‹ Nouveau manuel complet du graveur en creux et en relief (volume 2)Chapitre 85 sur 93 · TIMBRES-POSTE · texte numérisé non relu

TIMBRES-POSTE

ne faisais aucune condition à l’administration, organisant les ateliers nécessaires à mes frais et promettant une économie de plus de 200,000 fr. sur les frais de la première commande de la poste, calculée au prix de M. Perkins. Le ministre me chargea du travail.

Les procédés dont je dispose se prêtaient également à la multiplication de tout genre de gravure en taille douce comme en taille de relief ; j’avais le choix entre l’impression en taille douce et l’impression typographique. De nombreuses expériences faites autrefois à la demande de MM. les ministres des finances Humann et Laplagne, sur la contrefaçon des timbres légaux, m'avaient démontré que la gravure en relief ou typographique est celle qui offre le plus de garanties contre le faux, en admettant qu’elle soit exécutée dans certaines conditions spécialés, et imprimée de manière à rendre à la fois le report sur pierre lithographique et sur métal absolument impropre à produire des épreuves, et cà paralyser complètement les procédés anastatiques, chimiques, électro-chimiques, photographiques, etc.

Certain d’atteindre un tel résultat pour mes timbres, je m’arrêtai au système typographique. J’étais encore confirmé dans ce choix par l’exemple de la Banque de France, dont les billets en taille de relief, ne sont point contrefaits sérieusement, quand -ceux en taille douce des autres pays, le sont si fréquemment et si facilement.

Le coin type fut gravé en cinq semaines. Dans un temps égal, les ateliers de fabrication furent créés et

les planches portant 300 timbres exécutées. Quelques jours de tirage avec des presses à bras ordinaires, à raison de 1,200,000 timbres-poste par jour, me suffirent pour livrer à la direction générale des postes l’approvisionnement abondant de tous ses bureaux ; les timbres purent être répandus dans toutes les communes de France, en Corse et en Algérie, avant le 1er janvier I8i9, bien qu’il en restât près de 10 millions en magasin.

Les timlâres-poste, aujourd’hui de cinq valeurs différentes, sont imprimés en couleurs distinctes, sur des papiers teintés en diminutif de la couleur de l’impression. L’impression noire est abandonnée dans un intérêt de service (le noir est réservé pour l'annulation).

Le gommage des feuilles, qui s’opère d’une manière très simple, n’a rien de malsain ni de repoussant comme celui des postage-stamps anglais. 11 ne rend pas la gravure indistincte en la noircissant par la transparence du papier, comme cela arrive le plus souvent aux timbres-poste anglais, et ceux de l’Union américaine et d’ailleurs. Il adhère facilement et très parfaitement aux lettres, en conservant toujours beaucoup de flexibilité.

L’oblitération ou annulation qui se pratique dans les bureaux de poste à l’aide d’une encre typographique noire très commune, est complète et entièrement à l’abri du lavage; des expériences multipliées ■ et très décisives l'ont prouvé.

Un des caractères particuliers du timbre-poste typographique qui le ferait distinguer au premier coup-

TIJIBRES-POSTF.

d’œil de toute imitation par tout procédé de gravure, c’est la fermeté des tailles et du trait et la netteté dé l’impression ; ces qualités précieuses, qui font résister le papier et la gravure à l’action noircissante du gommage et au froissement réitéré de la circulation, permettent toujours aux employés des postes et au public l’examen véritable des petites images. Ce caractère manque tout à fait aux timbres dus au système Perkins, dont la garantie consiste en beaucoup de finesse et dé douceur, qualités inappréciables pour les employés et le public qui n’examinent pas à la loupé, et que la mauvaise fabrication remplace le plus souvent par un ton douteux et sali, favorable à la contrefaçon. Ce défaut provient encore de l’imperfection du gommage ou du moindre froissement entre des papiers ou dans les poches.

Avec quelque talent et de la patience, il est incontestable que le timbre en taille douce peut être contrefait par la taille douce ou par le report anastatique. Il n’est pas douteux, d’un autre côté, que toute contrefaçon de mes timbres typographiques est impossible par le report, et que toute imitation par un procédé de gravure en taille douce quelconque ou de lithographie sera toujours reconnu à l'aspect seul, c’est-à-dire sans examen minutieux. La distribution de l’encre offre d’abord un caractère essentiel et convaincant pour l’expert.

La gravure d’épargne et en relief sur acier d’un timbre typographique présentant les garanties que je cherche, exige un graveur habile et expérimenté ; on

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en compte peu en France, moins encore à l’étranger. Le graveur, auteur du type primitif, ne se copiait pas exactement, quel que fût d’ailleurs son talent.

D'un autre côté, la contrefaçon par feuilles des timbres paraît seule capable de tenter la cupidité d’un faussaire habile; or, en admettant un type contrefait, il faudrait encore composer une planche, et mon procédé est l’unique qui permette de multiplier identiquement des planches et gravure d’épargne, comme des billets de la Banque de France, des cartes à jouer et des timbres-poste. En outre, mes planches d’un seul morceau de métal capables de tirer plusieurs centaines de millions de timbres, sans altération, sont composées de timbres espacés entre eux avec une rigueur toute mathématique et suivant des lignes absolument droites et perpendiculaires entre elles, résultat que ne peut atteindre aucun moyen mécanique ou artistique connu. 11 y a donc lieu de penser et de dire que, si mon système typographique est supérieur au procédé de taille douce sidérographique dans la pratique postale, il le dépasse également en garantie et sous le rapport économique, etc.

Pour donner une idée de la consommation des timbres-poste, voici le recensement des lettres, cartes et imprimés divers envoyés par la poste en 1886 :

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