‹ Nouveau manuel complet du graveur en creux et en reliefChapitre 18 sur 122 · VI. — Théorie de l’art · texte numérisé non relu

VI. — Théorie de l’art

La taille principale doit être tracée dans le sens du muscle, si ce sont des chairs que l’on grave; elle doit suivre la marche des plis des draperies; être horizontale, inclinée, perpendiculaire, suivant les différentes inégalités du terrain, si l’on a des terrasses à graver. Gomme on peut en établir la première taille horizontale ou perpendiculaire, le sens de la perpendiculaire doit être préféré dans les colonnes, parce qu’une colonne ayant bien plus de hauteur que de diamètre, doit être considérée plutôt comme un corps qui a de la longueur, que comme un corps qui a de la largeur: mais surtout, parce que, si l’on préférait de la graver suivant sa dimension en largeur, on serait obligé de tenir la taille concave vers la base, horizontale au milieu, et convexe vers le chapiteau, ce qui ferait un effet désagréable à l’œil. C’est bien assez de recourir à ce moyen, quand le ton oblige de soutenir la première taille concave par une seconde; mais, comme dans une composition historique, il est rare que l’on voie une colonne entière, le graveur peut souvent établir sa taille suivant le diamètre de la colonne.

Il faut encore considérer qu’une fabrique peut être vue de face ou fuyante : c’est uniquement quand elle est vue de face que les tailles peuvent être horizontales; si elle est vue en fuyant, les tailles doivent suivre la ligne que leur prescrit la perspective, et tendre au point de vue.

On peut observer dans la gravure des draperies, que lorsqu’un pli est long et étroit, la taille principale

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doit suivre la longueur du pli, en se resserrant à son origine; elle doit tendre à la ligne perpendiculaire dans les plis tombants, et suivre la largeur des plis lorsqu’ils sont amples. Une pratique contraire et l’affectation de ne pas abandonner l’ordre des travaux une fois établi, dans les occasions même où il y aurait eu de l'art à le quitter brusquement, a répandu de la mollesse sur les estampes de Bloemaert et de ses imitateurs. Ce sont les graveurs qui ont employé le mélange de la pointe et du burin, et surtout Gérard Audran, qui, par leur exemple, ont détourné de ce procédé vicieux, même les graveurs au burin pur.

Quelques estampes A' Augustin Carrache, et surtout son Saint-Gérôme , peuvent donner de savantes leçons sur l’art d’établir les premiers travaux des chairs.

Quelquefois, dans les chairs d’hommes, la taille principale peut suivre, surtout vers le contour, la longueur du muscle. Ce travail, un peu raide et dont il ne faut pas abuser, exprime bien la force de l’action.

Dans les raccourcis, la taille doit suivre le sens que lui impose la perspective; quand un membre fuit par le trait, il serait ridicule qu’il avançât par le travail.

Les principes que nous venons d’établir ne sont pas toujours bien évidemment suivis dans les eauxfortes des peintres; mais les licences agréables que se sont permises quelques artistes, ne sont pas des règles. De ce que Bencdetto , Rembrandt et même La Belle, se sont permis de jouer avec la pointe, parce qu’ils prévoyaient tous les agréments qui résulteraient de ce jeu, on ne conclura pas que l’art doit toujours être traité comme un ingénieux badi-

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nage ; d’ailleurs, en. observant bien leur travail, on verra facilement que les règles y sont moins enfreintes que dissimulées.

On sentira, sans qu’il soit besoin d’en avertir, que les travaux des premiers plans devant être plus nour- | ris que ceux des plans reculés, les ombres plus j fortes que les demi-teintes, les terrasses plus brutes que les chairs et les draperies, qu’il ne faut pas tracer l’ouvrage avec la même pointe ; enfin que certains travaux demandent à être tracés avec une pointe plus forte et d’autres avec une pointe plus déliée.

Sans nous arrêter à l’exemple de Mellan et à celui de plusieurs graveurs en petit, on peut dire généralement qu’un, seul rang de tailles ne suffit pas à rendre tous les tons qui doivent entrer dans une estampe. La première doit souvent être croisée d’une seconde, et quelquefois même d’une troisième et d’une quatrième : de là résultent différents grains dont les objets reçoivent la variété qui les caractérise.

Quoiqu’on ne se risque pas souvent à établir des troisièmes, et encore moins des quatrièmes tailles à l’eau-forte, parce que l’acide causerait des accidents graves au vernis, dans les endroits où il serait surchargé de travaux, nous dirons cependant ici, en passant, que la seconde taille doit être plus écartée et plus fine que la première, la troisième plus que la seconde, et la quatrième encore davantage.

Quand il ne s’agit que de sacrifier entièrement une partie, en sorte que les travaux n’en puissent être distingués, il devient inutile de suivre scrupuleusement cette règle.

