MOYENS DE DRESSER LES CHEVAUX
Le pincer délicat de l'éperon, qui ne doit foire qu'effleurer le poil sans piquer le cuir, esl la plus expressive de toutes les aides; et si le cheval n'y répond pas, on enfonce vigoureusement les éperons. Enfin, le peser sur l'é trier, quoique la plus douce de toutes les aides, suffit quelquefois pour les chevaux très-sensibles et bien dressés. On pose tantôt sur les deux à la fois, tantôt sur celui de dedans ou de dehors, selon le genre d'avertissement que l'on veut donner.
Lorsque le cheval ne répond à aucune aide, soit par malice ou par défaut de sensibilité, il faut le corriger sur-le-champ, et proportionner la vigueur du châtiment à la gravité de sa faute, mais surtout à la connaissance que l'on doit avoir de son naturel ; car il est des chevaux sensibles à la moindre punition, et l'on finirait par les rebuter et les avilir si on les châtiait outre mesure.
Les châtiments les plu? en usage sont : la chambrière, la gaule ou la cravache, et l'éperon.
La chambrière est une longue courroie de cuir attachée au bout d'un manche qui doit avoir environ 1».33 de long. On s'en sert pour donner les premières leçons aux jeunes chevaux que l'oa veut dresser; pour leur apprendre a piaffer dans les piliers; pour donner du cœur à un cheval paresseux; vaincre un cheval rétif ou ramingue qui se défend contre l'éperon, etc. :1a chambrière est préférable au fouet dans ces divers cas, parce qu'étant obligé de s'en servir quelquefois vigoureusement, on ne craint pas pour le cheval les contusions et les meurtrissures que causerait la corde.
Ou frappe le cheval avec la gaule ou la cravache, sur le ventre et les fesses pour le pousser en avant, et sur l'épaule pour l'empêcher de ruer.
L'éperon se compose de trois pièces principales : le LOrps ou les branches, le collet et la mollette : le collet doit être un peu long, afin que le cavalier ne soit pas obligé de trop serrer le talon pour arriver au ventre.de son cheval, et la mollette avoir cinq à six pointes bien aiguës.
On se sert des éperons avec un grand succès pour rendre tin cheval sensible et fin aux aides : ce moyen doit être employé avec discernement; il faut en user vigoureusement dans l'occasiou, mais jamais sans nécessité. Pour bien donner de l'éperon, il faut approcher doucement le gras des jambes, et appuyer ensuite fortement la mollette contre le ventre, à environ quatre travers de doigt derrière les sangles ; car si l'on attaquait les flancs, cette partie étant beaucoup trop sensible, le cheval ruerait et s'arrêterait court au lieu d'avancer. Les cavaliers qui appliquent les éperons (l'un seul coup étonnent
et surprennent le clievalj qui ne répond pas alors aussi bien que lorsqu'il a été prévenu d'avance par l'approche insensible du gras de jambe. Le pincer délicat de l'éperon devient quelquefois un châtiment suffisant pour les chevaux extrêmement sensibles.
C'est dans l'emploi sagement combiné des aides et des châtiments que consiste presque entièrement l'art d'un bon écuyer; mais, encore une fois, il faut user de ces divers moyens à temps et comme il faut. Il faut aussi aider et châtier sans faire de grands mouvements; rien n'est plus ridicule que ces mauvais cavaliers qui s'agitent en cent façons sur leur cheval, et suent, comme on dit vulgairement, sang et eau, suus pouvoir en venir à leur honneur; tandis qu'un écuyer véritable fera tout ce qu'il voudra de son cheval, sans avoir, pour ainsi dire, l'air de s'en occuper.