurs dont on l'accompagne. D'autres fois, s'il a découvert un jeune chien inexpérimenté dans la cour d'une grange isolée , il s'en approche avec effronterie jusqu'à portée de fusil : il prend alors différentes attitudes , fait des courbettes , des gambardes , se roule sur le dos , comme s'il voulait jouer. Mais quand le jeune novice se laisse aller à CCS trompeuses amorces , et s'approche , il est aussitôt saisi, étranglé et entraîné dans le bois voisin pour être dévoré. Lorsqu'un chien de basse cour est de force à disputer sa vie , deux loups se réunissent et savent fort bien s'entendre pour l'attirer dans un piég;e. L'un se met en embus-

5â MÀMMIPÈRES NUISIBLES, CARNASSISaS.

cade et attend :4'autre Ta rôder autonr de la ferm^ , se fi^it nourattivre yarle mâtin , IVttire ainsi ias((u*au près de Tem- Duscaoe , puis tous deip se jettent à la fois sui;. le malheureux chien , qui tombe irictime de son courage et de la perfidie de ses ennemi^

Gn a vu très souvent un loup affan^ entrer en plein jonr dans un hameau , saisir un chien à la porte de la maison de son maître , une oie au milieu de la rue ou un mouton à la porte de la bergerie , Tentraiq^ dans les bois malgré les cris d^une popiilation entière , et même malgré les coups de fusil qui déjà ne peuvent plus l'atteindre.

C'est surtout penaant la nuit que le loup afiamé oublie sa prudence ordinaire, pour montrer un courage qui va souvent jusqu'à la témérité. Rencontre- t-il un voyageur accompagné par un chien, il le suit d'abord d'assez loin,

fmh s'en approche peu à peu, et quand il est assez &miiarisé avec le danger qu'il croit courir , d'un bond il s'élance sur l'animal effrayé , le saisit jusqu'entre les iifknbes d^ ^n maître, et disparaît avec lui. On en a vu suivre des cavaliers pendant plusieurs heures , dans l'espérance de trouver le momcut propice pour étrangler le cheval et le dévorer. Il Fui arriva même de suivre un voyageur à pied , et cependant il n'attaque jamais l'homme dans les circonstances ordinaires ; il a cela de commun avec tous les animaux.

Le loup ne vit pas solitaire , comme dit Bufibn : mais dans les pays très peuplés comme la France , où il est sans cesse pourchassé , il est obligé de s1so]er très souvent, d'oii il résulte que le plus ordinairement on le rencontre seul. Il n'en est pas moins vrai qu'il vit en famille , même chez nous , et que dans les solitudes du nord , les loups s'assemblent en troupes nombreuses , au moins pendant l'hiver. Lorsque des neiges abondantes couvrent la terre , ne trouvant plus de nourriture dans les bois , ils descendent ensemble des montagnes , viennent dans là plaine faire des excursions jusqu'à l'entrée des villages et des villes, et l'on dit qhe, dans cette circonstance, leur rencontre a été funeste à plus d'un voyageur.

Souvent , dans l'espace d'une seule nuit , un loup aflàmé vient à bout de se creuser un trou sous la porte d'une bergerie. Il s'y introduit , étrangle tous Us moutons les uns

LE LOCP; ÎJ5

après les autres , puis il en emporte un et le mange. Il revient en chercher un second , qu'il cache dans un liallier Toisin , puis un trdsième , un quatrième , et ainsi de suite ,

usqu'à ce que le jour vienne le forcer à battre en retraite.

:1 cache ses victimes dans des lieux difierents et les recouvre de feuilles sèches et.de broussailles : mais soit oubli, soit défiance , il ne revient plus les chercher. De cette habitude de tout tuer , où je vois plus de prévoyance que de" cruauté inutile , Buffon^nclut ^c le loup est d'une cruauté inouie, d'une indomptable férocité. Voici, du reste, le portrait peu flatteur qu en a fait notre grand naturaliste : « Le loup est l'un de ces animaux dont l'appétit pour la chair est le plus véhément ; et quoique avec ce goût il ait reçu de la nature les moyenne 4e satisfaire, qu'elle kii ait donné des armes , de la ruse, de l'agilité, de la force, tout ce qui est nécessaire, en un mot, pour trouver, attaquer; vaincre,^isir et dévorer sa proie , cependant il meurt souvent de laim, parce que l'homme lui ayant déclaré là guerre, l'ayant même proscrit en mettant sa ^ète à prix , le force à fuir, à demeurer dans les bois, où il ne trouve que quelques animaux sauvages qui lui échappent par la vitesse de leur course, et qu'il ne peut surprendre que par hasard ou

Sar patience, en les attendant longtemps et souvent en vain, ans ]|â|^droits où ils doivent passer. Il est naturellement grossielFfet poltron j mais il devient iogénieux par besoin, et hardi par nécessité etc. » £t plus loin , Buf-

fon ajoute : a II ( le loup ) aime la chair humaine , et peutêtre , s'il était le plus fort, il n'eu mangerait pas d'autre. )> La critique fait a^ujourd'hui justice de toutes ces exagérations , mais il n'en est pas moins vrai que quelquefois de^ louves affamées, à l'époque ou elles ont des petits , se sont jetées sur des enfants, des femmes et même des hommes: les annales de plusieurs de nos départements en font foi.

On prétend que les loups , pre^'s par une faim 4évorante , se sont quelquefois jetés sur des femmes et sur des enî&m , et l'on fait là dessus à peu près les mêmes histoires dans tous les pays. Nous nous croyons fondé à révoquer en doute ces contes de nourrices , tant qu'il ne s'agit pas de loups enragés; mais malheureusement il n'en est pas de même pour t#s derniers , et les annales de nos départe-

DlflTRUaBW, 1" PARTI K. ^^

o4 HAMMIFéBBS NUISIBLES, CABNASSIBRS.

mens en font foi. Cependant , nous devons recommunder la pins grande prudence quand on se tronye dans le cas de surprendre inopinément un de ces animaux : car plusieurs faits , qu'il serait inutile de rapporter Ici , nous ont convaincu que, dans la surprise, leur premier mouvement est de mordre.

Nous croyons devoir réfuter un préjugé ridicule et populaire qui pourrait quelquefois mettre en danger un chasseur ou un traqueur peu instruit. Presque tous les habitans de la campagne croient qii^un loup ne *peut pas se tourner en refjîant son corps lorsqu'on le tient par la queue , parce que , disent-ils , ces animaux om le$ côtes en long. Sans trop comprendre ce qu^ils entendent par des côtes en long , nous pouvons affirmer que tout individu assez téméraire pour saisir par la queue un loup blessé , en sera puni par une cruelle morsure.

