‹ Nouveau manuel de l'anatomiste, comprenant la description succincte de toutes les parties du corps humain et la manière de les préparer; suivie de préceptes sur la confection des pièces de cabinet et sur leur conservationChapitre 270 sur 297 · Préparation des sujets et des parties à injecter · texte numérisé non relu

Préparation des sujets et des parties à injecter

Dans les injections le choix du sujet est de la plus hante in* portance; à cet égard l'expérience nous apprend que les sujets jeunes (depuis la première enfance jusque vers la trentième année), émaciés, et morts à la suite d'une maladie chronique, réunissait les conditions les plus favorables à la réussite de l'opération. En effet, le système capillaire est d'autant plus développé et les vaisseaux en général sont d'autant plus élastiques, que le sujet est plus jeune; la préparation et la conservation sont d'autant plus faciles, que le tissu cellulaire renferme moins de graisse. Cependant on prend ordinairement des fœtus et même des embryons pour faire des injections fines, quoique ces sujets soient communément chargés de graisse; mais alors on n'a le plus souvent en me que de conserver des organes isolés ou des fragmens d'organes, qœ l'on plonge de suite dans des liqueurs conservatrices, en sorte qne . l'on se débarrasse aisément de la graisse surabondante. Enfin, on conçoit que le cadavre que l'on veut injecter doit être frais* sans quoi l'on risque de voir les vaisseaux^e rompre pendant l'opération.

INJECTION DES VÀîSéfeÀUX SAHGUINS. ?oï

Pour l'injection des veines on choisit cependant de préférence des sujets âgés, parce que chei eux le système veineux est pins développé.

La prompte décomposition des sujets morts d'apoplexie , d'asphyxie, de scorbut, de typhus, d'anasarque, et l'embonpoint de la plupart de ceux qui ont succombé à une maladie aiguë f le» rendent peu propres aux injections.

Le sujet étant choisi , on s'occupe de suite d y placer les tubes, dont la disposition variera selon le genre d'injection que Ton aura à faire. Les artères n'étant pas garnies de valvules et ayant entre elles un grand nombre de communications, on remplit aisément tout le système par un seul tronc. La plupart des anatomistes conseillent alors d'introduire le tube dans l'aorte; mais par là le tronc principal du système artériel se trouve altéré dans sa forme et dans ses rapports avec les parties environnantes; on arrive difficilement jusqu'à lui, et le coeur, ainsi que les veines pulmonaires, ne s'injectent pas. Pour remédier à ce triple inconvénient , il est infiniment préférable d'injecter par une des carotides, comme on le pratique communément dans notre amphithéâtre. Nous choisissons ordinairement la carotide gauche* parce qu'il est plus commode d'injecter de ce côté que de l'autre. Ainsi, après avoir légèrement renversé la tète en arrière, on fait à la partie latérale gauche du cou une incision d'un pouce et demi de long, et correspondant au bord antérieur du sterno-cléidomastoïdien vers le milieu de sa longueur. On divise avec précaution le tissu cellulaire sous-jacent, pour ne pas' couper les veines qui le traversent; puis, en repliant le muscle un peu en arrière, on pénètre peu à peu dans la profondeur, en travaillant avec le manche du scalpel. On rencontre bientôt la veine jugulaire interne, que l'on reconnaît à son peu d'épaisseur et au sang qu'elle contient; on la tire un peu en dehors, en évitant de déchirer les petites veines qui se portent en avant. L'artère carotide , entourée de sa gaine, est ^lors visible ; on la met à découvert en fendant cette gaine, et on l'isole un peu des parties voisines, afin de pouvoir passer au-dessous d'elle trois anses de ligatures faites avec de la ficelle mince et cirée. On fait alors avec précaution une ouverture dans l'artère, qui permette d'y introduire un tube proportionné à son calibre, garni de dent vives arêtes é l'une de ses extrémités et d'un robinet à l'autre. Lç tube sera introduit de manière à ce que l'injection se fasse dans la direction de la tète vers le coeur; on fixe ensuite deux des ligatures sur les vives arêtes du tube, et l'on attache l'extrémité des fils

aux anses dont il est garni , afin de s'opposer pins sûrement a sa sortie du vaisseau, au cas qu'on y fît des tractions trop fortes. La troisième ligature est destinée à fermer l'artère un peu audessus du point où Ton y a fait l'ouverture, afin d'empêcher le reflux de la matière à injection, qui pénètre aisément dans le bout supérieur de l'artère par les nombreuses anastomoses qui se font entre les vaisseaux de la tète.

