‹ Nouveau manuel de l'anatomiste, comprenant la description succincte de toutes les parties du corps humain et la manière de les préparer; suivie de préceptes sur la confection des pièces de cabinet et sur leur conservationChapitre 269 sur 297 · Matières à injection · texte numérisé non relu

Matières à injection

On a divisé les matières à injection en communes et en fines: cotte division n'est peut-être pas bien exacte; car on verra,

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d'après les recettes que nous donnerons , que le passage des unes aux autres se fait dune manière insensible, et qu'il suffit souvent d'augmenter les proportions d'un des ingrédiens , par exemple de l'essence de térébenthine, pour faire une injection fine d'une injection commune.

Injections communes. Les substances qu'on emploie ordinairement , sont la cire, le blanc de baleine, le suif, les résines, les vernis, l'essence de térébenthine, les huiles fixes, etc. Une bonne matière à injection doit fondre aisément (à la température de 35 à 40° R.), et devenir solide par le refroidissement sans être cassante. Le suif sans addition de cire, que l'on emploie fréquemment dans les amphithéâtres de Paris, est la plus mauvaise injection de toutes : quand la température est basse, le suif est très-fragile- quand elle est élevée, il devient presque liquide, et il laisse déposer la matière colorante au point qu'on est obligé de retourner sur leur face antérieure les sujets qui ont été injectés, pour que les vaisseaux soient au moins colorés sur cette face.

Les matières à injection peuvent varier à l'infini; voici quelques-unes des recettes les plus généralement employées.

1) Suif en branche, 5 onces; poix de Bourgogne, 2 onces; huile d'olives ou de noix, 2 onces; essence de térébenthine, 1 once,

2) Suif, 3 onces; résine blanche, 2 onces; térébenthine de Venise, 1 once.

3) Suif et résine blanche, de chacun 16 onces; cire 3 onces; térébenthine de Yenise, 2 onces; essence de térébenthine, 1 once,

4) Cire blanche ou jaune, 8 onces; colophane, 4 onces; vernis de térébenthine, 3 onces.

5) Cire blanche ou jaune, 5 onces; suif, 12 onces; huile d'olives, 3 onces,

6) Suif purifié, 2 livres,- cire, 1 once ; térébenthine de Venise, 4 onces. C'est là la matière à injection dont nous nous sommes servi ordinairement pendant longues années : elle pénètre trèsloin, mais elle a l'inconvénient de laisser un peu déposer la matière colorante. Je suis parvenu à diminuer cet inconvénient en ajoutant aux substances ci-dessus indiquées 4 onces de blanc de baleine.

7) Cire blanche, 6 onces; suif, 3 onces ; térébenthine de Venise, 2 onces.

INJECTION DES VA1S6EAJJX &ABGUMS. 6<J7

8) Gre, 12 onces; térébenthine de Venise, 6 onces; suif, 3 onces; essence de térébenthine, 1 once.

9) Cire, 3 à 6 onces; suif, 12 once»; blanc de baleine, 4 onces.

10) Blanc de baleine, 2 onces; are, 1 once ; térébenthine de Venise, 1 once. Cette injection est très-pénétrante.

Nous allons indiquer les matières colorantes que Ton emploie communément, et la quantité qu'il en faut ajouter à 3o onces de matière À injection.

1) Bouge. Cinabre, 2 à 3 onces; ou bien, carmin broyé avec un peu d'alcool, deux gros; cependant le carmin a l'inconvénient d'être très-cher et de perdre peu à peu sa couleur brillante; peut-être pourrait- on le remplacer par de la laque de qualité supérieure.

2) Bleu clair. Céruse (ou bien oxide de zinc) et smalt, de chaoan 3 % onces ; il faut les broyer exactement ensemble avant de les employer. Un beau bleu, un peu plus foncé, est obtenu par un mélange de 4 gros et un scrupule d'indigo avec autant d'oxide de zinc.

3) Bleu foncé. Indigo, i'/% à 3 onces; on bien, bleu de Prusse, 3 à 4 onces. On pourra donner à ce bleu foncé différons degrés d'intensité, non pas en diminuant la quantité de matière colorante» mais en choisissant différentes nuances de bleu de Prusse, qui résultent des quantités variables d'alumine qui y sont mêlées.