Les animaux les plus sujets à devenir les victimes des loups , sont les chiens de chasse et de garde , les nfoutons, les chèvres , les bêtes à cornes , les âues , les chevaux. Us se jettent aussi quelquefois sur la volaille , et de préférence sur les oies. Avant (rindiquer les moyens à employer pour détruire ces hôtes féroces des forêts , nous devons mdiquer les précautions qui peuvent faire éviter leurs attaques.

La prudence veut qu'un chasseur ne laisse jamais entrer ses chiens seuls dans un bois fourré de quelque étendue. Il devra toujours les faire suivre par un piqueur qui les appuiera de la voix ou du cor de chasse ; et si Ton soupçonne que la forêt renferme des loups , on en préservera sûrement les chiens en tirant quelques coups de fusil avant de les y faire entrer. Ceux qui n'ont pas un grand train de chasse , et qui ne conduisent habituellement qu'un couple ou deux de chiens courans qu'ils appuient eux-mêmes, sont obligés souvent de les abandonner , soit qu'il faille se placer en silence pour attendre le jgibier au passade , soit que les chiens aient tiré de long. Dans ce cas-là, il faut se résoudre à courir la chance de la perte d'un chien ; mais on peut détourner le sort fatal de dessus le meilleur, pour le taire tomber sur la tête d'une victime que l'on peut désigner. Il ne s'agit , pour cela , que de mettre un collier à grelot à

tous les bons y et de n^enpas mettre à celui auquel on tien*' dra le moins. On peut avoir la certitude que le loup s'atta^ chera à surprendre ce dernier et n'inquiétera pas les autres. Si tous avaient des grelots » il les suivrait quelques instans , se familiariserait avec ce bruit étranger , et saisirait le plus raide ou le plus lent de la meute. Toutes les drogues indiquées par l^es vieux auteurs , comme devant préserver du loup les cbiens tpii en ont été frottés , sont aujourd'^hui reconnues comme tout-à-fait inutiles. Quant aux cbiens de garde , on les préserve en leur armapt Je cou d'un bon collier à clous aigus ; en fermant les cours dès quUl est nuit , surtout en biver lorsqu'il fait du brouillard ; en leur laissant une retraite ouverte dans une loge oii le loup n'ose pas pénétrer , et en en ayant deux capables de se porter mutuellement secours.

Les moutons et les cbèvres n'ont rien à redouter des loups , niême dans leur parc , en plein champ , pendant la nuit , si le berger qui les garde a èenx bons cbiens et un fusil.

Dans quelques provinces , on laisse jour et nuit le gros bétail et les cbevaux dans des prés clos par de simples baies, et jamais on n'a à se plaindre des loups qu^nd le bétail est en nombre. Rien n est curieux comme l'ordre de bataille adopté par les bêtes à cornes , lorsqu'elles ont à redouter l'approche de ces ennemis. Pès qn*il s'aperçoit de la présence du loup dans les environs , le bœuf le i)lus ancien de la troupe , qui est ordinairement le> plus vigilant , fait entendre le mugissement d'alarme. Les veaux , les vaches , les jeunes bœufs et les taure^tiK. répondent aussitôt à cet appel en accourant auprès du chef: làioatorme un cercle ,.au milieu*duquel se placent les génisses et les jeunes animaux incapables de combattre. Toutes les croupes se touchent , et le front circulaire de cette ligne de bataille ne présente de toutes parts à l'ennemi que des corHes menaçantes..^n vain le loup tourne et retourne autour de cette petite armée : chacun , la tête baissée et les cornes en avant, conserve son attitude et son rang. Si l'ennemi décourage se retire , on s'accroupit pour prendre du repos et rurifi/ier À son aise ; mais chacun garde son poste jusqu'à ce que }k

56 MAMMIFÈRBS NUISIBLES, CARMASSIBaS.

jour naissant ait fait disparaître même Tapparence du danger.

Les chevaux ont aussi une tactique particulière , mais tout-à-fait contraire. Ils se réunissent en cercle , et au lieu de présenter le front ^ Tennemi , ils lui présentent la croupe et leurs redoutables pieds de derrière.

L^âne , aussi courageux que le bœuf et le chcTal, a plus de moyens de défense ; aussi quand un loup entre dans un -^ré où il y en a un ou deux , il est sûr d^être attaqué avant le penser lui-n\ên^ à l'attaque. L'âne se précipite sur lui , le saisit avec ses mâchoires, qui deviennent alors une arme terrible , le frappe des pieds de devant comme de ceux de derrière , le renverse , le foule aux pieds , et le poursuit dans sa fuite jusques sur les limites de son enclos.

Un individu seul , dans les trois espèces dont nous venons de parler , peut se défendre avec quelque avantajj^e contre un seul ennemi ; mais rarement un loup se hasardera a entrer dans un pré d'embouche , s^il n'est accompagné d'un de ses camarades au moins. Alors c'est vainement que le bœuf défendra sa faible croupe en l'enfonçant dans l'épaisseur d'une haie , que le cheval y cachera sa tête , que l'âne se battra avec une fureur qu'on est loin dé lui supposer quand on ne Ta pas vu dans ces circonstances : tous trois succomberont quand ils seront attaqués de plusieurs côtés à la fois. Si l'on veut n'exposer ces animaux à aucun danger , il faut donc , pour les laisser coucher dans le pré, qu il y en ait au moins cinq ou six ensemble.

A présent , enseignons les moyens que l'on emploie pour détruire les loups. On peut réduire ces moyens à trois principaux , qui sont : l'empoisonnement , les pièges et la chasse au fusil. Quand on a reconnu In présence d'un ou de plusieurs loups dans un canton , et qu'on, veut les empoisonner, il faut se procurer de la noix vomîque en poftdre. On cherche le cadavre d'un animal nouvellement mort , soit chèvre , mouton ou chien. Avec un couteau très propre, on lui Tait par tout le corps des entailles profondes , mais seulement de la largeur de la lame de l'instrument ; on écarte les lèvres de chaque plaie , et l'on y introduit une fort^ pincée de poudre de noix vomique. Il en faut 500 grammes au moms pour un cadavre de la grandeur d'une

chèvre, 225 grammes pour un cbien. Cela fah, on enlève scrupuleusement toute la poudre qui aurait pu se répandre sur les parties extérieures , et Ton pousse même la précaution jusqu^à les laver avec de Tearf dans laquelle on a laissé infuser pendant vingt-quatre heures de la menthe qui croit sur le bord des ruisseaux , afin que le loup ne puisse reconnaître aucune autre odeur étrangère avant d'avoir entamé ranimai. Nous supposons que cette opération aura été faite assez près de Tendroit oii 1 on doit déposer Tappât : on l'attache avec une corde , et on le traîne jusqu'à la place où il doit rester ; comme par exemple sur les bords d'un ruisseau solitaire , au fond d'une vallée , à l'entrée d'un bois , enfin près du lieu où l'on sait que les loups se tiennent le

S lus habituellement. L'essentiel est d'éviter la proximité es habitations et des chemins fréquentés.

