DES REPTILES NUISIBLES
De la Vipère commune.
Cet animal , la terreur des hommes et des animaux , appartient à Tordre, otes reptiles ophidiens. C'est la vipera berus de Dandin, le coluber berus de Linnée, qui avait à tort classé ce dangereux animal parmi les inoffensives couleuvres, dont elle se distingue par sa tête plus élargie en arrière, par sa queue plus courte et plus obtuse, et surtout par la présence de dents ou crochets à l;enm, yiL n'existent pas chez ces dernières. La longueur de la vipère com-^ mune ne dépasse guère dix-huit pouces , et sa grosseur , celle du d(Mgt; elle est bruue, avec une raie noire en zigzag le long du dos, et une rangée de taches noires de cha- 2ue côté ; son veutreest ardoisé ; toute sa tête est couverte 'écailles granulées, et elle a sur le crâne une tache brune, affectant ordiodirement la forme d'un cœur, ou d'un triangle dont la pointe est tournée vers le museau. On en trouve deux autres variétés, dont quelques naturalistes out fait des espèces.
1° La vipère grise [coluber Redi de Gmelin) ; sa raie en zig-zag est interrompue, ce qui lui fait quatre séries détaches alternatives sur le aos.
â° L'aspic (coluber aspis de Lijanée); les angles externes du zig-zag se (prolongent en dcmi-baudes transverses trè»
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noires, sur un foad plus roux. Enfin on en trouve quelques^ unes qui sont presque entièrement noires.
Au premier coup^^œil , les vipères se distinguent des autres serpens, a Téi^ât de leur regard, à leur tétc triangulairç aplatie, presque aussi large que longue , couverte de petites écailles imbriquées les unes sur les autres, et non par des plaques lai'ges et on mosaïque ; enân à la lenteur de leurs mouvements. Leur mâchoire supérieure est armée de deux ou trois dents mobiles , longues i{uelquefois de trois h quatre lignes, ressemblant un peu à la griffe d'^un chat , et versant le poison dans la plaie , lorsqu'elles mordent.
Laissons M. Cuvier expKquer lui-même par quel mécanisme ces dents peuvent agir au gré de Tanimal.
<c Les serpents venimeux par excellence , ou à crochets » isolés, dit ce célèbre naturaliste, ont une structure très » particulière dans leurs organes, de la manducation ; leurs » os maxillaires supérieurs sont fort petits, portés sur un » long pédicule , analogue à rapophy*e ptérygoïde externe » du sphénoïde, et très mobiles : il s y fixe une dent aiguë, » percée d'un petit canal qui donne issue à une liqueur » sécrétée par une glande considérable située sous roeil. D Ccst cette liqueur qui, versée dans la plaie par la dent, » porte le ravage dans le corps des animaux , et y pro- » duit des eCTets plus ou moins funestes, selon Fespèce qui )) Ta fournie. Cette dent se cache dans un repli de la gen- » cive, quand le serpent ne veut pas s'en servir, et il y a » derrière elle plusieurs germes destinés à se fixer à yt leur tour pour la remplacer, si elle se casse dans une )> plaie. Les naturalistes ont nommé les dents venimeuses p crochets mobiles , mais cVst proprement Tos maxillaire » qui meut : il ne porte point d'autres dents , en sorte )> que dans cette sorte de serpents malfaisants, Ton ne voit » dans le haut de la bouche que les deux rangées de dents » palatines. » ,
La vipère est vivipare , c'est-à-dire qu'elle fait ses petits vivants : elle prend soin d'eux pendant leur première jeunesse, les suit, les dirige, et veille à leur conservation. Elle a unt méthode fort singulière de les dérober aux dangers : lorsqu'elle Its croit mcnafés, elle fait entendre un lo»g sifHe-
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«i«nt, aH^uel ils obéissent en se rapprochant aussitôt d'elle; elle ouvre la gueule, tous y entrent les uns après les autres , s'enfoncent dans son estomac , et ce n est qu'alors (lu'elle pense à fuir en emportant sa famille. Comme nous 1 avons dit, la -vipère est très lente, et ne se ment qu^avec difficulté ; aussi la nature ne lui a-t-elle donné ces armes terribles, que pour qu'elle puisse s'emparer de sa proie. Elle se poste sur des feuilles sortes , sur de la mousse, ou sur le sable réchauffé par le soleil : son corps est roulé en cercle, et sa tête est dressée. Là, elle attena avec patience qu'une grenouille , une souris oy un petit oiseau viennent passer à sa portée ; alors, elle lance avec assô2 de vivacité sa tête sur t'animai, le mord et le laisse fiiir ;* mais bientôt le venin terrible qu'elle a insinué dans les veines de sa victime, produit son effet, l'animal chancelant se traîne à quelques pas et il expire. La vipère, qui ne l'a pas perdu de vue pendant son agonie, le suit, Tatteint, et l'avale pendant qu'il est dans ses demières«onvulsions.
