CHAPITRE m
PRÉPABATIOA’S CORCEKNAriT LA SPLANCHNOIOGIE.
Art. Encéphale , moelle épinière et enveloppes.
Les parties du cerveau et de la moelle épinière que l’on se propose de conserver, doivent être préparées avec beaucoup de soin , de manière à ce qu’il n’y ait ni coupure irrégulière ni déchirure, qui donneraient une idée fausse de la partie que Ton expose. L’arachnoïde et la pie-mère devront être .enlevées avec beaucoup de soin , afin de faire apercevoir la conformation extérieure de la masse cérébrale. On peut conserver de cette manière l’encéphale entier, ou bien seulement des portions isolées de cet organe, représentant les diverses coupes que nous avons indiquées en parlant du cerveau. Parmi ces coupes on n’oubliera pas d’en faire une verticale, immédiatement à côté de la ligne médiane , et qui est très-importante pour l’étude.
Les liquides les plus propres pour conserver l’encéphale, sont l’eau-de-vie à SO"; l’eau-de-vie à laquelle on a ajouté une très-petite quantité d’acide nitrique ou d’acide hydrochlorique , ou bien encore l’eau-de-vie dans laquelle on a fait dissoudre du sucre. L’eau-de-vie durcit le cerveau et le rend friable ; on augmente cette dureté par l’addition de l’acide : la dissolution de sucre le durcit, mais lui conserve en même temps assez de souplesse pour qu’on puisse continuer sur lui des recherches anatomiques. Ce dernier mode de conservation est dû au professeur Lobstf.in. Avant de conserver l’encéphale dans l’eau-de-vie , quelques anatomistes le plongent dans une dissolution aqueuse ou alcoolique de sublimé corrosif, ou bien dans une dissolution aqueuse d’alun; mais je ne vois pas les avantages de cette manière de faire. Dans tous les cas il importe de donner exactement à la partie la position
dans laquelle on veut la conserver , afin de ne pas la faire, durcir dans une position vicieuse, qu’il serait le plus souvent impossible de changer plus tard. Reil faisait ses recherches sur le cerveau après l’avoir fait durcir dans de l’alcool tenant en dissolution de la potasse ou de l’ammoniaque : par ce moyen la pièce conserve une certaine ténacité tout en devenant plus dure ; la substance grise prend une teinte noirâtre , qui la distingue très-bien de la substance blanche.
On peut aussi conserver l’encéphale par dessiccation : pour cela il faut le faire bouillir dans l’huile, ou bien le plonger pendant trois ou quatre semaines dans une solution alcoolique de sublimé corrosif. Après la dessiccation il conserve assez bien sa forme , mais il diminue en volume , et il prend une teinte uniformément brunâtre. Ce moyen de conservation n’est pas entièrement à rejeter , parce qu’il fait très-bien ressortir la direction des fibres.
En parlant de la dure-mère cérébrale, nous avons indiqué une manière de la préparer ; cette pièce sera conservée par dessication ; elle est surtout instructive si les sinus de la dure-mère ont été préalablement injectés. Si l’on veut rendre la pièce plus complète , on scie le crâne d’après les mêmes directions, mais de manière à ce que la dure-mère ne soit pas intéressée; on fait alors sur l’un des côtés une incision cruciale dans la méninge, afin de pouvoir retirer l’encéphale; de l’autre côté la duremère restera intacte. Une autre manière de préparer et de conserver la dure-mère, consiste à dépouiller une tête de toutes ses parties molles, et à réduire ensuite les os en fragments avec un marteau ou une hachette mousse. Les os devront être brisés peu à peu , et en commençant par la voûte du crâne; on
enlève les fragments osseux à mesure qu’ils sont détachés. De cette manière on obtient enfin la duremère tout à fait séparée du crâne ; on en extrait le cerveau par le trou occipital , on fait plusieurs injections d’eau dans 1a cavité, puis on la rembourre de baleine râpée pour la dessécher ; on peut ensuite l’inciser par un des côtés , afin d’en faire voir l’intérieur.
La dure-mère rachidienne peut être isolée d’une manière analogue en brisant les lames des vertèbres , et en divisant ensuite les nerfs vertébraux à leur entrée dans les trous de conjugaison; la moelle de l’épine peut en être extraite en tirant sur son extrémité supérieure. Il ne serait même pas difficile de faire une préparation de la dure-mère cérébrale et rachidienne réunies, en combinant les divers procédés que nous avons indiqués; l’encéphale et le cordon rachidien seront alors extraits au moyen d’une incision faite sur l’un des côtés de la duremère cérébrale.
