FABRICATION DES SELS DE SOUDE
Les sels de soude sont répandus en grande abondance sur toute la surface du globe. L'eau de la mer et des sources salées contient une quantité inépuisable de chlorure de sodium (sel marin) ; à l'intérieur du sol, on trouve des masses considérables formées de sel gemme, soit pur, soit mélangé à divers sels de soude et de potasse.
Le sulfate et le carbonate de sodium présentant pour le verrier beaucoup plus d'importance que le chlorure, nous passerons sous silence l'industrie des salines et du sel marin, nous réservant de donner plus de détails sur la fabrication des deux premiers sels, qui font partie de presque toutes les compositions vitrifiables.
Si nous laissons de côté la soude naturelle extraite directement des eaux minérales et des lacs natrifères de l'Egypte, des plaines de la Caspienne, de la Californie, etc., ainsi que la .soude minérale retirée en même temps que la potasse minérale des dépôts de sels de Stassfurt (voir p. 414), il reste comme sources utilisables industriellement les végétaux marins [soude végétale) et le sel marin {soude artiftcielle).
SOUDB ' 431
Soude provenant des végétaux
Les végétaux qui croissent sur les bords de la mer, dans la mer elle-même, dans les steppes saés, etc., contiennent beaucoup plus de sodium que les plantes terrestres, riches surtout en potassium. Par incinération et lixiviation, on retire du carbonate de soude (voir Extraction de la potasse des varecfis, p. 422), d'un certain nombre de varechs que Ton cultive spécialement dans certaines régions, à cause de leur richesse plus élevée en sels alcalins.
On distingue parmi les soudes naturelles les espèces suivantes :
1** La Barille, soude d'Alicante, de Malaga, de Carthagènc, des îles Canaries; on l'extrait de la barille {Salsola soda), qui est cultivée sur les côtes d'Espagne. Elle contient 25 à 30 0/0 de carbonate de sodium.
2® La Salicorne, ou soude de Narbonne; on l'obtient par combustion de la Salicornia annua que l'on sème et que Ton récolte après le développement de la graine; elle ^îontient 14 0/0 de carbonate de sodium.
3^ La Blanquette, ou soude d'Aigues-Mortes ; on la prépare avec certaines plantes marines qui se rencontrent entre Aigues-Mortes et Frontignan ; elle ne contient que 3 à 8 0/0 de carbonate de sodium.
4® La soude de VAraxe, très employée dans la Russie méridionale ; elle a à peu près la même valeur que la soude blanquette ; elle est préparée en Arménie, sur le plateau de l'Araxe.
5° La soude de varecJis, que l'on prépare en Normandie et en Bretagne avec différentes espèces d'al-
gues, prÎQcipalement avec le fucus vésiculeux (goémon), a une valeur encore moindre que l'espèce précédente.
6* Le kelp offre à peu près la même valeur que la soude de varechs ; on le prépare sur les côtes occidentales de la Grande-Bretagne, avec différentes espèces de salsolacées et d'algues.
Parmi les espèces de soude d'origine végétale on peut encore citer la soude de betteraves, qui se produit en grande quantité à côté de la potasse (voir p. 420), dans le traitement du charbon de vinasse des distilleries de betteraves.
Soude artificielle
La production de là soude végétale a considérablement diminué depuis qu'on est parvenu, il y a un siècle environ, à transformer le sel marin en carbonate de soude. Le procédé Leblanc, qui fut mis en pratique par les soins du Comité de salut public en 1793, pour permettre à la France de se passer des soudes qu'elle tirait d'Espagne, est resté exclusivement employé jusqu'à l'apparition du procédé à C ammoniaque. Actuellement, ce dernier procédé fait une concurrence à peu près égale au procédé Leblanc. et l'a presque complètement supplanté en' Allemagne.
