TRACÉ A LA POINTE
pointe a le désavantage d’un peu de résistance que lui oppose le cuivre qu’elle doit légèrement entamer; mais elle a l’avantage de produire, au besoin, des travaux bien plus légers et les effets les plus piquants.
Ces eaux-fortes étant destinées à rester telles qu’elles sont jetées sur la planche par l’artiste, il doit y établir tous les travaux nécessaires pour produire l’effet qu’il a dans la pensée.
On peut employer, pour ce genre de gravure, des pointes de plusieurs grosseurs; les plus fortes servant à détailler largement et avec fermeté les devants, les plus délicates pour les plans intermédiaires, et en réservant les plus fines pour rendre les effets vaporeux et fuyants des lointains.
Enfin, chaque artiste doit employer dans ce travail les moyens pratiques qui peuvent le mieux s’adapter à sa manière de faire, et au genre qu’il a adopté; c’est ce qui a été pratiqué d’une manière si heureuse par les Berghem, Bourdon, A. Carrache, Castiglione, Claude Lorrain, Coypel, Guido, Henri Roos, Potter, Rembrandt, Reni, Salvator Rosa, et plusieurs autres artistes célèbres des temps modernes, dont les ouvrages, modèles de perfection en ce genre, doivent être examinés et étudiés avec soin.
L'eau-forte des graveurs , destinée à préparer le travail qui doit être terminé au burin et à la pointe sèche, est seulement une ébauche d’estampe, mais qui est plus ou moins avancée, surtout dans certaines parties. Ainsi, par exemple, elle ne fait guère que le simple trait des ligures, surtout des nudités, tandis qu’elle termine presque les arbres, les chaumières, les terrasses et les draperies grossières. Le travail de la pointe domine encore dans les lointains (on fait
GRAVURE A L’EAU-FORTE
souvent les lointains, et surtout les montagnes, à la pointe sèche, outil qui leur donne des tons fins et brillants), parce que l’interposition de l’air leur donne un vague, une sorte d’indécision et de mollesse qui serait moins bien exprimée par les travaux plus fermes du burin ; ce dernier outil offrira de meilleurs résultats pour l’exécution des eaux, des marbres et pierres taillées, des métaux, des vases précieux, des étoffes brillantes. Quelquefois l’eau-forte fera heureusement le dessous du travail, et elle sera recouverte d’une ou deux tailles au burin, qui formeront une sorte de glacis, et accorderont cette ébauche d’eau-forte avec les travaux voisins où le burin sera dominant.
Les eaux-fortes de graveur n’ont pas la liberté de travail de celles des peintres, elles sont soumises aux effets que doit produire l’instrument qui terminera la planche. On peut consulter comme exemples les œuvres des Gérard-Audran, Bartholozzi, Chasteau, Desplaces, Ducange, Duplessis Berthault, Holler, Lebas, Pillement, Vivares et Wollet.
Tl y a des graveurs qui ont ordinairement terminé leurs planches avec la pointe seule, ou du moins qui n’ont employé le burin que pour reprendre quelques parties qui n’avaient pas mordu à l’eau-forte; dans ce cas, leur travail présente la liberté de la pointe, et cependant une régularité de tailles que n’offrent pas les eaux-fortes des peintres. On doit citer comme les plus marquants dans cette manière de graver : Abraham Bosse, Bartoli, Callot, Chauveau, Gabelle, Leclerc, Lepotre, Morin, Perier, Perelle, Wagner.
Celui qui veut cultiver cet art doit, après avoir appris à dessiner, étudier avec attention les œuvres