DE SUBSTANCES FILAMENTEUSES
INTRODUCTION
L’art d’imprimer les étoffes, de quelque substance filamenteuse qu’elles soient formées, est fondé sur les mêmes principes que l’art de la teinture, dont il exige la connaissance avant tout. Pour teindre et pour imprimer, il faut savoir, non-seulement extraire les matières colorantes des substances qui les renferment, mais encore les fixer sur les étoffes par d’autres substances qu’on peut regarder comme intermédiaires, et qu’on désigne dans les ateliers sous le nom de mordants. En général, l’art d’imprimer les étoffes consiste 5. fixer sur l’une de leurs surfaces des dessins diversement coloriés, se détachant par la richesse et la vivacité de leurs nuances, sur un fond de couleur unie, celui naturel et blanc de 1’étofTe, ou celui très-varié qu’il a pu recevoir d’une teinture préalable.
L’industrie de la toile peinte, dit M. Persoz, nous vient de
Étoffes imprimées. &
INTRODUCTION
l'Orient, où elle s'exerce depuis des siècles sans avoir fait aucun progrès, puisque les procédés qu'elle emploie sont encore ceux qu’a décrits Pline l’ancien, ainsi que le constaté, outre plusieurs publications plus ou moins anciennes, une notice intéressante et détaillée sur les impressions exécutées par les Malais, que nous tenons de l’obligeance d'un naturaliste qui a longtemps séjourné dans l’Inde, M. Diard.
Les Portugais, qui découvrirent les Indes, n’en firent connaître à l’Europe que les produits ; il était réservé à un peuple plus industrieux, les Hollandais, d’y importer les procédés de leur fabrication. Cette industrie n’eut d’abord qu’une très-mince importance. L’intérêt de ces nouveaux conquérants et les caprices de la mode ne pouvaient que retarder encore longtemps l’essor d’un art où tout était à créer, lorsque la nécessité, cette mère commune de toutes les industries, vint changer l’état des choses. À l’époque des troubles religieux dont la France a été le théâtre, une population aussi active qu’intelligente fut forcée de fuir sa patrie, et de se créer à l’étranger de nouveaux moyens d’existence ; cette population, en fécondant, par un travail opiniâtre, les germes d’industrie jusqu’alors trop négligés, ouvrit pour elle^ même et pour ceux qui l’avaient accueillie, de nouvelles sources de richesses et de prospérité. Les premiers qui quittèrent la France, se rendirent en Hollande; là, étroitement unis par Tes liens de l’infortune, s’entr’aidant les uns les autres, ils s’appliquèrent avec succès à la fabrication de la toile peinte, et paraissent l’avoir exportée de ce pays, dans les deux contrées où elle avait déjà pris un certain développement au commencement du xviu c siècle.
Selon M. Thompson, en effet, ce fut un réfugié français qui établit la première lubrique à Richmond , en 1690, sur la Tamise; et, d’autre part, il est incontestable que ce fut aussi un réfugié français qui introduisit cette industrie en puisse, à la fia du xvu c siècle. Cet émigré, qui portait le
V DÎTRODUCTIOW. ^ 3
$o»fc d.ç, Jacques Deluxe, était natif de la Saintojjge,; il, se rendit dans le canton de Neufchàtcl en 1689, et, grâce à une persévérance soutenue, à une activité rare, triomphant des difficultés qui i’cntouraienb il se vit obligé en quelques années,, par les développements successifs de son industrie, à çipujger trois fois de localité. Çn 1,750, son fils était à la tète dl’uxL des étahlisseiflLÇqls les plus considérables du continent. Lé grandi non^rq d’ouvriers, qu’il employait, la fortune immense ^p’ù^uit, tout en foisantr^nçr l’atwndpnc^ autour ^ lui,, appellent l’attenliçp, et çréèient hientôt à la fabrique du, Bied, piqsi.eqçs ccncuçrçuts. De ces nouveaux fobriçjpts, foa ééS s'établirent à peu (le distance, d’autres passèrent en AUeipagpe^ çn Portugal , en franc e même, et y réalisèrent eg peu d'années d'énormes bénéfices. Oberkampï lui-mème reconnaissait avoir appris ^ Kçufchàtel tout ce qq’il savait de la toilç pçfotej et 1» So.çiété s industrielle Mulhouse nqqs apprend, dqns, sa §tatis,V<cpi^e , que les fabricants di’ipdiéDues, eq êd$ace, ne firent c(e véritables progrès qu’à partir du n|opne^ où ilp s'entourèrent d’irapriqiçurs et de graveurs de Nçufthâtçl et de Genève (1746).
