‹ Nouveau manuel de l'anatomiste, comprenant la description succincte de toutes les parties du corps humain et la manière de les préparer; suivie de préceptes sur la confection des pièces de cabinet et sur leur conservationChapitre 131 sur 297 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Du tissu cellulaire, de la peau et de F organe du toucher. l

Noos avons cru devoir rattacher le tissu cellulaire à la peau, parce que cette dernière ne semble être en grande partie que ce tissu plus ou moins condensé» et que tous les deux sont des* tinés à servir d'enveloppe aux parties. Nous en aurions néanmoins fait un chapitre séparé, s'il était entré dans notre plan de traiter â part Tanatomie générale et l'anatomie descriptive. Mous parierons donc d abord du tissu cellulaire et du tissu adipeux qui lui est uni. Nous examinerons ensuite la peau elle-même et les trois couches dont elle se compose, et nous terminerons par la description de l'organe du toucher.

Art. i.** Des tissus cellulaire et adipeux. ht tissu cellulaire, aussi appelé tissu cribleux^ muqueux, la-

\ D. C. Scbobikgeb, De telm eeUuL infabrica c. hum. dignilate. Gœtt. , 1746.

Ta. Bordzu, Rech. sur le tissu muqueux ou l'organe cellulaire. Paris, 1767.

G. F. Wolft, De tela, quant dicunt cellulose-, ohs. Jtfow. C. Petrop.9 t. VI, Vn et VHIr — Ej.Zfe adipe. Ibid., t. VII. — Ej. De jute. Ibid., t. Vin.

Malpichi, De omento , pinguedine et adiposis dactibus. Epist. anat. Zond.9 S 666, pag. 33, avec fig. — Ej. De exierno tactus organo9 ibid., pag. 21.

G. A. Gaultier, Rech. sur l'organisât de la peau de l'homme et sur les causes de sa coloration. Paris, 1809. — Ej. Rech. sur l'organisât, cutanée. Paris, 1811.

Hiîttxi, De papillis cutis tactui inserçientibus. Lejde, 1747. Dans Hallea, Disp. anat., vol. VII, part. 2.

Uaase, De nntritione unguium. Leipz., 1774.

Rcdolphi , De pilorum structura. GreifsWaide, 1806. — Ej. Aufsatz ûber Bombildung. Abhandi. der A cad. der JVissenschaften tu Berlin , 1818.

E. A. Lauth j Mém. sur divers points d'anatomie, av. fig., 1830, in-4.° Dans le I.** vol. du Recueil des Mém. de la Soc. du Muséum d'hist. nat. de Strasbourg.

H. EiCHHonif : Ueber die Aussonderungen durch die Haut, etc. Mectii/s Archhfikr Physiologie , 1826, pag. 405. — Ej. Bemerkungen ûber die A nat omit und Physiologie der âussern Haut des Menschen, ibid., 1827, pag. 27.

G. Basscarr et Roussel de Vauzème, Mém. sur la structure et les fonctions de la peaa, avec fig. Ann. des sciences nat., 1834. Brbschbt m'a communiqué, dès 1833, les faits consignés dans ce mémoire, en sorte que la découverte des canaux andorîferes en spirale ne saurait lui être contestée.

A. Wexdt, Ueber die menschliche Epidermis, avec fig., dans Archinfùr Analomiey Physiologie, etc., von J. -Mulur, 1$34, pag. 278.

258 4HAHCHNOTOM1E.

mineux, etc., est mou, élastique, spongieux, blanchâtre, demitransparent, composé d'une quantité prodigieuse de filamens assefc semblables à ceux des ligamens, mais qui s unissent et s'entrecroisent d'une façon irrégulière, de manière à former de petites lames qui sont les parois de cellules communiquant les unes avec les autres. Le tissu cellulaire est très-riche en vaisseaux sanguins, qui déposent dans ses mailles une sérosité peu abondante dans l'état de santé, et qui, en s'accumulant outre mesure, constitue l'anasarque. Très-peu de nerfs viennent s'y distribuer; mais je ne pense pas qu'il en soit entièrement dépourvu. L'analyse chimique démontre que le tissu cellulaire est en grande partie réductible en gélatine; on y trouve en outre des traces de différens sels, comme dans tous les tissus animaux.

Le tissu cellulaire est très-universellement distribué dans tout le corps; il forme une enveloppe générale extérieure; il en forme de partielles à tous les organes; il entoure en outre tous les vaisseaux et nerfs qui, par leurs ramifications, concourent à la formation de ces organes. II résulte de ce qui précède, qu'il serait difficile de trouver dans le corps une seule fibre qui ne iïït pas eéparée des fibres voisines par du tissu cellulaire, au point quon a pu croire que tout le corps ne se composait en dernière analyse que de ce tissu plus ou moins condensé et diversement modifié. Le tissu cellulaire est donc à la fois un moyen d'union et un moyen de séparation pour les diverses parties du corps, et comme il forme un système continu d'un bout à l'autre, on conçoit que la sérosité ou tout autre liquide qui serait épanché dans le tissu cellulaire d'une partie, puisse. cheminer dans ce tissa et se répandre ainsi dans tout le corps.