Procédé Leblanc
La fabrication de la soude artificielle par le pro cédé Leblanc comporte trois phases :
1° Préparation du sulfate de soude, au moyen di' sel marin et de l'acide sulfurique,
2* Préparation de la soude brute, au moyen d. sulfate de soude, de la craie et du charbon.
3° Préparation de la ^oude raffinée^ par lessivage de la soude brute, purification et évaporation de la lessive.
A ces opérations se rattachent des opérations accessoires d'une importance non moins grande, telles que la condensation de Y acide chlor hydrique dégagé pendant la préparation du sulfate de soude, et l'utilisation des résidus [charrées ou marcs de soude) qui contiennent une grande quantité de soufre.
Préparation du sulfate de soude
La réaction de l'acide sulfurique sur le sel marin est souvent effectuée dans un four à réverbère comprenant deux compartiments chauffés inégalement ; dans le compartiment le plus chaud, qui est garni d'une sole en plomb, on introduit le sel et l'acide sulfurique ; il se produit une vive réaction : des vapeurs d'acide chlorhydrique se dégagent et la majeure partie du sel est transformée en bisulfate de soude. Ce produit, transporté dans le second compartiment oïl la température est moins élevée, passe à l'état de sulfate de soude et dégage une nouvelle quantité d'acide chlorhydrique.
Le sulfate de soude que l'on obtient par le procédé Leblanc contient en moyenne 93 à 97 0/0 de sulfate de sodium et 2 à 3 0/0 de chlorure de sodium. Quand il est destiné à la fabrication du verre incolore, on doit éliminer le fer qu'il peut renfermer. Dans ce but on précipite l'oxyde de fer par la chaux après dissolution du sel, on évapore la solution claire et l'on dessèche le produit.
Préparation de la soude brute
Pour transformer le sulfate de soude, on le mélange avec de la craie (quelquefois avec de la chaux j Verrier. Tome IL 25
et du charbon, et l'on fond le mélange sur la sole d'un four à réverbère ou dans un four tournant.
Voici quelques proportions employées dans différentes usines :
Leblanc Chauny Roaen Javel Angleterre
Four à Four à Four Four Four à Four réverbère réverbère tournant tournant réverbère tournant
Sulfate. 100 100 100 100 100 100
Calcaire 100 100 112 124 105 110
Charbon 50 35-40 35-40 35 35 75
Production 150 à 155 de soude brute.
Le sulfate ne doit pas contenir plus de 2 0/0 d'acide sulfurique libre, ni plus de 2 0/0 de chlorure de sodium. Ce dernier sel rend le travail du four plus facile, mais augmente la difficulté du lessivage.
Le calcaire doit être préalablement séché et broyé.
Le charbon (houille) doit renfermer aussi peu d'azote que possible, afin d'éviter la production des cyanures, ferrocyanures et ferricyanures, qui restent dans la soude.
La réaction entre les éléments du mélange a lieu entre 930® et 1030° C. La masse devient pâteuse et doit être brassée continuellement. Des bulles d'oxyde de carbone viennent crever à la surface et brûlent avec une flamme bleue jaunie par des traces de sodium. Aussitôt que les jets de flamme ont un peu diminué, on retire la masse du four et on la fait tomber dans des chariots en tôle. Si la soude es» retirée trop tôt, il reste du sulfate, on dit que la soude est verte, elle est difficile à lessiver ; si on \v
retire trop tard, la soude est brûlée^ elle contient des poly suif lires. Il faut donc surveiller avec attention la fin de l'opération, signalée par Taspect des flammes d'oxyde de carbone (chandeiles).
Pour détruire lés cyanures, on ajoute, lors du dernier brassage, une certaine quantité de sulfate et de calcaire {petit mélange) ; le sulfate est réduit à l'état de sulfure par le carbone des cyanures, et les sulfures sont à leur tour décomposés par le carbonate de chaux.
