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CHAPITRE PREMIER

COiVFORMA.TION

1°. Corps jaune. Immédiatement après la fécondation , l’ovaire devient le siège d’une irritation en vertu de laquelle on voit s’y développer , au bout de deux ou de trois Jours, une petite tumeur entourée d’une foule de vaisseaux , et au centre de laquelle se trouve un des œufs de Graaf. Cette tumeur reçoit de sa couleur le nom de corps jaune. Au bout d’un certain temps , le corps jaune s’ulcère vers le milieu de sa surface externe, et laisse échapper une vésicule qui glisse dans le pavillon de la trompe de Fallope. Ce pavillon , ordinairement flottant sur les côtés de la matrice , s’est appliqué sur l’ovaire peu de temps après la fécondation ; il embrasse cet organe par ses franges et permet ainsi à la vésicule de tomber dans l’espèce d’entonnoir qu’il forme. Cette vésicule, qui n’est autre chose que Yœuf, descend dans la trompe , et arrive dans l’utérus au bout de dix à douze jours.

2". Développement de l’csedf en général. L’ovule, tel qu’il est descendu de l’ovaire , est lui-même composé de deux vésicules emboîtées l’une dans l’autre. L’externe est le chorion; l’interne , beaucoup plus petite , nageant dans la sérosité que renferme le chorion, a reçu le nom de blastoderme. C'est cette dernière vésicule qui est la partie véritablement vivante de l’œuf, et de l’évolution de laquelle naissent l’embryon et les membranes avec lesquelles il est en connexion plus immédiate. Le blastoderme a des parois épaisses formées de granulations; sa cavité est très-petite et renferme un liquide visqueux , servant à fournir à l’ovule les premiers matériaux de la nutrition, et que l’on a comparé au vitellus des

(1) Cir. Fr, UvfiüKcn f Die Physiologie aïs Erfahrungs -Tf^ is~ scnchaft, 2«. vol. Leip* ,,^1828, avec fi{j. C'est le répertoire le plus complet que nous ayons de tout ce qui a été découvert dans cette partie importante de l'anatomie.

(2) W. Hd-'ïter , Anat^ uteri gtavidi, tahuHs illustrata. Birmin{jliam, 1774 , în~fol. avec atl.

J. F. Lobstkin , Essai sur la nutrit. du fœtus, Strasb., 1802, in-4o, avec figures.

Dutrochet , Reclierchcs sur les enveloppes du fœtus; Mémoires de la Société d’émulali<»n, tom. VIII, pag. 1 et pag. 760.

G. Cuvier , sur l'œuf des mammifères; Mémoires du Musée d’iiistoire naturelle , vol.ïll.

A. Veli'ead, Embryologie ou ovologie humaine. Paris, 1833, î n- fol . , av. fig.

Tu, L. W. üiscHOTF y Beytràge znr Lehre von den Eyhûllen fies mcnschlichcn Pœtus, Bonn , 1834, ia-8<>., avec fig.

DE l’oECF (2).

