LE BLAIREAU
famille de mammifères qui , sous ce rapport , puisse les égaler. Il est, au contraire, lourd et grossier. Son corps çst épais, ses mouvements sont lents, et sa physionomie n\'uinonce ni promptitude dans Tintelligence, ni vivacité dan» les passions. Aussi mène-t-il la vie la plus triste et la plus solitaire.
Le blaireau a été rangé par les auteurs dans la classe des animaux nuisibles, sans que cependant ses dégâts soient bien considérables, car il se nourrit ordinairement de fruits sauvages, et s^il attaque queues animaux, ce sont de petits mammifères, tels que campagnols, rats, mulots, etc. *, il se rabat même sur les insectes. Il esterai que, dans le temps des vendanges^ il manse quelques raisins et quel- {pies épis de maïs, et que , dans les prennes , il détruit quelques jeunes lapins ; mais comme' il est généralement peu multiplié, ses dépradations se bornent à fort peu de chose , et même le plus ordinairement on ne s'en aperçoit pas. Les Allemands , qui tirent un assez bon parti de sa peau, paraissent être de cet avis , puisque, loin de le détruire, ils favorisent sa multiplication.
Ils ne le chassent qu'à la un de l'automne et voici ^m-^ ment ils procèdent : Trois ou quatre chasseurs se réunissent et partent ensemble A la nuit close, armés de bâtons et munis de lanternes ; Tun d'eux porte uiie fourche :1l5 ont avi;c eux deux bons bassets qu'ils mènent en laisse, et un chien courant bon quêteur. En Allemagne, il existe une race de chiens, plus forts que le courant, ordinairement noirs, avec un collier blanc, que l'on dresse spécialement à cette chasse, et qui, par l'eiTet de l'éducation, ne suivent aucune autre espèce de gibier; c'est cette race que les chasseurs emploient pour limiers.
Une fois qu'un blaireau a été découvert par le chien courant qui s'est mis en quête, on rappelle celui-ci, on découple les bassets, et Ton poursuit l'animal. Biientôt atteint par les chiens, il se défend Vigoureusement contre eux et des dents et deè griffes. Le chasseur qui porte la fourche, la lui passe au cou, le coudie à terre, et les autres chasseurs l'assomment à coups de bâton. Si l'on veut le prendre vivant, on lui enfonce en dessous de la mâchoire inférieure un crochet de fer emmanché au bout d'un bâton *, on le
âS MAMMIFÈRES NCISIBLI8, CARNA$8IBB!i.
soulevé et on le jette dans un sac^ que l'on noue en dessus, après avoir bâillonné Taniftial au moyen d^un morceau de bois ou'on lui met dans la gaeule en travers, et dont les deux Douts sont retenus par une corde qu^on lui passe autour du cou. On conserve ces animaux vivants pour les lâcher dans un jardin (toujours ayant une muselière) et les faire fouler par les jeunes chiens que Ton élève pour cette chasse ; rien ne leur donne plus d^ardeur. Si par hasard le blaireau parvient à son terrier aVant que 1^ ciiasseurs aient eu le temps de le saisir, ceox-M se donnent bien de garde de Ty inquiéter, parce- qu'ils savent que c'est un sÂr moyen d'éloigner ces an^t^ux d'un canton, et qu'ils tiennent beaucoup à les conserver.
Ce n'est guère que la nuit que ces animaux quittent le terrier, oiî ik passent à dormir nne partie de leur vie: aussi est-on touiours sûr de les y trouver pendant le jonr^ et on les y prend aisément en ouvrant des tranchées, ou en les fumant de la même manière que nous l'avons dit pour le renard ; voyez cet art. On se sert aussi d'un chien anglais ou d'un basset pour s'assurer de la présence de Tanii^al dans son habitation ; mais ici nous devons faire une (^servation essentielle : c'est qu'il ne faut employer à ce genre de chasse qu'un chien parfaitement dressé ; car, s'il ne Test pas, il risque, surtout la première fois, de se faire estropier. Pour mettre un chien au fait, on l'instruit lorsqu'il est jeune, en le faisant entrer au terrier derrière un vieux cben accoutumé à cette chasse. Si, imprudemment, on y lance un chien non instruit et qu'il soit mordu, il se déffoûte et prend l'habitude de tromper le chasseur , c'està-dire qu'il entre dans les terriers où le blaireau n'est pas , et qu'il passe devant celbi où il est comme s'il n'y avait rien.