Il ne suffit pas de déposer le cadavre et de s'en aller : il faut avant tout en retirer la corde ou le lien , lui jeter dessus une quantité d'eau assez grande pour enlever toutes les émanations étrangères ; alors , on quitte ses souliers , on met une paire de sabots neufs , on les frotte en dessous et sur les côtés avec un morceau de camphre, et l'on va se promener daus les lieux où Ton soupçonne que les loups peuvent passer. On a la précaution de frotter de nouveau ses sabots avec le camphre de distance en distance, Si Ton ne pouvait s'habituer à marcher avec des sabots , on envelopperait sa chaussure avec une peau , nouvellement écorclîée, de fouine , de chat, de lièvre, ou même de. lapin. L'essentiel est d'empêcher le loup de reconnaître les émanations d'un homme. Ceci doit s'entendre pour tous les pièges. On reprend ses souliejs , si on les a quittés pour des sabots, à cinq ou six cents pas avant de rentrer ches soi , et tout se borne là.

Dans un canton où il y a des chiens de chasse , . il est essentiel d'avertir les chasseurs du jour et du lieu où l'on a déposé le poison , afin que leurs chiens n'en soient pas les victimes. Il v^jt mieux encore se servir du cadavre d'un chien , car les animaux de cette espèce n'y touchent jamais et s'en éloignent même avec un sentiment de frayeur, assez {acilc à constater. ^

U ne faut pas se décourager si, pendant les premières

B8 VAMtfiPÈRES NOISIBLEâ, €ARNAS9IBfi9.

nuits, les loups n'ont pas touché au cadaVre. S'ils ont trouvé fa trace du camphre , ils Font certainement suivie , et ils connaissent Tappât. Ils y ^viendront peut-être huit ou dii nuits de suite avant de 1 attaquer; mais enfin, ils surmonteront leur défiance naturelle ci finiront par s'empoisonner.

Le camphre a pour les loups et les renards une odeur extrêmement agréable , qui les attire de fort loin. Ainsi donc , si aprël douze ou quinze jours l'appât n'avait pas encore été attaqué , il faudrait reprendre les sabots , ou au moins les faire mettre à un homme accoutumé à marcher avec cette chaussure , les frotter de camphre de quart-d'heure en quart-d'heurc , et battre ainsi plusieurs fois la campagne des environs , en prenant chaque fois le cadavre pour point de départ. En Allemagne , on se irotte les mains et les pieds avec un hareng saure , qui , dit-on , remplace avantageusement le camphre ; on en fait même une traînée.

Quand même le caaavre resterait intact pendant fort longtemps , un mois ou davantage , il ne faut pas y toucher ni le changer de place ; car le loup mange avec avidité les viandes les plus corrompues , et tant qu'il restera un lambeau qui ne soit pas entièrement décomposé et réduit en terreau , on peut espérer qu'il y mordra. Si le cadavre , qui lui aura déjà inspiré de la défiance a été changé de place , ou si l'on s en est approché trop souvent , on peut être sûr qu'il n'y touchera pas.

La saison la plus favorable pour empoisonner les loups est l'hiver, surtout quand la terre est couverte de neige. Ces animaux sont alors affamés et se jettent plus volontiers sur les charognes que dans tout auire temps.

^ous terminerons cet article en faisant remarquer à nos lecteùi-s un fait qui m'a toujoorr paru fort singulier , c'est que Tarsénic , ce poison si terrible pour l'homme , n'empoisonne ni les loups ni les -chiens; il n'agit chez eux que comme un violent vomitif.

Depuis 1(1 découverte de la Strychnine , ou principe actif de la noix vomique , on fait usage avec ass«z J'avantage de ce produit chimique. Il en faut deux gros pour remplacer une livre deiioix vomiffue. Cette substance , que l'on trouve chez la plupart des pharmaciens des grandes villes , dort être introduite dans tes incisions du cadavre que l'on veut

LE LMP. d9

«mpoîsonncr , de la même manière que la noix Tomiqae. Il y a plusieurs sortes de pièges pour détruire ces animaux. Nous allons décrire la manière de les faire ou de les employer.

£a trappe à loups, ou fosse aux loups , est une méthode excellente dans les pays peu peuplés , et quand on. peut remployer dans un lieu solitaire , où Ton e^t sûr quç parsonne n ira. On choisit un endroit où les loups ont coutume de passer , c''est-à-dire une coulée ou vieux sentier abandonné , dans une grande forêt , et conduisant d^un fourré dans un autre. Les anciens habitants d^unft contrée peuvent seuls donner des renseignements positifs sur ces passages. On y creuse une fosse de dix pieds de profondeur sur six de largeur dans le haut , et huit dans le bas , c^est-à-dîre que le trou doit avoir la forme d'un côue, et que l'ouverture doit être plus étroite que le fond. Cette précaution est indispensable , car sans cela un loup a une telle agilité et une si grande force musculaire , que d'un bond il pourrait en sortir , si les parois étaient perpendiculaires. Il faut donc "u' elles soient inclinées en dedans , autant que la solidité lU terrain le permettra.

 mesure que Ton retire la terre du trou, on la charge dans un tombereau ou sur des brouettes , et on la transporte loin de là, afin de ne laisser aucune trace de travail. La fosse préparée , on place sur l'ouverture de légères baguettes de roseaux^ de saule ou de noisetier , et on les recouvre de mousse et de feuilles sèches , afin de masquer parfaitement Touverture. Il faut qu'un animal de la grosseur d^unchien ne puisse passer dessus sans enfoncer ce frêle plancher et sans tomber dans la fosse ; mais il faut aussi que ce plancher ait assez de solidité pour supporter la neige qui doit entièrement le masquer aux yeux.