On ne conserve ordinairement de l’arachnoïde que certaines parties où elle est séparée de la piemère, par exemple au devant du pont de Varole , à l’entrée du canal arachnoïdien, près du quatrième ventricule , etc. : ces préparations seront laissées en rapport avec les parties circonvoisines du cerveau ; elles seront conservées dans l’aleool ou bien par dessication après les avoir fait durcir ; mais en choisissant ce dernier mode de conservation , on fera bien d’injecter les vaisseaux artériels et veineux qui sont en rapport avec Uarachnoïde.
La pie-mère dont les vaisseaux ont été remplis par une injection fine, ne devrait jamais être conservée par dessiccation. On la laissera en rapport avec la substance cérébrale qu’elle recouvre ; on pratiquera différentes coupes pour faire voir comment cette membrane se replie dans le fond des circonvolutions, ou bien on la sépare complètement de la substance cérébrale, que l’on détruit peu à peu en la plaçant sous un filet d’eau , et on la suspend ensuite dans l’eau-de-vie.
Art. 2. Organes des sens.
1°. Organe de la vde. On pratique sur la cavité orbitaire différentes coupes afin d’en connaître mieux la forme et la direfction; c’est ainsi qu’on y fait une coupe verticale antéro-postérieure sur une tête dont la calotte est enlevée, et suivant une ligne qui du milieu du diamètre transverse de l’orbite se dirigerait en passant par le milieu du trou optique. D’autres coupes, verticales et transversales , seront pratiquées sur différents points de l’orbite. La coupe horizontale se fait à la hauteur du milieu de l’os unguis et de l’os planum , et se dirige en arrière en passant par le trou optique. Une autre coupe consiste à enlever la partie supérieure de l’orbite sur une tête dont on a préalablement enlevé la calotte. On fait cette coupe moyennant deux traits de scie, qui commencent l’un à l’angle supérieur interne, et l’autre à l’angle supérieur externe de l’orbite, et qui se dirigent en arrière vers le trou optique.
En parlant de l’œil , nous avons indiqué les préparations à faire sur cet organe; nous n’avons plus à nous occuper ici que de leur conservation. Les paupières et les voies lacrymales seront conservées dans l’eau-de-vie ; ces dernières pourront cependant l’être aussi par dessiccation, mode de conservation
que l’on devra préférer pour les glandes de Meibomius injectées de mercure. La conjonctive pourra de même être desséchée : pour cela il faut la séparer autant que possible du globe de l’œil , vider celui-ci et le remplir de cire fondue ou le rembourrer de coton , et dessécher la pièce en tirant les paupières en avant et en les fixant contre une planchette de manière à les tendre et à les tenir écartées. Le sac que forme la conjonctive pourra être légèrement distendu avec du coton imprégné d’une dissolution alcoolique de savon. On conçoit que la beauté de cette préparation sera augmentée si elle a été prise sur un sujet bien injecté.
Les muscles de l’œil seront desséchés après avoir été e.xactement isolés de la graisse qui les entoure; on les maintiendra légèrement écartés les uns des autres. Afin de s’opposer au racornissement du globe de l’œil, on l’injecte de cire après l’avoir préalablement vidé par une petite ouverture. Après la dessiccation on pourra donner aux diverses parties leur aspect naturel , en y appliquant une légère couche de couleur à l’huile.
Toutes les parties qui composent le globe de l’œil peuvent être conservées dans l’eau-de-vie ; quelquesunes d’entre elles peuvent aussi être desséchées; c’est ainsi que l’on dessèche quelquefois la sclérotique avec la cornée , après avoir vidé le globe oculaire des parties qu’il contient. On arrive aisément à ce résultat , en convertissant le nerf optique en un canal au moyen d’un stylet que l’on pousse jusque dans le globe de l’œil ; on distend ensuite de nouveau ce dernier en y poussant une in jection solide ou bien de l’air ; mais cette préparation ne sert qu’â représenter la forme du globe, les particularités de sa structure se perdant par la dessiccation. Le canal de Fontana injecté de mercure , se conserve trèsbien par dessiccation ; on conserve de même la choroïde et l’iris préalablement injectés; mais il faut faire sortir le cristallin et l’humeur vitrée, et les remplacer par du coton imprégné de dissolution alcoolique de savon ; ou bien on étend la choroïde sur une boule en verre , par exemple l’extrémité d’un thermomètre, sur laquelle la membrane semoule parfaitement bien en se desséchant. L’iris , les procès ciliaires, des portions de choroïde ou de rétine , peuvent être desséchés, après avoir été étendus sur une plaque de verre , ou même placés entre deux plaques de verre que l’on maintient réunies par leurs bords au moyen de bandes de taffetas gommé ; quand les pièces sont sèches, on les recouvre d’une couche de vernis de copal , ou bien on laisse couler ce vernis entre les deux plaques de verre , si c’est ce dernier mode de conservation que l’on emploie. On conçoit que ces sortes de pièces ne présentent aucun intérêt, si les parties n’ont pas été parfaitement injectées; mais alors aussi elles offrent le meilleur moyen pour faire des recherches microscopiques, .l’ai vu chez StEMMERRiNG toutc unc série de ces préparations.
