DES PRÉPARATIONS CHIMIQUES
N° 12. De Veau forte ou acide nitrique.
Ou ne doit pas employer , pour les racinages et les marbrures , cet acide pur; il ne doit jamais être au degré de concentration où on le livre dans le commerce ; il corroderait les peaux et les gâterait absolument. L'acide nitrique doit être plus ou moins mitigé ou affaibli. On y ajoute d'abord la moitié de son volume d'eau , sauf à y en ajouter ensuite davantage, selon les circonstances que nous expliquerons.
N° 13. Dissolution d'étain dans Veau régale , connue sous le nom de composition pour Vécarlate.
L'eau régaie à laquelle on a donné ce nom parce qu'elle dissout l'or, qu'on appelait le roi des métaux, se compose d'acide nitrique et d'acide muriatique. Cet acide ne se nomme plus aujourd'hui eau régale, il a pris le nom d'acide hydrochloro-nitrique , ou acide nitro-muriatique. Les sels qui contiennent l'acide muriatique , dissous dans l'acide nitrique , apportent dans cet acide l'acide muriatique nécessaire pour changer sa nature et lui donner la propriété de dissoudre l'or, etc.; mais outre l'acide muriatique que contiennent ces sels , tels que le sel ammoniac et le sel de cuisine , ils contiennent encore des alcalis qui donnent au rouge une teinte vineuse. Il est donc plus avantageux d'employer l'acide muriatique pur , au lieu de ces sels, et l'on a une bien plus belle couleur. Voici le procédé à suivre.
Lorsqu'on est bien assuré de la pureté des deux acides nitrique et muriatique , qui doivent servir à composer Veau régale , et qu'on est certain de leur degré de concentration , qui doit être de 35 degrés pour Vacide nitrique , et de 20 degrés pour Vacide muriatique , on mélange ces deux acides avec les précautions suivantes : on prend un ballon de verre d'une capacité double de l'acide que l'on veut avoir; l'on a soin de choisir le ballon dont le col est 1e plus long ; on le place sur un lit de sable , l'orifice en haut. L'on verse dans le ballon une partie d'acide nUviqvc
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pur , et trois d'acide muriatique. On laisse dégager les premières vapeurs, qu'il serait dangereux de respirer; après quoi on couvre l'orifice avec une petite fiole à médecine renversée , qui ne joigne pas assez exactement avec le col du ballon pour trop contraindre les vapeurs, qui pourraient causer la rupture du vaisseau , mais qui puisse les retenir , autant que possible , sans faire courir aucun danger. L'eau régale est formée de suite.
On pèse exactement le ballon qui contient l'eau régale; on l'avait déjà pesé vide ; on distrait ce premier poids du dernier , pour connaître parfaitement le poids de la combinaison des deux acides sur lesquels on doit opérer. On projette dans cet acide , et par petites parties , le huitième de son poids d'étain. Il est nécessaire d'entrer dans quelques détails sur cette opération importante. Supposons que le ballon à moitié plein , contienne quatre kilogrammes d'eau régale , on pèse bien exactement un demi-kilogramme d'étain fin en rubans ou en filets. On divise cet étain entrentedeux parties à peu près égales, de 15 grammes chacune; on projette une de ces portions , et l'on couvre l'orifice du ballon avec la fiole à médecine renversée. L'acide attaque de suite l'étain et le dissout. Pendant ce temps il s'élève beaucoup de vapeurs rougeâtres qui ne sortent pas du ballon, s'il a le col très long, et qui se trouvent même retenues en grande partie par la fiole à médecine , lorsqu'elles arrivent jusque-là , ce qui est même rare , si on a eu la précaution de projeter l'étain par petites quantités. Quand on s'aperçoit que la première portion d'étain est presque entièrement dissoute , on en projette une seconde avec les mêmes précautions que pour la première, et l'on opère de même jusqu'à ce que les trente-deux portions y soient entrées.
L'on observe que les vapeurs rutilantes ou rougeâtres diminuent au fur et à mesure que l'acide se sature d'étain; u'il finit par ne plus s'en former, et que même, vers la in de l'opération , les vapeurs qui remplissaient le ballon ont disparu , soit qu'elles rentrent dans la masse du liquide, soit qu'elles se divisent dans l'atmosphère.
Lorsqu'on emploie l'étain pur , il n'y a point de précipité, mais comme l'étain n'a pas ordinairement le degré de pu-
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reté convenable , on obtient un précipité noir et indissoluble , plus ou moins abondant , selon que Tétain est chargé de plus ou moins de parties hétérogènes. L'étain de Malaca est le plus pur ; il est avantageux de ne pas en employer d'autre.
Aussitôt que Tétain est complètement dissous , et que la liqueur est entièrement refroidie , on la verse dans des flacons fermés avec des bouchons de cristal usés à l'émeri , et on la conserve pour le besoin. C'est au moment de remployer qu'on en prend une partie qu'on étend du quart de son poids d'eau distillée. En la traitant ainsi, il ne se forme jamais, au fond du vase, un précipité blanc plus ou moins abondant que les teinturiers obtiennent presque toujours par les procédés qu'ils emploient.
