II. PROCÉDÉS DE PKlXrURE SIR VERRE
Avant de nous occuper du charçemenl ot de la cuisson des couleurs, il importe de jeter un coup d'œil sur les différents procédés employés dans la peinture sur verre, attendu que la nature des couleurs dépend du procédé même qu'on veut employer.
Tantôt on peint sur une feuille de verre blanc, sur lequel le dessin entier est cuit avec toutes ses couleurs vîtrîfiables principales et ses demi -teintes, c'est ce qu'on nomme peinture en apprit.
Ou bien, on forme le dessin en réunissant avec du plomb, divers morceaux de verre teints en fabrique ou dans la masse ; ces verres donnent seulement les teintes plates du tableau, et on ajoute les contoure et les ombres ; c'est la peinture dite mosaïque.
Enfin, on combine ces deux procédés, c'est-à-dire que le tableau est formé, en partie de verres teints dans la masse et de verres blancs peints et cuits; c'est la peinture mixte.
Voici maintenant quelques règles particulières à la peinture sur verre en couleurs vitrifiables.
On doit faire choix d'un verre blanc pur, exempt de bulles, dur et capable de résister à un coup de feu sans se fondre ; autrement l'artiste perdrait tout le fruit de ses efforts s'il voulait cuire ses couleurs sur un fond d'une fusibilité aussi grande, on seulenient un peu moins fusible qu'elles. Néanmoins, on parvient encore, ainsi que les anciennes peintures nous en offrent des exemples, à peindre avec succès sur des verres impurs en apparence et de qualité inférieure, lorsque, comme il a été dit, ils ne renferment
pas une trop grande proportion de plomb.
Avant le travail on est dans Thabitude de frotter la feuille de verre qu'on veut peindre avec de la cbaux bien pure éteinte à l'air, aûn de la nettoyer parfaitement.
Quand on y est parvenu, on donne à la surface de cette feuille, un fond que les uns posent avec un linge très propre ou un pinceau large, qu'ils trempent dans de l'essence de térébenthine et dont ils enduisent bien également toute cette surface, et les autres en y étalant un couche de couleur noire vitrifiable très légère, qui ne s'oppose pas à sa transparence, mais lui donne l'aspect d'un verre mat et sans éclat. Ces deux méthodes sont bonnes; elles donnent au verre une surface adhésive, qui reçoit mieux le dessin et les couleurs qu'un fond blanc ordinaire; néanmoins, la seconde a l'avantage de faire mieux ressortir lors du travail du peintre, les effets qu'on se propose d'obtenir. Dans tous les cas, ces deux espèces de fonds doivent être portés sur le verre avec beaucoup de snin et au moyen d'un large pinceau, être garantis le plus possible de la poussière et sèches rapidement.
Les couleurs doivent être préalablement réduites à une ténuité eîctrème, par un broiement prolongé sur un porphyre, on dans un moulin de porcelaine biscuit. Pour cela, on les délaie avec suffisante quantité d'eau pure ; ensuite on les fait sécher, pour les conserver dans des flacons bouchés. Au moment de l'emploi, on mêle les couleurs en poudre à des liquides de différente nature, qui ont pour but : i** de donner * aux couleurs assez de gras et do liant pour qu'elles ne coulent pas sur le verre ; 2° de les faire adhérer suffisamment, quand elles sont sèches, en attendant
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qu'elles soient fixées par la cuisson ; 3° de s'approprier à Tapplication des différentes espèces de pinceaux que Ton met en usage pour la peinture sur verre, et dont il va bientôt être question. Ces liquides sont ordinairement de Teau, de l'essence de térébenthine, de Tessence de lavande, rendues moins fluides par les substances qui doivent fixer les couleurs sur le verre après la dessiccation. A l'eau, c'est du sucre candi, du borax que Ton ajoute ordinaireitient. Aux essences de térébenthine et de lavande, c'est de l'essence grasse de térébenthine et de lavande. On appelle essence grasse, une essence altérée et épaissie par l'action prolongée de l'air. Parmi les préparations qui, dans le commerce, portent ce nom, il faut distinguer celles qui sont véritablement des essences épaissies à Pair, de celles qui sont le résidu de la distillation des essences de térébenthine et de lavande ordinaires. Les dernières sont d'un emploi beaucoup moins avantageux. Autant vaudrait se servir tout simplement de la térébenthine elle-même ou d'un vernis quelconque. Mais nous verrous plus tard pourquoi ces liquides doivent être rejetés.
