OXYDE DE CD1VRE
M. Bastenaire décrit un procédé très-long et difficile par cette préparation : nous allons en citer deux autres qui sont de la plus grande simplicité, et qui donnent deux oxydes de cuivre :
1° Oxyde vert , ou protoxyde de cuivre. On prend de la limaille de cuivre, ou rosette, que l’on introduit dans un ballon ; on y verse de l’acide nitrique dont on favorise l’action à une très-douce chaleur. Lorsque la dissolution et la saturation sont complètes, on y verse une solution de souscarbonate de potasse jusqu’à ce qu’il ne se produise plus de précipité. On recueille ce précipité, on le lave à l’eau bouillante et ensuite à l’eau froide, et on le fait sécher soigneusement. Tout porte à croire que ce n’est point un oxyde, mais un sous-carbonate de cuivre, puisque le protoxyde de co métal existe dans la nature en poussière rouge, en filets
OXYDE d’etain. 117
soyeux rouges, etc., et que celui qu’on obtient en précipitant l’bydrochlorate, acide de cuivre, par la potasse ou la soude, est orangé.
2° Oxyde noir, ou deutoxyde de cuivre. On peut obtenir le deutoxyde en calcinant le nitrate de cuivre dans un creuset, en desséchant l’oxyde hydraté, précipité de son nitrate par la potasse. Voici le procédé suivi dans les arts : On fait dissoudre le cuivre en limaille dans l’acide nitrique jusqu’à saturation ; on étend cette dissolution d’eau et l'on en précipite l’oxyde par le sous-carbonate de potasse en solution dans l’eau; l’on filtre et l’on fait bien égoutter le précipité vert que l’on place sur plusieurs doubles de papier de trace, ou sur un lit de craie, pour en absorber l’humidité; on le dessèche ensuite à une douce chaleur. En cet état, on le calcine dans un creuset et on le jette, encore rouge, dans l’eau froide; on décante, et on le lave à l’eau bouillante; on filtre, et on le fait sécher dans une capsule à l’étuve. Cet oxyde est d’un très-beau noir.
L’analyse qui a été faite de ces deux oxydes a démontré
qu’ils étaient composés de
Protoxyde. Deutoxyde.
Cuivre . 88.78 ... . 79.83
Oxygène . 11.22 ... . 20.17
L’oxyde de cuivre donne une belle couleur verte : mais il faut pour cela, lorsqu’on l’obtient par la calcination du nitrate de cuivre dans un creuset, ne pas donner un coup de feu trop fort; car, alors, il ne conserve pas de fixité, et passe tantôt au jaune et tantôt au rouge plus ou moins vif (1). Dans les bonnes verreries, c’est-à-dire dans celles qui font de beaux ouvrages, on prépare souvent la couleur verte avec les oxydes d’antimoine et de cobalt.
oxyde d’étain.
L’étain est susceptible d’absorber l’oxygène en deux pro-
(i) Il nous serait difficile d’expliqaer chimiquement le fait. Nous connaissons un tritoiyde de enivre qui est d'un brun jaunâtre, et qui s'obtient en mettant le deutoxyde de cuivre en contact avec l’eau oxygénée par sept à huit fois sou volume de gaz oxygène. Par un coup de feu violent, Iç deutoxyde passerait-il à l'état de tritoxvde? Nous serions portée adopter cette opinion si, dans de pareilles circonstances, ce mémo oxyde De donnait une couleur rouge qui, étant celle du protoxyde naturel, semblo annoncer âb contraire, ane désoxy gênai ion.
portions, et de former ainsi deux oxydes différents ; l’un est gris, et l’autre blanc.
1° Oxyde gris, bu protoxyde d'étain. Il suffit de fondre l’étain avec le contact de l’air, et de lui faire présenter une grande surface qui se couvre bientôt d’une couche terreuse grisâtre qui est le protoxyde de ce métal. Dans les verreries, on le prépare en fondant ce métal sur l’aire concave d’un fourneau de calcination, alimenté avec le bois au moyen des foyers placés aux deux côtés, et en pratiquant un courant d’air sur le métal fondu, qui ne tarde pas à offrir à sa surface une terre grisâtre qu’on repousse vers l’extrémité supérieure du fourneau; et, lorsqu’on a oxydé peu à peu ce métal, ce qui a lieu au bout de douze à dix-huit heures, suivant la quantité, on le conserve dans de grandes jarres, ou dans des barriques.
2° Oxyde liane, ou deutoxyde d'étain. On fait fondre l’étain fin et on le coule en grenailles qu’on introduit ensuite dans un grand matras, et l’on y verse de l’acide nitrique concentré qui attaque promptement ce métal à froid avec une grande effervescence, due à de l’azote et au deutoxyde de ce gaz, produit par la décomposition de l’acide nitrique. Pendant cette action, il se dépose au fond du matras une substance blanche floconneuse qui est le deutoxyde d’étain ; ou peut, en ajoutant successivement d’acide et de grenaille fine d’étain, remplir presque en entier le ballon. L’opération étant terminée, on verse de l’eau dans le ballon, l’on fait sortir le tout; on décante la liqueur, on lave l’oxyde à l’eau bouillante et ensuite à l’eau froide, et on le fait sécher à une douce chaleur. On trouve aussi dans la nature ce deutoxyde; il en existe plusieurs mines en Angleterre, en Bohême, en Espagne, en Saxe, etc.; en France, on n’en trouve que quelques traces. Ce deutoxyde natif est quelquefois en cristaux, ordinairement en prismes à quatre pans, diversement coloré par l’oxyde de fer. Il fait feu avec le briquet. C’est de ces mines que l’on extrait presque tout l’étain que nous employons. Celui qui est produit par l’art est d’un beau blanc, fusible, insoluble dansl’eau, indécomposable par le calorique et décomposable par le fluide électrique.