oiseaux. Les granulations du blastoderme sont plus abondantes dans un point de son étendue, et c’est là que se développe l’embryon, qui n’en forme d’abord qu’un épaississement discoïde. La face ventrale de l’embryon est celle qui regarde vers la cavité du blastoderme. A mesure que l’embryon , devenant plus épais , se distingue mieux du reste du blastoderme , on voit la masse granuleuse qui compose ce dernier , se diviser en deux lames. La lame interne , après avoir tapissé la face ventrale de l’embryon , forme une vésicule renfermant le vitellus : c’est la vésicule ombilicale. La lame externe qui résulte de l’évolution du blastoderme, est mince et transparente; elle se continue avec le bord du disque que forme l’embryon; mais au lieu d’envelopper la précédente lame d’une manière exactement concentrique , elle forme tout à l’entour du disque une gouttière qui devient peu à peu plus profonde. Il résulte de là que cette lame présente au-delà de la gouttière un cul-de-sac dirigé en sens opposé et qui entoure circulairement l’embryon. Ce cul-de-sac augmente de plus en plus en profondeur, en se recourbant vers la face dorsale de ce dernier , de manière à en envelopper les extrémités céphalique et inférieure , ainsi que les faces latérales , en forme de capuchon; en sorte que, les différentes • régions de ce cul-de-sac circulaire étant continues entre elles , il arrive nécessairement une époque où toute la face postérieure de l’embryon est recouverte par une membrane qui présente une ouverture arrondie, laquelle devient de plus en plus petite. Bientôt , l’accroissement continuant , l’ouverture s’oblitère. Pendant que cela s’est fait, la membrane, qui d’abord semblait partir du bord même du disque embryonnaire, change de rapports, en ce qu’elle se continue maintenant avec la face ventrale de ce dernier, parce que les extrémités céphalique et caudale se sont allongées et que la gouttière dont nous avons parlé en premier lieu est devenue plus profonde. Nous observons donc maintenant que l’embryon est enveloppé par une membrane partant de sa face ventrale et se repliant sous forme de poche fermée par-dessus sa face dorsale. Cette membrane est Vamnios, lequel, étant originairement formé par un pli en cul-de-sac , se compose d’abord de deux lames , mais qui se soudent de suite entre elles. Nous devons convenir , toutefois , que ce mode de

formalion de l’amnios n’a encore été observé que sur les œufs d’oiseau , les anatomistes n’ayant pas encore réussi à se procurer assez d’œufs de mammifères dans les premières époques de la gestation pour pouvoir vérifier chez eux ce point de doctrine.

Ainsi donc , tandis que l’ovule ne se composait primitivement que de deux vésicules concentriques, on n’arrive plus tard à la face dorsale de l’embryon qu’après avoir traversé ; 1° le chorion; 2° la couche de sérosité qui le sépare de l’amnios , mais qui disparaîtra par la suite ; 3” l’amnios , lui-même originairement formé de deux feuillets; 4<> une couche de liquide remplissant la cavité amniotique. Et en outre on rencontre la vésicule ombilicale , placée d’une part entre la face ventrale de l’embryon dont part le commencement de l’amnios , et d’autre part entre le chorion.

3°. Membrane caduque. Pendant que l’ovule s’est développé dans l’ovaire , la cavité de l’utérus a été le siège d’une exsudation couenneuse , en sorte que cet organe renferme dans son intérieur une poche sans ouverture , appelée membrane caduque {inemhrana decidua). L’œuf venant à entrer dans l’utérus à travers l’orifice de la trompe , rencontre cette membrane caduque , la décolle un peu dans ce point, et glisse entre elle et l’utérus pour se fixer dans un point quelconque de la muqueuse de ce dernier. Dans cet état de choses, une partie de l’œuf adhère immédiatement à l’utérus; l’autre, revêtue de la membrane eaduque , proémine dans l’intérieur de la cavité utérine ; le reste de la membrane caduque adhère fortement à la matrice , à l’entour du point où l’œuf s’est greffé. L’accroissement de l’œuf ne peut plus se faire maintenant qu’aux dépens de l’espace compris entre l’utérus et la portion de la caduque qui a été décollée ; cette membrane est donc peu à peu repoussée vers la cavité utérine par la saillie de l’œuf, en sorte qu’elle .s’étend sur lui et le revêt, tout comme les séreuses enveloppent les viscères. C’est cette dernière partie de la membrane caduque qui a été appelée caduque réfléchie, parce qu’elle se réfléchit réellement sur l’œuf; tandis que l’on appelle le reste de la membrane, caduque directe. Vers le troisième mois de la gestation, l’œuf est devenu as.sez grand pour avoir déprimé la caduque réfléchie , au point qu’elle touche la caduque directe qui a continué à tapisser le reste de l’organe; la cavité que formait d’abord la caduque venant par conséquent à être effacée , les deux feuillets finissent par contracter entre eux des adhérences qu’on ne peut plus que difficilement détruire vers le quatrième mois ; il en résulte que vers la fin de la gestation , l’œuf est toujours entouré par une membrane en apparence simple, mais réellement formée par deux feuillets qui se sont soudés. La membrane caduque a peu de consistance, elle est comme spongieuse; on y trouve beaucoup de vaisseaux sanguins qui sont des prolongements de ceux de la matrice.