Il paraîtra fort singulier qu'un animal de la grosseur du ponce, puisse avaler un autre animal gros comme la moitié du poing. Voici comment s'opère ce singulier phénomène : La mâchoire inférieure de la vipère se compose de deux pièces réunies à la partie inférieure du museau par un ligament fort lâche ; cette «lâchoire tient par sa base , de chaque côté, à la mâchoire supérieure par des muscles extrêmement élastiques et dilatables. Le hideux reptile saisit une petite portion de sa proie , puis fait clisser en avant un des côtés de' la mâchoire, qui accroche la victime au moyen des crochets recourbés en dedans dont elle est munie; cela fait, H tire à lui ce côté, tandis qu'il fait fflisser en avant l'antre mâchoire. En réitérant plusieurs fois cette manœuvre , il force sa gueule à se dilater. d'une manière extraordinaire , et à donner passaf^ à des objets proportionnellement très gros.
La morsure de la vipère n'est point aussi dangereuse qu'on le ^roit généralement : il est rare qu'elle fasse périr un homme, mais les enfants y^succombent quelquefois . Il est donc toujours prudent d'y apporter de prompts remèdes, ne fût-ce que pour éviter les accidents graves qui s'ensuivraient. En effet, même quand il n'est pas
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mortel , le poison de la vipère laisse après luij des suites fâcheuses et durables ; la jaunisse, Taridité de la gorge el de la bouche, une soif intense, des coliques, de Ta difficulté dans rémission de Furine, des frissons, des hoquets, des faiblesses instantanées , des sueurs froides , des fièvres, etc. Le lAeilleur remède à employer consiste à sucer la'tblessure à Tinstant même où on ta sent. Cette succion n'offre aucun danger, car les belles expériences de Kédi et de Fontana sur le venin de la vipère, ont démontré jusqu'à révidence que ce venin n'est pomt absorbé par la peau ni par les muqueuses restées intactes , et qu'on peut J'introduire sans crainte dans Testomac.
Tout en suçant la plaie, il est bon d'appliquer au-dessus d'elle une ligature convenablen^ent serrée, qui s'oppose aussi à l'absorptipn et borne ou arrête l'enflure de la partie attaquée. L'application d'une ventouse, la cautérisation à l'aide du feu, d un fer rouge, d'une goutte d'acide sulfurique {huile de vitriol), etc», pratiqués après avoir légèrement élargi la piqûre , sont aussi aexcellents moyens pour s'opposer aux dangereux effets du poison. Des lavages et des frictions avec l'ammoniaque liquide (alcali volatil) et
Slusieurs de ses composés, tels que l'eau de Luce, le savon e Starkey , quelques gouttes d'alcali prises à l'intérieur, réussissent également très bien contre les - morsures de la vipère. Le pansement se fait avec une petite compresse trempée dans l'ammoniaque, que » l'on maintient sur la plaie au moyen de bandes appropriées. Si une vive et dondoureuse inflammation se déclare avant l'arrivée du médecin , qu'il est toujours prudent d'appeler, il faut appliquer une trentaine de sangsues et dés cataplasnMs émollients, arrosés avec quelques gouttes d'acétate de plomb (extrait d^satume). On peut encore frictionner les parties douloureuses i^ec un linbnent composé de 2 onces d'huile d'olive et un gros de laudanum liquide.