On prépare les essences grasses en mettant des essences ordinaires dans un vase de verre à large ouverture, que Ton recouvre d'un tissu facilement perméable à l'air et que l'on expose à l'air et à la lumière. On agite de temps en temps. Elle est convenablement épaissie quand elle a la consistance d'un sirop épais.
Les couleurs à l'eau et celles à l'essence ont chacune leur utilité. On les emploie souvent alternativement dans une même peinture.
Les instruments qui servent à transporter les cou-
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!eurs sur le verre, sont des pinceaux de plusieurs sortes :
1® Les pinceaux de martre, pinceaux effilés qui servent ordinairement à l'aquarelle ;
2° Les putois, qui, au lieu d'être effilés, sontabrup" tement coupés par le bout, de manière à présen» ter une surface plane, perpendiculaire à la longueur ;
3° Les blaireaux plats, pinceaux larges et aplatis pour étaler les couleurs ;
3° Les queues de morue en soies de cochon douces, de la même forme que les précédents ;
5** Les brosses dures, en forme de petits putois, faites en soies de cochon ;
6* Les brosses en soie de cochon, usitées pour la peinture à l'huile.
Veut-on appliquer sur le verre une couche égale de peinture ? Si l'espace qu'on veut couvrir est étroit, on prend un pinceau de martre ; s'il est étendu, on prend une queue de morue, ou un blaireau plat. Au moyen de ces instruments, on transporte la couleur sur le verre, et on l'étalé en balayant, sur toute la surface, d'abord dans un sens, puis dans un autre opposé, jusqu'à ce que la couche soit égale. Cet à-plat conserve ordinairement des sillons que laissent après eux les poils des pinceaux. On les fait disparaître, si on le juge utile, par l'action du putois, ou itiieux au moyen du blaireau plat.
Le putois, avons-nous dit, offre par le bout une surface plane ; on le fait agir en heurtant le verre par le bout des poils, et non en le faisant glisser, comme les antres pinceaux. Ce mouvement adroitement exécuté, et suffisamment continué^ efface iea
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grasse, et l'eau, à l'essence de térébenthine. Ce mode de procéder a pour but de déterminer^ facilement la proportion convenable de sucre ou d'essence grasse. Pour les couleurs au borax, et même à l'essence de térébenthine pure, on se borne à mettre assez de liquide pour faire une bouillie épaisse. En général les émaux doivent être peu humectés.
Il n'est pas indifférent d'employer une couleur à l'eau ou à l'essence, et l'essence de térébenthine, ou celle de lavande. Les couleurs à l'eau sont en général plus fluides que celles à l'essence, toutes choses égales d'ailleurs. Elles ont moins de liant, et par conséquent s'étendent moins bien sous le pinceau. Dans les à-plats d'une certaine étendue, les couleurs à l'essence sont plus susceptibles de former une couche unie. Les stries et sillons que laisse la queue de morue s'effacent mieux sous le blaireau plat. Le putoiser des couleurs à l'essence donne aussi un résultat plus satisfaisant. On préférera donc cellesci dans tous les cas analogues à ceux que nous venons d'énoncer.
Si l'on compare l'essence de lavande à celle de térébenthine, on remarque que la seconde est plus siccative que la première. C'est pourquoi on fait usage de celle-ci toutes les fois qu'ofi a besoin d'un liquide qui sèche lentement. On ne l'emploie pas seule dans la préparation des couleurs ; on en ajoute à l'essence de térébenthine autant qu'il est nécessaire pour rendre la dessiccation convenablement lente. On a principalement recours à ce moyen dans le travail du putois, qui s'exécute toujours avec lenteur. L'essence de lavande est d'une utilité émincnte dans le cas dont il s'agit. Pour les couleurs à l'eau, on ne
saurait remplacer avantageusement le sucre par d'autres substances adbésives, telles que la gomme, etc. ; le sucre a l'avantage d'être plus souple et moins susceptible de s'écailler.
On considère dans la peinture sur verre, deux modes d'exécution essentiellement différent**. Celui qui fut le plus anciennement pratiqué, le mode gothique, consiste à ne faire usage d'aucun émail propre à colorer le verre, et seulement à dessiner les contours et les ombres d'un sujet avec un émail brun, opaque, sur du verre teint dans la masse. Cette sorte de peinture, ou plutôt de dessin, malgré sa simplicité, est susceptible des plus beaux effets que puisse produire la décoration des vitraux. Nous lui devons les belles verrières gothiques qui ornent nos vieilles églises. Il est aussi le plus facile à exécuter. Il suffit pour cela, en effet, d'avoir l'usage du dessin. Il n'est besoin d'ailleurs que d'un seul émail d'une préparation facile, et dont l'application n'offre pas de grandes difficultés.