4°. Chorion. La première membrane propre à l’œuf, c’est le chorion, membrane transparente, ferme et assez mince , mais divisible néanmoins en deux lames, entre lesquelles cbeminent les ramifications des vaisseaux ombilicaux. Sa face externe , qui répond à la membrane caduque, laquelle y adhère toujours dans les œufs à terme , est inégale ,

filamenteuse ; sa face interne est lisse et unie à la membrane suivante par un tissu cellulaire glaireux. Dès les premiers temps toute la face externe du chorion est parsemée de villosités spongieuses dans leur intérieur. C’est au moyen de ces flocons, qui , vers la troisième semaine se sont assez développés pour qu’ils aient pu pénétrer à travers la caduque, que l’œuf, d’abord libre, se fixe dans sa position. Vers la sixième semaine les flocons s’allongent davantage à l’endroit qui n’est pas recouvert par la caduque réfléchie et où se développera le placenta , en même temps que les autres villosités s’oblitèrent peu à peu. Cet allongement coïncide avec le développement des vaisseaux ombilicaux , dont les dernières extrémités pénètrent vers la huitième semaine dans ces flocons , mais en y restant tou jours recouvertes par la lame externe du chorion, qui leur forme une espèce de gaine. Ces flocons placentaires augmentent de plus en plus et poussent des ramifications ; ceux au contraire qui recouvrent le reste de la surface du chorion et cjui se sont oblitérés , cessent de s’accroître, mais ne disparaissent pas : on les rencontre toujours encore dans les œufs à terme sous forme de filaments au moyen desquels l’adhérence entre le chorion et la caduque réfléchie est établie. Mais comme leur surface d’implantation s’est beaueoup agrandie par la distension des membranes de l’œuf, tandis que leur nombre ne s’est pas accru, ces filaments sont d’autant plus écartés les uns des autres, que l’œuf est plus grand.

Le chorion ne paraît pas avoir de vaisseaux propres ; les vaisseaux ombilicaux , au lieu de se ramifier dans sa substance , ne font que cheminer pendant quelque temps entre ses lames pour se porter au dehors. Quelques anatomistes , toutefois , admettent que le feuillet externe du chorion ( exochorion ) est seul dépourvu de vaisseaux propres, tandis que son feuillet interne (endochorion) , formé par l’épanouissement des vaisseaux ombilieaux , est essentiellement vasculaire. Mais j’ai toujours pu également bien détacher de dessus les vaisseaux ombilicaux et la lame externe et l’interne qui n’avait pas avec les vaisseaux des rapports plus intimes que l’autre, en sorte que je ne saurais partager cette dernière opinion.

5°. Amnios. Uamnios est la membrane propre de l’œuf, qui enveloppe immédiatement le fœtus ; il est placé en dedans du chorion, auquel il adhère par une substance celluleuse et glaireuse intermédiaire. L’amnios est mince, ferme et transparent; il se réfléchit sur le cordon ombilical qu’il revêt , et parait se continuer avec les téguments de l’abdomen. Suivant les uns , c’est dans l’épiderme que l’amnios se prolonge ; suivant les autres , et eette manière de voir me semble mieux fondée, il se continue avec le derme du fœtus. La face interne de l’amnios est libre, lisse, semblable à la faee interne des séreuse.s; c’est elle qui sécrète probablement les eaux de Vamnios, qui remplissent la poche que forme cette membrane et dans lesquelles nage le fœtus. Les eaux de l’amnios sont composées d’eau , d’albumine et de quelques sels; elles déposent une substance albumineuse qui y forme des flocons. Ce liquide préserve le fœtus des pressions extérieures ; pendant l’accouchement il forme la pocAe rfe.9 eaux, chargée de dilater graduellement le col de l’utérus. Suivant quelques auteurs , les eaux de l’amnios .sont absor-

bées par la peau du fœtus et lui servent de nourriture.