Il existait jadis , dans les forêts du Dauphiné , une famille ^n grande réputation pour guérir la morsure d^a vipère , surtout dans les chiens de chasse. Le remède qu'elle employait consiste à prendre des feuilles de plantam, à les piler dans un mortier de marbre ou de terre , en y mêlant au fur et à mesure une grande quantité de salive. On passe le
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ètélaBgc àKBS fin Hage , et , au moyen d'oMe fiole , on fait boire iNette liqueur à l'animal malade. Oh foit aussitôt Tenflure diminuer, les TmnissementB et les convulsions cesser^ un sommeil salutaire vient achever la cure , qui ordinairement ne dure pas plus de vingt-auatre heures. Est-ce la salive? est-ce le plantain qui agit? nous l'ignorons. Quoique fions puissions certifier la honte de ce remède pour les animaux , néanmoins nous ne le conseillerons que comme snp- Î)lémentaire à Talcali , quand il s^agiva d'en faire uàage sur 'homme. ,
Les chiens àe, chasse ne sont pas les seuls animaux domestiques qu'attaque la vipère. Les ihoutons aussi ont à redouter sa morsure , surteut dans le midi de la Fraji^ce. Sur le Larme et sur les Causses de Roquefort , par exemple , «nviron cent bétes à laine succombent annuellisment , victimes du reptile. Les parties mordues sont pres({ue toujours le nez ou les lèvres. A Tinstant de la piqûre , dit M. Roche (Lubin) ^ui vient de publier une Note mtéressante sur ce sujet y dans le Journal des vétérinaires du midi , juillet et août 1^1» p. 349), à Finstant de la piqûre, l^nîmal aiiordu lève brusquement la tête et recule: il cherche bientôt à manger; quelques instants après , le point et le pourtour de la morsure se tuméfient : convulsions , défécation involontaire , bouche écumeuse , chute ; dilatation de la pu- Sille , raideur tétanique 'de Fencolure et des membres. La urée de ceite scène morbide est ordinairement de deux à trois heures.
a D'après^mdn expérience et les observations de plusieurs bergers aignes de foi , on jpeut avancer : 4* que la morsure d*une vipère en rut est smvie d'une mort presque instantanée. ^ Que deux heures après une première morsure suivie d^un Empoisonnement, la seconae morsuifé de la même vipère n est pas mortelle. 5<> Que la morsure de la vipère-aspic est plus venimeuse et plus tôt mortelle qa* celle de la vipère commune.
pour
rieur qvelaues gouttes d\
tériser profondément la plaie, après y avoir fait une incisio» «rucialt. Mais, le plus souvent, toute tentative de guéri-
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son e9t iouAle, parce qu'on ne s'aperçoit de Taccident qu'auprès que la tuméfaction de la partie piquée a commence, et par conséquent , après que le poison a déjà produit ses plus dangereux effets.
I^ vipère se tient de préférence dans les bois taillis , sur les collines pierreuses, à L'exposition du midi. Pendant l'hiver, eUe reste engourdie dans la terre ou sous les pierres. Dès que les premières influences d'un soleil printanier se font sentir, c est-à-dire de mars en mai , ces animaux sortent de leurs jetraîtes et viennent se réchauffer aux rayons du soleil ; ils se tiennent sur des feuilles mortes ou sur des mousses sèches, et restent sans mouvement , quelque danger qui les menace. Dans ce cas , la présence de l'homme ne les &it pas fuir ; elles se laissent marcher dessus sans donner le moindre signe de crainte ; mais malheur à l'imprudent qui met le j^ied sur elles : une morsure dangereuse en est toujours la smte.
On a beaucoup parlé d^une sorte de fascination que la vipère exercerait, ait-on, sur les petits oiseaux de nos bocages, tels que rossignols, fauvettes , etc. , qui , vaincus par une force invbible , iraient se précipiter d'eux-mêmes dans la gueule béante de leur redoutable ennemi. Nous croyons que Ton a tout simplement attribué à une fascination très problématique les effets produits par une peur bien réelle.
