CYLINDRES GRAVÉS EN CREUX
sur un tour à guillocher, au moyen duquel, et d'une pointe, on forme, sur la surface, le dessin qu’on veut avoir, par l'enlevage du vernis. On peut faire aussi ces dessins à, la main, comme on le pratique pour la taille-douce. Le métal étant mis à nu, on plonge le cylindre dans un bain d'acide nitrique, d’où, au bout de quelques heures, on le retire tout gravé. Ce mode de gravure, quoiqu’il y ait beaucoup à retoucher à la main, parait promettre encore plus d'économie que la gravure à la molette. On fait facilement de cette manière de simples traits parallèles, ou qui s'enlacent dans des directions quelconques. »
Observations sur la gravure en creux. — Il est d'une grande importance, dit M. Persoz, que le fabricant fasse la plus grande attention à la profondeur de sa gravure, et la règle selon la nature des étoffes qu’il imprime, celle de la couleur dont il se sert, et la manière dont cette couleur se travaille. Ce serait vainement, en effet, qu’après avoir imprimé une étoffe de coton, on demanderait à la môme gravure la même impression sur une étoffe de laine, qui exige deux ou trois fois plus de couleur; ce serait en vain aussi que l’on tenterait d’obtenir la môme nuance sur la même étoffe, et avec la môme gravure, au moyen d’un mordant d’alumine épaissi, dans un cas, et, dans un autre, à l’amidon ; le mordant épaissi à l’amidon exigeant toujours une gravure plus fine et moins nourrie, parce qu’il donne constamment des teintes plus fortes que lorsqu’il est épaissi à la gomme.
C’est pour n’avoir pas tenu compte de ces données de l’expérience, que des manufacturiers ont cru longtemps qu'il était impossible d’obtenir, avec l’amidon, des nuances aussi intenses et aussi tendres qu’avec la gomme, et ont grevé par suite leur fabrication d’inutiles dépenses.
§ 4. DE LA MACHINE A IMPRIMER. Pl. 1 Ct 2, flg. 7 et 8.
La machine que nous allons décrire ne sert qu’à imprimer les mordants à l’aide des cylindres gravés. Nous emprunterons encore cette description à feu M. Molard jeune ; personne avant lui c’avait encore décrit ces nouveaux procédés.
«La figure 7, pl. ^ représente une coupe verticale de cette machine. Le cylindrè gravé A est maintenu par son axe dan9 une position horizontale, dans des Collets de cuivré fixes, où il tourne librement, par l’elfet d’un moteur quelconque, avec une vitesse très-uniforme d’environ 36 tonrs par minute. La communication du mouvement du moteur au cylindre est établie par un manchon coulant, qu’on manœuvre avec un levier d ’embréage.
« Le réservoir B, ou auge en cuivre rouge, contient le mordant dans lequel plonge une partie du cylindre A; il est porté sur une petite sellette en fonte , qui occupe le milieu de l’intervalle, et qu’on monte et descend à l’aide d’un petit cric, que la figure ne représente pas, mais qu'on peut aisément imaginer.
» La râcloire C, ou essuyeur du cylindre gravé, porte, dans les fabriques, le nom de docteur ; c’est une lame mince d’acier fondu, maintenue dans toute sa longueur, qui est égal© à celle du cylindre, dans une pince à vis, au moyen de laquelle , et de vis de pression , on la fait appuyer contre le cylindre, en même temps qu’on lui donné, dans le sens de sa longueur, un mouvement de va-et-vient. L’essuycur est placé, comme on le voit, dans le cas où la gravure du cylindre pe porte pas de lignes longitudinales dans lesquelles il pourrait entrer; mais quand il existe de ces lignes, on lui* donne la position indiquée par la ligne ponctuée a, b.
» Une autre râcloire D, semblable à la première, mais placée derrière le cylindre, n’a pour objet que de le débar-
machine a imprimer.
rasscr des matières cotonneuses qu’il entraîne quelquefois avec lui, et qui viendraient sans cela se mêler au mordant.
