‹ Nouveau manuel de l'anatomiste, comprenant la description succincte de toutes les parties du corps humain et la manière de les préparer; suivie de préceptes sur la confection des pièces de cabinet et sur leur conservationChapitre 271 sur 297 · De la manière d'injecter · texte numérisé non relu

De la manière d'injecter

Il est convenable de faire la* plupart des injections dans le bain même, afin de prévenir le refroidissement du sujet; cependant si l'on se proposait d'injecter de préférence les parties profondes, comme- par exemple les organes contenus dans les cavités splanchniques , les os des membres, il y aurait de l'avantage à injecter hors du bain, parce que la matière à injection pénétrerait alors moins facilement dans le réseau capillaire de la peau. On emploie quelquefois même des moyens mécaniques pour refouler l'injection dans la profondeur : c'est ainsi que , pour l'injection du tissu osseux, on conseille d'envelopper les membres de tonrs de bandes appliquées d'une manière bien égale.

Avant que de procéder à l'injection, on s'assure de nouveau si les tubes introduits dans les vaisseaux ne se sont pas dérangés, et l'on place des tubes d'ajustage dans ceux où l'on a à craindre le reflux de la matière à injection. On attache ensuite aux anses des tubes une corde que l'on puisse tirer à soi tors de l'injection, afin d'empêcher qu'en poussant le piston , le tube ne quitte, le canon de la seringue qui y a été introduit On place sur une table voisine de l'endroit où Ton injecte, des vases remplis d'eau chaude et d'eau froide, des pinces à disséquer, des scalpels, des ciseaux, des aiguilles courbts enfilées de

fils cirés, des bouts de ficelle, etc., afin d'avoir sons la mais tous ces objets, si quelque accident obligeait d'y recourir.

On ne doit procéder à l'injection que quand toutes les matières à injection sont prèles ; on les fait fondre, soit sur un feu léger, soit, mieux, au bain-marie. "Nous plaçons ordinairement les vases qui les contiennent dans la chaudière dans laquelle nous faisons chauffer l'eau pour le bain; il est nécessaire d'agiter le liquide avec une spatule, afin d'empêcher la matière colorante de se déposer au fond du vase. Le degré de température de la matière à injection doit être tel, qu'en y plongeant le bout du doigt, ou puisse en supporter la chaleur pendant quelques instans seulement, ou quelle devienne écumeuse lorsqu'on y laisse tomber une goutte d'eau. Les seringues à injection doivent également être chauffées, en les plongeant dans l'eau chaude ou en les remplissant de ce liquide à diverses reprises.

La seringue sera remplie en plongeant profondément le canon dans le liquide à injecter et en tirant lentement le piston. II est convenable de remplir et de vider la seringue plusieurs fois de suite, afin de s'assurer qu'il ne s'y trouve plus d'air atmosphérique; par la même raison on fait bien, avant de s'en servir, dt faire sortir quelques gouttes d'injection en poussant le piston, après avoir dirigé le canon de la seringue en haut

Afin de remplir la totalité dn système vasculaire, il faut commencer par injecter la veine porte, puis les artères, ensuite les veines des extrémités inférieures, et terminer par celles des extrémités supérieures.

Si* l'on veut bien remplir le système capillaire, il convient de pousser d'abord une injection fine ; on en emploie ordinairement un tiers ou un quart, et le reste se fait avec l'injection commune. Cependant, si l'on choisit la matière à injection dont nous avons donné la recelte sous le n,° 6, on trouvera quelle passe à elle seule presque constamment des artères dans les yeines. Selon la taille du sujet, il faut, pour la réplétion du système artériel d'un adulte, de quatre à six livres de matière à injection; il est donc convenable d'en préparer environ huit livres, pour être snrd'en avoir de reste. Pour le système veineux il en faut quatre à cinq livres : on en préparera donc six. Cette différence provient de ce que les valvules empêchent que les veines d'un petit calibre ne se remplissent, et qu'en outre il y a ordinairement beaucoup de matière à injection qui des artères passe dans les veines. On ae poussera de l'injection fine que dans la veine porte et dans les artères, parce que ce n'est que

là qu'elle peut pénétrer dans le réseau capillaire. 11 est conve-i sable de chauffer aussi la matière fine dont on se sert, afin quelle ne refroidisse pas les vaisseaux qui devront plus tard recevoir de la matière à injection commune.

