‹ Nouveau manuel complet du graveur en creux et en relief (volume 2)Chapitre 8 sur 93 · GRAVURE A ROIS BRULE · texte numérisé non relu

GRAVURE A ROIS BRULE

duit à la main et reçoit l'action de l'outil. Echauffé à une température déterminée, celui-ci pénètre le bois à une profondeur constante, en le brûlant, et produit ainsi un creux dont les contours ont une netteté et une régularité admirables. On arrive de la sorte à produire en deux ou trois jours au plus, une planche ou une matrice qui exigeait un mois souvent dans le système du bois avec cuivres implantés en relief, et une semaine au moins avec la méthode de gravure en creux par compression de bois.

Le bois soumis au travail de la mortaiseüse doit être préparé d’une façon spéciale, dans le but d’empêcher les fendillements sous l’action de l’outil brûleur et de la flamme de gaz. C’est ordinairement du tilleul de choix, et la préparation consiste dans une mise au four conduite avec les plus grands soins.

Les matrices obtenues à la mortaiseüse servent à la production de clichés qu’on obtient en coulant dans cette matrice en bois un métal composé ainsi :

Plomb . 1/3

Bismuth . 1/3

Zinc . 1/3.

Antimoine . 1/20 du tout.

Cet alliage, qui doit à l’antimoine une dureté très convenable, donne des empreintes d’une très grande finesse.

Chaque bois brûlé en creux est recouvert et comprimé par un bois dressé muni d’une série de rainures destinées à distribuer le métal liquide, et com-

GIIÀVlîKË SI H BOIS

muniquant avec un orifice ou jet principal qui reçoit l’alliage en fusion.

Les clichés ainsi obtenus, après avoir été assemblés et fixés sur un bois pour former la planche d’impression, doivent être soumis au dernier travail, le rabotage, qu'il importe d’indiquer. On verse sur la planche de la colophane en fusion qui remplit toutes les parties creuses du cliché d'assemblage. Ainsi garnie, la planche est soumise à l’action d’une machine à raboter.

La colophane ayant été dissoute ensuite par l’essence de térébenthine, la planche est prête à fonctionner ; elle exige à peine une révision et un travail de grattoir vertical à la main pour faire disparaître quelques imperfections de détail.

§ 10. PLANOTYFIE.

Le planotype est le nom d’une nouvelle machine américaine à graver sur bois. Elle a quelque peu la forme d'une machine à coudre, et son principal organe est une pointe verticale en acier maintenue rouge par un jet de gaz enflammé. Au-dessous de cette pointe, on dresse le morceau de bois de pommier qui doit recevoir la gravure et qui a reçu le dessin; par un double mouvement de va-et-vient et de haut en bas, la pointe suit le trait du dessin, et pénètre dans le bois en le brûlant et en le creusant; quand le dessin est ainsi gravé en creux, on en prend l’empreinte avec du métal d’imprimerie, et l’on obtient un cliché qui peut servir à l’impression.

PYROGRAVURE

§ U. PYROGRAVURE.

M. Manuel-Périer a soumis à la Société d’encouragement, en 1888, un nouveau procédé de gravure au bois brûlé qu’il applique de la manière suivante. On produit des traits creux aussi facilement que l’on dessine à la plume ou au crayon, au moyen d’une pointe de métal rougie par le feu. M. Périer se sert de préférence, pour rougir cette pointe, du cautérisateur Paquelin, employé en chirurgie. C’est de l’air chargé de vapeurs carburées, qui, en brûlant, maintient au rouge l’extrémité de l’instrument légèrement recourbée. On promène la pointe incandescente sur le bois comme on le ferait d’une plume. L’art trouvera dans la pyrogravure un moyen d’utiliser le talent de l’artiste et l’habileté de l'ouvrier.

On est guidé dans l’exécution de ces travaux par différentes teintes que prennent les traits : noir, brun, rouge, bistre. La teinte est d’autant plus foncée que la gravure et plus profonde.

On obtient de* très beaux effets, en suivant les règles que nous avons données pour la gravure au burin et à la pointe. La pyrogravure sur bois n’a pas la sécheresse de trait de la gravure à la pointe ou à l’échoppe. Le portrait y réussit remarquablement bien.

M. Manuel-Périer a fait à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale une communication sur l’appareil qu’il a créé pour son procédé de gravure. Nous résumons ci-après son mémoire :

GRAVURE SUR ROIS

Jusqu'ici, tous ceux qui, après M. Manuel-Périer, se sont occupés de graver à la pointe de feu, n’avaient à leur service que les instruments spécialement créés pour la chirurgie et que M. Manuel- Périer avait, le premier, appliqués à la gravure sur bois. Ces instruments présentent, pour leur nouvelle utilisation, des inconvénients nombreux :

1° Soufflerie à soufflet ou à la poire Richardson, exigeant l’action continue du dessinateur qu'elle gène dans son travail;

2° Réglage et abaissement impossibles de la température pour les matières délicates et faciles à brûler;

3° Saturateur à liquide libre, rendant possibles les accidents et la projection de l’hydrocarbure dans la pointe du thermo traceur;

4° Échauffement, rapide du manche du thermo traceur dont la chaleur devient tellement insupportable après quelques minutes qu’elle rend impossible un travail suivi et prolongé.