4) Jaune. Orpiment, 2^ onces; ou bien jaune de Casse! , 3 à 5 onces; ou bien encore, gomme-gutte, 2 onces; si l'on veut employer la gomme-gutte, on choisira de préférence celle qui se dissout difficilement dans l'eau: elle sera broyée à l'huile ou à l'alcool.

5) FerU Vert-de-gris cristallisé, V/, onces; céruse, 1 % once, et gomme-gutte, 1 once: on broie à l'alcool. La matière à injection ne doit pas être trop chauffée et le mélange n'y sera ajouté que peu à peu, sans quoi le liquide monte et sort du vase. La matière verte colorée avec le vert-de-gris est très-belle; mais elle a l'inconvénient de laisser transsuder la couleur au point de teindre en vert toutes les parties voisines. Les injections de ce genre que l'on conserve dans l'alcool, colorent le liquide et finissent par devenir entièrement blanches; il vaudrait donc mieux, peut-être, de composer une matière verte avec l'orpiment ou le

Iaune de Cassel et le bleu de Prusse ou l'indigo : il est vrai que e vert est alors un peu terne.

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6) Noir. Noir d'ivoire, 1 once, broyé avee de l'essence on du vernis de térébenthine.

7) Blanc. Céruse,-oxide de zinc on blanc d'Espagne, 5'/ onces.

On est convenu de choisir la conteur rtnge de préférence pour l'injection des artères; la bleue, la verte et quelquefois la jaune ou la noire, pour celle des veines ,• la jaune, la noire ou la blanche, pour celle des différens canaux excréteurs.

Les matières à injection seront préparées de la manière suivante: on fait fondre au bain-marie et dans un vase en terre vernissée la cire, le suif, le blanc de baleine, la résine et la térébenthine de Venise, en n'ajoutant le vernis de térébenthine on l'essence que quand la masse est fondue, afin d'en prévenir l'év* poration. Les matières colorantes, de même, ne seront ajoutées que quand la masse est fondue; elles doivent d'abord être exactement broyées avec de l'essence de térébenthine, de l'huile d'olives ou de noix, ou avec de l'alcool ; puis on les mélange intimement avec une très-petite quantité de matière à injection chauffée, et ce n'est qu'après qu'on les ajoute à la masse, en remuant continuellement le liquide avec une spatule en bois. Avant d'employer la matière à injection, on s'assure de son degré de consistance et de coloration, en en laissant tomber quelques gouttes sur nne pierre; selon qu'elle est trop molle ou trop dure, on y ajoute un peu de cire ou d'essence de térébenthine. Le blanc de baleine rend la matière à injection plus souple.

Shaw parle d'une matière à injection commune, qui présente l'avantage de pouvoir être poussée dans les vaisseaux sans que le cadavre ait été chauffé; mais d'une part les proportions des substances n'avaient pas été indiquées, et d'autre part Shaw désigne la térébenthine de Venise sous le nom de vernis de térébenthine, en sorte que le passage de squ ouvrage relatif à cet objet, était resté inintelligible jusqu'à ce que Nitzscb, après de longs tâtonnement, fût parvenu à trouver la composition réelle de cette masse. Elle est formée d'un mélange intime d'huile de lin, de térébenthine de Venise et d'une préparation de plomb; ces trois substances réagissent l'une sur l'autre, de manière à former, quelquefois déjà au bout d'une demi -heure, ordinairement au bout de trois à quatre heures, et tout au plus an bout de douze heures, une masse emplastique. Pour plus de commodité, il convient d'avoir toujours à l'avance dans les amphithéi* très une provision de sept parties en poids d'huile de lin et de cinq parties de térébenthine, <jue l'on mêle exactement ensemble