Lorsqu'on a préparé cette embûche , on doit le faire publier au son de la caisse dans tous les villages vobins , et préciser parfaitement le lieu où elle se trouve, afin d'éviter des accidens. Outre cela , on doit, sans jamais s'en abstenir sous quelque prétexte que ce soit , visiter son piège tous les jours, moins pour y prendre les loups qui y seraient tombés, que pour porter du secours jà de malheureux voyageurs qu'un fatal destin y aurait précipités. On conçoit que la

60 MAMMIFBilES NUISIOLES , CIRKASSIERS .

trappe a loups ne peut être d'une grande utilité que dan^ une forêt habituellement peuplée par ces animaux ; partout où ils ne seraient que de passage , elle serait dangereuse.

Pour ne pas entraîner nos lecteurs dans des dépenses qui pourraient devenir inutiles , je dois dire que j'ai vu pratiquer cinq ou six fois dans ma vie , principalement dans les montagnes du département du Rhône , ce piège vanté par tdiis hs auteurs qui ont écrit sur la chasse , sans Tavoir vu réussir une seule. Était-ce la faute de ceux qui le creusaient ? L'emplacement était-il mal choisi ? Je Fignore.

Le tour à loups ( Planche I, /îflr. i ) est un piège fort ingénieux et très employé dans quelques provinces boisées de la France. On choisit une place à trois ou quatre cents pas de rhabitation , quelquefois beaucoup plus près , à trente ou quarante pas, par exemple , si Thabitation consiste en une ferme isolée, si elle est située à proximité d'un bois, ou bien au milieu d'un champ. Après avoir tracé sur le terrain un cercle de huit à dix pieds de diamètre, comme on le voit en o, PL l^ fig. 2, on prend des pieux de la grosseur d'une bonne bûche ordinaire , et longs de dix pieds au moins : on les aiguise en pointe d'un côté , et on les enfonce à deux pieds de profondeur dans la terre , en les plaçant à cinq ou six pouces de distance les uns des autres , de mamère à former comnae une espèce de cage à jour , et surtout très solide. Autour de ce premier cercle de pieux o» en trace un second , mais éloigné du premier de manière à^ ne laisser qu'un intervalle de seize à dix-huit pouces entre le premier rang de pieux et le second , que nous figurons en b. On enfonce les pieux avec plus de solidité encore , et l'on bat la terre le plus possible dans le sentier c, qui se trouve entre la première et la seconde cage. En d on ménage une ouverture de dix-huit pouces de largeur , et Ton y adapte une porte de bois de chêne, tournant avec facilité, sur ses gonds de fer ; nous l'avons indiquée en e. Cette porte se ferme seule au moyeu d'un loqueteau qui tombe dans un cran.

On place une oie ou un mouton dans la cage du milieu ,

{)uis on laisse la porte d ouverte , comme elle le paraît dans 9, fig. 2 ; mais il faut qu'elle soit construite de manière à ce que le moindre effort l'oblige à se fcnncr. Or, tout étant

ainsi préparé , voici ce qui arrive : Je loup , attiré par les ' cris de loi? ou du mouton, tourne longtemps autour du piège et sVn approche peu à peu. Il voit sa proie et 'cherche un passage pour arriver jusqu^à elle. Rencontrant la porte ouverte , il enfile le sentier c; parvenu en e, la porte lui barre le passage ; il veut se retourner , mais le couloir est trop étroit ; Tanimal est contraint de f^irc un léger effort en avant , la porte perd Téquiiihre , iourne sur ses conds et se ferma. Le loup fait m vain mille fbis le tour de la c^ge dans son étroit sentier , il n^a plus d'issue pour fuir; il' ne lui reste pas même la faculté de pouvoir prendre son élan pour franchir d'un bond les palissades de sa prison. Le jour vient , et il reste livré sans défense a la discrétion du chasseur.

Ce piège n'offre aucun inconvénient , et mie fois établi , il peut servir quinze ou vingt ans sans exiger de ffrandes réparations. Si Ton veut abriter des intempéries de 1 air Tanimal qu'on y renferme, on peut couvrir la cage ultérieure avec un toit de chaume. Dans un pays où les loims sont communs , il arrive d'en prendre ainsi plnsieurç #ins un biver. Pour que cette construction dure le plus longtemps

Ï possible , il faut passer au feu la pointe des pieux sur toute a longueur enfoncée dans la terre , et recouvrir l'édiûce entier d'un toit de chaume , comme une chaumière de jardin anglais. Pendant l'été on enlève la porte battante, et le piège devient une espace de fabrique rustique qui peut contribuer à Tagrément d'un domaine. Nous n^avons pas bcsoro de dire qu'on doit ménager une aprtc soHde pour pénétrer dans la lanterne intérieure, et pour y placer le soir l'animal , qu'on en fait sortir le lendemain matin.

Les meilleurs pièges de ce genre sont ceux que |'on a construits au printems , et dans lesquels on a fait coucher des moutons penaant toute la belle saison. Ces animaux , en couvrant la terre de leur urine et imprégnant Içs palissades de leur suint , éloignent la défiance des loups. Il faut donc recommander aux bergers de parquer souvent dans cet endroit, et de faire entrer chaque fois plusieurs moutons dans la chambre iutcrieurc pour y passer la nuit. Pour détruire les panthères , les lions et particulièrement les loups, les anciens employaient un moyen qui offrait beaucoup d'à-

62 MAIIMIFBRES NUISIBLES, CARNASSIERS.

nalogiearec celui-ci elle précédent. Voici coiamenl XéflO' phon ^de venat. p. 995. ) décrit cette espèce de chasse. « On creuse une vaste fosse , dit-il , dans les lieux aue Ton sait être fréauentés par ces animaux nuisibles. Elle aoit être assez profonde pour que les plus lestes ne puissent pas en sortir en sautant. Au milieu , on laisse en réserve une colonne de terre , sur laquelle on attache une chèvre ; tout auj^our on construit une [Glissade impénétrable etsaps issue. L*animal ïéroce, attiré par les cris de la chèvre, sauffe pardessus la barrière , tombe dans la fosse , et ne peut plus en sortir. Le matin, on Ty trouve et on le tue avec ta plus grande facilité, t»

Je crois aue cette méthode pouvait être employée avec succès par les Grecs', du temps de Xénophon; mais, depuis rinventîon des armes à feu , les animaux dont il s*agit sont devenus trop rares et surtout trop défiants, pour donner dans de pareilles embûches.