Le second mode de peinture, que nous appelons mode de la renaissance, tout en admettant, comme le précédent, l'emploi du verre coloré au moment de sa fabrication , exige l'application de nombreux éniaux, au moyen desquels l'artiste exécute sur le verre, une véritable peinture comparable, pour les effets, à la peinture à l'huile. Il est donc obligé d'avoir une palette de couleurs vitrifîables qui lui offre autant de ressources, pour ainsi dire, que celles de la peinture à l'huile. La pratique de ce mode de i)einture est difficile, et exige une étude spéciale.
La peinture sur verre, en général, prés(mte de nombreuses difficultés matérielles résultant dt; la
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ture des couleurs, et du verre lui-même, soit pour pplication mécanique des émaux, soit pour la réaatiou des résultats qu'on se propose d'obtenir. Nous crirons les artifices auxquels on est obligé d'avoir !ours dans les différents cas.
La surface lisse et polie du verre est peu favorable 'application des couleurs. Lorsqu'il s'agit d'étaler e teinte, très souvent un second coup de pînceaa lève ce que le premier avait déposé. De là imposlilité de mettre de l'hésitation dans le travail. Cette ficulté a conduit quelques artistes à ne peindre que r du verre dépoli avec le grès ou Témeri. Vfais le plus grand obstacle pour le peintre résulté la nature du véhicule qui permet difficilement de perposer plusieurs couches de couleurs rendues iiérentes par les mêmes substances, même après la isiccation de celles-ci. La matière fixativc d'une îmière application, ayant conservé sa solubilité, susceptible d'être délayée et enlevée par les appâtions consécutives. On a eu l'heureuse idée, dans cas, de changer le véhicle h chaque nouvelle ichc de couleur superposée à une autre. Ainsi on nt à l'eau, sur une couleur à l'essence ; et réciiquement à Tessence, sur une couleur à l'eau. Les tières ûxativcs de l'une étant insolubles dans le aide de l'autre, on ne court pas le risque d'enlever qu'un premier travail a produit, llependant, l'incommodité qui résulte de l'emploi couleurs différemment préparées, a fait chercher noyen de peindre avec un même véhicule. On y arrivé, en mettant à profit l'observation suivante : ; couleur à l'essence, épaissie avec l'essence grasse la térébenthine de Venise, conserve sa $olubUité
dans le même liquide, lorsqu'on la fait sécher à Tair libre ; mais si les pièces peintes sont exposées à une température modérée, dans une étuve, cette couleur cesse d'être facilement délayée, supporte très bien le frottement du pinceau, et les nouvelles applications se font sans difficulté.
Lorsqu'on suit le procédé que nous venons de décrire le besoin de mettre des intermittences dans le travail pour exposer les pièces à l'étuve, a semblé à quelques artistes un inconvénient assez grave pour qu'ils aient tenté de se soustraire encore à cette nécessité. Ils sont parvenus enfin à peindre sur le verre, à Teau ou à Tessence, comme on peint sur la toile, sans qu'il soit même nécessaire de faire sécher le premier travail. Nous nous empressons de déclarer que c'est plus à leur adresse et à leur habileté qu'au procédé lui-même, qu'ils doivent cet inappréciable avantage. Pour analyser leur manière de faire, supposons une peinture à l'eau. Pour commencer, l'artiste en délayant sa couleur, y introduit aussi peu de sucre qu'il est nécessaire pour la faire adhérer. Celle-ci appliquée, il revient sur la première couche, avec des couleurs progressivement plus chargées de sucre sans être pour cela beaucoup plus épaisses. La densité croissante du véhicule empêche son action dissolvante sur la couleur primitivement appliquée.
Cette manœuvre, adroitement exécutée, permet de peindre en empâtant^ pour nous servir de l'expression consacrée. Mais, nous le répétons, il n'y a qu'une longue expérience et une adresse consommée qui donnent la faculté d'user utilement de ce moyen.