C'est l'ignorance , jointe à l'horreur naturelle qu'ails inspirent , qui a fait attribuer à tous les serpents, et même à tous les reptiles de la France , les qualités malfaisantes que la nature a départies à quelques-uns d'entre eux seulement. Toutes les histoires que l'on a débitées sur le prétendu venin des lézards, des orvets, etc. , sont des contes faits à .plaisir. L'orvet surtout , vulgairement connu sous le nom de norgne, orvert , etc. , est des plus innocents ; il ne mord pas, ne peut pas nf&tàre , et n'est pas plus dangereux qu'un ver de terre. C'est cependant sur son compte que les nabitants de la campagne mettent les plus grands mélaits.
Des Serpents des colonies.
Le» contrées in ter- tropicales , couvertes de forêts humides et marécageuses , sont la patrie par excellence des serp^ts. NulU part leurs epèces ne «ont plus multipliées, et
NUISIBLES. itft*
hs morsures de celles ^ui sont venimeuses, plus redoutables. On se hit néanmoins, en général , une idée exagérée des dangers ^u& courent les habitants de ces régions brû^ lantes*, en-,pensant, qu'ils sont sans cesse exposés à devenir les victimes de ces redoutables reptiles. On peut se promener longtemps dans les bois sans en rencontrer plus qu^en Europe ; et toutes les espèces, presque sans exception^ n'attaquent l'homme que lorsqu'elles sont inquiétées parlai, ou qu'il a marché sur leur corps sacs s'en apercevoir. Pans ce cas elles se vengent avec une promptitude qui ne permet aucune défense. Il faut donc , en errant dans les fbrèts dé l'Amérique , prendre quelques précautions à cet égard, et' ne pas marcher imprudemment devant soi , sans avoir jeté auparavant un coup-d'œil sur la route que l'on parcourt. Quelques espèces ayant l'habitude de se tenir presque constamment sur les arbres, d'où elles se laissent pendre comme des lianes, il est bon également de jeter un regard sut celles qu'on rencontre à chaque instant , si l'on ne veut pas s'exposer à une méprise fâcheuse. C'est surtout pendant [a saison des pluies , lorsque le sol est inondé , que ces reptiles sont forcés de se réfugfef sur les arbres ; on en voit alors fréquemment qui se chauffent au soleil , roulés en cercle au pomt de jonction de plusieurs branches.
Il est inutile de parler dfe toutes les espèces venimeuses des colonies : quelques-unes seulement , aepuis longtemps fameuses par les terribles effets de leur venin, méritent une mention à part : ce sont les espèces du genre crotale , vul-
t^airement désignées sous le fiom de serpents à sonnettes^ et e trigonocéphale ou vipèr» fer de lance.
Des Crotales.
Les crotales ou serpents à sonnettes sont ainsi* appelés parce qu'ils portent, à l'extrémité postérieure de leur corps, une espèce de grelot formé d'un nombre variable de petites capsules emboîtées l'une dans l'autre , sèches et mobiles , qui produisent par l'agitation rapide de la queue un bruit strident , comparable à la vibration des gousses des légumineuses desséchées et contenant encore leurs graines. Ce bruit , ^ui s'entend à la distance de trente pas environ, et ^6 l'animal produit toutes les fois qu'il est inquiété , sttfiit.
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iS2 0Bft imiLs»
prnir avartir lit sa présence ; la lenteur âes mouf enenls dit tarribltt ophidien , permet de TéTÎter, dès qu'on Ta entendu.
Outre le csractère très saillant que nous Tenons d'indiquer, les crotalfis se reconnaissent encore à leurs formes trapues , à leur tête assez grosse et terminée par un museau court et arrondi, à leurs écailles carénées ou tuberculeuses, à leur dos aminci, et à une certaine uniformité dans les teintes, qui son^ ordinairement d'un brun-jauniLtre, releyées par de larges tacbes plus foncées et en losange. On en connaît trois ou quatre espèces , toutes également dangereuses , et toutes américaines.
La plus fameuse est le crotale durissus ou crotale commun (CrakUui âurUsus des naturalistes ) , qui Tit dans r Amérique septentrionale , aux États-Unis , en Californie , et même au Mexique. Il fréquente de préférence les endroits bumides, les plantations mal entretenues, etc. Il s'introduit quelquefois dans les maisons et dans les lits , et s'il est inquiété , il blesse les bommes et les animaux domestiques, nien n'est terrible comme sa morsure. La mort , et une mort des plus promptes et des plus afi&euses en est !& eonséquence bÂbiluelle.