En parlant du développement de l’œuf en général , nous avons fait connaitre celui de l’amnios chez les ovipares, et nous avons remarqué que ce fait n’a pas encore pu être vérifié chez les mammifères, où toute cette époque parait s’écouler avec une étonnante rapidité , car on trouve l’amnios déjà tout formé au quinzième .jour dans l’œuf humain; mais il est trèspetit , et même au premier mois il ne recouvre que les faces dorsale et latérales de l’embryon. Peu à peu on le voit recouvrir une partie de la face antérieure et s’en détacher sous la forme d’un canal qui est la gaine ombilicale , laquelle s’insère d’abord à l’extrémité inférieure de l’embryon. Au deuxième moi? l’amnios s’accroît plus rapidement, de manière à remplir bientôt la cavité du chorion, en sorte qu’il est uni à lui au troisième mois par un tissu cellulaire intermédiaire.

On trouve quelquefois, entre l’amnios et le chorion un autre liquide, appelé fausses eaux de l’amnios; mais ordinairement il n’y en a plus de traces après le deuxième mois de la gestation. Ce liquide existe toujours dans les premiers temps, parce qu’alors , le chorion étant beaucoup plus grand que n’est l’amnios, il y a nécessairement un espace entre ces deux poches ; mais l’accroissement de l’amnios devenant peu à peu plus rapide, l’espace diminue et cesse enfin d’exister, ainsi que le liquide qu’il renfermait.

6». Placenta. 'Le. placenta est un corps mou, discoïde, très-vasculeux , développé dans la partie du chorion qui est devenue adhérente à l’utérus; le plus souvent le placenta est inséré sur le fond de l’utérus, et un peu h droite. Nous avons déjà vu, en parlant du chorion , que la formation du placenta se prépare dans le troisième mois. Le placenta d’un fœtus à terme a ordinairement huit pouces de diamètre dans un sens, et six dans l’autre. Une de ses faces est externe ou utérine, l’autre est interne ou fœtale. La face utérine du placenta est dans le principe en contact immédiat avec la matrice , parce que nous avons vu que la membrane caduque avait été décollée par l’œuf ; mais peu à peu l’utérus sécrète une nouvelle couche couenneuse au point où le placenta adhère , en sorte qu’en examinant ces parties dans la deuxième moitié de la gestation, on trouve le placenta recouvert par une membrane en tout semblable à la caduque , et à laquelle on donne le nom de caduque scrotine (decidua serotina). Cette caduque ne passe pas seulement .sur la face externe du placenta, elle s’enfonce aussi entre ses lobes. C’est cette membrane caduque. qui a été appelée placenta utérin , quoiqu’elle ne fasse pas réellement partie du placenta ; et par opposition on a appelé placenta fœtal, le placenta proprement dit.

La face fœtale du placenta est tapissée par l’amnios , et c’est sur elle que vient s’insérer le cordon ombilical. Ce cordon est ordinairement placé un peu à côté du centre du placenta; mais quelquefois il s’insère près de sa circonférence, et alors on dit que le placenta est en raquette.