Pour Texécutioa du mode gothique partie»
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ment, on emploie souvent un procédé aussi simple qu'ingénieux, qui permet à l'artiste de conduire son travail aveo la plus grande sécurité. On le nomme peinture par enlevage. Il consiste à faire le trait du dessin avec une couleur à l'essence, et à recouvrir tout le sujet d'une couche de couleur à Teau, susceptible d*être enlevée avec un pinceau dur, lorsqu'elle est complètement sèche. Au moyen de ce dernier, on enlève, par un frottement adroit, différentes épaisseurs de couleur, suivant qu'on veut obtenir des ombres, des demi-teintes ou des clairs. Le verre mis à nu par l'enlèvement total de la couleur, donne les clairs ; les parties que le pinceau a respectées, forment les ombres ; et les demi-teintes résultent de l'incomplet enlèvement de la couche appliquée. C'est ainsi qu'on fait le modelé du tableau ; ensuite, après une première cuisson, on fait les retouches et les repiqués, avec une couleur au sucre ou à l'essence grasse.
La couleur propre aux enlevages, est un émail auquel on ajoute un peu de borax, et que Ton broie avec suffisante quantité d'eau pour en faire une bouillie épaisse : on l'étend sur le verre à l'aide d'une queue de morue, et on égalise la couchcavec un blaireau plat que l'on promène légèrement dessus. La petite quantité de borax qu'on y fait entrer, fait adhérer suffisamment la couleur, pour permettre l'actiou de la brosse dure pour les enlevages.
La plupart des émaux colorés par combinaison se prêtent bien à l'emploi de ce procédé. Mais, parmi ceux dans lesquels la matière colorante est libre dans le fondant, il en est dont la matière colorante est attaquée par le borax, de manière à produire un
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composé qui donne à la couleur appliquée trop de résistance au' pinceau gratte ur. Parmi eax, nous citerons le jaune d'ocre, et tous ceux qui renferment de Toxyde de zinc en mélange. Mus^ on prévient sûrement cet inconvénient en frittant ces sortes iVémaux avant de les broyer pour y mêler le borax.
Fritter un émail, c'est le chauffer jusqu*à ce quMi s'agglutine et forme une masse pâteuse par un commencement de fusion.
La peinture par en levage emploie rarement les émaux colorés par combinaison. Destinée à ne produire qu'un simple modelé sur un fond préalablement coloré, elle n'a besoin le plus souvent que d'un émail coloré par mélange, qui ait de l'opacité. Celui qui est le mieux approprié à cet usage, est formé de fondant rocaille et d'oxyde de fer brun ou violet, dans les proportions ordinaires, avec une iiddition de borax calciné en quantité égale au huitième du poids du fondant. Les rapports du borax et du fondant sont calculés de manière à réaliser la composition d'un fondant des émaux de première classe.
Le procédé que nous venons de décrire est susceptible d'une modification importante, quant à la préparation de la couleur propre aux enlevages. A la place de l'eau boracée, comme véhicule de l'émail, on emploie simplement l'essence de térébenthine du commerce. Dans ce cas, on fait d'abord son dessin à la plume, avec une couleur à l'eau, et on applique par dessus une couche de la couleur à l'essence. Cette modification se fonde sur la propriété que possède l'essence de térébenthine de donner une fixité suffisante pour le travail du pinceau d'enlevage. L'es-
sence doit cette propriété à la petite quantité de résine qu'elle renferme, car cet effet cesse d'avoir lieu quand elle a été purifiée par une nouvelle distillation. On voit que ce n'est qu'une contre-partie de la méthode précédente. Quelques précautions doivent être prises pour arriver à un bon résultat. Il faut que la couleur à l'eau soit convenablement sucrée, pour que celle à l'essence ne puisse pas la détremper. En outre, la couleur à l'essence, une fois appliquée, doit être suffisamment chauffée à Tétuve pour acquérir la fixité désirable. On doit aussi éviter d'int;*oduire plusieurs fois de l'essence dans une même couleur, de peur d'augmenter la proportion de résine qui rendrait Pémail trop adhérent, et trop rebelle aux enlevâmes.
11 est des circonstances où cette méthode prend un peu de complication : ce sont les cas où il s'agit de peindre sur du verre non coloré. Pour faire une tête, par exemple, les contours étant dessinés, on applique une teinte fixe qui doit servir à colorer les lumières, et sur celle-ci, une couche propre aux enlevages, devant former les ombres et les demi-teintes. Ainsi, sur le trait dessiné à l'eau, la première couche devra être à l'essence épaissie, et la seconde au borax ; ou bien, le trait étant à l'essence grasse, la première couche sera à l'eau sucrée, et la seconde à l'essence pure, conformément à ce que nous avons dit ci-dessus.
La peinture par enlevage est à la fois simple e,t expéditive. Elle convient beaucoup à l'ornementation, surtout pour exécuter cette sorte de dessins qui s'enlèvent en clair sur un fond de couleur sombre, pour imiter les broderies des vêtements. Dans ce