« Cette morsure, dit M. P. Gervais, a qui nous ayons déjà emprunté Jes détaib qui précèdent, cette morsure , quoique large , est d'abord peu sensible ; mais au bout da quelques secondes, une enflure, accompagnée d'élancements, se développe autour de la partie lésée. Cette enflure oagne bientôt le reste du corps, et après quelques minutes, la TÎe a le plus souvent cessé. L'agonie est extrêmement douloureuse : une soif inextinguible dévore le patient ; la Imgue sort de la boucbé et se tuméfie ; un sang noir coule de ses narines , et la gangrène a corrompu ses onairs. »
Les dents , cbez les crotales comme chez les autres serpents venimeux, ajoute M. le professeur Gervais, sont chargées de l'introduction du venin : elles se conservent assez longtemps sans altération. Les squelettes mêmes , quoique préparés depuis plusieurs années, ou les exemplaires conservés dans 1 alcd^t , doitent toujours être maniés avec une extrême précaution. De semblables préparations, appartenant I des serpents beaucoup moins dangereux que les
crotales» ont blessé plusieurs natoralistesi etae permettent pas de douter qu'il n'en soit de même des crotales. Sans nier Futilité des précautions que recommande M. P, Genrais, nous pensons que le danger de manier des serpents venimeux , préparés en sijueiettes ou consentes dans Talcool , n^est pas toujours aussi grand que cet habile professeur parait disposé à le croire. Il nous est arrivé plusieurs fois de Touloir inoculer le poison d*un très beau irigonocéphale fer de lance . qui fait partie des collections de la Faculté des Sciences de Toulouse^ et jamais nous n^ayons pu , en enfonçant à plusieurs reprises les crochets du reptile dans la cuisse d^un moineau , faire naître , chez ce mb\e oiseau , aucuu des symptômes de TempoisonDement. Nous venons même de répéter sans succès cette facile expérience. Nous croyons donc , avec M. E, Baudemont , qu^il n'est pas probable que le yenin des serpmts à sonnettes résiste au lessivage des linges qui en portaient des traCes , et nous rangeons parmi les contes cette histoire d'une botte fatale à ceux qui la possé-, dèrent successivement , parce qu^un crochet de crotale était resté engagé dans le cuir. ^.
Quoi qull en soit, dès qu'on a eu le malbeurd'être mordu par un serpent à sonnettes , il ne faut pas hésiter un seul instant à cautériser profondément la plaie. Le plus souvent, l'amputation immédiate de la partie lésée devient indispensable pour sauver le malade , et môme elle ne réussit pas toujours. On n'a pas oublié la déplorable histoire du nommé Brake , qui fut blessé à la main par un serpent à sonnettes, faisant partie d'une ménagerie que cet homme montrait aux habitants de Rouen. Il eut le courage d'emporter aussitôt d'un coup de hache le doigt piqué , mais ce fut en vain : quelques minutes plus tard , déchiré par d'atroces tortures , il succombait aux efiets de l'absafption ^u venin.
D'après M. de Castelnau» qui a longtemps voyagé en Amérique et à qui la'âcience est redevable d'excellentes observations sur les animaux de ce vaste continent , il parait qu'en pratiquant une forte ligature au-dessus de la partie mordue, et en desserrant à plusieurs reprises cette ligature de manière à laisser absorber chaque lois unei portion jlys petite du venin versé dans la blessure , on parvient , par ce
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fractionnement, à guérir des malades qui auraient certainement succombé à Tabsorption totale du poison.
Du Trigonocéphaie jaune oxi Vipère fer de lance.
