QUANTITES DE SOUDE ET DE SELS
Soudes dites factices ou artificielles.
Tel est le nom qu’on donne aux soudes que l’on extrait du sel marin dans diverses fabriques aux environs de Marseille, de Paris, etc. Lorsque le blocus continental nous privait du secours des soudes étrangères, un grand nombre de chimistes s’occupèrent de son extraction de l’hydrochlorate de soude (sel marin). MM. Leblanc et Dizé mirent en usage le procédé qui est suivi de nos jours avec les perfectionnements de MM. d’Arcet et Anfrye. Ce procédé consiste à décomposer le sel marin au moyen de l’acide sulfurique , et à le convertir ainsi en sulfate de soude. On prend alors 180 parties de ce sel sec, 180 parties de craie en poudre fine , et 110 de poussier de charbon de bois(l). On mêle soigneusement ces substances, et on les introduit dans un four à réverbère de forme elliptique dont on élève la température au-dessus du rouge cerise (2), en ayant soin de brasser ce mélange chaque quart-d’heure. Lorsque la matière est pâteuse, on la pétrit avec un ringard ; on la retire ensuite, et on la reçoit dans une chaudière.
En suivant les proportions que nous venons d’établir, la soude obtenue contient 0,33 pour 1,00 d’alcali; les autres substances qui y sont unies sont du sel marin , du sulfure de chaux avec excès de base , du charbon , etc.
Six ouvriers peuvent faire dix fontes , ou bien 1,500 kilog. de soude tous les jours. Depuis que la France s’est enrichie de cette nouvelle branche d’industrie, la culture des salicors, dans le midi de la France, est presque totalement abandonnée , à cause du bas prix où ils sont tombés ; aussi voiton sur les bords de la Méditerranée de vastes terrains qui sont maintenant incultes.
(i) M. Leblanc donne les proportions de 100 de sulfate de soude, 100 de craie et 50 de charbon. Il y a des fabricants qui substituent le charbon de terreau poussier de celui de bois ; ces soudes sont moins pures à cause des matières étrangères que contient le charbon do terre.
(a) Pour économiser le temps et le combustible, il faut : 1° que le four soit trèsgrand et tire bien ; â9 ne pas faire de trop fortes charges de combustible; mais bien les faire petites et multipliées, afin d’obtenir un feu plus vif. et éviter qu'il se produise du mâchefer ; 3° si les charges sont trop fortes, une portion du mélange reste longtemps sans couler ; si elles sont trop faibles, le four est trop souvent refroidi; 4° si on remue la matière dès le principe, on en retarde la fonte : on doit attendre que la surface commence à couler; alors ou la sillonne de temps en tenjps, jusqu'à ce que plus de la moitié soit eu fusion; on remue alors plus souvent, et lorsque la fusion est aux deux tiers, on brasse continuellement. On peut coosulter avec avantage la Notice sur l'alcalimétrie, de M. Descroizilles, et la Description dei fourneaux et ustensile* qu’$û a doonéo Al. Pelletan fiU dans 2ee Annal* « d$ Chimi*9
SOUS-CABBONATE DE SOÜDE.
es
On a fait, dit M. Descroizilies , à plusieurs fabricants de soude un reproche bien fondé , c’est de donner des produits trop chargés d’hydrosulfure, ce qui les rend défectueux pour la fabrication du savon blanc; et surtout de leur donner, au moment de leur fabrication, un degré de force alcalimélrique qu’iis perdent bientôt. Quelques-unes de ces soudes en étaient tellement chargées , qu’elles attiraient fortement l’humidité de l’air et répandaient une odeur forte d’œufs couvis. Maintenant qu’on a beaucoup amélioré les procédés de fabrication, les bonnes soudes françaises ont constamment une belle couleur gris cendré, n’exhalent aucune odeut>ne varient presque pas de poids , et jouissent constamment des mêmes propriétés. Les soudes sulfurées ne doivent cependant point être rejetées; elles sont, plus que les autres , propres à la fabrication des savons marbrés; elles servent à remplacer les soudes sulfurées qu’on importait en France sous le nom de soudes bourdes (1).
S0DS-CABB0NATE DE SOÜDE.
Alcali minéral , Craie de Soude, Mèphite de Soude , Natron , Sel de Soude , Soude carbonatce.
Comme c’est la soude et le sous-carbonate de soude qu’on extrait des soudes naturelles et factices qui servent à la fabrication du savon, nous croyons nécessaire de dire un mot de ce sel.