Pour injecter le système veineux aussi complètement que possible, il faut placer un assez grand nombre de tubes, parce que les valvules des veines ne permettent pas le plus souvent de les injecter dans la direction des troncs vers les extrémités. Les tubes que l'on emploie à cet effet doivent avoir une ligne de diamètre à leur extrémité; on en placera un au bord interne et un autre au bord externe du dos de chaque pied, dans une des nombreuses veines sous -cutanées qui s y trouvent, ayant soin de choisir la plus forte. Si ces veines étaient assez développées sur le sujet que Ton a devant soi, on pourrait se rapprocher davantage des orteils, et au cas que ces veines fussent trèspetites, il faudrait se rapprocher des malléoles, où elles sont toujours assez fortes pour permettre aisément l'introduction du tube. On introduit également à chacune des deux extrémités supérieures un tube dans une des veines du dos de la main, et un autre à la partie antérieure du poignet près du bord cubital; ce dernier tube est souvent difficile à placer, parce que les veines y sont petites. Tous ces tubes seront placés d'une manière analogue : on voit les veines à travers la peau, que l'on incise sur leur trajet dans une petite étendue ; on passe deux ligatures sois les veines, que l'on ouvre avec précaution, et l'on y introduit le tube dans la direction des extrémités vers le cœur. Avant de serrer les ligatures , on s'assure si le tube est réellement dans la cavité de la veine, en. faisant glisser dans cette dernière, à travers le tube, un stylet fin ou une soie de porc. Cette précaution ne doit jamais être omise, parce qu'il arrive très-souvent que le tube glisse entre la tunique celluleuse et la tunique interne de la veine. La ligature sera d'abord serrée derrière la vive arête de l'extrémité du tube, et les bouts de fil seront en outre fixé* à chacune des anses de l'autre extrémité. L'autre ligature sert à fermer la veine au-dessous du point où l'on y a fait une ouverture , pour prévenir la sortie de la matière à injection qui pourrait y pénétrer contre les valvules. Si l'on désirait injecter les veines des mains et des pieds plus près des doigts et des orteils, il faudrait en outré tâcher d'iutroduire des tubes plus fins dans

les veines que l'on pourrait découvrir sur ces parties ; mais si l'on remplit sur ce sujet les artères, ou trouvera le plus souvent toutes les radicules veineuses des mains et des pieds , et quelquefois même les grosses veines des extrémités, remplies de matière à injection artérielle, en sorte qu'il est facile alors d'en faire la dissection, qnoique leur couleur diffère de celle des autres veines. Si l'injection n'avait pas assez bien pénétré dans les veines de la le te, dont les valvules rudimentaires cèdent ordinairement à l'impulsion de la matière à injection, on pourrait y revenir après coup, en plaçant des tubes dans la veine temporale, dans la veine angulaire ou dans une des veines préparâtes. Un dernier tube doit être introduit dans une des branches du système de la veine porte, qui, étant placé entre le système artériel et veineux, ne s'injecterait ni par l'un ni par l'autre. On fait à cet effet dans la ligne blanche, au-dessous de l'ombilic, une ouverture de deux à trois pouces, en ne pénétrant dans l'abdomen qu'avec précaution, pour ne pas couper les viscères qui s'y trouvent. On replie l'épiploon, et Ton tire au dehors une anse d'intestin, sur le mésentère de laquelle on choisit une veine susceptible de recevoir un tube d'une ligne environ de diamètre ; on y place ce tube dans la direction des branches vers le tronc ; on s'assure par l'introduction d'un stylet s'il est réellement placé dans la veine, et on le fixe comme nous lavons indiqué pour les autres veines.

Tous les tubes étant disposés, on en assujettit l'extrémité libre aux parties voisines avec des bouts de ficelle, afin qu'ils ne puissent pas déchirer les vaisseaux par leur poids en se déplaçant On ferme le robinet du tube introduit dans la carotide, et Ton met dans ceux placés dans les veines, des bouchons de liège ou de bois tendre, pour s'opposer à l'entrée de l'eau du bain, dans lequel le cadavre doit être plongé maintenant.

Selon la température de l'atmosphère, la durée de l'immersion sera de quatre à six heures; elle sera naturellement moindre pour les enfans en bas âge ou pour les fœtus. Pendant ce temps on

. entretiendra la température du bain à 3o ouà 3î° R. Une temT pérature plus élevée crisperait les vaisseaux et les rendrait plus fragiles. Le cadavre étant spécifiquement plus léger que l'eau, on le tient submergé, soit en le chargeant de poids, soit en fixant des pièces de bois transversalement dans la cuve. L'im-

» mersion du sujet dans l'eau chaude est indispensable toutes les fois qu'on se sert d'une masse à injection liquéfiée par la chaleur; nous n'ignoron» pas que Ton réussit quelquefois sans cette précaution; mais si l'on considère qu'on risque d'y perdre et le

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temps employé et la matière à injection, on restera persuadé d* la nécessité de l'immersion.