On procède à l'injection de la manière suivante : un aide retient hors de l'eau la partie par laquelle on veut commencer l'opération, et de l'autre main il fixe le tube dans la direction du vaisseau à remplir, et dans la position la plus commode à celui qui injecte. La seringue étant remplie, on en introduit le canon dans le bout évase du tube, puis on prend la corde qui est fixée aux anses de ce dernier, on l'entortille autour de la main'gauche, on la tire fortement à soi, et l'on saisit le corps de la seringue avec la même main, en poussant le piston avec la main droite. Au commencement, tant qu'on n'éprouve que peu ou point de résistance, on peut faire avancer le piston rapidement; mais dès que la moindre résistance se fait sentir, il est essentiel de ne pas se hâter et de le pousser avec beaucoup de modération. On regarde alors ordinairement comme un signe de réussite, un bruit de frémissement qui se fait entendre pendant rentrée du liquide. Si la résistance devient trop forte, on s'assure si elle ne dépend pas du simple frottement du piston, en faisant avancer celui-ci par un mouvement de rotation sur son axe. D'autres fois la résistance provient de ce que le tube est obstrué par de la matière à injection coagulée ou par quelque obstacle mécanique, ce dont on s'assure en discontinuant un instant la pression et en observant si le piston est chassé en arrière ou non; dans ce dernier cas il faut tâcher de désobstruer le tube, en y introduisaut un stylet que l'on fait avancer jusque dans le vaisseau par lequel on injecte. Souvent, en discontinuant un moment l'injection, on peut de nouveau la reprendre avec facilité , parce que les vaisseaux ont peu à peu cédé à la distension. Cependant il ne faut jamais perdre de vue que la résistance est en rapport inverse avec le diamètre du tube, en sorte que si celui-ei est petit, il faudra pousser fortement pour réussir dans l'opération. Ce n'est qu'après avoir acquis une certaine expérience dans l'art des injections, qu'on pourra essayer d'appliquer la poignée du piston au creux de l'estomac , en saisissant le corps de la seringue par les deux mains, de manière à pouvoir pousser avec plus de force. En injectant, la seringue ne doit jamais être exactement vidée, parce qu'il se trouve presque toujours de l'air dans son fond ; on la retire dope, pour la remplir de nouveau, avant qu'elle ait été entièrement achevée, et après avoir fermé le robinet du tube

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ou du tube d'ajustage. Dès que l'injection est terminée, on laisse couler le bain chaud et on lui substitue un bain d'eau froide pour faire figer plus promptement le liquide injecté, et poar empêcher par là que la matière colorante ne se dépose.

Si, pendant l'opération, il se faisait une rupture d'un vaisseau, ce dont on serait averti par la cessation subite de la résistance, qui l'instant avant avait été très -grande, il serait inutile de poursuivre l'injection, parce que toute la matière qu'on continuerait à pousser dans les vaisseaux, en ressortirait par l'endroit dilacéré. La seule chose à faire alors, c'est de rechercher promptement la source de répancheraent et de la faire tarir, soit en appliquant une ligature sur le vaisseau, soit en le faisant comprimer par un aide, soit enfin en versant dessus de l'eau froide si le vaisseau est petit. On pourra alors reprendre l'injection, y en ayant soin de la conduire avec plus de ménagement.

On avait proposé de faire avancer le piston au moyen d'un cric adapté à un pivot mobile sur lequel on place la seringue, et nous avons vu une pareille machine en pleine activité dans un laboratoire de Paris; mais il suffit de songer combien il importe que l'anatomiste soit averti de la moindre résistance qui s'oppose à l'entrée du liquide, pour faire rejeter une machine dont l'usage est d'ailleurs incommode par la lenteur et la difficulté avec laquelle on lui imprime des raouvemens.

Quelques anatomistes vautent la machine pneumatique pour faire avancer la matière à injection : la partie à injecter est placée sous le récipient de la machine, et l'on fait entrer le liquide au moyen d'une canule, dont une extrémité s'adapte au tube introduit dans l'artère qui traverse ensuite une ouverture pratiquée à la partie supérieure du récipient, et dont l'autre extrémité plonge dans la matière à injection. Il faut que l'ouverture du récipient par où passe la canule soit hermétiquement fermée. A mesure que le vide se fait, l'injection pénètre. Je ne sais « ce moyen, qui ne peut être employé que pour les petites pièces, est bien supérieur aux procédés ordinaires; je n'en ai fait fessai que pour les injections mercuri elles , sans avoir pu lui reconnaître les avantages qu'on lui avait attribués.

Comme nous avons traité séparément de la dissection des artères et des veines dans les différentes régions du corps, on trouvera par là même l'indication de la plupart, des pièces de cabinet que l'on pourra exécuter, et que chaque anatomfete ta-