dans un mortier. On obtient mieux encore un mélange exa'ct de ces deux substances, en faisant chauffer l'huile de Jin dans un chaudron et en y ajoutant alors la térébenthine. Ce mélange peut se conserver indéfiniment dans une cruche de grès bien bouchée. Les sels de plomb doivent être bien purs et réduits en poudre impalpable. Pour faire les injections, on broie douze parties, en poids du mélange précité, avec douze parties de minium, si Ton veut faire une injection rouge ; avec dix parties de jaune de Cassel , pour obtenir une superbe masse jaune; avec douze parties de cértfse, pour l'injection blanche. On peut en outre ajouter d'autres matières colorantes, par exemple du bleu de Prusse, que l'on broie avec la quantité indiquée de céruse pour obtenir une injection d'un beau bleu clair. Il importe de n'ajouter le sel de plomb au mélange d'huile et de térébenthine qu'au moment même de l'injection, et de n'en préparer que juste la quantité nécessaire, le surplus étant perdu, parce qu'il se prend en masse. Cette injection pénètre dans tous les petits vaisseaux artériels, mais elle ne passe pas jusque dans les veines: si l'on voulait obtenir une injection très-pénétrante, il faudrait d'abord pousser dans les vaisseaux un peu de matière à injection fine. Suivant Sbaw , l'huile de lin que l'on emploie doit d'abord avoir été cuite, ce qui, d après les expériences de Nitzsch et les miennes, n'est pas nécessaire, pourvu que l'huile ne soit pas falsifiée. D'après les expériences que j'ai faites, la matière rouge préparée avec de l'huile cuite pendant une demi-heure, et où le minium a été ajouté au mélange encore chaud, était dure au bout d'une demi -heure ; la matière rouge faite avec de l'huile non cuite, mais seulement chauffée pour obtenir un mélange plus intime avec la térébenthine , et où le minium a été ajouté pendant que le mélange était encore chaud, s'était durcie au' bout d'une heure; la même matière où le minium a été ajouté au mélange bien refroidi, était prise en masse au bout de trois heure*; mais même au bout de vingt-quatre heures sa consistance n'égalait pas celle de la matière & injection ordinaire et elle ne m'a pas semblé augmenter depuis. En ajoutant deux gros d'eau à douze onces de matière ainsi préparée, la masse était déjà devenue trop épaisse au bout de huit minutes pour être injectée. D'après cela il y aurait tou* jours de l'avantage à chauffer le mélange d'huile et de térébenthine avant que d'y ajouter le minium; car alors la matière ne durcit ni trop vite ni trop lentement, bien entendu que le cadavre n'a pas besoin d'être chauffé. Les mêmes expériences, faites avec la céruse, m'ont fait voir que la masse durcit moins bien et plus

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lentement» en sorte que le mélange déviait toujours être (ait i chaud. L'eau fait aussi durcir cette masse presque instantanément, en sorte qu'il ne convient pas d'en ajouter, d'autant phis que les vaisseaux contiennent du sang qui pourrait favoriser la solidification, laquelle a moins bien eu lieu dans mes essais, ceux-ci ayant été faits dans des vases. La matière jaune présente le plus d'avantages, tant par rapport à sa consistance que par vapport au temps ('/, i i heure) que la masse a mise à se durcir, le mélange ajant été fait à froid. En employant cette masse de Sbaw, on a l'avantage de pouvoir lier les vaisseaux qui se seraient rompus, sans courir le risque de voir la masse se figer, et en outre, cette injection n'étant pas susceptible de se fondre dans l'eau chaude à la température ordinaire des bains dans lesquels on plonge les cadavres, on peut injecter plus tard avec de la matière ordinaire, les vaisseaux qui n'auraient pas été remplis la première fois.

Le plâtre délayé dans l'eau est une autre matière à injection, grossière, il est vrai, qui se recommande par son bon marché pour l'usage des salles de dissection ; il pénètre assez loin pour remplir toutes les artères qui ont reçu des noms, et comme on l'injecte â froid, toute l'opération est achevée au bout de quelques minutes. Il importe d'avoir du plâtre fin et récemment calciné ; on y ajoute assez d'eau pour lui donner la consistance d'une crème épaisse, sans trop remuer le mélange. L'injection doit se faire rapidement, pour ne pas laisser au plâtre le temps de se durcir avant que d'avoir pénétré assez loin. Le tube et la seringue seront préalablement bien graissés pour permettre d'en détacher plus tard le plâtre quand il se sera figé. Si l'on veut colorer le plâtre en rouge, on prendra pour cela quatre onces de vermillon par cadavre. Ce vermillon sera réduit en bouillie épaisse avec de l'alcool, avant que d'être ajouté au plâtre: sans cette précaution le mélange ne se ferait pas.

Injections fines. Elles sont en grand nombre, i) L'eau et l'alcool colorés par le bois de Campèche, la cochenille, la gomme-gutte, ainsi que les encres de diverses couleurs, ne sont que rarement employés, et ne peuvent servir à» préparation de pièces que l'on veut conserver, parce que la plupart de ces injections transsudent, si l'on plonge les parties dans l'alcool, ou bien le véhicule s'évapore, -lorsqu'on les dessèche, et la matière colorante se réduit à presque rien. Néanmoins on emploie avec avantage ces injections pour les dissections de mollusques et d'insectes.