Les trigonocéphales ressemblent beaucoup aux crotales , mais ils manquent de grelot caudal. Ce genre est entièrement américain , et remerme plusieurs espèces^ dont la plus célèbre a reçu le nom de serpent jaune des Antilles , ou vipère fer de lance (^Trigonocephdkuf lanceoîatus des naturalistes). Elle est jaune ou grisâtre et plus ou moins variée de brun ; sa taille atteint jusqu'à 6 à 7 pieds de longueur. Le trigonocépbalc lancéolé parait propre aux Antilles et à quelques autres parties de FAmérique méridionale. Comme les serpents à sonnettes et les vipères , il se nourrit de petits mammifères, et surtout des rats qui pullulent dans les plantations de cannes à sucre. Son venin est des plus redoutables; les nègres employés à la culture des cannes sont très souvent victimes de ce dangereux serpent. Afin de diminuer autant que possiMe le nombre des accidents, on est obligé de sacrifier le c^tre de la pièce où les trigonocépbales se réfugient ai^ fur et à mesure que Ton coupe les cannes : on met le feu à cette partie de la récolte, et les reptiles sont brûlés ou assommés par les nègres , lorsqu'ils cner- ' cbent à fuir.
Les remèdes employés contre la morsure des crotales , réussissent aussi quelquefois contre celle des vipères fer-delance. D'ailleurs , la nature qui met souvent' le remède à côté du mal , a accordé aux habitants des colonies quelques * spécifiques puissants contre la morsure de ces hideux reptiles : le plus célèbre est une espèce de 'liane (bejuco) qui croit abondamment dans le Ghaco et aux environs du Guayaquil , pays les plus infestés de serpents qui existent peutêtre dans le monde. Cette liane, écrasée dans d(f tafia ou de Feau , s'applique sur la blessure, et le patient en tient constamment dans sa bouche des morceaux qu'il suce et ^u'il renouvelle lorsqu'il a épuisél^es sucs qu'ils contenaient. On la prépare également en petits pains qui servent att même u|||e. A Cafenne , la racine du cotonnier broyée et infusée dffls le tafia , passe pour un remède souverain ^ et ks pos-
sesseurs de plantations en ont toujours de toute préptrée, pour s'en servir au besoin.
Au nombre des plantes auxquelles les Indiens de TAmérique du Sud attribuent des vertus curatives contre la morsure des serpents, nous devons surtout ranger leMicania gudco. On assure que la simple application des feuilles de cette plante sur la partie mordue prévient tout effet délétère , et que l'inoculation du suc du gusco préserve même de l'attaque des serpents venimeux. M. de numboldt pense que le Ùieania donne à la peau une odeur qui répugne à ces dangereux, ophidiens, et les empêche ainsi démordre les individus qui ont eu recours à cet utile spécifique.
Les grandes espèces non venimeuses connues sous le nom de Boas sont assez communes dans les savanes marécageuses,, et poursuivent quelquefois Thomme. Roulées autour d'un tronc d'arbre par l'extrémité de leur corps , elles se jettent sur leur proie et cherchent à l'étouffer en l'enlaçant dans. leurs replis. Mais ces accidents sont très rares , et les nègres, qui ne marchent jamais sans leur sabre de travail , parviennent assez facilement à se dégager. La morsure de ces espèces n*âffre pas plus de dangers que celle des autres animaux, et se guérit par les mêmes moyens.
Du Crapaud des joncs.
Il appartient à Tordre des reptiles batraciens ; les naturalistes le nomment bufo calamUa, Sa couleur est olivâtre; son dos porte un grand nombre de tubercules arrondis, de^ la grosseur d'uae lentille ; son ventre en est aussi garni , . mais ils y sont beaucoup plus petits et plus serrés. Il a une* ligne jaune longitudinale sur 1 épine du dos , une li^ne rougeâtre dentelée sut* les flancs *, ses pieds de derrière sont dépourvus de membrane. On lui trouve , sur la paume âes^ mains, deux petits tubercules osseux, qui lui servent à grimper contre les murs ,pour se retirer dans leurs fissures. il ne saute pas , mais il court avec assez de vitesse. Lorsqu'on l'inquiète , il répand une odeur empestée de poudre à canon, dette espèce vit sur la terre , et ne va dans l'eau gne pour l'accouplement et pour la ponte , qui dure pendant tout le mois de juin r ce court espace de temps suffit au crapaud pour détruire , dans les étangs , une quantité-"
ië6b DES RBF«LES <
«•nsidéraBIe de wrpes. il ce place sur la tête de ees pois" sons^» leur enfonce dans les yeux les tubercules osseux qu^it a aux mains et ne l&che prise «[ùe quand il leur a crevé les jeux. ^ .