La chambre à laupt est un autre piège qui a beaucoup d*analogie avec les précédents, et dont le succès est à peu près le même. Avec des pieux , dans les proportions que nous avons dites, on Xorme une chambre carrée de quinze à dix-huit pieds de largeur ; ces pieux doivent être entoncés solidement et un peu inclinés en dedans , afin douter au Ic^pp qui serait dans la chambre , la faculté de sauter par-dessus, sur. un des côtés , on dispose une porte de manière à ce qu^elle ferme seule et par son propre poids , et Ton y place un loqueteau , afin qu^une fois fermée elle ne puisse plus s^ouvnr. On maintient la porte ouverte au moyen d'un bâton placé en travers : à ce bâton est attaché une ficelle qui tient dans le fond de la chambre à urïe charogne ou autae iqipât; la ficelle est passée dans un anneau près de la charogne. Le loup attiré par des traînées aue Ton aura faites , comnie nous Pavons dit , entre dans la chambre et saisit TappAt ; il tire la ficelle , entraine le bâton qui tenait la porte en équilibre , celle-ci se ferme et Tanimal est pris.

Le hausse-pied ( PI. H, flg. 10. ) est un piège très vanté par tous les auteurs qui ont écrit sur la chasse , mais que nous n'avons jamais été à même de voir employer ; anssiallonsnons en donner la description sans garantir le succès qu*on peut en obtenir. Pour tendre cette machine, il fout choisir

un balif eaa a assez fort pour enlever un loup en se redressant quand il est plié , comme on le voit dans la figure ; on enfonce en terre deux pieux à crochets ,6 6, et 1 on place les deux traverses, c d, dont la première est posée sous les crochets, et Tautre seulement appuyée contre les pieux, à un pouce de terre, c, est un petit morceau de bois attaché à la corde en i; il porte , à son extrémité supérieure , contre la traverse e et il tient de même à son extrémité inférieure contre la traverse d, mais très-légèrement et de manière à en échap\)er au moindre mouvement que ferait , en baissant, la traverse d. On conçoit que , retenu par ses deux bouts , il maintient la corde tendue et empêche le baliveau de se redresser. On place sur la traverse d deux petits })âtons , comme on le voit Ai o o, et Ton arrange dessus le nœud coulant n, fait avec le bout de la corde. Ce piège se tend dans les coulées où Ton sait que les loups ont l'habitude de passer. On recouvre les bâtons de feuilles sèches et de mousse , afin de les masquer aux yeux de ces animaux.' Si Fund^eux vient à poser le pied sur un des petits bâtons, il le fait appuyer sur la traverse d, qui se baisse , et laisse échapper le morceau de bois e. La corde n^étant plus retenue , le iMdiveau se redresse avec force , le nœud coulant se serre autour de la jambe de Tanimal , ei^lève celui-ci et le tient suspendu à 1 arbre jusqu'à ce aue le chasseur vienne le tuer. Comme notre intention est de faire un ouvrage vraiment utile , nous devons dire que ce hausse-pied , quoique d'une invention assez ingénieuse , ne nous parait pas parfaitement combiné avec la finesse d'odorat et la défiance que nous connaissons chez leloup.

Le piège à loups on traquenard (PL I, fig, 5.), ne diffère du piège à renards que parce c|u'il est plus fort , son poids étant quelquefois de vingt-cinq à trente livres , et par les dents aiguës dont ses branches sont armées. La saison la plus favorable pour cette chasse est Thiver , surtout pendant les froids très secs. Avant de se servir du piège , il faut le démonter et le nettoyer pièce par pièce,gusqu'àce qu'il ne reste pas la momdre tache de rouille sur aucune de set parties. Pour cela , on se sert d'émeri et d'une huile ainsi préparée : huile d'olive fraîche, une livre*, hannetons vivons ; quarante ou cinquante. On met l'huile dans

un pot de terre neaf , bien vernissé et allant sur le feu ; on y laisse infuser les hannetons pendant quarante-huit heures, puis on met le tout sur un feu vif de cnarhon de bois , pendant vingt minutes , c'est-à-dire jusqu'à ce que Thuile soit assez chaude pour pétiller lorsqu'on y jette une goutte d'eau. On passe dans un linge très propre, et l'on conserve le liquide ainsi préparé dans une bouteille neuve bien lavée et hermétiquement fermée. Pour nettoyer le piège, on le frotte avec un petit morceau de bois-blanc, de sau^ ou de peuplier , mieux avec un morceau de bois de morelle grim-

Eante , jusqu'à ce que le fer ait repris tout son brillant. lOrsque le piège est propre et lukaot , on prépare l'appât, qui consiste en un morceau de viande crue , sur laquelle on jette un peu de poudî^ de camphre , mais très peu , environ ce qu'il en tiendrait dans la palette creuse d'un cure-oreille. On choisit , pour tendre le piège , une pelouse découverte, à l'entrée d un bois , ou dans le bois même , s'il y a des éclaircies. A l'endroit convenable , on fait dans la terre , à l'aide d'une houlette, une espèce de petit encaissement dans lequel le piège tendu doit s'enchâsser juste, comme des instruments de mathématiques s'enchâssent dans le velours de leur étui. Cela fait, on tend le piège avec précaution pour ne pas se blesser , on l'ajuste dans son encaissement , et on le couvre entièrement de gr^iines de foin que l'on a apportées pour cet usage. Il est entendu que l'appât seul doit paraître à la surface. Ici , nous ferons une observation essentielle : c'est que l'encaissement du ressort ne doit pas être tellement juste , que la terre , pressant sur les côtés y puisse empêcher le ressort de jouer , de s'élargir , et par conséquent de faire fermer les branches ; on observera aussi que le piège ne peut pas porter à nu sur la terre , car pour peu qu elle fût humide , il s'y attacherait s'il survenait une gelée un peu forte , et ne jouerait plus. On le placera donc sur un lit de graines de foin , qui suffira pour parer à cet inconvénient.

Toutes ces précautions indispensables ne sufGsent point encore. Il faut , avant d^amener le loup sur le piège , l'avoir accoutumé à s'emparer impunément de plusieurs appâts placés à peu près de la même manière. Chaussé de sanots neufs frottés avec du camphre , le chasseur se procura U

cadavre à moitié corrompu cl* un chat ou d^un autre petit animal , Fattache à un lien , et en fait une traînée dans les bois environnans. De l3istance en distance , il étend sur la terre une ou deux poignées de grainls de^foin^et place dessus un morceau de viande camphrée , de la grosseur d^une noix. Il est entendu que la traînée doit aboutir auprès du piège. .