La plupart des auteurs conseillent de vider les veines du sang quelles contiennent, avant de les injecter. Cette déplétion s'obtient facilement quand il s'agit de faire une injection partielle, et elle est certainement d'un grand avantage : on n'a qu'à ouvrir le tronc veineux qui reçoit les vaisseaux qui sortent de la partie, et à donner à cette dernière une position déclive, en aidant à l'écoulement du sang au moyen de frictions faites suivant son cours naturel. On peut même faciliter la sortie par des injections d'eau tiède dans les veines quand les tubes y sont placés. Mais dans les injections générales, il faudrait, pour donner issue an sang, ouvrir le cœur, ce qui obligerait de lier les veines caves à leur entrée dans ce viscère, Je manière à détruire les rapports des organes centraux de la circulation. De nombreux exemples nous ont d'ailleurs convaincu que les injections générales n'en réussissent pas moins bien pour avoir négligé de faire cette opération. Cependant, comme l'action du bain tiède liquéfie «ne partie du sang contenu dans les vaisseaux, on parvient quelquefois à en faire sortir un peu par les tubes qui ont été placés pour Tinjection , et spécialement par celui fixé dans une des branches de la veine porte. Nous nous abstenons de recommander avec quelques anatomistes les pompes aspirantes destinées à retirer le sang des vaisseaux, parce qu'il suffit d'un moment de réflexion pour concevoir que leur application ne peut pas être faite sur des canaux à parois molles et flexibles.

Quant aux injections partielles, le choix des sujets variera suivant le but que l'on se propose; il est donc convenable de faire observer qu'ordinairement dans les jeunes sujets les parties contenues dans les cavités splanchniques sont peu chargées de graisse, tandis que l'inverse a lieu chez les vieillards. Il faut, en général, choisir pour les injections partielles des organes dont les propriétés vitales étaient surexcitées , ou qui étaient le siège d'une congestion ou même d'un léger degré d'inflammation: ainsi, par exemple, l'injection des viscères du bas-Tentre , et spécialement celle du canal intestinal, ne réussit jamais mieux que chez les femmes enceintes ou récemment accouchées, comme l'a observé le professeur Fohmanï* : les mêmes sujets sont aussi trèspropres à Tinjection des mamelles et de la matrice : on choisira pour l'injection de la peau des sujets affectés d'érysipèle, etc.

Dans le but d'obtenir des injections capillaires très-pénétrantes, surtout dans les muscles, et pour conserver la couleur rouge de

ces derniers, Pockels plonge les parties à injecter pendant douze à vingt-quatre heures dans une solution aqueuse d'arsenic blanc

Pour injecter les vaisseaux de la tète, on sépare le cou à son union avec le tronc, et l'on introduit le tube dans une artère carotide et dans une ou deux veines jugulaires; on lie l'autre artère carotide, les deux vertébrales et les veines jugulaires, dans lesquelles on n'a pas placé le tube.

L'injection de 1 extrémité supérieure se fera par l'artère axillaire; à cet effet on détache l'épaule et le bras <lu tronc, en y bissant attaché le lambeau de peau et de muscles larges de toute la moitié correspondante du cou, de la poitrine et du dos, et en coupant Tarière sous-clavière à sa sortie de la poitrine: il sera convenable de lier l'artère scapulaire transverse pour prévenir l'issue de la matière à injection.

Les extrémités inférieures seront injectées par l'aorte ventrale au-dessous de la naissance de la mésentérique inférieure. Si les deux extrémités doivent être injectées à la fois, on divise en travers les parois de l'abdomen au-dessous de l'ombilic, et l'on enlève les viscères de la digestion, à l'exception du colon descendant, autour duquel on serre une ligature qui embrasse en même temps l'artère mésentérique inférieure; ou bien on incline seulement les viscères de côté sans les couper. 11 faut lier les rameaux de l'artère épigastrique qui ont été divisés. Si Ton ne veut injecter qu'une seule extrémité inférieure , on place également le tube dans l'aorte au-dessus de sa bifurcation, et on lie l'artère iliaque primitive du côté que Ton ne veut pas injecter; on divise ensuite de haut en bas les parois du bas-ventre de ce côté jusque vers le pubis, et l'on scie cet os à un pouce en dehors de sa symphyse, on désarticule le bassin dans la symphyse sacro-iliaque du même côté , et Ton sépare enfin du reste du corps l'extrémité que Ton veut injecter, en divisant la colonne lombaire vers le milieu de sa hauteur. Tous les viscères renfermés dans l'excavation pelvienne, ainsi que les organes génitaux externes, doivent rester en rapport avec la partie que Ton veut injecter.

