V. — Calque et décalque du sujet
Il y a plusieurs moyens de transporter un dessin sur le cuivre, afin de l’y tracer légèrement et de préparer ainsi l’opération de la gravure.
Si le dessin que l’on veut graver peut, sans inconvénient, être représenté, par l’impression, dans un sens inverse à celui qu’il a sur le papier, ce qui arrive souvent dans l’ornement et l’architecture, et, s’il peut être sacrifié, on se borne à le frotter par derrière avec de la sanguine pulvérisée, que l’on étend bien également avec un linge fin, de manière à ne laisser, sur le papier, aucun grain détaché qui pourrait rayer et gâter le vernis ; on pose ensuite ce dessin sur le cuivre, le fixant par de petites boules de cire molle, en assez grande quantité pour que le calque ou le dessin ne puisse pas se déranger, c’est-àdire sur les bords et dans l’intérieur du dessin, aux endroits qui doivent rester blancs. On peut aussi mettre entre le dessin et le cuivre une feuille de papier végétal enduite de sanguine ou de mine de plomb
CALQUE ET DÉCALQUE DU SUJET l'J'l
en poudre ; ensuite, on passe sur tout le trait, avec une pointe d’acier légèrement ronde et non coupante en évitant de trop appuyer, car alors on entamerait le vernis.
On peut, comme je viens de le dire, pour cette opération et pour les suivantes, employer de bonne mine de plomb en poudre à la place de sanguine : elle a l’avantage de se fixer plus fortement sur le vernis et de résister plus longtemps aux frottements que le cuivre peut éprouver. Quelquefois, on fait un mélange de sanguine et de mine de plomb pour cet usage.
Si Ion veut que la gravure donne, par le moyen de impression, une copie fidèle du dessin, alors on calque ce dessin sur un papier fin et transparent (1), avec une plume et de l’encre de Chine ; on frotte ce calque avec de la sanguine ou de la mine de plomb et, le retournant sur la planche, on repasse, avec une pointe, tous les traits, qui se décalqueront ainsi sur le vernis. Si le dessin était peu chargé de détails et qu U n y eut aucun inconvénient à le gâter, on pourrait huiler afin de le rendre lui-même transparent, et de pouvom le tracer directement sur le cuivre sans être obligé d’en faire un calque.
On peut encore calquer avec de la sanguine délayée dans de 1 eau, ou enfin avec un crayon mou de mine de plomb ou de pâte rouge; puis, appliquant ensuite ce calque retourné sur le vernis, on se sert de la pointe comme il vient d’être dit.
Il faut, en général, toutes les fois que cela est possible, transporter directement le dessin sur le cuivre
(1) Nous avons fait connaître, plus haut, les différents naniers propres a calquer; on jugera facilement lequel doit être emnlové de préférence par l’opération que l’on veut feire. 7
GRAVURE A L’EAU-FORTE
pour obtenir une exactitude plus rigoureuse, car bien souvent, ce double tracé du calque et du décalque altère les formes et les contours : aussi on ne peut apporter trop de soin à cette première opération ; il faut surtout avoir soin, en calquant et en décalquant, de n'oublier aucune partie, car alors, pour les rétablir, il faut perdre du temps et vaincre de nouvelles difficultés.
On peut, dans certains cas, si l’on ne veut pas salir le derrière du dessin, rougir d’un côté un papier fin, l'appliquer sur le cuivre, placer le dessin dessus, de manière à ce qu’il ne puisse se déranger, et décalquer ainsi ; mais ce moyen ne peut être employé pour des ouvrages qui contiennent de petits détails et qui exigent beaucoup de finesse ; et, en outre, il ne permet pas d’obtenir un décalque dans un sens contraire au dessin.
Il est possible quelquefois d’éviter l’opération du décalque. Pour cela, après avoir pris le trait sur le papier verni, avec un crayon de pâte rouge ou de mine de plomb extrêmement mou, un mouille le trait par derrière avec une éponge un peu humectée, évitant qu'il ne pénètre pas d’eau sur le côté dessiné ; on pose un papier blanc et humide sur le calque, et on le fait passer sous la presse de l’imprimeur en taille douce ; on obtient ainsi, sur le papier blanc, une épreuve du trait ; et de suite, sans lui donner le temps de sécher, on applique ce papier sur la planche vernie, et l’on passe de nouveau sous une presse bien serrée : on aura, de cette manière, un trait contr’épreuvé sur le cuivre, du même sens qu’on ne pourrait faire en calquant à la pointe.
On obtient un bon résultat d’un calque fait sur du papier-glace avec une pointe line et coupante : le trait