Lorsque le loup rencontre la passée , il la'suit , mail avec hésitation et défiance. Arrivé dans le -premier endroit où Ton a répandu de la graine de foin , son hcsitation'augmente, il voit Tappât , tourne et retourne plusieurs fois autour , e passe outre sans le toucher, à moius qu*il ne soit extrêmement pressé par la faim. Mais , plus û s^approche du picg^ plus sa défiancadimioue , jusqu^#ce qi^'enhn elle cesse tou* à-fait. Alors, il saisit Tappât : la détente part , les branches se fersient , et Tanimal est pris par le cou et presque aussitôt étranglé.

Mais si le hasard Fa amené près du piège avant qu'il se soit accoutumé à prendre impunément 1 ypât sur la graine de foin , il ariive souvent qu'il ne se prend que par une patte. Alors pil entraîne le piège avec lui à une grande distance , si Ton n'a pas eu la précaution de l'attacher, avec une chaîne de fer , à quelque souch^ ou à un piquet solidement enfoncé en terre , et de tout masquer aveô la graine de foin. Après avoir fait longtemps de vains efforts pour se dégager , il finit , lorsque le jour approche , par se couper la )ambe avec les dents , et iLn'abandonne ainsi au chasseur que le bout de ^sa patte ; mais le But qu'on se proposait n'en est pas moins attemt, car l'animal périt peu de temps après dans son hallier, «u il est attaqué et dévoré par le premiei^ loup qui le rencontre dans cet état de. faiblesse et de souffrance. On sait, en effet, que les loups mangenJt leurs pareils , lorsqu'une blessure les met hors d*état de se défendre.

Nous remarquerons que le piège doit être relevé , nettoyé avec soin et replacé dans un autre lieu , toutes les fois qu'un loop y a été pris , et qu'on y soupçonne la moindre tache de rouille , c'est-à-dire tous les quatre ou cinq jours an moins.

Le traquenard à hasci^e [PI. I. fig, 4 \ s'em|ploie de la même manière. Les deux branches a a se ferment an moyen

u;gaizea oy >^ww^iw

DSSTBOCTEUB , i" PA&TIB. *>

66 MAMMIFÈRES NUISIBLES, CÀBNASSIEftS.

d^ deux ressorts b b. Pour tendre ce traquenard, on comprime les deux ressorts , et on lés maintient ainsi avec les vis cÇj que Ton serre dans les écrous #(l. On ouvre ensuite les branches a a, pi^is or redresse la planchette en bascule fff ce qui fait relever les deux crochets e e, qui y sont "thés. Ces deux crochets se trouvent naturellement placés sur les oreillettes ii des deux branches , qui se trouvent ainsi main-^ tenue»cn position. On attache un appât sur la planchette f, et on Ty fixe avec ui^ clou ; cela fait , on enterre le piège , comme nout Tavons dit , mais avec la précaution de creuser un peu sous la bascule , afin de lui laisser un libre jeu ; on enlève les vis de sûreté c c, et Ton recouvre de graine de foin* Lorsque Fanimal saisit Tappât , il fait baisser ou lever la^ascnle , les deux croches ee suivent le mouvement et glissent de dessus les oreillettes ii; le* piège se ferme avec vitesse , et le loup se trouve saisi par le cou. Ce piège se construit entièrement en fer» à la seule exce|>tjon de la . planchette en bascule , qui est en bois.

Ce traquenard ^omme on le voit, part aussitôt que Ton dérange la bascul)iç$ aussi peut-on s'en servir sans y placer d'appât, quand on en a un certain nombre. Pour cela, on plante on pieu de sept à huit pieds «au ihilieu de la clairière d'un bois ; on place dessus une vieille roue de charrette , et sur la rouS on attache un (^neau ; autour de ce pieu , «n tend plusieurs traquenards. Les loups , attirés par les bêlemens de Tagnean , viendront tourner et retourner autour du pieu , et ne manqueront pas de donner dans les traquenards. Mais , nous le répétons , ces pièges , extrêmement dangereux , ne doivent se placer que dans les lieux oii Ton a la certitude qu'il ne peut passer personne.

De ï hameçon à loups (voyez PI. 1, /iflf. oetl). Fort employé en Allemagne , et presque toujours avec succès , si nous en croyons les auteurs de ce pays , l'hameçon à loups se compose d'une boîte en tôle ou en chêne , longue de vingt-huit lignes , large de quatre et épaisse de trois ( fig. 6, a). Sur le devant, est pratiquée une coulissé 6, large d'une ligne et demie , longue de dix-huit , et se terminant à quatre lignes de l'extrémité inférieure de la boîte. Deu^ tiges de fer d d , de deux pouces de longueur, àe deux lignes de largeur et d'une ligne et -demif d'épaisseur,

uigmzeci oy x^wv^n; iw

LB LODP. 67

remplissent la boîte / comme on le Toit dans la figure 7, où nous avons suppiAé la planchette du dessus enlevée. Ces tiges se ierminent inférieurement par trois pointes ai^ês en acie^ ^e, longues de six lignes , et ouvertes de manier^ à former avec la tige , et entre elles , un angle de t^arantecinq degrés. Les deui tiges sont réunies au sommet , autour d^un axe , se terminant au bouton f, qui doit couler aiséiient du baut en bas deia coulisse. Kitre les deux tiges est un jessort g, qui , en se distendant , les fait écarter Tune de l'autre. *

Lorsqu*o9 tend ce piège , on rapproche avtc effort les deux tiges Tune de Pautre , %n faisant prêter le ressort g; puis on les fait glisser danfi la boite qui teur sert de gaîne et les retient eif position , comme an le voit ffg. 7. On garnit les crochets aun morceau de viande , qui doit aussi c^ cher la boite entière , et Ton suspend celle-ci à une souche, au moyen d'une chaîne pa^ée dans le trou h, L*animal saisit 1 a^pàt et le tire à lui, la boîte résiste , mais les deux tiges ^rtent de leur gaSne ; lé res^rt g a^it , écart^Ap deux branches, ei force les crochets à sMmplanter dans les mâchoires du loup »^qui ne peut plus s^en débarrasser et y reste pris. %

Ce piége(Lse place dans Pépaisseur des taillis , J^^ àes. coulées queles loups ont Tbabitude de suivre. Comme il est dangereux pour les chiens^ , on doit le tendre seulement h lar min ^ose , et aller le détendre tous tes matins. Quelques cha^mrs font faire leurs 'hameçons d^une fitbnière beaucoup, plus compliquée , qui cependant ne vaut pas celle qui vient d'être décrite. L'essentiel est que ces hameçons aient beaucoup de solidité , sans avoir des proportions plus fortes j[ne celles ici indiquées.