K fègpe plus d’incertitude sqr l'époque à laquelle cette industrie prit pied en Allemagne. D’après Donnendorf, en 1^3, on imitait déjà à Augsbourg, sur futainç, les profite dé i’inde ; rpais il çst probable que ce n’étaient que des peintures à l’buile, puisque de l’ayeu du même auteur, ce n’est qu’en 1608 que fut accordé à Neufhofer le privilège de teindre en garance les tissus imprimés. Enfin A comme Jean B[enry, baron de Shqle, qui passe généralement pour le créateur de çette industrie en Allemagne , n 'obtint qu’en 175Û l’aqtorisation d’établir ymq manufacture d’indiennes à Augsbourg, on est forcé d’en conclure que cette industrie était loin d'avoir reçu alors, au-del(i du R bip, le développement auquel elle était arrivée, avant cette époque, dans lç^ maisons Peluze, Dupasqtiier et Pour talés,. à NeufçhàtçJ.
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INTRODUCTION
L'art d’imprimér les tissus se perfectionna peu à peu dans le courant du xvni e siècle.
A la gravure sur bois, qui remplaça insensiblement le pinceau, vint bientôt s’associer la gravure en taille-douce, et la découverte de quelques nouvelles couleurs d’enluminage, permit aux fabricants de multiplier et de varier le§ effets de leurs dessins. Vers la fin du même siècle, un homme d'un véritable génie et d’une incroyable activité, Pourtalès, petit-fils d'un Français réfugié et allié de Deluze, donna une puissante impulsion à cette industrie, en répandant ses produits sur tous les points accessibles au commerce. On travaillait pour lui en Angleterre, en Suisse, en France, en Allemagne. L’élan était donné. Bientôt J.-M. Haussmann d'un côté, et un Anglais d'un autre, trouvèrent dans l'action des acides sur les oxydes ou mordants, les moyens de réaliser des dessins blancs sur fonds .diversement coloriés; puis vint l'admirable invention des machines à imprimer d’une manière continue, que l’on doit à l'Angleterre, d'où elles ne tardèrent pas à passer en France, en Suisse, et enfin dans tous les pays industriels, malgré les peines sévères auxquelles s’exposaient ceux qui en exportaient les plans à l’étranger.
C’est M. Oberkampf, de Jouy, qui le premier a exploité, en France , l’impression au rouleau, dont il dut toutes les machines à un mécanicien anglais, M. Haudris, qui resta quinze ou dix.-huit années attaché à son établissement. Mais c’est à un modeste ouvrier français, M. Lefèvre, qui parvint à construire les machines à imprimer et à graver les rouleaux, que l’industrie française a été redevable de ces perfectionnements, à une époque où toutes relations avec l'Angleterre étaient interdites.
La chimie vint à son tour perfectionner les procédés du blanchiment et de l’avivage, jusqu’au moment où les procédés de fixation des couleurs à la vapeur ont pris naissance, et où
INTKODLCTIO!».
Perrot, en découvrant la merveilleuse machine qui porte son nom, a ouvert à l'impression des tissus une carrière nouvelle dont il serait téméraire de vouloir fixer les limites.
Les procédés sont aujourd’hui connus pour imprimer toutes sortes d’étolTes, et ce Manuel est destiné à les répandre avec tous les détails nécessaires pour en faire connaître les manipulations. Afin de mettre l’ordre nécessaire dans nos descriptions, nous avons divisé ce Manuel en trois parties, à raison des trois substances : coton et lin , laine , soie , dont nous avons à traiter.
Nous avons d’ailleurs suivi l’ordre chronologique selon lequel on a imaginé ie moyen de les fabriquer, et qui renferme en même temps l’ordre des difficultés qu'on est parvenu a vaincre. Cet ordre est le suivant : coton et lin, laine , soie. Cette division nous fournira les moyens d’abréger considérablement nos descriptions.