Le placenta est formé par les divisions successives des vaisseaux ombilicaux , qui , après avoir cheminé entre les deux lames en lesquelles le chorion est divisé dans ce point , proéminent à sa face utérine

en recevant une gaine de la lame externe du chorion qu’ils ont poussée devant eux. Ces vaisseaux sont disposés en paquets appelés cotylédons. Ce sont les artères ombilicales qui y conduisent le sang, et dont les dernières extrémités se replient en formant des anses qui donnent naissance aux radicnles de la veine ombilicale, chargée d’en ramener le sang. Les artères ombilicales , quand elles sont arrivées dans le placenta . s’envoient réciproprement une branche de communication ; mais dans le reste de leur ramification , leurs branches ne communiquent plus entre elles : il en est de même des rameaux de la veine ombilicale.

La membrane caduque , qui recouvre la surface utérine du placenta , est parcourue par un grand nombre de vaisseaux sanguins , qui sont des prolongements de ceux de l’utérus. Ils sont disposés comme ceux de tout le corps, c’est-à-dire que les artères y donnent naissance aux veines, sans que, par conséquent, le sang de la mère passe directement de ces vaisseaux dans ceux du fœtus. Par les vaisseaux de la caduque on remarque une veine qui entoure circulairement le placenta.

Le placenta est le principal organe par lequel les sucs nourriciers peuvent passer de la mère au fœtus; mais comme il est prouvé qu’il ne se fait pas entre eux une circulation véritable , une transfusion du sang , il semble évident que l’accroissement du fœtus ne peut se faire que par un acte d’absorption. Cette absorption est-elle effectuée par les veines? L’est-elle par des vaisseaux particuliers de l’ordre des lymphatiques? C’est sur quoi les physiologistes sont encore partagés d’opinion. Nous avons cru apercevoir sur le placenta des vaisseaux particuliers, dont les uns commencent par des orifices absorbants sur les tuniques des vaisseaux de la caduque, et s’ouvrent dans les radicules de la veine ombilicale; tandis que les autres naissent sur les vaisseaux ombilicaux et se terminent dans les veines utérines. Nous avons cru devoir en conclure que ces vaisseaux sont du genre des lymphatiques, quoiqu’ils ne communiquent pas avec le système lymphatique général, comme appartenant à des organes temporaires ; nous avons enfin pensé que ce sont eux qui sont chargés d’apporter au fœtus les sucs nourriciers, et d’éliminer ceux qui ne peuvent plus lui convenir. Les observations contradictoires qui ont été publiées sur ce point, ont nécessité de notre part de nouvelles recherches, qui n’ont pas tardé à nous convaincre que l’erreur était réellement de notre côté. Nous nous plaisons en conséquence à rétracter à cette occasion ce que nous avions avancé sur le mode de communication entre la mère et le fœtus. Nous persistons toutefois à penser que le placenta est la principale voie par où les matériaux nutritifs arrivent au fœtus, ce qui n’empêche en aucune façon que cet organe serve en même temps à l’hématose.

7o. Cordon ombilical. On appelle ainsi un cordon tordu qui unit le placenta au bas-ventre du fœtus.

Le cordon ombilical se forme vers la fin du premier mois par suite des changements de rapport de l’amnios , qui, au lieu de se continuer avec les bords du disque embryonnaire, arrive peu à peu sur sa face ventrale. Cette membrane forme donc dans ce point une gaine, une espèce de tuyau en

forme d’entonnoir, inséré tout près de l’extrémité inférieure de l’embryon et renfermant la tige de la vésicule ombilicale , l’intestin et l’allantoïde. Bientôt cette gaine s’allonge , se rétrécit un peu et contient en outre les vaisseaux ombilicaux , qui se forment au commencement du deuxième mois. Peu à peu l’intestin se retire vers l’abdomen, et la gaine ombilicale, continuant à se rétrécir, acquiert ainsi l’apparence d’un cordon, cpii au troisième mois a un aspect noueux , parce que les vaisseaux ombilicaux se tournent en spirale. L’insertion du cordon ombilical remonte aussi peu à peu par suite du développement de la région hypogastrique , en sorte que l’ombilic est placé d’autant plus haut que l’on s’éloigne davantage de l’époque de la conception. Le cordon ombilical s’allonge enfin au point de former des inflexions au sixième mois, et au terme de la gestation il a environ dix-huit pouces de long. Il est facile de s’assurer à toutes les époques que la gaine du cordon est formée par l’amnios.