Il serait difficile ^^expliquer quelle est Tintention du replîle prenant cette attitude singulière ; sans doute , trompé par son instinct grossier, il croit ainsi tenir sa femelle. Lorsque le temps de Taccouplemei^ est passé , et que la femelle a pondu ses œufs , il sort de Teau pour regagner sa retraite; c'est le moment le plus {ayorable pour le chercher dans les joncs, cbns les prés et le long des vieilles murailles : on fait cette chasse le soir et le matin. Muni d'une àoue, on le coupe en deux, et ce n'est qu'alors qu'on est sûr de l'avoir tué , car il a la vie très dure , et au moindre coup il sait contrefaire le mort à s'y méprendre; Oii peut encore le pêcher à la trouble , ou le prendre à l'arbalète. Ce dernier instrument ressemble à une arbalète ordinaire : mais k flèche est longue de cinq à six pieds , et attachée à la corde de l'arc ; cette flèche est terminée par un fer long de sept à huit pouces , menu , très pointu , et muni à Tertréroité , d'une barbe en crochet , comme un hameçon : ouand on aperçoit le crapftud , on présente le bout de la ilèche à six pouces de son corps , ce qui ne l'effraie pas du tout; on lâche la détente de l'arc, la flèche se trouve lancée à un pied à peu près, et l'animal est percé par le dard; oii relève l'arbalète ,. et un aide ête le crapaua d'après la fièche et achève de le tuer. Avec cet instrument un nomme peut aisément détruire , dans une mçitinée » la plus grande partie des crapauds qui peuplent un étang. Dans les pays aquatiques et marécageux où l'on est dans l'usage de manger des grenouilles , on se sert de cette arbalète pour en prendre nne très grande quantité. - ^
Tous les crapauds sont des animaux l^deux et d'un aspect dégoûtant ; ils sont lourds , couverts de verrues ou pustules^ d'où suinte une humeur fétide. Ils n'ont pas de dents ; le peu de longueur de leurs pattes de derrière ne leur permet pas de sauter , et ils ne peuvent guère se traîner qu'en rampant dans la vase. Malgré ciela , c'est injustement qu'on les aceuse d''être venimeux par leur salive , leur morsure , leur urine : mais l'humeur lac teseén te *qu'ils transpirent es
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réellement feniineusetfu moins pour les oiseau elles petits mammifères. Nous en dirons autant de celle «pie sécrètent les pustules cutanées de la Salamandre terrestre. Des Caïmans, Les caïmans sont répandus dans toutes les parties chaudes de TAmérique , et présentent plusieurs espèces dont quelques-unes atteignent une taille considérable. Une des
i>lus grandes et des plus redoutables est le caïman à lunettes' aUigaior sderops , Schneider ), qui est très commun à JBL Guyane , au Brésil , en Colombie, etc.; et qui atteint jusqu^a vingt pieds de lonç , et au-delà. Il existe en outré plusieurs autres espèces plus petites , qui ne dénassent pas six à dix pieds de long, et qui sont répandues aans les ri- YÎères, dans les marécages et les savanes de rAmériqué méridionale. Ces derniers sont confondus , à Gayenne, soua le nom de ca^imans des savanes : au Brésil , sous celui de jaquar^ , et, dans les colonies espagnoles, sous celui de jaguareys. Ces derniers sont peu à craindre pour lliomme; mais les autres , sans être aussi dangereux qu^on pourrait se Tîmaginer , causent de temps en temps quelques accidents ^ves , de plus , ils détruisent une grande quantité de poissons, de canards et antres oiseaux aquatiques.