En parlant du pénis, nous avons déjà dit comment on en remplit les corps caverneux et le corps spongieux ; ce dernier peut aussi être injecté par la veine dorsale de la verge, qui se trouve sur la ligne médiane, et qui ne doit pas être confondue avec une veine qui se distribue dans les tégumens: la veine dorsale n'est pas mobile avec ces derniers, et elle est située plus profondément. On introduit dans cette veine un stylet boutonné, que l'on fait avancer jusque vers le gland , afin de détruire les val-

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vules qui en hérissent l'intérieur, et qui empêcheraient le passage de la matière à injection. On fait ensuite par cette veine plusieurs injections d'eau tiède, de manière à entraîner le plus de sang possible. L'injection elle-même se fait d après les procédés ordinaires.

Pour injecter la matrice enceinte, il est convenable de laisser cet organe en rapport avec le reste du corps. Comme la matrice reçoit ses artères des spermatiques et des hypogastriques, il faut injecter par l'aorte, à la hauteur des artères rénales. Pour s'opposer à une trop grande perte de matière à injection, il faut lier les artères rénales, les lombaires, si cela est possible, la înésentérique inférieure et les iliaques externes; on jette en outre une ligature serrée sur le rectum.

L'injection du placenta est très-facile par elle-même ; mais fit* troducrion des tubes dans les artères offre beaucoup de difficultés, tant par rapport à leur petitesse qu'à cause de la matière gélatineuse qui les entoure et qui les lubrifie. Pour placer plus facilement les tubes dans ces artères, Pôle conseille de les ouvrir dans l'espace d'un demi-pouce, au moyen de ciseaux dont on fait glisser la branche pointue dans leur intérieur; il recommande ensuite de passer Tarière sur l'index de la main gauche et de l'y fixer avec le pouce, ce qui permet alors d'y glisser facilement le tube, que Ton retient de suite par une ligature passée au moyen d'une aiguille courbe à travers le cordon, sans s'inquiéter de la veine qui est ordinairement placée entre les deux artères ; on fixe de la même manière le tube dans l'autre artère, et Ton injecte de suite ces vaisseaux. Alors on introduit dans la veine un tube que l'on fixe par une ligature au-dessous de l'endroit où ce vaisseau a probablement été lacéré par les aiguilles en liant les artères, et l'on injecte. Quoique les communications qui existent entre les artères du placenta rendent ordinairement l'injection des deux inutile, il est néanmoins prudent d'introduire un tube dans chacune, parce que, s'il arrivait quelque accident avec Tune d'elles, l'autre permettrait de continuer l'injection. Il est convenable de placer des tubes d'ajustage à chacun des vaisseaux ombilicaux, pour s'opposer au reflux de la matière â injection.

Pour démontrer le mode de circulation du fœtus dans futérus, l'injection doit se faire sur un mort -né ou sur un enfant mort très-peu de temps après la naissance. Il serait à désirer que le cordon ombilical ne fût pas divisé , ou qu'au moins ou lui eût conservé le plus de longueur possible. S'il est coupé, ou injecte par les vaisseaux du cordon; mais si le placenta tient

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encore au fœtus, il faut injecter par l'artère carotide et la veine jugulaire interne, ou bien par les vaisseaux cruraux: on trouve aisément ces derniers en incisant la peau de la partie supérieure de la cuisse vers le milieu de l'arcade crurale. Dans \t\ cas où l'on injecte par le cordon ombilical, quelques anatomistes recommandent d'expulser le sang contenu dans les vaisseaux, en poussant par la veine de l'eau tiède , et de continuer jusqu'à ce que ce liquide revienne limpide par les artères. * Les différens viscères seront injectés par les troncs vasculaires qui viennent s'y rendre; il est donc inutile de nous arrêter plus long-temps aux injections partielles , que l'anatomiste pourra varier suivant le but qu'il se propose de remplir. Cependant il convient encore de rappeler que, si Ton veut faire une injection dune partie détachée du corps, il faut toujours y laisser adhérer le plus de parties environnantes possible, et conserver un bout assez long du vaisseau par lequel on veut injecter, parce qu'il se fait ordinairement des épanchemens dans le voisinage du point où l'on injecte; épanchemens qui gâteraient la partie que l'on veut conserver, si le tube avait été placé trop près d'elle.

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