Il arrive assez souvent , en France , qu'un chien attrape la gale dans un terrier, car presque tous nos blaireaux en sont attaqués , lians que cela paraisse les incommoder. Pour éviter ce mal dégoûtant , aussitôt qu'on est revenu de la chasse , on lave le chien avec une forte dissolution de savon. Il paraît que cet inconvénient n'existe pas en Allema^gne.
Quelquefois le blaireau , lorsqu'il entend creuser au-des-
LBBLAttSAU. *S9
SUS de lui * se détermine à scortir de sod trou mtlftré ie cbieu , et dans ce cas , il y a un combat furieux dans lequel ce dernier reçoit toujours quelques graves blessures. Le blaireau a les mâchoires tellement fortes, qu^il u^est pas rare de lui voir enlever, d'un seul coup de ients, un lambeau de peau Bt de cbair, laissant une plaie de trois à quatre pouces de diamètre. On la guérit par Tapplication a un emplâtre fait avec la gr«isse du blaireau ou une graisse quelconque. Si Ton ne tient qu'à se délivrer de ces animaux , il est extrêmement facile de les chasser d'un canton. Il ne s'agit pour cela que de se mettre en quête de leurs terriers , de les
I inquiéter pendant une quinzame de jours de suite ,'soit en es fumant , soit seulement en défifraaant Feutrée par qoel^ ques coups de pioche ; ils s'éloigneront sans retour, et de
Quelques lieues an moins. Il fmi chercher leurs retraites ans les liei^x solitaires, escarpés; sur les collines exposées avi levant ou au midi ; dans les rochers , à piroximité des terres cultivées, mais cependant dans des taitUs fourrés et voisins des grandes forêts. Leurs terriers se distinguent aisément de ceux des renards à leur ouverture plus grande , permettant à un chien braque de moyenne taille de s'y introduire. D'ailleurs , les fumées et les empreintes de pieds sont des indices sur lesquels on ne peut guère se tromper.
Le blaireau se prend très bien aux traquenards , dessinés PL I fig, Si et 4 , que l'on amorce avec un oiseau mort , et que l'on tend à ptti de distance de son terrier, avec les mêmes précai^Aans que nous indiquerons pour le renard. On peut eTLtéee le prendre au coU^ : dans ce but , on choisit oes fik de fer très fins » que l'on fait recuire au feu pour les rendre plus souples. On en réunit trois ou quatre que l'on tortille ensemble, et l'on en forme ce que 1 on appelle un lacet , an moyen d'un nœud coulant. On tend ce lacet à l'entrée du terrier, et on le place de manière à ce que l'animal ne puisse en sortir sans tomber dans le piège. On observe si le terrier a phisieurs issues , et dans ce cas , on place un collet à chacune d'elles. L^laireau s'en aperçoit toujours, et reste trois ou quatre jours sans oser sortir ; mais ennn, poussé par la faim , il se hasarde et il est pris. Cependant , il arrive assez souvent , quand on se trouve avoir affaire à un vieux mâle , qu'il se creuse une nouvelle issue
DESTRTÎC^B , !'• PARTIE.
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ÔO MAMMiFÈRES NUISIBLES, GARNAiSâlER$.
pour sortir, et qu^uae fois hors de danger il s'éloigne dw pays pour toujours. D'autres fois , si Vo» n'arrive promptemenl pour l'assommer, las de faire des eiîorls qui Tétranglent , il cesse de tirer et vient à bout de couper le fil de fer avec ses dents. • •
Un vieux blaireau qui s'aperçoit du lacet tendu à l'entrée de son terrier, reste quelquefois cinq ou six jours et davantage sans sortir, s'il ne jpeut se creuser une autre issue à travers le^ rochers : mais bientôt il se trouve tellement pressé par la faim , qu'il est forcé de déloger. Après avoir sondé long-temps le passage , après avoir cent fftis hésité, il finit par rouler son corps en une boale aussi ronde mé possible \ puis il s*élance , fait trois ou quatre culbutesm roulant sur lui-même , et passe ainsi à trayers l^ lacet sans que . celui-ci puisse le saisir, à cause de sa forme sphérique. €e fait très extraordinaire m'a été. certifié par plusieurs Allemands , et entre antres par M. Théodore ausemihl, qui , dans sa jeunesse , avait un goût prononcé pour la énasse au blaireau, et auquel je dois beaucoup d'observations sur cette matière.
Le hausse-pied^ dessiné PI. II, fig. 10, est encore un piège dans lequel le blaireau donne assez aisément , si on le tend dans les coulées nu'il a l'habitude de prendre pour traverser les haies et les cuissons : on peut encore placer dans les mêmes lieux l'assoflunoir figuré PI. I, fig. iB.