‹ Nouveau manuel complet du graveur en creux et en reliefChapitre 119 sur 122 · GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS

est restée bien en arrière, et on remarque souvent avec peine sur la plus belle planche des contre-sens de géographie physique, des fautes de perspective, ou bien une ignorance totale des effets de la lumière.

Un graveur de topographie distingué (1), qui sentait que son art ne consiste pas seulement à tracer sur du cuivre des hachures plus ou moins hardies, pures, légères, brillantes et bien fondues, mais à représenter la nature, dans toutes ses parties, aussi fidèlement que possible et de la façon la plus agréable à l’œil, a exprimé ainsi son sentiment :

« Nous envisagerons cet art sous deux points es- » sentiels, laissant de côté et les anciennes méthodes, » qui ont si longtemps rendu les graveurs esclaves, et » les systèmes que leurs auteurs eux-mêmes ont de » la peine à expliquer, et qui, loin d’aider à l’intelli- » gence de l’art, ne font que le rendre plus inintel- » ligible ; c’est dans l’imitation de la nature que nous » trouverons les premières instructions, et que nous » chercherons les moyens d’être clairs et vrais. Celui » qui considère une carte topographique doit se sup- » poser élevéau dessus des lieux qu’il veut connaître,

(1) M. Caplin, élève de Blondeau, a dirigé ses études vers le paysage. Reportant ensuite les effets qui s’offrent à ses yeux, à la projection horizontale, il a modelé des reliefs pour étudier le jeu de la lumière, il a acquis des connaissances géologiques indispensables à celui qui veut déterminer les formes des terrains et les causes qui les ont produites ; enfin cet artiste a fait les plus grands efforts pour perfectionner la gravure de la topographie, et ses efforts ont été couronnés par d’honorables succès. Une carte de l'île de Candie,

■ pour la gravure de laquelle M. Caplin a moins considéré les moyens ordinaires et les systèmes convenus, que l’effet qu’.il voulait produire, est une planche tout à fait remarquable et qui promet d’autres innovations très favorables au perfectionnement de cet art.

Graveur. — I. 19

» et voyager dans le pays dont la représentation est » sous ses yeux ; mais pour faire bien comprendre le » relief du terrain, pour donner une image à la fois » précise et pittoresque, il y a de grands obstacles à » vaincre, et le plus ordinairement on ne tient pas » compte à l’artiste des efforts qu'il fait pour les sur- » monter.

» Il est facile de copier la nature et d’en saisir les » effets quand elle peut être embrassée d’un coup- » d’œil, comme dans un paysage ; mais quand il » s’agit d’une contrée tout entière, que l’on ne peut » voir que par partie, et qu’il faut joindre au pres- » tige de la perspective et du jeu de la lumière une » précision rigoureuse et géométrique, alors il faut » nécessairement être guidé par un instinct qui ne » peut être acquis que par une longue suite d’obser- » vations et une connaissance approfondie de la na- » ture, des foymes et du faciès que présente le sol » dans telle ou telle circonstance ; il faut pouvoir se » le figurer dans la pensée et le peindre ensuite » comme on ferait de souvenir le portrait d’une per- » sonne absente. La théorie de l’art du topographe » se rapproche donc beaucoup de celle de l’art du » paysagiste, et peut seule donner les moyens d’ex- » primer les grandes vérités de la nature et les ano- » malies qui s’y rattachent; le dessin, la perspective, » le coloris, et surtout un tact tin, doivent être le » partage du graveur qui veut se distinguer : l’imi- » tation de la nature doit être son but. »

La pratique doit ensuite attirer toute l’attention de l’artiste : doit-il se conformer aux usages reçus, se traîner péniblement sur les pas de ses devanciers, ne chercher qu’à faire des tailles brillantes, bien dispo-

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