Le travail du brassage, très pénible pour les ouvriers lorsqu'il iesl exécuté manuellement, est presque partout remplacé maintenant par une opération mécanique. On se sert a cet effet de fours à sole tournante ou revolvers. Ces appareils consistent en un cylindre horizontal, traversé par un courant de flammes et tournant sur lui-même, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, à raison de 1/3 à 3 tours par minute. Ce cylindre, en tôle rivée, garnie de pièces réfractaires, est pourvu intérieurement de saillies qui exécutent le brassage. Ce genre de fours a sur les fours à main de grands avantages ; réduction de main-d'œuvre et de combustible, régulq,rité et bon rendement, suppression du broyage de la craie, suppression d'un personnel difficile à recruter et à conduire.
La charge d'un four se compose (Lille, Chauny, Rouen, etc.) de la manière suivante :
Sulfate 1.500 kilog.
Craie scchée 1.800 —
Grugeons de chaux. . . ICfâ —
Charbon . . « 510 à 520
436 MATIÈRES PRSMIÈRES
Le « petit mélange » que Ton ajoute à la lin de l'opération est composé de :
Sulfate 120 kilog.
Craie 60 —
Chaque opération donne 2,500 à 2,600 kilog. de soude à 36 ou 38 degrés alcalimétriques.
La soude brute présente à peu près la composition suivante :
Carbonate de sodium 45
Sulfure de calcium 30
Ciiaux caustique 10
Carbonate de calcium 5
Corps étrangers 10
II se fonne quelquefois dans la soude brute des cristaux de sulfate de calcium combiné à du silicate d^alumine et de chaux {2CaS, 6CaSiO% Al^SiO-), ainsi que du silicate Ca^SiO'^. Il ya à peu près 5 0/0 de sodium sous forme de combinaisons insolubles.
Des quantités considérables de soude brute sont, notatnment en Angleterre, employées sans auti*e traitement à la fabrication du verre à bouteilles.
Préparation de la soude raffinée
l'^ Liviviation de la soude brute, — Le lessivage de la soude brute se fait actuellement de la manière la plus avantageuse dans l'appareil de Buff, généralement connu sous le nom de lessivoir de Skanhs,
Cet appareil est composé d'une série de cuves placées les unes à côté des autres*; ces cuves sont tra-
versées par un courant d'eau qui lessive la soude et devient de plus en plus dense de cuve en cuve ; le niveau du liquide s'abaisse successivement d'une cuve à l'autre, depuis la première qui contient de l'eau pure, jusqu'à la dernière, de laquelle s'écoulo la lessive saturée.
Les cuves ont 2™ 60 de coté et 2 mètres de profondeur ; elles sont munies d'un faux fond en tôle perforée supporté par une grille. Du fond de chaque cuve part un tube en tôle qui est ouvert aux deux bouts et dont l'extrémité inférieure est coupée en sifflet; ce tube s'élève jusqu'au haut de la cuve et porte sur le coté une courte tubulure qui fuit communiquer une cuve avec l'autre ou avec un caniveau latéral.
Au moyen de tuyaux de conduite munis de robinets, chaque cuve peut être remplie avec de l'eau, A l'aide des robinets placés au fond des cuves, la lessive peut être amenée dans le caniveau. Quatre cuves sont en général suffisantes.
La première cuve contient de la soude brute qui a déjà subi trois lavages; elle ne renferme par conséquent qu'une petite quantité de sels solubles. L'eau pure qui est amenée dans cette cuve enlève, à la soude toutes ses substances solubles, passe dans la deuxième cuve dont la soude n'a été .lavée que deux fois, puis dans la troisième cuve contenant de la soude lavée une seule fois, et enfin dans la quatrième cuve, chargée de soude brute. De là la lessive s'écoule dans un réservoir. Quand la soude est complètement épuisée dans la première cuve, on charge cette cuve de soude brute neuve, et on fait arriver l'eau pure dans la deuxième cuve, La marche de la
43^ MA.TIÈRES PREMIÈRES
lessive est modifiée à volonté en plaçant des bouchons à Torifice des tubes. L'ouvrier s'arrange toujours de manière à faire sortir la lessive par la cuve qui a été chargée de soude brute en dernier lieu. Plus le nombre des cuves est élevé, plus la lixiviation est rapide, mais on ne dépasse pas en pratique le nombre de huit cuves en série. 11 suffit que la lessive qui s'écoule ait une densité voisine de 1,3, ce (lui correspond à une richesse en soude de 43,S 0/0 du poids du liquide.