Le puU Gaffât [VfAyfig,^) est eiii;ore un piég^ dont le iiMîcès est certain , s'|l est placé dans un Heu faTorabfe. L'endcmt le plus convenable est le bord d'une rivière , ou c^i IRifi ruisseau sur la lisière dkm bois. On se procure un fusil de gros calibre, ou au ïfoins un f&sil de munition : il est essentisl que la détente en soit très douce et parte au plus léger effort. On le charge avee un'qoart de poudre de plus qu'à r«rdinaire , et l'on coule par-dessus nuit à dix grosses chevtotines. Dans une place choisie , on plante très

08 MAMMIFÈRES MtlISÏBLES , CARNASSIERS.

solidement quatre pieux ea terre , ep leur faisant prendre la forme d*un chevalet, comme nous F«vons figuré PI. I, fig. 5, en a a; on étend le iusil dessus, comme on peut le Yoir dans la même figure , et on Fy fixe avec la plùa grande

'solidit^IL faut que le fusil soit ajusté de manière que lorsqu'il partira , la charge porte sur un point à <{uinze pas , et à un pied au-dessus de la surface du sol. Si Ton tend ce piège auprès d'une rivière , Tattirail doit être masqué jar une haie , un buisson , ou tout autre objet depuis longtemps connu des loups qui ont Thabitude (}e passer par là. Si Ton tend Tapp^^eil sur la lisière d'une forêt , il doit être caché

' dans un fourré du taillis , et le coup de fusil doit porter sur le bord du ruisseau. On couvre la batterie de Tarme avec un petit toit ,en planchette / ou un petit «dôme en feutre , 4|ue Ton masque avQc de la mousse , et que Ton ajuste de manière à préserver le bassinet de la pluie , du brouillard et de la rosée de la iiuit. L^ fusils à piston l'emportent , dans ce cas , de beaucoup sur ceux à batterie , parce que l'humidité de la nuit , le Drouillard , ni la pluie ne les em- ^hent de partir.

. Les choses akisi préparées , on dispose une charogne de manière que , le fusil venant à partir, le coup porte sur tous \m points du cadaVre ; c'est-à-dire qu'il doit présenter -^à Tartne le côté qui offre la surface la moins Idl^ge. Le corps sera donc étendu sur la même ligne que le point de mire dm fusil , et jamais en travers. On attachera le bout d'une .^ell« à un os de la poitrjne. du cadavre , et l'autre bout à la gâchette. Il faut qu'elle fasse un petit coude en 6, afin de revenir sur elle-même à la détente , et de la tirer en arrière lorsque le loup , en attaquant la charogne , tirera à lui 'la ficelle. «

Si tout est bien disposé , si le fusil «st masqué avec adresse, aussitôt que l'avide animal portera la dent sur le cadavre , l'arme partira et le frappera à mort.

Tous les pièges à loups sont dangereux pour lei hommes et les animaux ilomestiques ,- et particulièrement pour les chiens ; aussi ne doit-on se permettre de les tendre que sur sa propriété , et telilcment quand elle est close'par des haie» vives , qu'elle n'est traversée par aucun chevrin public. Il He faut pas encore s'en tenir U : quinze jouii d'avance, au

moins , on doit t)lanter des poteaux sur les limites du lieu où on les place , et inscrire au-dessus , en grands caractères, PIEGE A LOUPS. Cet ayertissement, une fois bien connu des passants , les mettra sur leur garde , et les engagera à retenir leurs chiens sur la voie publique. Nous ferons observer que les loiy[>s ne donnent guère dans les pièges , quels qu'ils soient , que depuiis le moment oii les gelées commencent à se fî^re sentir , jusqu'en février. Il serait donc inutile de se mettre en frais dans toute autre saison ; car ces animaux sont extrêmement rusés, ils ne surmontent leur crainte et n'oublient, le danger, dont leur instinct les avertit toujours , que lorsque les rigueurs %e la saison les privent de toute espèce de nourriture.

La chasse au fusil, avee les chiens, est un excellent jnoyen de détruire les loups , ou au moins de les éloigner du pays crue J'on habite; mais, comme elle exige des attirails de cliasse Fort dispendieux , et dont les frais journaliers ne peuvent être supportés que par des personnes fort riches, nous la regardons comme hors de notre cadre , et nous renvoyons nos lecteurs "aux ouvrages spéciaux sur la chasse. Nous nous bornerons à une citation extraite du JUanuél des-- Chasij^urs et des Gardes-Chasses , faisant partie de VEn^^ clopédie Roret. « On distingue les loups, d'après le pied , )> en louveteaux , jeunes loups , vieu^x loups , grands vieux » loups. Plus le loup est âgé , pl^ il a le pied ffros : la » louve l'a plus long et pl^^ étroit , elle a aussi le talon plus » petit et les ongles plus minces. On en revoit mieux sur » les terres un peu fermes ' que sur celles qui sont trop » molles. »

« On a besoin d'un excellent limier four la miête ' du » loup : ilfajjtmême rauimer,rencouiager lorsqu il tombe » sur la voie , car tous les chiens ont de la répugnance pour » le loup , et se rabattent froidement. Le ioup est infatini- » ble, et c'est peut-être , de tous les animaux, le plus dif- » ficile à forcer à la course *, aussi le chasse- t-On presque » toujours au tir , avec des chiens tites , très-forts et de » bon nez. On prend les grands devant pour île pas passer » l'animal, qui pourrait rester dans le bois pour écouter sans » être rentré au fort ; on poste les chasseurs , tous ventre » du 6w5 ,. autour de l'enceinte , et on suit la voie pour cm-

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>^ bûeber dans le fort , en excitant fortement les l^hieof » aTec la trompe e^ la voix. Le loup débûche à bas bruit et » ne ruse guère quand il est vieux ; il file droit avec pré- » caution , le nez en avant , et rarement à.découyett; ga- » gnant au pied , et se dérobant le plus qu^il peut. Les lou- » veteaux rusent , tournent et rebattent leurs voies. Lore- >» qu'on tire le loup , et que la balle *lui fracasse un roem- » bre , il crie et se laisse ensuite aicbever sarfs résistance. » Les chiens n'ont nulle ardeur pour le fouler , et sa chair y> leur répugne si fort qu^il est inutile de leur en faire » curée. » ». ,

