‹ Nouveau manuel complet du destructeur des animaux nuisiblesChapitre 14 sur 114 · LS CHIEN ENRAGÉ · texte numérisé non relu

LS CHIEN ENRAGÉ

ordre , si Taulmal ne trouve pas ^'issue ouverte , après avoir fait vingt foift^le tour dans Tenceinte qui se rétrécit à chaque instant , il se détermine enfin à percer et tombe mort sous les coups de fnsiL II est arrivé souvent de tuer dix à douze loups dans une seule battue faite dans un pays infesté^ par CCS anMnaux. Ceux qui , par quelque circonstance fortuite , parviennent à échapper , ne reparaissent plus dans la province , au moins pendant plusieurs années. 4

^ LE CHIEN ENRAPÉ.

Quoique ce sujet soKe un peu dU cadre que nous nous sommes tracé , nous, ne pouvons finip^Jûstoire des manmiifères nuisibles sans parler du chien enragé. Malheureusement, le défaut de soiùs et de* «^voyance rend trop fréquens les accidens terribles qiiî Xsulteitt de la morsure de cet aninftil : aussi crojons-nous que dans des cas aussi graves , «n ne peut jamais trop répandre les avis , si souvent négligés par les nomiïtes insouciants. *

La rage se nomme , dans ^ langage trop scientiGque des médecins, hydrophobie, qui vc^t dire, en grec, horreur de Teau ; plus loin on verra pourquoi» Elle s^annonce , dans %s chiefts , par phistiurs jymptômes que nous allons décrire. , ,

Premiers $ympt6mes. L\&nimal attaqué de la rage devient triste , haletant*, il marche la tête et les oreilles basses, la queue serrée entre les jambes ; ses yeux sont abattus , mornes et sans expression ; il va et vient sans but déterminé, gronde sans sujet , cesse de flatter les personnes de la maison , et paraît mégie insensible aux caresses de son*taaaitre% Il cherche les lieux obscurs pour s*y coucher , mais Tinquiétude qui le tourmente Tempêche d'y rester longtemps ; il perd la voix pour toujours. Tels sont les premiers symptôiBcs, qui^durcnt ordinairc^ient trois à quatre jours.

Seconds symptâmes. L^mêmes que les précédens , mais d*une manière plus marquée. Outre cela , Tanimal n'obéit

S lus à la voix qui l'appelle ; sa ^arche est chancelante , ses ancs serrés , et le poil de son cou légèrement hérissé. De moment à autre il.éprouve des mouvemensconvulsifs , pendant lesquels ses yeux deviennent rouges et hagards. Il n'n-

74 KAHMIFÉRES K VISIBLES , CARUASSIBBS.

fine plus, ni n^ rend plus ses excrén^ens; il cesse demttti^ ger , ou il ne prend qu'une très petite quantité d*aiimens , encore faut-il qu'ils soient solides ; mais il jiefuse absolument tous les liquides, et il entre dans une espèce de fureur convulsive si on lui présente de Feau ; c'est da là qu'on a nommé hydrophobie la maladie doi^il s'agit. Ces symptômes durent dn ou deux jours.

Troisièmes symptômes. L'aniipal se^auve du logis, fuit droit devant lui , saus se détourner ni à droite ni à niuche , à moms qu'il n'y soit forcé par quelque obstacle ; %s yeux sont d'un rouge de ftoig, sa langue est pendante » et u gueule couverte d'une écume jaunâtre. U ne galopoe que quand il est poursuivi : autrement sa' nutrche est enance^ lante , et il ne va qu'au trot. S'il rencontre un animal sur sa route y chien ou bétail ,H1 se jette dessus et le mord , puis passe outre. 11 est remarquable que les autres clueBs, même les plus forts et les plus méchans , ne lui opposent aucune résistance , et se laissent déchirer sans risquer la moindre défense. Il se jette ^ môme sur les hommes. Si le hasard lui fkit renconti^^r un ruisseau , une rivière, un étang, ou enfin de l'eau , il s'arrête subitement ; son poil se hérisse d'une manière reqiarcniable , un f remblems^ convulsif le saisit , il tombe , mord et brise tout ce qui ae trouve à la portée de sa gueule. Le jour suivant, il présente les mêmes symptômes, mais sa marche est plus chancelante et devient tout-à-fait incertaine; il tombe d'heure en heure dans de fortes convulsions; 'et enfin il meurt ce jour-là, rarement le troisième ou le quatrième , à partir de sa fuite du logis.