La nature nous offre le sous-carbonate de soude dans quelques eaux minérales, dans les eaux de mer, et principalement dans celles de quelques lacs, dans quelques substances pierreuses, parmi le sel marin fossile, etc. La plupart de ces lacs existent en Hongrie et dans plusieurs contrées d’Egypte. Les quatre que MM. Rückert a exploités sont dans le comté de Bihar, entre Debrezin et Grosswardein. Il y a des comtats qui ont jusqu’à quatorze de ces lacs; la plupart sont abandonnés; on n’exploite que ceux qui sont à la portée de Debnezin. MM. Sicard et de Volney ont décrit les deux lacs qui sont situés à l’ouest du Delta, dans le désert de Cliaïat ou de Saint-Macaire. Nous devons au général Andréossi les connaissances les plus exactes que nous ayons sur la vallée de ces mêmes lacs (1). Dans le Mexique, on trouve aussi des lacs qui contiennent beaucoup de carbonate de soude. Ce sel se trouve en efflorescence â la surface du Delta, en Egypte ,
/i) Descroizilles, loco ciluio.
{%) Voyez U Décade égypiienMo
ainsi qu’en Turquie, en Barbarie, dans la province de Sukena, près de Bassora, aux environs d’Ephèse et de Smyrne, parmi les sables du fleuve Bélus, dans les Indes, à la Chine, en Sibérie , en Perse , dans la Tartarie thibélaine , etc.; en France , aux environs d’Arras , prèsd’Ostende , du Havre, de Dieppe, de Fécamp , et dans la plaine de Narbonne, dite L'Etang salin (2). Le sous-carbonate de soude, tel qu’on l’extrait des lacs , a porté et porte encore le nom de natron ou natrum ; il est très-propre à la fabrication des savons et du verre ; il est composé, suivant M. Klaproth, de
Acide carbonique . 39
Soude . 58
Eau . 23
La soude, ainsi que la potasse, a été considérée jusqu’en 1807 comme un alcali , qu’on appelait minéral. Ce fut à cette époque que M. Davy parvint à la décomposer, et à reconnaître qu’elle était un oyxde d’un métal nouveau , qu’il nomma sodium. D’après les analyses de MM. Gay-Lussac et Thénard, la soude ou l’oxyde de sodium est composé de
Sodium . 100
Oxygène . 33,995
Moyen propre à reconnaître le degré d’alcalinité des Potasses et des Soudes.
Nous avons précédemment fait connaître que les potasses jet les soudes du commerce contenaient , outre ces alcalis et ces carbonates, une plus ou moins grande quantité de substances étrangères ; or, comme ce n’est que ces alcalis et leurs sous-carbonates qui puissent être spécialement employés pour les fabrications du savon et du verre, pour la teinture, etc., on a dû chercher des moyens propres à reconnaître les quantités respectives d’alcali que les cendres, les potasses et lés soudes du commerce contenaient. Quoique 1 ’alcalimètre de Descroizilles soit susceptible de quelque amélioration, il offre cependant ce précieux avantage. Il repose sur les quantités d’acide sulfurique que neutralisent ces alcalis pour passer à l’état de sel neutre.
L’alcalimètre se compose d’un tube de verre de 20 à 25 centim. (8 à 9 pouces) de longueur sur environ 16 millim. (7
(i) Julia de Foatenellej Mémoire sur la cültur© de la scude( Antialet: efe ÇWfftff»
W un
ESSAIS ALCÀlIMÉTlÛQUESÏ 67
à 8 lignes) de diamètre. L’extrémité inférieure est fermée et terminée par un pied sur lequel il repose. L’extrémité supérieure est ouverte et entourée d’un rebord saillant. Ce tube doitcoutenir de 70 à 80 gram. au plus d’eau; il porte une échelle alcalimétrique divisée en 100 parties représentant chacune 122 gram ou un demi-millième de litre d’eau. Cette échelle , les chiffres et l’inscription sont gravés sur le verre au moyen d’une plume de diamant (1).
La liqueur alcalimétrique ou d’épreuve se prépare de la manière suivante : On prend une bouteille neuve ; on la lave à l’eau distillée, et on y pèse 8 hectog. d’eau pure; on marque sur le col de cette bouteille, avec un diamant, le point d’élévation du liquide, dont on retire une moitié. D’autre part, on pèse également dans un flacon bien propre et bien sec 8 décag. (ou un dixième du poids de l’eau) d’acide sulfurique à 66 degrés; on verse peu à peu cet acide dans l’eau de la bouteille, et l’on agite à chaque fois, afin que la chaleur qui se dégage ne casse point la bouteille ; on lave ensuite le flacon avec l’eau qu’on a mise de côté; on réunit cette eau de lavage à celle de la bouteille, à laquelle on ajoute une nouvelle en l’agitant chaque fois jusqu’à ce que la liqueur soit parvenue à la marque pratiquée sur le col de la bouteille. Il nous reste maintenant à indiquer la manière d’opérer: nous allons l’emprunter à l’auteur même, Descroizilles.
ESSAIS ALCALIMÉTR1QÜES,