Pratiquement, on doit lessiver la soude brute rapidement^ employer pour cette opération le mtmmum (Veau et maintenir la température aussi basse que possible y afin d'éviter la production des sulfures.
2* Purification de la lessive brute. — La lessive brute renferme en dissolution du carbonate de soude^ de la soude caustique et une petite quantité de sel marin, de sulfite, d'hyposulfite, de sulfure et de cyanure de sodium. Elle tient en outre en suspension de l'alumine, de la silice et du fer, dont la majeure partie, constituée par du sulfure de fer colorant la solution en rouge, se dépose après un repos prolongé. Une petite quantité de fer reste cependant dans la dissolution, soit à Tétat de carbonate ou de sulfure de fer, soit à l'état de ferrocyanure de se* dium.
Une addition de soude caustique élimine immédiatement et complètement le fer dans les lessives de soude qui renferment ce métal à l'état de carbonate (!).
(1) La solution du peroiyde de fer dans le carbonate de sonde est tout à fait incolore et ne dépose pas de fer, même an boni d'nn longtemps.
Pour détruire le sulfure de ler, sel insoluble dans le carbonate de soiide mais très soluble dans les dnlfares alcalins, de nombreux procédés ont été proposés. Celui qui semble donner les meilleurs résultats consiste à faire agir sur la lessive brute, divisée par sa chute à travers des plateaux perforés, un courant d'acide carbonique et d'air, les gaz d'un four à chaux, par exemple. Le sulfure de sodium est transformé en carbonate de soude ; de l'acide solfhydrique se dégage avec les gaz qui sortent de l'appareil ; le sulfate de fer, précipité, est retenu par le dépôt gélatineux que forment la silice et l'alumine mises en liberté par l'acide carbonique.
3** Evaporation des lessives de soude, — La soude du commerce, carbonate de soude plus ou moins riche en soude caustique, est livrée à l'état de sel de sonde ou sous forme de cristaux,
L'évaporation à sec de la lessive se fait, en France, dans des fours à réverbère; on recouvre la sole d'une épaisse couche de sel de soude avant d'y couler la lessive, préalablement concentrée de 25 à 30 degrés Baume. Pendant que la masse se dessèche on la brasse avec un ràble en fer de manière à obtenir un sel granulé. La soude calcinée titre 80 à 82 degrés alcalimétriques et renferme iO à 15. degrés de soude caustique.
Pour purifier cette soude impure, on la redissout et après l'avoir laissée déposer, on Tévapore dans des bassins chauffés par dessous.
Le sel, pêche à mesure qu'il se forme pendant l'évaporation, est au titre de 90° alcalimétriques environ. On arrête cette opération quand la lessive est réduite au quart de son volume primitif ; Teau-mère
OU eau-rouge^ est évaporée à sec et calcinée avec de la sciure de bois de façon à carbonater la soude caustique. On en extrait une nouvelle quantité de ^el de soude dans une opération ultérieure.
En Allemagne, ou se sert d'une chaudière d'évaporation à pèchage mécanique, imaginée par Theien^ pour amener la lessive à l'état de sel de soude. Une série de palettes montées sur un arbre rotatif, raclent les parois de la chaudière, t assemblent k» sel au milieu et le rejettent au dehors. On dessèche ensuite les cristaux dans un appareil analogue.