Nous n'entf erons pas ici dans les lieux communs tant rebattus par tous les auteurs qui ont eu occasion de parler de la rage ; nousnous bornerons \dire que c'est 1^ plus affreuse des maladies.

La rage , dans les chiens, .«st spontanée ou communiquée. Dans l'un et l'autre cas , aussitôt qu'on s'aperçoit qu'un animal en est attaqué , il faut le tuer sans misénconle, et l'enterrer assez profondément pour mettre son cadavre à

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LE CHIIN ENR4GÉ. 7Î>

ûe manière à s^assurer si véritablement il était ^nnfé. Le médecin appelé pour traiter la personne mordue serait plus str de son traitement, et «quatre fois contre una, on verrait que le chien n^était pas hydrophobe. Expliquons-nous :

soutenir et prouver , par des &its , qu^elle ne se communique pas aux hommes par la morsure , mus qu'elle n'est qu'un résultat de l'imagination effrayée. uPUisent qu'on a vu des hommes devenir hydropbobes sans avoir été mordus, mais parce qu'ils s'imaginaient l'avoir été : d'autres n'ont pas oneft les symptômes de la rage , quoiqu'ils eussent été mordus par des animaux enragés , mais dont ils ignoraient la maladie.

Quoi qu'il en soit , si l'on conserve le chien , et qu'on puisse le représenter doux et bien portant au malade , il «st certain que cette vue le tranquillisera et vaudra mieux que tous les remèdd^ possibles. Il est encore ceri^n que si le chien est tué sans avoir été véritablement enragé , le malade , frappé de l'idée qu'il l'était , j^ut périr de chagrin ,'de mame » ou même nydrophobe , si l'on s'en rapporte aux médecins cités plus haut. Il existe un moyen de savoir si un chien errant que l'on vient d'abattre dans les circonstances mentionnées était ou non atteint de la rage. Avant tout y il faut s'assurer que l'on n'a aux mains ni plaie , ni écorchure , ni la i)lus petite égratignure *, car dans le cas oii les mains ne seraient pas parfaitement intactes , il faudrait bien se garder de toucher l'animal. On met des gants de peau; puis, avec uirl^àton, On ouv|e la gueule du cadavre, on lui tire la langue avec des pin(mde fer que l'on passe ensuite au feu , et l'on visite scrupuleusement le dessous de cet organe ainsi que le palais. Si ces organes sont sain» , sans tache de rougeur ni excoriations , il est à croire que l'animal n'était pas enragé -, mais si , au contraire , on y trouve des pustules , des boutons rouges et g[iflammés» ou de petites Ulcérations arrondie8,jaunàtres sur Tes bords, rouges au centre , et imitant de petits chancres , il n'y a plus de doute , le chien était hydrophobe ; on doit aussitôt «près brûler Us ganls et le bâtoo.