Ce précipité blanc n'est autre chose que de l'oxide d'étain, qui est perdu pour la teinture, puisqu'on se garde bien de s'en servir. La composition contient donc alors moins d'étain en dissolution qu'on ne se proposait de lui en faire contenir; et l'on est surpris, après cela, de trouver des résultats différents en opérant sur les mêmes substances , quoiqu'on en emploie les mêmes quantités.
N° 14. Autre composition pour fécarlate.
Quoique nous n'ignorions pas que le procédé que nous allons donner ne soit pas, à beaucoup près , aussi avantageux que le précédent , par les raisons que nous avons déduites ; cependant nous allons donner celui que suivent ordinairement les relieurs, pour ceux d'entre eux qui ns cherchent pas à perfectionner leur art.
Dans un pot de grès suffisamment grand, on jette 62 grammes de sel ammoniac en poudre, et 182 grammes d'étain fin de Malaca en rubans ou en filets : on y verse ensuite 575 grammes d'eau distillée , et on ajoute 500 gr\, d'acide nitrique à 35 degrés. On laisse opérer la dissolution. On obtient toujours un précipité blanc , plus ou moins abondant, qui est de l'oxide d'étain perdu pour l'opération. On laisse reposer, et l'on n'en emploie que la partie limpide. Cette dissolution ne peut se conserver que deux ou trois mois; la première se conserve indéfiniment.
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N" 15. De la potasse.
On fait dissoudre , dans un litre et demi d'eau , 245 grammes de bonne potasse de Dantzick ou d'Amérique ; on tire à clair, et l'on conserve la liqueur dans une bouteille bouchée.
N° 16. De Veau à raciner.
Dans un vase quelconque on verse un ou deux litres d'eau bien limpide , et on y ajoute quelques gouttes de potasse liquide, n* 15.
N° 17. Préparation de la glaire d'œuf.
Sur les glaires de douze œufs on met deux gros dTalcool ou esprit de vin ; on bat bien le tout avec un moussoir à chocolat, qu'on fait rouler vivement entre les deux main3 jusqu'à ce qu'on ait beaucoup de mousse. On laisse déposer; on enlève la mousse , et le liquide clair est passé avec -une éponge sur toute la couverture. Il faut passer bien uniment, et ne laisser ni globule , ni autre corps étranger. Quand on glaire plusieurs fois, il faut bien laisser sécher la première couche avant de passer la seconde , et ainsi de suite. Cette liqueur peut se conserver en bouteille pendant quelque temps.
DU RACINAGE.
On nomme racinage, des dessins qu'on forme sur les couvertures de volumes et quelquefois sur le dos , qui imitent plus ou moins bien des racines naturelles ou des arbres dépouillés de leurs feuilles. On prétend que ce procédé fut inventé en Allemagne ; qu'il passa en Angleterre , puis vint jusque chez nous. On l'emploie à imiter généralement les Jjois , marbres, granits, porphyre etc. Pour cela on place les volumes sur des tringles , la tête en haut , tous les feuillets entre ces deux tringles, et les deux cartons posés à Ï)lat sur les mêmes tringles. On en met huit à dix l'un à a queue de l'autre, autant que les tringles peuvent en contenir. Lorsqu'on ne veut pas raciner le dos , on le couvre avec la tringle concave , qui le garantit. Avant d'indiquer on assez grand nombre de procédés propres à obtenir
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plusieurs sortes de racinages , nous allons décrire les instruments dont le relieur se sert dans ces sortes de mani-* pulatious , et nous ferons connaître le moyen de réussir sans aucune difficulté.
Des outils nécessaires pour le racinage.
De la célérité que Ton emploie , en racinant ou en marbrant les couvertures des livres , dépend la réussite de cette opération. Il est donc important que tout ce dont on peut avoir besoin soit disposé d'avance et sous la main , afin de pouvoir opérer le plus promplement qu'il est possible. Indépendamment des divers objets dont nous venons d'indiquer la composition dans le commencement de ce paragraphe , il faut encore avoir des pinceaux faits avec des racines de riz, ou des racines de chiendent. Ces pinceaux ressemblent plutôt à un balai qu'à un pinceau; ils sont gros, leur manche est fait d'un bois dur , tel que le houx , ita ont o centimètres de diamètre, et sont formés d'une branche de cet arbrisseau. On doit avoir un pinceau pour chaque couleur et pour chaque ingrédient.
Des éponges de plusieurs qualités différentes.
Des tringles. Pour raciner,il faut avoir deux tringles en bois , de 8 centimètres', de large , de 4 centimètres d'épaisseur, de 2 met. à 2 mètres 50 centimètres de long, creusées en gouttière profonde dans toute leur longueur. On les fixe l'une à côté de l'autre sur deux blocs de bois , dont l'un est plus haut que l'antre de 8 à 11 centimètres, qui les retiennent inclinées du même côté. Ces deux tringles sont placées à une distance assez grande l'une de l'autre pour que toutes les feuilles du volume puissent se loger entre elles; les deux cartons de la couverture sont étendus sur les tringles.