L*<e/7ti( se fait le soir à la tombée de la nuit , et le matin avant je jour. Par un beau dâir de lune , on peut rester s 1 affût toute la nuit. On se munk d'un bon fusil double , chargé d'un côté avec trois balles de pistolet , et de l'autre avec huit à dix chevrotines. Si l'pn a reconnu le passage ordinaire d'un loup , si Ton s'est aperçu qu'il ait , la nuit précédente , attaqué une voierie , c'est là qu'il faut aller l'attendre. On s'y rend avec des sabots neufs , ou des souliers enveloppas d'une peau fraîche , comme nous l'avons dit. On sVnmusque dans un épais buisson , ou sur ua arbre, à demi-portée de fusil du lieu où l'on pense voir l'ànûnal , et tout'cela dans le plus grand silence. Si l'on a quelques indices qui fassent soupçonner que le loup viendra de tel côté , soit par la direél«>n de la, forêt qu'il habite, soit pour toute autre cause , on se placera sous le vent , c'est-à-dire de manière à ce que le vent vienne de lui à vous , et jamais de vous à lui. Sans cette précaution , il serait possible que Itiir lui portât ^N émanations qui lui feraient reconnaître la présence du chasseur etrebrousser chemin. On a eu la précaution 4e garnir le ffuidon de son fusil avec yn morceau de papier blanc < afin de pouvoir viser, et on' lui envoie quelques balles dans le corps. L'affût est très avantageux pour la destruction d'autres animaux nuisibles , !tels que chats sauvages, renards, fouines, putois, etc. ; il est malheureux q^e les braconniers puisseut en abuser trop facilement en détruisant le gibier.

La batttie , nommée traque dans plusieurs pays , convient parfaitement dans les cantons où les loups font leur résidence habituelle : c'est le seul moyen J'en détruire un

Uigitizea oy >^ww^iw

^ Lt EOOP. îl

gipand jpLomDre à la fois. Après en ^^ir averti le louTeti^r du département , et avoir obtenu dnréfet ou du sous-préfet du lieu , Tautorisation nécessair^pour pouvoir rassembler la population de plusieurs villages ^ et pour se faire escorter par un piquet de gendarmerie si on le juge utile au maintien de Tordre , on voit les maires des différentes communc$. environnantes , et Ton con- Tient avec eux d'un lieu de lêsiclez-vous oui se rassembleront les batteurs et les tireurs , les uns et les autres en nombre contenu , et à jour et heure déterminés. Il est essentiel que le rendez-vous %it à un qufrt dé lieue au moins de la forêt où Ton doit faire la battue , si Ton vent éviter que le tiinuilte dVne nonil^reuse assemblée ne fasse décamper les loups à petit bruit Afin d'avoir plus de certitude encore ; on avertira les chasseurs d'éviter de passer par la forêt , si toujtefois elle s^trouvai^lur leur route , pour arriver au rendez-vous^ , *

Le chef désigné pour commander la battue , ( car il est indbpensable de se cliolsir un chef unique si Ton veut éviter un désordre certain et assurer le succès de l'entreprise ) fera d'abord partir les tireurs en avant. Il les placera à vingt , trente ou (parante pas les uns des autres , sur la lisière duJ|iis, et sous U vent{ ceci est de rigueur). Autant Îue Jfes wconslances le permettront , on choisira un enroit découvert , un pré , une terre, etc., à proximité d'une autre forêt dans laquelle les loups seront soupçonnés devoir chercher un refuge , ou au moins un espace près d'un lieu couvert et fourré , par où ces animaux espéreront pouvoir s'échapper sans être vus. Les tireurs ne seront pas postés; tout-à-fait sur le bord du bois, mais à quarante pas au moins, et on les masquera, s'il est possible, en profitant des buissous , des haies , des fossés , des troncs d'arbres , ou autres objets qui leur en donneraient la faculté ; tout ceci doit se faire dans le plus grand silence. On doit , par-dessus tout, recommander plusieurs choses aux chasseurs': 1" de ne jamais tirer sur l'animal que lorsqu'il est parfaitement à découvert , et 'qu'une erreur funeste n'est Ans à craindre ; 2» de ne jamais tirer dans le bois, sous quelque prétexte que ce soit , ni dans une direction qui pourrait y porter la balle» En tirant au-dchors de l'enceinte, on a tous Ic^

ij kàmmifëres nuisibles, carnassiers.

avantages d'un feu croisé , et Y où no craint ^un accident ; 5*» de rester invAbdaMêment et en sHence chacun <lans*son poste respectif, sansfauiais le quitter pour courir au bruit de la fusillade , et surtout pour entrer dans le bois ; 4<> de ne tirer sur aucun autre animal que le loup.

Tout étoBt ainsi disposé, les traqiuurs s'avancent en masse et en silence ; les hommes et les enfans se sont munis d'outils et d'instruvoens Ms plus bruyans , de pistolets chargés à poudre , etc., etc.; mais il leur est strictement défendu d en, faire usage, avant le signal convenu. Le chef de la battue les place sur une ligne cireulaire , commençant à droite'^ vingt pjfe du premier tireur, s'élendant tout le tour de la forêt ou de renceîûte que Ton a résolu de battre , et venant finir à trente pas âk dernier tireur , à gauche. Plus les traqueurs sont nombreux et près les unf^des autres,

Slus Ton est certain d^ succès -^ans tous les cas, ils ne oivent jamais être Q^oignés de plus de quinze pas en comraençaut, et de. plus de*quatre ou cinq lorsque la ligne s'est resserrée en avançant.

Le signal de s'ébranler est un coup de pistolet tiré par ic chef, derrière la ligne des batteurs, ou bien le son d'un cor de chasse. Alors s'élèvent , sur toute la ligne à la fois , des houras répétés *, un charivari étourdisâmt se fait entendre sur tous les points; les uns crient, les autres battent delà caisse , d'autres frappent avec un morceau de fer ^r une lame de faux ; les coups de pistolet, les cornemuses, les fifres , font retentir la forêt, tes batteurs avancent lentement et en ordre , en frappant sur les buissons , contre les caulis , en se rapprochant les uns des autres à mesure que leur ligne se raccourcit.

Les loups , épouvantés d'un pareil tintamarre , cherchent à gagner du pays , et c'e§t alors que les tireurs doivent se tenir immobiles à leur poste et viser juste. Il arrive (rael-

Îuefois qu'un loup , qui lésa reconnus, s'avance sur le nord u bois et retourne aussitôt sur ses pas , en faisant mine de vouloir percer sur les batteurs , ce qu'il fait en effet s'il trouve un pesage ouvert dans leur ligne > ne fùt-ît que de trente pas de largeur. Ces animaux rusés devinent aussitôt que le danger n'est pas le pfus imminent là où l'on fait le plus de bruit. Mais si les traqueurs se sont avancés en boa

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