76 UAMIIIFÈRES KUISIBLES^ CARNASSIERS.

Nous recommandons expressément à toute personne qui se trouvèrent dans le cas de faire cette visite , de ne pas communiquer aux assistants le résultat de ses observations, surtoutsl la rage était biea reconnue. Des g^ns indiscrets pourraient en parler aux personnes' mordues , et hâter ainsi, et peut-être même déterminer chez elles les plus graves accidents. Nous conseillons aussi d'appeler immédiatement un médecin habile , et de ne faire aucun de ces remèdes de charlatan ou de bonne femme , malheureusement encore si répandus. Seulement , si l'on ne pouvait pas avoir sur le champ les conseils d^un homme instruit et expérimenté , en l'attendant, il faudrait cautériser les morsures, dl|>uis la

Elus profonde jusqu'à la plus légère , avec un fer chauffé à lanc. Il est essentiel, avant de faire cette opération, d'agrandir les plaies avec un instrument tranchant, afin de brûler plus profondément. Le beurre d'antimoine peut remplacer le fer chauffé à blanc.

La rage^;ommuniquée résulte de la morsure d'un animal enragé ; la rage spontanée résulte, le plus ordinairement, de la négligence que Ton met à soigner les chiens. Voici comment on doit les traiter peur les empêcher de coniflacter spontanément cette affreuse maladie : 1^ On ne tiendra jamais un chien enfermé seul pendant plusieui*s jours de suite, sans lui faire prendre de temps en temps un peu d'exercice: il faut le mener à la promenade au moms une fois par jour. 2° On ne permettra jamais d'agacer un chien au point de le mettre en fureun; il est reconnu qu'une colère poussée à Texcès peut amener l'hvdrophobie ; on a même plusieurs exemples de chiens qui , aans ce cas , l'ont communiquée par leur morsure sans 1 avflr eux-mêmes. 5" On donnera une nourriture suffisante , saine , et non échauffante. 4° On tiendra toujours à la disposition du chien une abondante quantité d'oau claire et pure , surtout pendant les grands froids et les grandes çhafeurà \ il paraît que c'est le plus souvent la soif qïii détermine la rage chez les chiens. 5*^ Lorsque l'on possédera une chienne , il faudra la laisser couvrir au moins une fois tous les deux ans, car, sans cela, elle enragera certainement à la troisième ou quatrième ciialeur qu'*on lui fera passer sans mâle.

Nous ne terminerons pas cet article , sans rappeler que.

LE ^NARD. yj

«1 1849, M; Rocliet d^HériccwÉrt rapporta d'Abyssinie une racine en usage daps le nord de cette contrée (à D^vraiabor), et employée avec succès contre rbydrophobiè. «A mon arrivée à Dévratabor» dit ce célèbre voyageur, un •chien atteint de jrage ayant mordu trois autres caiens et un «oldat de Bas-Ali , le roi me fit appeler et me dit : tu y|É voir reracacité du remède dont je t'ai parlé. Il fit enfermer séparément tous les chiens ; le lendemain dans un moment de calme de Tanimal , il ordonna qu'on fit avaler , en notre présence , au chien enragé qui avait mordu les autres chiens et le soldat, la racine en poudre dans une cuillerée de miel; il se produisit tous les effets que i'ai indiqués (vomissements , selles fréquentes f etc.), et le chien fut sauvé. »

Il en fut de même de deux des chiens mordus, auxquels on administra le remède : le troisième , qui ne prit aucun médicament , mourut de la rage, quarante^deux jours après la morsure. Le soldat fut traité-dix jours après la morsi^e , et il guérit parfaitement.

A |§ suite de cette importante communication , faite à rinstitut , le lundi 12 novembre 1849, une comm^ion fut popnraée pour déterminer la plante dont il s'agit, et pour exécuter les expériences propres à constater ses vertus curatives contre l'hydrophobie. Il est à regretter que cette commission n'ait point encore fait connaître le résultat des recherches auxquelles elle a dû se livrer , dans l'intérêt de - la science et de t'humanlté. Cependant il résulte des expériences toutes récentes de M. Kenault, directeur de l'École vétérinaire d'Alfort ( Voy. Comptes rendus de V Institut du 25 août 1851) , que la racine du Cucumis Abyssinica (c'est le nom de la plante employée en Abyssinie contre la rage) ne parait point posséder les propriétés précieuses que lui attribue M. Rochel d'Héricourt.

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