» Ces râcloires d’acier, qui étaient promptement détruites par les acides qui entrent dans la composition des mordants, sont aujourd’hui remplacées par des lames minces d’un métal jaunâtre, très-dur et élastique, formé de l’alliage de douze parties de cuivre rouge sur une partie de rognures de ferblanc. Il n’a pas les mêmes inconvénients que l’acier.
» Un cylindre de pression E, en fonte de fer, de 32 centim. (1 pied) de diamètre, et de la même longueur que le cylindre gravé , est tenu dans le même plan vertical. Il est revêtu d’une ou de plusieurs chemises de flanelle ou de drap feutré, afin de lui donner un certain degré d’élasticité. Indépendamment de cette chemise de laine, on interpose encore entre les deux cylindres une toile sans fin c, d , qui circule et garantit l’enveloppe de laine de l’impression des mordants. Cette toile doit être lavée et souvent renouvelée.
» Le cylindre E, quoique très-pesant, serait loin d’exercer, par son seul poids, une pression suffisante : on y supplée au moj en des deux leviers en fer F, aux extrémités desquels on suspend des poids G et des bielles H, également en fer, qui transmettent la pression au cylindre, par ses deux tourillons. On relève ce cylindre à l’aide d’un treuil à engrenage I, et des cordes J, qui passent sur les poulies K. Ces leviers sont placés à 23 ou 26 décim. (7 ou 8 pieds) de haut, afin qu’on puisse passer facilement par-dessous. L’ensemble doit être fixé avec la plus grande solidité. Le bâti est en fonte, et formé de deux montants réunis par des traverses boulonnées.
» Les pièces de toile à imprimer étant cousues l’une au bout dé l’autre, et roulées sur de fortes bobines, percées à leur centre d'an trou carré, sont placées sur un axe de même forme, au point L, en avant de la machine à imprimer. On rend cette bobine un peu dure à tourner au moyen d’un frein ou d’une corde pressant sur une poulie à gorge que porte
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l’axe , et cela afin de tendre la toile dans le sens de sa longueur, en avant des cylindres. Cette toile, au bout de laquelle on a eu soin de coudre une autre toile vieille et assez longue pour aller des cylindres jusque par-delà l’appareil de séchage à la vapeur, dont nous parlerons plus bas, vient passer sous le rouleau M, et contre la barre de bois N, dentelée obliquement à droite et à gauche, comme on le voit fig. 8, pl. 1, faisant correspondre le point A au milieu de la largeur de la toile. Ces cannelures divergentes, qu’on fait quelquefois en cuivre, ont pour objet de faire élargir la toile avant son entrée dans les cylindres; mais, indépendamment de cc moyen , il faut encore que deux ouvriers, placés de part et d’autre, la maintiennent, avec leurs mains, parfaitement tendue. »
§ 5 . DE l’atelier et de^ autres outils.
L/atelicr dans lequel se fait l’impression des toiles doit être bien éclairé ; il doit être garni, du côté des croisées, de fortes tables solides, qui sont ordinairement en bois dur; elles seraient encore mieux en marbre ou en pierre, parce qu’elles ne se déjettent pas comme celles de bois, qu’il faut raboter de temps en temps pour les redresser. Chaque table est recouverte de deux tapis en drap ou en serge bien tendus et faciles à enlever pour être nettoyés selon le besoin , et leur en substituer d’autres, lorsque les premiers ont été salis par la couleur qui passe quelquefois à travers la toile qu’on imprime.
A côté et sur la droite de l’ouvrier est placé le baquet dont nous avons parlé, § 2 ; il est élevé sur des tréteaux à la portée de sa main san^ se baisser. Un enfant, qui lui sert d’V le, doit être constamment à côté du baquet, afin d'étendre la couleur sur le tamis de la manière convenable. Sur le derrière de la table ou établi, est fixée, par des mon-