ISttCXIOK DES VAISSEAUX SAlfGUlttS. ?Ol

s) L'essence de térébenthine est extrêmement pénétrante; elle s'unit très-bien â toutes les couleurs, si on les a préalablement broyées à l'huile fixe ; ces couleurs doivent être ajoutées dans de fortes proportions, afin que les vaisseaux les plus déliés soient colorés d'une manière intense. Le point important est d'obtenir une matière colorante réduite en poudre impalpable. On verse i cet effet la couleur pulvérisée dans une écuelle d'eau et l'oit remue bien exactement, puis on laisse reposer le mélange pendant une ou deux secondes, et l'on décante immédiatement pour laisser déposer dans un autre vase les particules les plus ténues qui étaient restées en suspension, et qui serviront aux injections fines. On peut répéter l'opération sur la matière colorante qui est restée dans le premier vase; le résidu de la couleur sert aux injections communes. Les autres huiles volatiles, telles que l'huile d'aspic, de citron, etc., n'ont aucun avantage sur celle de térébenthine. On donne quelquefois un peu plus de corps à l'essence de térébenthine, en y dissolvant des résines, de manière à obtenir un vernis. D'autres anatomistes aiment mieux y mêler de la cire râpée en quantité suffisante pour lui donner la consistance d'une huile épaisse, ou bien du blanc de baleine; mais alors il convient d'injecter à chaud.

3) On fait de très-belles injections fines, en combinant différens vernis, par exemple; vernis â l'esprit de vin, huit parties, et vernis à l'essence, une partie, auxquels on ajoute une partie de vermillon, d'orpiment, de céruse, de noir d'ivoire, d'indigo ou quatre parties de bleu de Prusse, selon la- couleur que l'on veut donner à l'injection.

4) Une injection très- pénétrante se prépare avec du blanc d'œuf , que l'on liquéfie en y ajoutant une petite quantité d'eau , et auquel on ajoute une matière colorante réduite en poudre bien fine. Cette injection se coagule très-bien dès que la pièce préparée est plongée dans l'alcool

5) On se sert quelquefois, pour l'injection des vaisseaux lymphatiques, et pour celle de mollusques et d'insectes, de lait, que l'on fait ensuite coaguler, en aspergeant la pièce avec du fort vinaigre #u avec un acide minéral affaibli.

6) L'injection la plus pénétrante que je connaisse et dont je me sers habituellement, c'est la colle de Flandre dissoute dans l'eau. On fait ramollir une livre de colle de Flandre concassée, la plus claire que l'on puisse trouver, en la laissant macérer pendant vingt-quatre heures avec trois livres d'eau ; on place ensuite la terrine sur un feu léger .pendant une demi -heure environ ,

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jusqu'à ce que la colle soit parfaitement dissoute ; om filtre à travers une flanelle et l'on ajoute la matière colorante. Pour une lhrre de matière à injection déjà préparée, on prend, selon la couleur que Ton choisira, 31/, onces de vermillon, a à 3 onces d'indigo, 4 onces de bleu de Prusse, a1/, onces de gomme- gutte ou d'orpiment, î once de noir d'ivoire ou Vj% onces de cérnse oh d'oiide de zinc. L'indigo, le bleu de Prusse, la gomme-gutte et le noir d'ivoire doivent avoir été broyés avec une très-petite quantité d'alcool , sans quoi ils se déposeraient sous forme de grain eaux ; mais si la quantité d'alcool était trop considérable, il coagulerait la gélatine. Au lieu de collé on emploie quelquefois des rognures de parchemin ou de la colle de poisson; mais ces substances ne présentent aucun avantage réel, et la colle 4e poisson est infiniment plus chère; cependant on pourrait choisir cette dernière, si l'on tenait à préparer une matière à injedioi qui fût d'une couleur blanche éclatante. — Si , après avoir fût une injection à la colle en été, toute la matière préparée n'arait pas été employée, il faudrait, pour la conserver en la préservant de la putréfaction, la couper par morceaux et la faire dessécher promptement.

7) Le mercure, dont nous parlerons plus bas en indiquant la méthode d'injecter les vaisseaux lymphatiques, peut aussi être rangé parmi les injections fines.

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