MÉMOIRE SUR LA GUTTA-PERC D A
Pendant plusieurs siècles, les indigènes ont employé presque uniquement la gutta-percha pour former, en la malaxant à chaud, des manches du cognées doués à froid d'une certaine souplesse et d une très-grande résistance.
Aujourd'hui on épure la gutta-percha pour de nombreuses et utiles applications, en la divisant par une sorte de ràpage dans l'eau froide, qui enlève en grande partie les matières organiques et les sels solubles, et facilite la séparation de quelques débris ligneux ainsi que des matières terreuses.
On achève l'épuration à l'eau tièdû dans plusieurs bassins, on dessèche ensuite et l'on agglomère le produit en masse pâteuse en le chauffant à 110 degrés environ, dans une chaudière à double envalpjjpc, chauffée par la vapeur.
La gutta-percha amâ préparée devient assez molle pour être adhésive et facile a souder; laminée en feuilles ou en courroies de toute épaisseur, étirée en tubes de différents diamètres, moulée sous toulcs sortes de formes, elle acquiert après s'être lentement refroidie, une solidité et une ténacité rès-graudes. Toutefois il importe de remarquer qu'une peite quantité d'eau interposée suffit pour empêcher l'adhérence entre ses parties du compromettre la résistance de ses soudures.
§ %. Propriétés de la gutta-percha usuelle. — La guttapercha manufiij;tunèmneiil. épurée est d'une couleur roussebrune; elle s'ôlectrise vite par le frottement, conduit mal l'électricité et la chaleur.
Aux températures ordinaires de notre climat, de 0 à 25 degrés, elle est douée d'une ténacité aussi fuite à peu près que celle des gros cuirs et d'une flexibilité un peu moindre ; elle s'amollit el devient sensiblement pâteuse vers -48 degrés, quoique très-consistante encore. Sa ductilité est telle, aux températures de 4ô à. 60 degrés, qu'on la peut aisément laminer en feuilles minces, étirer en Gis ou tubes; sa souplesse comme sa ductilité diminuent à mesure que la température s'abaisse. Son moulage, facilité par la température et la pression, peut reproduire les plus fins détails et le poli des moules, Elle ne possède à. aucune température cette extensibilité élastique qui caractérise le caoutchouc. Exposée durant une heure à il) degrés au-dessous de 0, elle a conservé sa. souplesse, un peu amoindrie.
§ 3. Sous ses différentes formes, la gutta-percha est douée d'une porosité particulière. Voici comment on peut aisément constater sa disposition remarquable a prendre cette structure poreuse : Une goutte de solution dans le sulfure de carbone est posée sur uneïame de verre ; l'évaporation spouta-
née réduit bientôt cette solution a une lamelle blanchâtre ; observée alors sous le microscope, on y peut clairement discerner les nombreuses cavités dont elle est toute criblée. On rend ces cavités plus visibles encore au moyen d'une goutte d'eau ; le liquide s'insinue peu à peu en dilatant les parois, et bientôt la masse apparaît plus opaque ; sous le microscope, ses cavités su montrent agrandies.
On obtient des résultats analogues en tenant longtemps immergés dans l'eau des feuillets minces, obtenus trauspiirents par l'évaporation a chaud, d'une solution de guttapercha.
§ 4. Les observations qui précèdent me conduisirent a penser que cette substance, en vertu jl» sa porosité, retenant en grand nombru des minimes 9u lies d'air, devait à. cette interposition l'apparence d'une densité plus faible que celle de l'eau, et que l'on avait supposée égale à 0,979.
En effet, en soumettant la gutla-percha sèche à un étirage sons une forte pression, et découpant aussitôt en très-petits morceaux les lanières ainsi obtenues et plongées dans l'eau, on voit la plupart des fragments tomber au fond du vase : les uns immédiatement, les autres après avoir absorbé une certaine quantité d'eau. Le môme résultat s'obtient encore en tenant immergées pendant un mois, dans de l'eau privée d'air, des feuilles très-minces préparées par différents moyens : leurs pores se remplissant peu à peu de liquide, elles deviennent alors plus pesantes que l'eau et cessent de surnager. D'ailleurs la gutta-percha est d'autantplus pesante qu'elle a été depuis longtemps exposée a l'air, surtout en feuilles minces- La structure poreuse de la gutla-percha se change en une contexti'je libreuse sous un elfort de traction qui peut doubler sa longueur; alors, devenue peu extensible, elle supporte, avant de se rompre, un effort plus que double de celui employé pour produire le premier allongement (1).
§ 5. La gutta-percha usuelle résiste à l'eau froide, à l'humidité, comme aux différentes influences qui excitent les fermentations; mais elle peut être amollie, éprouver un©
(0 Uns irci-mincc lanière, Je -20 ccni. de long, 3.6 cent, do largo et 3 «mimillio. iVi ; paiijeur, louir.iiu à une traction graduée, à l'aide de poids ajoutai par 10 (jrtraunei, l'ett nlloBHiÇe juiqu'i 43 caniio. >oui on effort de 1.098 gramme). L' allonge m cm fat de moitié moindre, 43-}- 13=65 cenlim. pour an poldi lolftl pmque double = 3,008 gramme. U rupture eut lieu tou* un raidi de M38 gramme*, apfêa ua bobtcI allon- H«nent de 1 lembu. en deux foli ; le remit fut de *,5 cenlim. La température <!• l'air ■ 19 degré* pendant cette » périt oc.