En Angleterre, l'^vaporation se fait en chauffant la lessive par dessus. Comme toutes les poussières entraînées par les gaz chauds sont arrêtées par les liquides dans ces « fours à jiôcher », on obtient un sel impur [soda criida]^ à 72° alcalimétriques.
La calcination de ce sel donne de la cendre de soude [soda ash) que Ton redissout et qui fournit par évaporation le « white alkali » à 80<* alcalimétriques.
Le pôchage de la soude crue est arrêté quand la liqueur atteint 50° B. (densité 1,5). L'eau-mère ou eau rouge sert à préparer la soude caustique, ou bien est calcinée avec de la sciure de bois pour donner une nouvelle quantité de carbonate brut.
A Chauny, les lessives sont évaporées dans des bassins chauffés par dessus, au moyen de chaleurs perdues. Au moment où la cristallisation va commencer, on siphonne la liqueur et on l'envoie dans un appareil Thelen. L'eau-mère donne de la soude à 80° alcalimétriques (28 à 30° de caustique).
Les cristaux de soude diffèrent du sel de soude par une plus grande pureté et par leur teneur en eau. Leur composition, représentée par la formule
C03Na2 + lOH^O, correspond environ à 37 0/0 de soude et 63 0/0 d'eau. Ils ne contiennent pas de soude caustique mais renferment souvent une assez grande proportion de sulfate de soude, qu'on y ajoute dans le but d'augmenter la dimension des cristaux.
On prépare les cristaux en dissolvant et faisant cristalliser le sel de soude, à deux reprises successives, puis en desséchant le produit dans une étuve à 13 ou IS'* G. ; on met aussitôt les cristaux en bai'ils pour éviter qu'ils s'effleurissent.
Procédé à rammoniaque
Le nouveau procédé de fabrication de la soude est basé sur le principe suivant : lorsqu'on mélange une solution de sel marin (NaCl) et du bicarbonate d'ammoniaque (CO'^AmH), il se forme par voie de double décomposition du chlorhydrate d'ammoniaque soluble (AmCI) et du bicarbonate de soude (CO^NaH), qui se précipite. Par l'action de la chaleur on décompose ensuite le bicarbonate de soude en carbonate neutre (GO'^Na^) avec dégagement d'acide carbonique et d'eau.
Les premières tentatives faites pour exécuter ce procédé en grand datent de 1838; elles ont été reprises en 1835 par Schlœsing et Rolland, et plus récemment par Solvay, de Bruxelles, qui y apporta de grands perfectionnements. En 1883, Daguin et O^ ont installé, sur une base un peu différente, une soudière qui fait une concurrence importante à celle de Solvay et C'^
La fabrication comporte quatre phases :
4i2 MATIÈRSS PBJSmÈBfÊS
1^ Saturation des solutions salines par le gaz ammoniac ;
3^ Garbonatation de la liqueur et séparation du bicarbonate de soude précipité;
3° Torréfaction du bicarbonate de soude ;
i*» Traitement des eaux-mères pour récupérer Tammoniaque.
1° Saturation des saumures par le gaz ammoniac^ — On emploie généralement comme saumure Teau salée que Ton se procure en certaines régions au moyen de trous de sonde, et dont on augmente la concentration jusqu'à ^ ou ^^ B. par Taddition de sel marin. La saumure doit être débarrassée des sels de magnésie et de fer qu'elle peut renfermer. Par l'addition d'un lait de chaux on précipite la magnésie; le sulfate de chaux qui se forme en même temps est décomposé à l'aide d'une certaine quantité de carbonate de soude. Si les liqueurs contiennent du fer, on fait passer ce métal « au maximum >» par l'action du chlorure de chaux, puis on précipite ensemble le fer et la chaux par un courant d'acide carbonique.