Nous avons déjà fait remarquer que la veine et les deux artères ombilicales se contournent les unes sur les autres en spirale, et que c’est cette disposition qui donne l’aspect tordu au cordon. On trouve autour des vaisseaux ombilicaux une substance glaireuse, appelée gélatine de JVliarton. La plus ou moins grande quantité de cette substance a donné lieu à la dénomination de cordons gras et de cordons maigres. Uttini et Foiimann pensent que cette substance est un liquide albumineux contenu dans des vaisseaux absorbants ; ce dernier anatomiste est même parvenu à injecter de mercure ces conduits dans le cordon ombilical humain , et à les poursuivre dans le chorion du cheval , où ils entourent les vaisseaux ombilicaux jusque dans les dernières ramifications; et dans des fœtus de serpents i! a découvert la communication de ces conduits avec le canal thoracique, en sorte qu’il est porté à penser que c’est par leur moyen que se fait la nutrition du fœtus. Si le fait de cette dernière communication venait à être constaté chez d’autres animaux et spécialement chez les mammifères, il ne serait pas permis de douter que notre illustre ami n’ait eu réellement affaire à des lymphatiques; car les canaux que nous sommes parvenus à injecter dans le cordon en suivant les indications de Fohmann , ne nous ont pas paru assez caractéristiques par euxmêmes pour que nous ayons pu les reconnaître pour des lymphatiques d’après leur aspect seul ; il nous aurait plutôt semblé que le liquide albumineux est contenu dans un tissu cellulaire trèssubtil.

8o. VÉsicDLE OMBILICALE. Nous avous VU , en parlant du développement de l’œuf en général , que la lame interne résultant de l’évolution du blastoderme, donne lieu à la formation de la vésicule ombilicale. Une constriction circulaire venant à s’établir dans cette vésicule, on distingue alors une portion fixée à la face ventrale de l’embryon ; c’est le rudiment du canal intestinal ; l’autre portion conserve le nom de vésicule ombilicale. Ces deux portions sont réunies par un canal étroit.

La forme toute primitive de la vésicule ombilicale n’a pas encore pu être observée sur l’œuf humain , vu son extrême petitesse dans les premiers temps et l’impossibilité d’en examiner un assez grand nombre dès les premiers jours de la eonception. Mais on pos-

sède un assez grand nombre d’observations pour les époques subséquentes. C’est ainsi que dans la deuxième moitié du premier mois , la vésicule ombilicale , plus grande alors que l’embryon , est déjà séparée de l’intestin, avec lequel elle communique librement par un canal très-fin et long de trois lignes; fait qui vient d’être irrévocablement constaté par plusieurs ob.servateurs. Peu à peu la vésicule venant à s’écarter de l’embryon , le canal est allongé et rétréci, de manière à s’oblitérer dans la cinquième semaine. La vésicule ne tient plus alors à l’intestin que par un filament solide. C’est vers la fin du deuxième mois que la vésicule ombilicale a acquis son plus grand développement; elle a alors deux à trois lignes de diamètre; ses parois sont denses et grenues, et elle renferme un liquide visqueux et blanchâtre. Passé cette époque elle se flétrit, en sorte que l’on n’en trouve quelquefois plus de trace après le quatrième mois. Cependant il n’est pas rare de la voir encore de la grosseur d’une tête d’épingle au septième ou au huitième mois, et on l’a même encore aperçue, très-rarement il est vrai, dans des œufs venus à terme. A ces époques avancées la vésicule, si elle e.xiste, envoie toujours encore dans le cordon un filament blanchâtre, dernière trace de l’ancien canal de communication.