La quantité du tissu cellulaire déposé entre les parties dépendant du plus ou moins grand écartement dans lequel elles se trouvent entre elles, on voit facilement que, par exemple, il y aura beaucoup de tissu cellulaire entre deux muscles différens, tandis qu'il y en aura moins entre les faisceaux d'un même muscle et qu'il y en aura infiniment peu entre les fibrilles musculaires ; il en sera de même relativement aux glandes et aux lobes et grains dont elles se composent

En général, on trouve beaucoup de tissu cellulaire à la superficie du corps au-dessous de la peau, dans le pli des articulations, dans la face, la poitrine, le bas -ventre; dans la cavité du crâne et dans le canal vertébral, au contraire, on en trouve très-peu.

Plusieurs tissus semblent n'être formés que de tissu cellulaire

DU TISSU CELLULAIRE, DE LA PEAU, etc. 25g

tondeuse, et auquel viennent quelquefois s'unir des fibres aponévrotiques; par exemple» Je derme, les membranes muqueuses, séreuses et synoviales , les vaisseaux et même les glandes.

Tel est le tissu cellulaire proprement dit, comme on le rencontre aux paupières , au scrotum, à la verge, entre les fibreç musculaires, etc.; mais presque partout ailleurs il est uni au tissu adipeux, long-temps confondu avec lui. Ce tissu adipeux ou graisseux est jaunâtre ; il se compose de très-petites vésicules arron-r aies, disposées en grappes, s'unissant pour former des grains et des lobules qui sont logés entre lès mailles du tissu cellulaire. Cest dans l'intérieur de ces vésicules qu'est déposée une huile jauni tre, connue sous le nom de graisse: celle-ci est donc fluide dans le corps vivant : il est vrai qu'elle se fige par le refroidis-; sèment Ces vésicules sont très-semblables à celles qui sécrètent et logent la moelle déposée dans les cavités des os. Les vésicules graisseuses reçoivent de nombreux vaisseaux sanguins ; mais on ne sait rien de positif au sujet de leurs nerfs.

La graisse se trouve en général en plus grande quantité dans les femmes et les enfans en bas âge que dans les hommes. Les points où Ton trouve le plus de graisse sont : la face, le pli des articulations, la plante dn pied, l'intérieur de la poitrine et su|? font les parois postérieures de l'abdomen autour des reins.

Art. a. De la peau.

La peau est une membrane qui enveloppe toute la superficie an corps et se réfléchit en dedans par toutes les ouvertures nafurelles, de manière à tapisser par ses prolongemens internes Tceil, l'oreille, les fosses nasales, la bouche, les voies aériennes, lies voies alimentaires et les voies génito-urinaires. Ces prolongemens intérieurs de la peau changent de caractère, deviennent nous, pulpeux, humides, et sont généralement compris sous la dénomination de membranes muaueuses. Il en sera plus spécialement question quand nous traiterons de chaque organe en particulier; mais nous ajouterons pour l'intelligence de la chose, une, quoique triviale, la comparaison de la peau et de ses- prolongemens muqueux à un manchon, est exacte; car la peau se réfléchit dans la bouche, parcourt tout le canal alimentaire et ressort par l'anus pour se continuer de nouveau avec la peau .extérieure, comme la face externe d'un manchon se continue avec sa face interne.

La couleur de la peau varie suivant les races humaines : c'est

2SO SPLANCHNOTOM1E.

ainsi que Ton observe toutes les nuances intermédiaires au blanc et au noir, en passant par le jaune brun, l'olive et le rouge cuivré.

La. peau se compose de trois couches : le derme, le mucus de Malpighi et 1'épiderme. On y rencontre en outre certaines productions cornées, les ongles et les poils, ainsi que des follicules.