Une troisième tringle est nécessaire pour couvrir le dos du volume lorsqu'on ne veut pas le raciner on le marbrer. Cette tringle a 6 centimètres de large , plus ou moins selon l'épaisseur du volume; elle est creusée en rond, selon la forme du dos , et sa partie supérieure est creusée en gouttière.
Des pattes de lièvre dont on a coupé carrément , avec
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des ciseaux , le bout du poil à l'extrémité , sont nécessaires. On s'ensert quelquefois comme d'un pinceau.
En général, avant de raciner ou de marbrer, il faut que la couverture ait été collée avec de la colle de farine ; ou mieux de la colle de parchemin bien limpide , qu'on passe également partout avec une éponge , et on laisse sécher.
On peut ensuite se servir, pour les peaux difliciîes à raciner, d'une eau dans laquelle on a fait bouillir 125 grammes de noix de galle concassée , et une pincée de sel ammoniac. On la passe également partout avec une éponge, on laisse sécher , et Ton encolle ensuite avec précaution.
Avec cette préparation, on peut raciner des volumes en demi-reliure : on colle pour cela , sur la couverture , du papier blanc ou de la couleur de la peau , mais uni, et l'on racine le dos et le papier tout à la fois : cela fait fort bien.
On peut faire des racinages sur papier, sur bois et même sur verre , en exécutant le procédé suivant. Il y a des personnes qui emploient le tan ; mais cette substance ne leur donne pas la facilité de conserver intacte la couleur du papier.
On peut couvrir d'abord le volume d'un papier de couleur unie quelconque; mais on doit toujours choisir un papier non-lissé. Lorsque le livre est sec, on le passe légèrement en colle. Sur le verre, il faut que la colle soit plus forte ; ensuite on passe dessus la liqueur dont nous allons répéter la recette.
Sur 125 grammes de noix de galle on ajoute une pincée de sel ammoniac en poudre dans deux litres d'eau ; on fait bien bouillir le tout; cette liqueur fait parfaitement prendre le noir de rouille sur le papier , le cuir, le verre, etc.
L'eau dont on se sert pour faire les racines n'est pas pure. Dans un seau d'eau de puits , on fait dissoudre 62 grammes de sel de tartre. Cette eau se conserve très longtemps; elle est préférable à l'éau pure; le racinage est plus distinct, et ne présente pas des parties confuses.
N° A. Bois de noyer.
Selon la direction que l'on veut donner aux racines , on cambre les cartons , soit pour les creuser ou pour les arrondir. Si l'on voulait , par exemple, que les racines partissent
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du milieu de la couverture, on creuserait les cartons; on les bomberait au contraire , si Ton voulait que les veines se réunissent sur les bords. Cela fait , et les livres placés sur les tringles , comme nous l'avons dit , avec un des gros pinceaux dont nous avons parlé , on jaspe * de l'eau bien également, et à grosses gouttes sur toute la surface de la couverture, et aussitôt qu'on voit les gouttes se réunir, on jaspe du noir en gouttes très fines avec le pinceau du noir , et partout bien également; on doit avoir soin de n'en pas trop jeter. Après avoir jaspé en noir , et selon que la racine est plus ou moins foncée , on donne une teinte rougeâtre en jaspant plus ou moins avec de l'eau de potasse. On laisse foncer les veines suffisamment , après cela on essuie à l'éponge et on laisse sécher; ensuite, on frotte toute la couverture et le dos à sec avec un morceau de drap fin , ce que les ouvriers appellent serger , mais on ne doit jamais se servir de serge pour cette opération : cette étoffe serait trop rude, et non-seulement elle enlèverait la couleui , mais même elle attaquerait l'épidémie de la peau. On ne doit employer qu'un drap fin , qui unit bien la surface et en commence le polissage.
Après cette opération , on noircit les champs et le dedans du carton (en termes de relieur, bords et bordure) avec du noir étendu de deux fois son volume d'eau; on le passe avec une patte de lièvre. Cette dernière opération se répétant à tous les volumes, nous ne la décrirons plus r'nous l'indiquerons seulement lorsqu'on emploiera une autre couleur que le noir.
Observation. Nous supposons ici que la peau est de sa couleur naturelle, c'est-à-dire fauve; mais si le volume se trouvait déjà couvert avec une peau teinte d'une couleur quelconque, avant de l'employer pour la couverture, tel que le vert, le bleu clair, etc., il faudrait faire l'inverse, c'est-à-dire qu'après avoir jeté l'eau , il faudrait jasper la potasse, et ensuite le noir. Sans cette précaution le racinage
* Jasper, c'est faire tomber sur la couverture de grosses ou de petites gouttes d'eau ou d'un autre liquide, soit en secouant le pinceau dessus, soit en 'frappant le manche du pinceau sur une barre de fer, nprfs «voir essuyé pius ou moins le pinceau sur le bord du pot, selon qu'on veut les gouttes plu» ou moins grosses. Voyez plus ufeut $ XIII, fx>ur les ja.tprsy page 88.