L’appareil présenté par M. Manuel-Périer supprime complètement tous ces graves inconvénients.

1° La soufflerie automatique, indépendante du dessinateur, lui laisse l’entière liberté de ses mains. Elle se compose d’un petit gazomètre dont la cuve est annulaire pour le rendre plus léger. La cloche, munie à son sommet d’une soupape à piston pour l’introduction de l’air, est guidée et maintenue par une tringle mobile courbée en U renversé ;

2° Le réglage de la température du thermo traceur et son maintien constant au degré voulu sont obte-

PYROGRAVURE -

nus à l’aide de poids gradués placés sur la cloche. On les laisse tous ou on diminue leur nombre suivant la dureté ou la délicatesse de la matière à graver;

3° La projection de l’hydrocarbure liquide dans la pointe du thermo est absolument impossible et la sécurité est complète. Le saturateur, en métal, fixé sur la cloche, ne peut se renverser. De plus, il est garni d’éponges qui s’opposent à l’écoulement du liquide dont elles sont imbibées;

4° Le manche du nouveau thermo traceur ne peut jamais s’échauffer. Il est rafraîchi par un courant d’air amené directement du gazomètre et qui circule dans le manche creux autour du tube métallique central. Cette ingénieuse disposition, qui n’existe dans aucun autre outil, permet seule un travail prolongé. Elle a de plus l’avantage d’assurer au dessinateur la fermeté de sa main ; il peut, en la rapprochant de la pointe, tenir et manier le thermo traceur comme un crayon.

A la suite de ces explications, M. Manuel-Périer a fait fonctionner son appareil dont les nouvelles et spéciales dispositions font un instrument simple, pratique, facile à manier et également utile aux artistes, aux industriels et aux amateurs.

Comme nouvelles applications, leur auteur a montré des panneaux, pyrogravure sur bois et cuir rehaussée de légères peintures de diverses couleurs, des dessins pyrogravés sur velours de coton, des gaufrages à la main sur velours de soie et sur cuirs.

GRAVURE SUR BOIS

§ 12. Procédé Delaurier.

M. Delaurier indique un mode de gravure sur bois qui peut donner, par des moyens très simples, les mêmes effets que la pyrogravure.

En 1869, étudiant une pile de son invention, il se servait d'agitateurs en bois pour faire dissoudre le bichromate de potasse ou d’autres sels qu’il mettait dans un mélange d’eau et d’acide sulfurique. Ces agitateurs peu à peu se dissolvaient, sans cependant se carboniser, comme cela a lieu avec l’acide sulfurique, surtout lorsque celui-ci est concentré, et sans se ramollir non plus comme avec l’acide azotique.

A cette époque, M. Delaurier n’a pas cherché à savoir ce qui se passait, quoique cela puisse avoir une importance scientifique et peut-être industrielle; mais il a pensé que l’on pourrait utiliser cette observation pour faire de la gravure sur bois. On couvrirait ce bois avec un vernis, et on dessinerait à la pointe, comme pour la gravure sur métaux. Il en fit l’essai, et réussit parfaitement.

M. Delaurier indique la composition suivante pour le liquide servant à graver : 6 parties d’eau, -i d’acide sulfurique et 1 de bichromatç de soude.

Nous représentons, figure 35, un instrument appelé pyrographe , destiné aux amateurs et aux artistes.

L’appareil offre l’aspect- d’un crayon ordinaire terminé d’un bout par une pointe creuse en platine, et relié de l’autre par un tube en caoutchouc à une poire formant soufflet. Ce tube est interrompu en son

PROCÉDÉ DELAURIER

milieu par un bouchon à deux ouvertures fermant hermétiquement l’orifice d’un flacon d’essence miné¬

rale : par une des branches de ce tuyau l’air, est insufflé dans la bouteille; par l’autre, il ressort chargé de vapeurs et va aboutir au platine qu’il maintient incandescent si ce dernier a été préalablement chauffé au rouge sur la flamme d’une lampe à alcool.

Fig. 36.

Le dessinateur tenant la poire de la main gauche et son crayon de la main droite (fig. 36), présente

GRAVURE EN RELIEF SUR MÉTAL

d’abord le bec de platine à la lampe à alcool : au bon t de quelques secondes, ce métal est porté au rouge cerise; à ce moment, on donne une première près- * sion sur la poire, on retiré le platine de la llamme (que l’on peut dès lors éteindre), et l’on continue à presser sur le ventilateur pour entretenir l'incandescence du platine.

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