1.° Derme, Corium ou vraie peau. Le derme comprend presque toute l'épaisseur de la peau, dont il forme le feuillet profond; il se compose d'un tissu cellulaire très-serré, entremêlé de fibres aponévrotiques fines, multipliées et entre-croisées en sens divers. La face interne, par laquelle il adhère au tissu cellulaire sous-cutané, est moins dense que l'externe; elle est distinctement aréolaire, et ces aréoles semblent n'être qu'une continuation de celles du tissu cellulaire lui-même. On y remarque constamment» aux endroits où la peau doit glisser sur des éminences osseuses, des bourses muqueuses, semblables à celles des muscles. Outre les bulbes des poils et les follicules sébacés dont nous parlerons plus bas, on trouve dans l'épaisseur du derme une quantité prodigieuse de petites cavités dans lesquelles est sécrété le liquide de la transpiration cutanée. Ces cavités sont tapissées intérieurement par des prolongemens épidermoïdes très-minces et elles se terminent par des conduits étroits qui s'ouvrent à l'extérieur par les pores qui criblent I'épklèrme. La (ace externe du derme, recouverte par le mucus de Malpighi, est plus ou moins rougeàtre, suivant la quantité de sang qui vient s'y distribuer; elle est recouverte à sa superficie d'une multitude de papilles ou petites éminences conoïdes, molles, pulpeuses, dans lesquelles viennent 9e ramifier les dernières extrémités des vaisseaux sanguins et lymphatiques, et des nerfs qui se rendent dans la peau. Ces papilles sont surtout bien développées à la paume de la main et à la face correspondante des doigts, à la plante du pied, aux lèvres, au mamelon et au gland.

Le derme est blanc ou légèrement nuancé de rouge (dans le nègre il est un peu plus foncé en couleur); il est très-résistant et élastique. Très-épais à la face postérieure du tronc, à la partie externe des membres, à la paume des mains et à la plante des pieds, il devient excessivement mince aux paupières et aux parties génitales. Comme le tissu cellulaire, il peut en grande partie être réduit en gélatine.

Dans la plupart des animaux on trouve sous le derme une

DU TISSU CELLULAIRE, DE LA PEAU, etc. *6î

couche musculeuse mince, appelée pannicule charnu, et qui est destinée à mouvoir la peau. Dans l'homme nous ne trouvons l'analogue de ce pannicule que dans le muscle peaucier, dans les nrascles de la face et dans le palmaire cutané.

2.* Corps muqueux de Malpighi. Il forme une couche de substance à demi liquide, étendue à la surface externe du derme et recouverte elle-même par l'épiderme. Extrêmement mince et incolore dans les blancs, le corps muqueux augmente un peu en épaisseur et devient plus foncé en couleur dans les autres races humaines, de manière à former dans le nègre une toile noire et parfaitement distincte. C'est en grande partie à cette couche qu'est due la coloration de la peau, quoiqu'il soit vrai de dire que l'épiderme et le derme participent aussi à cette coloration, mais à un moindre degré. On n'a pas encore remarqué de vaisseaux ni de nerfs dans le corps muqueux; il semble, au contraire f être sécrété par le réseau vasculaire superficiel du derme. Celui du nègre a été trouvé presque exclusivement composé de carbone: Le corps muqueux étant d'autant plus coloré que fa chaleur de l'atmosphère est plus forte, il parait qu'il est destiné à protéger le derme contre l'impression trop violente des rayons solaires. En outre le corps muqueux produit l'épiderme en se condensant.

3.° Épiderme ou surpeau. Couche de substance cornée, qui recouvre le corps muqueux. II adhère à ce corps et au derme par une multitude de filamens, qui ne paraissent être autre chose que des prolongemens de l'épiderme qui s'enfoncent dans les pores et les anfractuosités de la peau. La surface externe de l'épidémie est sillonnée, comme l'est le derme sur lequel il est ptoulé, et on y remarque une foule d'ouvertures ou de pores, q«f livrent passage à la matière Je la transpiration et aux poik. Ces pores ne sont cependant que les orifices de petits canaux épidennoïdes , qui s'enfoncent dans l'épaisseur du derme et çui constituent les filamens par lesquels l'épiderme adhère à b vraie peau. Parmi ces canaux, ceux qui livrent passage à h transpiration ne perforent pas l'épiderme en droite ligne, mais ils sont contournés sur eux-mêmes en spirale, de manière à décrire plusieurs tours de spire aux endroits eu l'épiderme est très-épais, tandis qu'ils n'en forment qu'un seul ou même la moitié d'un, là où l'épiderme est le plus mince. On n'a pas encore réussi à injecter l'épiderme ni â y poursuivre des nerfs, en sorte qu'on le considère plutôt comme une espèce de vernis, résultant de la condensation des

fc6ft SPLAKCHK0T0MIE.

touches extérieures du corps muqueux, que comme une partie vraiment organisée; à ce titre l'épidémie ne devrait pas être rangé

Îarmi les tissus vivans : c'est une substance sécrétée et morte; •'épiderme, assez mince partout ailleurs» prend beaucoup d'épais-* seur à la paume des mains, et surtout à la plante des pieds. Dans ces points-là il pataît évidemment, et à l'œil nu, formé de plusieurs feuillets; ce qui est conGrmé par l'observation microscopique, qui fait voir que répiderme, quelque mince qu'il soit, a toujours une structure lamelleuse. L'épiderme qui recouvré les membranes muqueuses devient extrêmement mince, bien qu'il existe dans toutes; l'épiderme des membranes muqueuses teçoit le nom A'epithelium.