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sorte de fusion piteuse, superficielle, sous l'influence des rayons solaires de l'été.
Elle n'est pas attaquée par les solutions alcalines, mémo caustiques et concentrées ; l'ammoniaque, les diverses solutions salines, l'eau chargée d'acide carbonique, les diMérenl* acides végétaux .et les minéraux étendus , sont sans action sur elle ; les boissons légèrement alcooliques (vin, cidre, bière) ne l'attaquent pas ; l'eau-de-vie même en dissout à peine des traces. L'imile d'olive ne parait pas attaquer à froid la gultaperclia; elle la dissout en faible proportion à chaud et !a laisse précipiter par le refroidissement.
§ 6. L'acide sulfurique à un équivalent d'eau la colore en brun et la désagrège avec dégagement sensible d'acide sulfureux.
L'acide cblorhydrique en solution saturée dans l'eau, pour la température de 20 degrés, attaque lentement la guUapercha et la colore en brun de plus en plus foncé, et, à la longue, la rend cassante.
L'acide azotique mono-hydraté l'attaque très-vivement, avec effervescence et dégagement d'abondantes vapeurs d'acide hypo -azotique ; la matière se désagrège, se colore en rouge-orangé brun, devient pâteuse, puis se solidifie par degrés et reste friable.
A froid, et même à chaud, uue partie seulement (0.15 à 0.22) de gutta-percha peut se dissoudre dans l'alcool et dans Tétlier anhydres.
La benzine et l'essence de térébenthine la dissolvent partiellement à froid, mais presque en totalité à chaud.
Le sulfure de carbone et te chloroforme dissolvent à froid la gutta-percha; les solutions peuvent être filtrées sous une eloche bien close qui prévienne l'évaporation ; le filtre retient les matières étrangères colorées en brun-rougoàtre, tandis que la solution passe limpide et presque incolore.
Le liquide filtré, exposé à l'air dans une soucoupe, laisse dégager le dissolvant et déposer la gutta-percha blanche en une lame plus ou moins épaisse, qui prend un retrait gradué à mesure que le liquide interposé se volatilise.
Sauf la coloration qui a disparu, la gutta-percha offre alors les caractères et les propriétés indiquées ci-dessus de la matière commerciale. Soumise il une température graduellement élevée, elle s'amollit, se fond, et peut entrer en ébullition sans se colorer sensiblement : le liquide diaphane donne d'abondantes vapeurs coudensablos en un liquide huileux presque incolore.
Les dernières portions distillées sont colorées en orangé-
brun, il reste un dépôt charbonneux en couche mince adhfrente aux parois du vase.
§ 7. Analyse immédiate. — Nous avons dit que l'alcool et l'éther ne peuvent dissoudre qu'une partie de la guttapercha; c'est que cette substance, ainsi que nous l'avons annonce" dans notre premier mémoire, est en effet composée de trois principes immédiats, dont la séparation a exigé des observations assez délicates, bien que, par plusieurs de leurs propriétés, ils fussent très-nettement distincts.
Si l'on met en contact à froid la gutta-percha en minces feuillets avec quinze à vingt fois son volume d'alcool anhydre, puis que l'on élève lentement au bain-maric la températurc jusqu'à (-(-78 degrés) l'ébullilion, soutenue durant quelques heures en vases clos, le liquide liltré bouillant et abandonné dans un flacon fermé commencera, au bout de douze à vingt-quatre ou trente-six heures, à déposer sur les parois du vase, et jusqu'au niveau de la' solution, des granules blancs, opalins, distants les uns des autres, quelquesuns groupés ; leur volume s'accroîtra graduellement durant plusieurs jours.
Ces granules, attentivement examinés sous le microscope, affectent les formes de sphérules tronquées par les parois du vase. Leur superficie est lisse ou hérissée de très-petits cristaux diaphanes, lamelleux, allongés. Quelques fissures superficielles semblent indiquer que ces sphérules sont formées d'une sorte de noyau diaphane jaunâtre, recouvert d'une pellicule blanche.
Tel est réellement leur singulière structure cristalline, dont on ne connaît peut-être pas d'autre exemple; en effet, l'alcool anhydre dissout à froid toute la substance sphéro'idale, jaune, sous-jacente, tandis que les pellicules superficielles, dans l'intérieur desquelles l'alcool, moins dense, s'est substitué au globule solide, paraissent alors plus blanches et moins translucides.
§ 8. La solution alcoolique qui a déposé durant plusieurs jours l'espèce de cristallisation sphéroidale complexe, peut de nouveau enlever à chaud une partie des deux principes immédiats restés dans la substance, et eu laisser cristalliser une nouvelle quantité par le refroidissement. On achève cette extraction en renouvelant à plusieurs reprises l'alcool bouillant sur la gutta-perchaj jusqu'à ce qu'il ne dissolve plus rien.
La substance solide qui a résisté à l'action du dissolvant est douée, sauf quelques modifications, des principales propriétés de la gutta-pereba brute, nous la désignerons ici