Lorsqn^on voyage sur les rivières de la Guyane , du BrésU et de la Colombie , on trouve à chaque instant sur leurs bords des caïmans occupés à se chauffer an soleil. D'autres se tiennent au sein des eaux , ne montrant que leur museau à la surface , et attendant , dans cette position , que quelque animal se présente , ^our le saisir et Tentr^ner au tond de l'eau. Us disparaissent ordinairement quand ils ▼oient quelnu*un s'approcher d'eux. Le soir, à Feutrée de la nuit , on les entend s'appeler les uns les autres en poussant un cri assez doux et uûté , qui ressemble à l'aboiement d'un jeune chien. Si Ton imite ce cri, on les voit bientôt accourir et venir jouer autour du canot que l'on monte : en continuant ce son trop longtemps , on courrait risque qu'ils fissent chavirer l'embarcation. Il n'est pas rare de voir des nègres occupés à pêèher en ayant de l'eau jus- ^'à la ceinture , tandis que près de là il se trouve plusieurs caïmans étendus an soleil sur le rivage, ce qui prouve que ces animaux sont assez peu redoutés. Ils ne sont
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réellement dangereux que lors(m^ils sont occupés autour de leurs œufs qu'ils déposent dans le sable, par couches régulières , à une profondeur d^un pied environ , dans un trou qu^ils creusent avec leurs pattes de devant. Si Ton surprend Due femelle dans cette occupation , elle se précipite sur rimprndent qui ne prend pas la fuite, et peut lui faire au moins de graves blessures.
Ces animaux ayant les vertèbres du cou arrondies et unies les unes aux autres par des espèces de fausses côtes ou apophyses, éprouvent beaucoup de difficultés à exécuter des mouvemens de côté , et à changer de direction dans leur course , qui du reste est extrêmement ra]^ide. On peut , en conséquence, leur échapper facilement lorsqu'on est poursuivi par eux , en changeant fréquemment de direction à droite et à çauche.
Lorsqu^on est saisi par un caïman , Tunique moyen à employer pour tâcher de lui faire lâcher prise est de lui enfoncer les doigts dans les yeux , opération qui demande beaucoup de sang froid et d*a^esse. C'est ainsi que le jaguar se défend lorsqu'il est attaqué par un caïman , oa plutôt , lorsqiie l'ayant attaqué lui-même , il est saisi par flon redoutable adversaire.
Pour tuer un caïman à coups de fusil , il faut viser aux parties qui ne sont pas recouvertes d'une écaille 'impénétrable , telles que le dessous de la gorge et du ventre , ou la naissance des pattes. Partout ailleurs les balles glissent sur lui , ou s'amortissent sans produire aucun effet. On prend aussi les caïmans \ l'aide de forts hameçons qu'on amorce avec de la chair putréfiée et qu'on tend près du rivage habité par ces animaux. A Guyaquil , les nègres emrloient un moyen qui exige une grande intrépidité. Qnluid ils aperçoivent un caïman dans une rivière , un d'eux j^longe, tenant en main un morceau de bois dur , de dix-huit pouces environ de longueur , aiguisé aux deux bouts , et attaché dans son milieu à une longue corde que tiennent d^autres nègres arrêtés sur le bord. Lorsque l'animal ouvre la gueule pour saisir le plongeur, celui-ci lui enfonce le morceau de Dois dans la bouche , en le tenant debout , de sorte que le caïman, en refermant la gueule » se l'enfonce dans le palais et la gorge. Les nègres qui sont i terre le tirent
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^kloi^si et rattachent à un arbre par les pieds, et le tuent sans peine.
Pendant la saison sèche , les caïmans de la Ghiyane et des fleuves de la Colombie toinbent dans une espèce d'engourdissenient , et s^enfoncent de quelques pieos daiis la yase des marais en ne laissant passer que le bout de leur museau. Les nègres de Cayenne les prennent, lorsqu'ils sont dans cet état, de la manière suivante : ils commencent par sonder la terre avec une broche, pour s'assurer de la direction du corps de Tanimalv qnand ils l'ont trouvée , ils découvrent les pattes postérieures , et les lui attachent fortement sur le dos avec des lianes ; celles de devant subissent la même opération. Ensuite ib enlèvent la terre qui recouvre le caïman et s'emparent de lui vivant , en ayant soin d'éviter sa gueule et sa queue.
Les nègres et les Indiens mangent les œufs et la chair des jeunes cdmans. Cette nourriture leur conmiunique une forte odeur de musc qui les rend insupportables aux blancs. Du reste la chair du caïman n'est mangeable qu'assaisonnée d'une forte quantité de piment , qui en déguise le fumet.