Les chimistes le considèrent comme étant composé d'albumine tnodifiée d'une manière particulière.

4.è Ongles (Planche I, fig. 2, 3, 4, 5). On appelle ainsi des plaques cornées qui recouvrent l'extrémité de la face dorsale des doigts et des orteils. On y distingué, 1) une racine entièretnent cachée par la peau; 2) un corps libre par sa face convexe» adhérent par sa face concave, et présentant i son extré* mité postérieure une partie blanche, semi- lunaire, appelée lunule f 3) une extrénuté libre, qui se recourberait en crochet si 1 on n'avait soin de la couper.

L'ongle est enchâssé en arrière dans une coulisse du derme, dé la taanière suivante : le derme de la face dorsale du doigt» auand il a fait le trajet d'une ligne environ sur la racine de 1 ongle, te réfléchit sur lui-même jusqu'à l'extrémité postérieure de cette ïacine, puis contourne cette extrémité et se continue , sous l* face concave de l'ongle, avec le derme du bout du doigt L'épidet^ie accompagne le derme exactement dans ce trajet, en sorte qu'il tapisse aussi la face concave de l'ongle , auquel il est intimement adhérent Cette disposition, tout-à-fait différente de celle quon admet encore communément, a, je crois, d'abord été indiqués par M. J. Webe*. On voit d'après cela que l'ongle est situé à la face extérieure de l'épiderme, dont il fait réellement partie; il ne diffère de l'épiderme du reste du corps que par son épaisseur et sa dureté; particularités qui s'expliquent parfaitement par le développement considérable du corps papillaire qui le sécrète. L'ongle peut être divisé en plusieurs lames * comme toutes les parties de l'épiderme qui acquièrent une grande épaisseur.

La partie du derme qui se réfléchit en cul-de-sac autour de

*U TISSU CELLULAIRE, DE LA PEAU, etc. *63

la racine, a reçu le nom de matrice de V ongle. On remarque an fond de cette matrice des séries de papilles très-développées.' Le derme qui correspond au corps de 1 ongle et auquel celui-ci adhère, est rouge, pulpeux, présentant une foule de papilles alongées, disposées en séries linéaires, longitudinales, dans lesquelles viennent se ramifier beaucoup de vaisseaux et de nerfs. L'ensemble de ces séries forme une suite de lames minces, et saillantes d'un sixième de ligne environ. L'ongle, qui se moule sur ce corps papillaire, présente également à sa face concave des lames longitudinales, qui s'enfoncent dans l'interstice de celles di corps papillaire, et réciproquement les lames du corps papillaire s'insinuent dans les interstices de celles de l'ongle. Ce corps papillaire a reçu le nom de tissu générateur de l'ongle; car c'est lai en effet qui sécrète cette substance cornée, conjointement 4vec,la matrice. Le tissu générateur présente des papilles beaucoup plus petites vers la matrice de l'opgle et il y reçoit aussi moins de vaisseaux sanguins : c'est cette différence de coloration que Ton aperçoit à travers la substance translucide de l'ongle sons la forme d'une tache blanchâtre, semi-lunaire.

L'ongle doit donc être considéré comme un épiderme composé de couches successivement superposées, avant exactement la forme que présente le derme; mais il ne croit pas seulement en épaisseur, il s'avance aussi peu à peu de sa racine vers son extrémité libre, parce que le cul-de-sac du derme ou la matrice, continuant toujours i ajouter de nouvelles portions cornées à l'extrémité de la Tacine, pousse tout l'ongle en avant De là vient que l'ongle est plus épais à son extrémité libre qu'à sa racine; à cette dernière partie il ne se compose que d'une seule couche, celle qui a été sécrétée en dernier lieu, et ce n'est qu'à mesure qu'on l'examine plus en avant qu'on le trouve composé d'un plus grand nombre de lames anciennes, successivement imbriquées sur la lace convexe des nouvelles.

5.# Poils. Les poils sont des productions cornées, filiformes, qui recouvrent toute la surface du corps, à l'exception de la paume des mains et de la plante des pieds; ils varient beaucoup en longueur et en épaisseur; selon la place qu'ils occupent, ils prennent les noms spéciaux de cheveux, de cils, de barbe , etc. On distingue dans chaque poil un bulbe qui en est l'organe sécréteur, et une tige qui est la substance sécrétée. Le bulbe ou follicule a une forme ovoïde, il se trouve, soit dans l'épaisseur dé la peau, soit dans le tissu cellulaire sous-cutané, et se continue

Page 1