La solution salée étant filtrée on la fait passer dans un récipient (saturateur) oîi un courant de gaz ammoniac arrive par la partie inférieure. En se saturant la solution saline augmente de volume et sa densité s'abaisse à 13 ou 16° B. ; sa température s'élève en même temps par suite de la chaleur dégagée dans la combinaison. Après l'avoir refroidie, on la fait passer dans Yabsorbeur, où doit se faire la réaction de l'acide carbonique.
2*» Carbonatation et précipitation du bicarbonate de soude, — Vabsorbeur Solvay consiste en un cylindre
SOUDE • * 4f4S
en fonte, ayant de 40 à 20 mètres de hauteur et divisé dans toute sa hauteur par une série de plateaux percés au centre, dont chacun est surmonté d'un dôme perforé. A la partie inférieure, on fait arriver les gaz réunis des fours à chaux et des fours où l'on décompose le bicarbonate de soude. Ces gaz en s'élevant rencontrent d'abord la saumure ammoniacale, qui est introduite vers le milieu de la colonne, puis de la saumure pure, arrivant à la partie supérieure. Ils sont introduits dans l'appareil à une pression telle que le froid produit par leur- détente suffise à compenser la chaleur dégagée pap la réaction. Une température un peu élevée nuirait en effet, de même qu'une pression trop faible, à la réaction du sel marin sur le bicarbonate d'ammoniaque. Le sel formé, en suspension dans le liquide, est entraîné avec celui-ci et sort par la tubulure inférieure. Tous les quinze jours, on doit cependant nettoyer les plateaux de l'appareil, et c'est là un travail assez considérable; l'appareil» Fott/î>ron, employé par Daguin et C»', n'a pas cet inconvénient au même degré, car il est facile à démonter et à remonter, et fonctionne quatre à cinq mois sans nettoyage- La solution de chlorhydrate d'ammoniaque tenant en suspension le bicarbonate de soude précipité, est filtrée sur un filtre à vide dont le fond perforé est garni d'une étoffe de coton. Le" sel est débarrassé, par un lavage rapide, du chlorhydrate qui l'imprègne, puis on l'enlève à la pelle après l'avoir laissé égoutter quelque temps.
3° Torréfaction du bicarbonate de soude. -^ La transformation du bicarbonate de soude en carbonate neutre est opérée, par l'action de la chaleur»
dans un appareil qui permet de recueillir l'acide carbonique dégagé. On se sert ordinairement du torréfacteur de Schlœsing et Rolland^ sorte de chaudière en fonte munie d'un agitîlteur mécanique dont l'axe passe à travers un presse-étoupe fixé dans le couvercle.
Le carbonate de soude préparé par le. procédé à raiumôniaque est d'une grande pureté. Il contient seulement I 0/0 de chlorure de sodium. Son prix de revient peut être bien moins élevé que celui de la soude Leblanc dans les régions où Teau salée est à bas prix. Sa fabrication exige aussi moins de frais de premier établissement et d'entretien.
Soude de cryolithe
On trouve au Groenland des gisements d'une pierre translucide, facilement fusible, désignée sous le nom de cryolithe. C'est un fluorure double d'aluminium et de sodium :
(Al«Na«Fn2)
Thomsen, de Copenhague, montra que ce minéral était facilement décomj»osé par la chaux en aluminate de soude (Al*0®Na*) et fluorure de calcium (CaFl^).
11 suffît de chauffer au rouge un mélange fait dans la proportion de 1 molécule de cryolithe pour 6 molécules de calcaire, auquel on ajoute généralement le résidu de l'opération précédente. Il faut deux heures pour traiter ainsi 500 kilogrammes de cryolithe.
La masse est ensuite lessivée pour dissoudre l'alu-
minate de soude. Le résidu formé par le fluorure de calcium trouve emploi dans la fabrication de certains verres.
Quant à l'aluminate de. soude, il est facilement dècomiposé par Tacide carbonique en alumine hydratée et carbonate de soude que l'on fait cristalliser dans la solution.
L'alumine précipitée est employée de préférence à la fabrication de l'alun.