Dans les travaux des chairs, la première et la seconde taille doivent former par leurs sections plutôt

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des losanges que des carrés. Le carré sera réservé pour les matières inflexibles comme la pierre. Le demi-losange ou même le losange parfait conviennent mieux à la mollesse de la chair. Les chairs de femme étant plus délicates, doivent donc tendre plutôt au losange parfait, et celles d'homme, approcher davantage du carré. 11 est à propos d’éviter le losange parfait-, et à plus forte raison le losange outré, dans les parties qui doivent être poussées à un ton vigoureux, parce qu'il faudrait trop de petits travaux pour'éteindre le blanc que ce grain laisserait.

Après avoir ébauché à la pointe les ombres des chairs par des travaux nourris et profonds, et les demi- teintes par des travaux plus légers, et souventpar une seule1 taille, on a besoin d’un travail plus léger encore pour parvenir doucement à la lumière. Ce. t-rav -.il consiste en points ; on peut le prendre d’un peu loin, le commencer par des points longs et en forme de tailles interrompues, et le terminer par des points ronds. L’artiste peut, suivant que le goût l’inspire et que la chair qu'il doit traiter est, délicate, tracer des points longs en lignes droites ou leur faire décrire de faibles courbes.

Un graveur très justement célèbre, M. Cochin, a conseillé de ranger les points ronds avec beaucoup d’ordre, parce que l’épaisseur du vernis occasionnera toujours dans cet ordre de faibles dérangements qui les éloigneront assez de la froide régularité. On les rangera donc, suivant son conseil, comme les tailles dont il sont la continuation, et l’on aura soin qu’ils ne soient pas les uns dessous des autres, mais que chaque point d’une taille ponctuée réponde à un blanc de la taille ponctuée supérieure et inférieure.

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Cependant, si l’on veut traiter quelques parties en points empâtés, comme Gérard Âudran en a laisse des exemples, on pourra, l’eau-forte terminée, établir sans ordre des points, qui n’auront d autre fonction que celle de peindre ; des points plus nourris seront empâtés par d’autres plus légers et moins profonds.

Ce premier travail pourra n’être pas agréable pai lui-même; mais il sera facile, en terminant, de le nettoyer et d’achever de le peindre par un mélangé d’autres points au burin et à la pointe sèche. Ce procédé peut avoir ses agréments et ses avantages ; il est du nombre de ceux qu’on ne doit conseiller aux artistes, de suivre ni d’éviter, ni parce que dans ces opérations, indifférentes par elles-mêmes, et qui doivent tout leur mérite à l’art de ceux qui les emploient, chacun a sa manière d’opérer qui lui est propre et réussirait moins s’il voulait en changer.

Comme les draperies sont des substances qui ont de la mollesse, le grain losange semble surtout leur convenir. On peut donc en tenir les tailles encore plus losanges que sur les chairs, surtout dans les parties qui ne sont pas plongées dans une ombre obscure. C’est la méthode qu’ont suivie dans plusieurs de leurs ouvrages, Jacques Frey , imité par Wagner, et après eux, Strange et Bartolozzi.

L’agrément de ce travail a été presque généralement senti, et la plupart des graveurs modernes ont adopté. On voit que Brevet père et fils avaient reconnu tout l’avantage de ce grain; on peut le remarquer souvent dans leurs ouvrages. Edehnck et Nanteml ont été plus prodigues du grain carré; mais ce n est pas à cet égard qu’ils doivent être préférés a leurs successeurs; on ne risque rien d’approcher du carre

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dans les masses très lourdes, parce qu’il a plus de repos ; mais quelque genre de travail qu'on emploie pour les draperies, au moins doit-ori toujours les graver par tailles simples, souples et ondoyantes; des tailles raides représenteraient plutôt du bois ou de la pierre que des étoiles.

Le linge veut être préparé d’une seule taille, plus fine et plus serrée que celle des étoffes qui ont plus d’épaisseur. Il ne faut pas se hâter de le couvrir d’une seconde, encore moins d’une troisième; on doit chercher au contraire à l’approcher du ton autant qu’il est possible avec une seule taille. Par cette méthode, les tailles dont on le croisera ne feront que le glacer, et conserveront à ses ombres de la transparence.

Il semble qu’en général le grain losange, ou approchant du losange, convient à toutes les parties transparentes ou reflétées, et le grain approchant du carré à toutes celles qu’on veut tenir dans une obscurité sourde et profonde.

Nous avons établi par règle générale de la disposition réciproque des tailles, que. la première doit être plus nourrie et plus serrée que la seconde; mais dans des parties fort sourdes et très obscures, une règle supérieure fait oublier celle que nous venons de rapporter : c’est d’employer tous les moyens d’éteindre ce qui pourrait donner de la lumière. La manière la plus sûre d’observer cette loi, est de serrer et de nourrir presque également tous les travaux, et d’employer s'il est possible, le carré parfait, parce qu’il laisse moins de blanc que le losange et le carré long.

La pierre neuve et bien conservée exige des tailles d’un carré parfait, et la seconde doit être égale à la

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