Ces deux oxydes sont composés de
Protoxyde (gris). Deutoxyde (blanc).
Etain . 88.06 ... . 78.62
Oxygène . 11.94 .... 21.38
OXÎDE DE FER,
Il est bon de faire observer que la liqueur qu’on a décantée de dessus le deutoxyde d’étain est ordinairement jetée; cependant, elle contient encore du deutoxyde ; il suffit de la concentrer par l’évaporation, pour en opérer la précipitation.
L’oxyde d’étain est employé, dans les verreries, pour donner de l’opacité aux verres. Quand ces objets ne sont pas d’un grand prix, on recourt à l’oxyde gris (protoxyde d’étain); lorsque c’est, au contraire, pour des verreries de luxe, tels que des vases d’ornement, des cristaux recherchés, etc., on donne, avec juste raison, la préférence au deutoxyde d’étain.
OXÏDE DE FER.
Le fer est susceptible de s’unir avec l’oxygène en trois portions, et de former trois oxydes; le protoxyde est blanc et n’est point employé dans la verrerie ; il n’y a que les deux suivants :
1° Deutoxyde de fer , oxyde noir, éthiops martial. Cet oxyde existe dans la nature en grande quantité; il est le plus souvent en masses informes, à cassure grenue ou écailleuse, sous forme terreuse, et quelquefois en gros cristaux octaédriques ou dodécaédriques. Les mines d’aimant sont à l’état de deutoxyde. Une partie du fer qu’on emploie est extraite des mines de cet oxyde qu’on trouve abondamment en divers lieux.
Dans les verreries, on emploie quelquefois les battitures de fer; mais cet oxyde est très-impur. On l’obtient dans un grand état de pureté : 1° en tenant pendant longtemps de la limaille de fer dans de l’eau tiède, et l’agitant de temps en temps; 2° en faisant passer de la vapeur d’eau dans un tube de porcelaine porté au rouge cerise et contenant du fil-de-fer bien fin et bien décapé: l’eau est décomposée; le fer s’oxyde aux dépens de son oxygène, et il se dégage de l’hydrogène; 3° on peut l’obtenir aussi en calcinant le fer dans un fourneau à réverbère ; il prend une couleur rouge brun et passe au noir foncé. Cet oxyde n’éprouve aucune action de la part du calorique, quoique fusible; il est magnétique, insoluble dans l’eau, réductible par la pile, et absorbe l’oxygène et l’acide carbonique de l’air. Cet oxyde, uni avec les oxydes de cobalt, de cuivre et de magnésie, sert à donner aux verres une belle couleur noire.
2° Tritoxyde de fer, oxyde rouge, colcotar, safran demars astringent. Ce tritoxyde est en masses , en filons et en couches, uni tantôt avec l’argile, la silice et le carbonate de
chaux. Il est le principe colorant de plusieurs ocres , du brun rouge, de la sanguine, etc. On le prépare en calcinant, dans un vase ouvert, de la limaille de fer, jusqu’à ce qu’elle ait acquis une couleur rouge. Le procédé le plus suivi dans les fabriques consiste à réduire le sulfate de fer en poudre, à le chauffer sous un moufle, et à calciner la poudre grise qu’on obtient dans un bon creuset, jusqu’à ce qu’elle ait acquis une belle couleur rouge qu'on jette encore chaude dans une bassine remplie d’eau froide pour dissoudre le sulfate de fer non décomposé. On décante ce liquide et on lave , à plusieurs reprises, le précipité dans l’eau chaude; on filtre et l’on fait chauffer soigneusement le précipité que l’on conserve à l’abri de l’humidité.
Cet oxyde ne peut être employé que pour la peinture en rouge sur verre , et non comme principe constituant des matières vitreuses , parce que cette couleur n’est pas fixe et qu’elle passe au jaune sale , si l’on donne un coup de feu trop vif ou que l’on emploie trop de fondant.
Le deutoxyde et le tritoxyde sont composés de
Protoxyde de fer (noir). Peroxyde (rouge}.
Fer . 77.23 . 69.34
Oxygène. ... 22.77 . 50.66
OXYDE DE MANGANESE.
Le manganèse est susceptible d’absorber divers degrés d’oxygène : aussi admet-on quatre de ces oxydes :
1° Le protoxyde est blanc, à l’état d’hydrate; il n’existe naturellement qu’uni à l’acide carbonique et probablement à la silice;
2° Le deutoxyde est brun rouge ; il ne se trouve qu’à l’état de silicate , c’est-à-dire à l’état de combinaison avec la silice ;
3° Le tritoxyde pur est brun noirâtre ; il existe à l’état natif et uni à l’eau. Aussi les minéralogistes l’ont— ils classé parmi les hydrates (1), et les chimistes y ont-ils trouvé 0,10 d’eau;
4° Le peroxyde est brun, noirâtre et terne; comme c’est le seul qui est employé dans la verrerie, ce sera aussi celui dont nous traiterons uniquement.
(0 Yoye« 1» Manuel do Minéralogie,