Actuellement cette industrie n'est plus exercée qu'à Natroua (Amérique du Nord) et àOersund (Danemark).
Le calcium (Ca) est un métal peu connu. Sa couleur est blanc d'argent; il est brillant et très ductile. Sa densité est 1 ,58. Il fond au rouge et brûle avec une lumière intense.
Il se conserve assez bien dans l'air sec, mais s'altère très vite à l'air humide. Il décompose l'eau à la température ordinaire en se transformant en chaux hydratée.
Le calcium est bivalent et a pour poids atomique
V oxyde de calcium (GaO) ou chaux est une base très réfractaire. Elle est caustique et attaque rapidement les tissus des matières animales. Sa densité est égale à 2,3.
La chaux anhydre ou chaux vive s'unit à l'eau avec un grand dégagement de chaleur ; il se forme un hydrate représenté par la formule Ca(OH)*.
V hydrate de chaux ou chaux éteinte forme une poussière blanche légère, qui peut rester en sus-
MATIÈRES, PRBUliBES
pension dans l'eau quand on- ag^te ce liquide ; ce mélange porte le nom de lait de chaux.
La chaux est très peu soluble dans Teau. Il faut 7 litres d'eau pour dissoudre 10 grammes de chaux, à la température ordinaire.
Le carbonate de chaux (GO^Ga) se présente dans la nature sous diverses formes, les unes cristallines, les autres amorphes, de densité variable.
Le carbonate de chaux est décomposé par la plupart des acides. Si l'on opère dans un liquide, Tacidr carbonique se dégage avec effervescence.
L'action de la chaleur rouge suffit à décomposer le carbonate de chaux ; l'acide carbonique est chassé et il reste de la chaux caustique (Ga 0).
Dans le creuset du verrier, l'acide carbonique du calcaire est d'abord chassé par l'influence de la chaleur seule, et les dernières traces sont déplacées par l'acide silicique qui, s'unissant à la chaux, donne du silicate de chaux.
Le carbonate de chaux est à peu près insoluble dans l'eau pure (34 milligrammes dans un litre). Il se dis'Sout dans l'eau chargée d'acide carbonique ; il s'y trouve alors à l'état de bicarbonate de chaux KGO^j^GaH^]. Si cette solution perd par volatilisation la moitié de son acide carbonique, le carbonate de calcium, redevenu insoluble, se dépose de nouveau.
I^a combinaison de la chaux avec l'acide sulfurique existe dans la nature sous deux états : le gypse (pierre à plâtre) et Vanhydrite.
Le sulfate de chaux anhydre naturel, porté au rouge vif en présence du sable, abandonne le soufre et l'oxygène qu'il contient, et il se produit un silicate de chaux.
Le phosphate de chaux en usage est tiré des os des animaux. Ces os sont nettoyés, dégraissés ensuite par ébullition dans de grandes chaudières, puis calcinés. Quand ces os sont encore colorés par des matières organiques non brûlées, on achève de les rendre parfaitement blancs par une nouvelle cal- «ination dans des fours convenables. On les broie finement pour s'en servir immédiatement Ces cendres iVos sont formées de 4/5 de phosphate de chaux (PhO*Ga) et de 1/5 de carbonate de chaux (CO'^Ca).
Le phosphate de chaux, en mélange sous de faibles proportions, ajoute à la fusibilité du feldspath. 11 sert à former quelques émaux blancs et opaques.
Introduit en petite quantité dans le verre ou le cristal, il y reste en suspension, à la manière* de la chaux dans le lait de chaux, pour former des matières opalines qui conservent toutes les qualités des matières vitreuses, moins la transparence.
Dans certains endroits, on trouve, tout formé par la nature, du silicate de chaux^ appelé wollastonite. Cette matière est employée dans certains cas pour la fabrication du verre ; qn emploie également des roches oîi le silicate de chaux entre pour une forte partie.