VII. — Corrections
Dans la gravure au burin, comme dans tout travail manuel, il se glisse des fautes qu’il faut corriger. Pour cela, on gratte la partie défectueuse, on repousse le cuivre, derrière la planche, pour ramener sa surface à la hauteur initiale, et l’on recommence la gravure. Pour déterminer exactement les places du dos de la
GRAVURE AU BURIN
planche qui devront être repoussées, on se sert du compas d’épaisseur à pointes recourbées (fig. 11, page 27). On comprend toute la délicatesse avec laquelle on doit opérer pour ne pas endommager les parties gravées voisines de la faute et toutes les difficultés d’un pareil travail.
On est arrivé à corriger d'une façon très commode les fautes sur les planches gravées au moyen de la galvanoplastie. On est redevable de cette heureuse application de l’électrochimie à M. George, graveur au Dépôt de la Guerre, à Paris. Nous allons donner la description de son procédé, d’après le rapport qu’en a fait le maréchal Vaillant à l'Académie des Sciences.
Aussitôt qu’un atelier eut été établi au Dépôt de la Guerre pour reproduire les planches de la carte de France, à l’aide des procédés galvanoplastiques, on eût la pensée d’appliquer ces procédés aux corrections. Comme il existe, entre la feuille-mère et la feuille reproduite, une feuille intermédiaire, une sorte de contre-épreuve moulée en relief, sur la première, et sur laquelle se moule en creux la seconde, il était simple d’enlever sur cette intermédiaire, à l’aide d’un grattoir, tout ce qui ne devait pas reparaître dans la feuille reproduite; on obtenait ainsi sur cette, dernière, après l’opération, une surface plane au lieu des parties gravées et remplacées. C'était déjà un progrès ; mais cette méthode avait aussi ses inconvénients. D’abord, la reproduction totale d’une feuille était nécessaire pour chaque reproduction nouvelle, et les planches pour une même feuille pouvaient se multiplier ainsi indéfiniment. Secondement, la reproduction totale exige un mois de travail et coûte environ 300 fr.
CORRECTIONS
Enfin, l’opérateur n’est jamais entièrement libre d’inquiétudes, tant seraient graves les conséquences d’un accident qui, en déterminant l’adhérence des surfaces, entraîneraient la perte immédiate d’une planche représentant 20,000 fr. de dépenses et douze ans de travail.
En présence de ces difficultés, M. George eut l’heureuse idée d’arriver aux corrections sans intermédiaire, en déposant du métal dans les tailles, en se faisant un auxiliaire de l’adhérence si redoutée dans la reproduction totale, et de réduire ainsi le cercle de l’opération au strict nécessaire en espace, en temps et en frais. Voici comment il a réglé ses opérations :
1° Les parties à corriger sont recouvertes d’une légère couche de vernis ordinaire qui s’étend de quelques centimètres au delà de leur pourtour. 2° Le vernis étant sec, on creuse, à l’échoppe, les parties à modifier. Ces parties peuvent être plus ou moins grandes ; il importe que, pendant ce travail, l’outil soit toujours parfaitement propre et qu’il n’entraîne avec lui aucune parcelle de vernis ; car tout corps étranger, et surtout les substances grasses, nuisent à l’adhérence du dépôt. 3° Sur la planche ainsi préparée, on construit, avec de la cire à modeler, une sorte de cuvette, entourant, sans le couvrir, l’espace qui a reçu le vernis, et assez grande pour recevoir une certaine quantité de sulfate de cuivre en dissolution, et un petit élément galvanique. La planche est posée ellemême horizontalement sur 4 ou 5 supports isolants.
4° L’élément galvanique est contenu dans un cylindre en terre poreuse de 0m.06 de diamètre sur 0m.40 à 0m.12 de haut. Ce cylindre, placé sur une sorte detré- ^ pied en bois, haut de 0m.0i, établi au fond de la eu-
GRAVURE AU BURIN
vettc et plongeant ainsi, par sa base, dans le sulfate de cuivre, reçoit de l’eau aiguisée d’acide sulfurique dans laquelle plonge uno lame de zinc un peu plus large et un peu plus petite que le cylindre; à la partie supérieure de cette lame est soudé un conducteur composé de deux fils de cuivre de 0m. 002 environ de diamètre, tordus en corde et assez longs pour aller s’épanouir sur la planche gravée en passant par dessus le cylindre poreux et les bords de la cuvette.
Pour que l’action ait lieu, il faut que l’extrémité du conducteur et la place où il se pose soient exactement décapées. Enlin, il est utile que l’opération marche d’abord doucement ; 20 à 24 heures suffisent largement pour avoir un dépôt convenable. Quand on le juge assez avancé, on enlève l’élément galvanique, ainsi que la dissolution du cuivre et l’auge elle-même. Voici ce qui se présente alors : la surface qui avait été dénudée par l’échoppe est complètement recouverte de métal : le contour est marqué par un petit bourrelet en dehors duquel se prolonge le dépôt avec l’apparence de boursouflures intérieures, séparées du cuivre et de la planche par le vernis, qui n’adhèrent pas et ne gâtent même pas les traits qu’ils recouvrent.
A l’aide d’un grattoir ordinaire de graveur, le métal déposé est mis de niveau avec le reste de la planche, les bourrelets ont disparu, et une surface nette et plane remplace les parties de la gravure à corriger. Ainsi les corrections sont limitées à l’espace défectueux ; les faux traits sont remplacés par du métal rapporté sans choc et sans altération générale de la planche. Le burin n’a rien à reprendre dans ce qui était primitivement bon. Le temps et la dépense sont réduits au minimum et les corrections de
CORRECTIONS
toute espèce sont désormais des opérations aussi sûres que faciles, dans tous les genres de gravure en taille douce.
Au lieu de faire la pile sur la planche même, on peut se servir d'une pile au bichromate dont le pôle positif est en communication avec la planche et dont le pôle négatif porte une plaque de cuivre plongeant dans la cuvette formée par la cire à modeler, et renfermant la dissolution de sulfate de cuivre.
Nous avons tenu à relater ici ce procédé ingénieux qui, lors des premiers essais qui en ont été faits, a joui d’un engouement considérable. Malheureusement, le défaut d'adhérence du dépôt galvanique s'est révélé lorsque des planches, ainsi corrigées, ont été livrées au planeur pour subir des effaçages ; sous les coups répétés du marteau, ce dépôt se détachait fréquemment et mettait les planches hors d’usage.
On est donc revenu aux procédés anciens, consistant à faire remonter le métal à coups de marteau, à l’égaliser et à le polir, puis à reprendre les parties repoussées au burin ou à l’eau-forte, selon les dimensions des effaçages.
GRAVURE A L’EAU-FORTE