riera comme il le -jugera à propos. Nous nous bornerons donc à indiquer brièvement un petit nombre de ces préparations, eir remarquant qu'il serait à désirer que ces pièces représentassent en même temps les artères et les principales veines de la région. Pour faire une pièce sur V ensemble du système vasculaire, on choisit de préférence le cadavre d'un enfant, parce que la dissection y est moins longue, et qu'il est plus facile de le préserver de la décomposition pendant qu'on en fait la dissection. - On injecte les artères de tout le corps, mais les veines ne le seront que sur l'extrémité supérieure et inférieure d'un seul côté : ce côté servira à la préparation des vaisseaux superficiels, tandis que le côté opposé sera plus spécialement destiné à celle des vaisseaux profonds. Le crâne sera ouvert en enlevant la moitié- de la calotte du côté où l'on préparera les vaisseaux profonds; il faut avoir soin de ne pas diviser avec la scie la dure-mère, dent il faudra conserver un lambeau dans lequel se ramifie 1 artère méningée moyenne. Le cerveau sera peu à peu extrait, en tâchant de conserver les principales artères qui rampent à sa base et que l'on maintiendra plus tard en position au moyen de fils métalliques. On ouvre ordinairement les cavités pectorale et abdominale, en enlevant complètement leur paroi antérieure. Si l'on sépare d'une seule pièce cette partie antérieure du tronc, en sciant le sternum en travers an-dessous de son union avec la première côte, et en divisant les côtes en arrière de la moitié de leur longueur, on peut faire sur cette partie une préparation instructive, représentant la distribution des artères mammaires internes, épigastriques, intercostales, lombaires et circonflexes iliaques. Sur une moitié de la pièce on pourra disséquer ces artères par la face antérieure, et du côté opposé par la face postérieure; mais en détachant ce plastron, il faut avoir soin d'emporter en même temps une portion du diaphragme où se ramifient les branches musculo - phréniques des artères mammaires internes. On pourrait encore ouvrir les cavités de la poitrine et du bas -ventre par les deux côtés, de manière à conserver au milieu le sternum avec un bout des cartilages costaux, et la ligne blanche avec les muscles droits, afin de laisser en rapport avec le reste du corps, les artères épigastriques et mammaires internes avec leurs principales branches.* On enlève ensuite en entier la substance des poumons, en ne conservant que des bouts des vaisseaux pulmonaires, et l'on prépare de même léte vaisseaux de l'abdomen, en emportant peu â peu le foie et le canal intestinal Les vaisseaux du mésentère seront plus tard fixés

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sur un fil métallique, dont les courbures imiteront celles do canal intestinal. Si la rate est petite, on pourra la conserver en poursuivant un peu les vaisseaux dans son intérieur; si elle est grande, au contraire, on l'enlève, en ne conservant que les vaisseaux spléniques avec leurs principales divisions : les reins seront conservés. On complète ordinairement la préparation par l'injection du canal thoracique. Le reste de la dissection se fait comme qous l'avons indiqué dans l'angiotomie, mais en conservant d'u côté de la face, du cou et des extrémités, les veines en rapport avec les artères, tandis que de l'autre côté on ne disséquera que les artères profondes, en conservant toutefois les artères superficielles, si cela peut se faire. D'ailleurs, comme ces pièces ne sont pas destinées à étudier en détail la distribution des vaisseaux, mais seulement à ei\ donner une idée générale, il n'est pas rigoureusement nécessaire de les poursuivre jusqu'à leurs dernières ramifications. Ces pièces seront le plus souvent conservées par dessiccation.

Les artères de la tête et du cou présentant un grand nombre de variétés dans leur distribution, il serait à désirer qu'il y eût dans chaque musée une suite de pièces sur lesquelles on en eut fait la dissection. Il est convenable de préparer d'un côté les vaisseaux superficiels et de l'autre les vaisseaux profonds. D'antres fois on disséquera les vaisseaux, tant superficiels que profonds, sur une moitié de tète seulement.

Quant au système veineux, il est indispensable d'avoir me suite aussi complète que possible de préparations représentant les veines de la tète et du cou , tant superficielles que profondes, les veines qui rampent à l'extérieur de la colonne vertébrale, les sinus veineux de la dure-mère et les veines du rachis. Les sinus de la dure -mère seront préparés par des coupes analogues i celles que nous avons indiquées pour la préparation des replis de celte membrane. Les veines du rachis seront découvertes» soit en enlevant avec le ciseau les branches des apophyses épineuses de tputes les vertèbres, soit en sciant la colonne vertébrale de manière à faire passer l'instrument de haut en bas par le milieu du canal vertébral , afin de le diviser en une moitié antérieure et une postérieure, soit enfin en séparant ce anal en deux moitiés latérales en le sciant sur la ligne médiane.

Enfin, on fera une préparation représentant la circulation au sang dans le foetus, en tâchant surtout de bien mettra en évidence l'union de la veine ombilicale avec la veine porte et avec la veine cave inférieure, le canal artériel qui fait communiquer

INJECTION Î)£S VAISSEAUX SAUGUIKS. 716

faorté avec l'artère pulmonaire, et la naissance des artères ombilicales, ainsi que leur trajet jusque dans le cordon. La plupart des autres vaisseaux n*étant qu'accessoires, on enlèvera tous ceux qui embarrassent le trajet des premiers, en sorte qne la dissection est aisée à faire, et qu'il serait superflu de donner des préceptes spéciaux sur la manière d'exécuter la préparation.

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