QUESTION DU DIÈZE
PRÉFACE
Nous sommes forcés de le rejeter aussi, parce que les livres du diocèse ne l'admettent nulle part. Disons cependant qu'il y a dièze et dièze. Il y a le dièze qui détruit la modalité en déplaçant les demi-tons de la position qui leur a été assignée pour servir à la formation d'un mode particulier; cette position, en effet, ne peut être changée sans qu'on enlève au mode sa raison d'être, sans qu'on le détruise par conséquent. Ce dièze est défendu. Puis, il y a le dièze de transposition ; celui-là est permis. Afin de faire comprendre la nature de celui-ci, nous donnerons un exemple. Dans ce livre, V Asperges est écrit en do naturel. Si l'on veut chanter cette antienne un ton et demi plus bas avec accompagnement, l'organiste sera obligé de transposer et de faire usage de trois dièzes, afin que son accompagnement corresponde à l'intonation des chantres. C'est ce qu'on appelle dièzes de transposition. Ce dièze se rencontre à deux endroits dans ce manuel, au Lauda Sion et au Veni Creator. Ce sera là un scandale pour quelquesuns, mais pour les faibles seulement. Lemmens, qui est ennemi implacable du dièze, attribue ces deux compositions musicales au llème mode mixte, au mode qui a do pour finale à l'authentique et au plagal. D'après son opinion on aurait, lors de la réduction des 14 modes du plain-chant, transformé la finale do du llème mode en la finale sol du Yème ; dans ce cas le fa dièze de l'authentique se trouve être une transposition du si naturel, et le fa naturel du plagal, une transposition du si bémol. La position des demi-tons telle qu'exigée par les lois du llème mode reste donc intacte, et la modalité est respectée ; nous dirons plus, la modalité est sauvée, car l'emploi constant du fa naturel ferait perdre à ces compositions le caractère qui les distingue, celui d'appartenir à un mode mixte où le passage
PRÉFACE
de l'authentique au plagal doit s'opérer par l'altération de la note mobile.