Nous verrons, en parlant du développement du système vasculaire, que les vaisseaux de la vésicule ombilicale, appelés omplialo-mésentérigues , sont les premiers qui se forment. Ces vaisseaux disparaissent au troisième mois , quand la vésicule elle-même s’atrophie.

On trouve constamment la vésicule ombilicale entre le chorion et l’amnios, mais sa distance de l’embryon varie suivant les époques : d’abord placée tout près du bas-ventre de l’embryon , elle s’en éloigne peu à peu parce que son filament de communication avec l’intestin s’allonge en même temps que le cordon ombilical , en sorte que dès que le placenta est formé , on la trouve dans cet organe non loin de la base du cordon.

La vésicule ombilicale est évidemment l’analogue de la membrane vitelline des ovipares, et le liquide qu’elle contient parait, dans les premiers temps, devoir servir à la nutrition de l’embryon , comme le fait le jaune d’œuf pendant toute la durée de l’incubation.

9°. Allantoïde. L’allantoïde est une poche à parois minces et transparentes ou blanchâtres, continue avec la vessie urinaire , laquelle s’en sépare plus tard par un étranglement circulaire, comme l’intestin s’est séparé de Ta vésicule ombilicale. Cette poche , comme la précédente , est placée entre le chorion et l’aranios. Elle ne se forme qu’après la vésicule ombilicale , mais elle s’accroît très-rapidement chez les animaux, chez la plupart desquels, après avoir franchi la longueur du cordon ombilical , elle s’étend par-dessus l’extrémité inférieure de l’embryon , en se dilatant en une vaste poche , qui occupe, pendant toute la vie intra-utérine, la majeure partie de l’intervalle du chorion et de l’amnios. Pour arriver au dos de l’embryon , chez ces animaux , il faut donc traverser le chorion , la lame externe de l’allantoïde, la cavité de cette dernière, sa lame interne et enfin l’amnios.

Chez l’homme, au contraire, l’allantoïde n’est que rudimentaire, en sorte que l’on y avait long-

temps douté de son existence, qui, toutefois, a depuis été positivement reconnue par plusieurs anatomistes. Cette poche membraneuse parait à la fin de la troisième semaine ; elle ne s’étend pas au delà de la gaine ombilicale, qui est alors très-courte , et elle disparait dans la quatrième ou cinquième semaine en s’oblitérant. Plus tard on ne rencontre plus à sa place qu’un prolongement cellulo-fibreux filiforme, qui du sommet de la vessie se dirige vers l’ombilic et s’étend jusqu’à une certaine distance dans le cordon ombilical : ce prolongement porte le nom d'ouraque.

L’anatomie comparée nous apprend que l’allantoïde est le principal organe où se fait l’hématose pendant la vie fœtale. C’est pour cela qu’elle est recouverte d’un riche réseau vasculaire, auquel aboutissent les artères ombilicales et d’où part la veine de ce nom. L’allantoïde ne dépassant pas le cordon ombilical dans l’embryon humain , le réseau vascu-

laire qui la recouvre a dû s’étendre seul au dehors pour exercer ses fonctions respiratoires , et ce sont ces vaisseaux qui, venant à pénétrer dans les flocons du chorion , donnent lieu à la formation du placenta. Il se pourrait que le réseau des vaisseaux ombilicaux, avant que de se concentrer dans le placenta, ait été étendu dans tout l’intervalle entre le chorion et l’amnios; du moins le tissu cellulaire glaireux que l’on y rencontre, et qui vient d’être décrit par Biscuoff comme une membrane spéciale sous le nom de memhraîie moyenne j examiné au microscope dans les premiers mois de la gestation , semble parcouru d’une foule de vaisseaux oblitérés. Velpeau, au contraire, admet que ce tissu glaireux , qu’il appelle sac réticulé , n’est autre chose que l’allantoïde elle-même, sous-divisée en cellules au lieu de former une poche unique , ce qui nous parait beaucoup moins admissible.

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