Le cristallin peut être desséché après avoir été plongé dans l’alcool ; il se fend alors en plusieurs secteurs.
Parmi les préparations de l’œil que l’on conserve dans l’eau-de-vie, celles qui sont petites, par exemple l’iris , la membrane pupillaire, etc. , seront fixées sur des tablettes en cire.
2». Organe DE l’ouïe. Les préparations de l’oreille
externe peuvent également bien être conservées dans l’alcool , ou être desséchées après avoir séjourné pendant quelque temps dans un mélange d’essence de térébenthine et d’alcool.
Bock, a dit, et nous avons vérifié depuis, que les préparations de la caisse du tympan et du labyrinthe sont plus faciles à faire sur des temporaux que l’on a laissés plongés pendant quelque temps dans de l’eau , parce qu’alors la substance osseuse est moins su jette à éclater sous l’instrument. Les préparations faites sur la caisse du tympan et le labyrinthe seront conservées par dessiccation , excepté celles qui représentent la distribution du nerf acoustique et les membranes nerveuses du labyrinthe ; les autres nerfs qui se ramifient dans l’intérieur du rocher, quelle que soit d’ailleurs leur ténuité, se conservent parfaitement par la dessiccation.
A. Meckel employait le procédé suivant pour la préparation de l’oreille interne : on met le rocher dans de la cire bouillante; on détruit ensuite toute la substance osseuse à l’aide de l’acide hydrochlorique. On obtient ainsi une préparation de cire qui montre fort bien la disposition du limaçon et des canaux demi-circulaires , et même la distribution du nerf auditif dans les trous de la rampe du limaçon.
La ténuité des parties qui concourent à la composition de l’organe de l’ouïe est telle , qu’il est impossible pour les élèves placés sur le haut d’un amphithéâtre d’apercevoir les objets que démontre le professeur. Cette considération a engagé feu mon père à faire modeler quelques-unes de ces préparations en grand. Le professeur Eiirmann, quia bien voulu se charger de l’exécution de ces travaux, a en conséquence enrichi notre musée d’une série de pièces représentant les osselets de l’ouïe séparés , ces osselets réunis dans leur position naturelle, la caisse du tympan ouverte par sa face externe avec la chaîne des osselets, leurs muscles et la membrane du tympan, enfin le labyrinthe. Toutes ces pièces représentent les objets grossis dix fois dans chacun de leurs diamètres. Après avoir démontré l’organe de l’ouïe sur ces modèles grossis , il est facile d’en faire connaître la structure sur des préparations naturelles.
3». Organe de l’odorat. La plupart des préparations sur l’organe de l’odorat peuvent être conservées par la dessiccation ; il est convenable de faire ces préparations sur des sujets bien injectés.
Outre les coupes verticales , transversales et antéro-postérieure que nous avons indiquées , on pratique encore sur les fosses nasales des eoupes horizontales, dont l’une dans le méat inférieur, imméeliatement au-dessus de la paroi inférieure des fosses nasales; l’autre, dans le méat moyen, commençant au-dessous du bord inférieur des os propres du nez , et se dirigeant de là en arrière en passant sous la paroi inférieure des orbites; la troisième coupe doit commencer à la suture fronto-nasale ou un peu plus bas , et se diriger vers la partie antérieure de la fosse pituitaire. Toutes ces coupes des fosses nasales doivent être faites sur des têtes d’individus de quarante ans au moins , parce que ee n’est qu’à cet âge que le cornet inférieur et le vomer sont solidement soudés aux os voisins.
Les préparations des eartilages du nez doivent être conservées dans l’alcool ; il en est de même des préparations des filets du nerf olfactif. Celles des
nerfs nasaux fournis par la cinquième paire, peuvent au contraire être desséchées.
4». Organe du toucuer ; tissu cellulaire. Les préparations qui représentent les trois couches de la peau, doivent être conservées dans l’alcool. Si l’on veut faire ces préparations par l’immersion de la peau dans l’eau chaude, il faut, d’après le conseil de Ruysch , commeneer par l’étendre sur une planchette sur laquelle on la fixe avec des épingles, afin de s’opposer à son racornissement par la chaleur. La séparation des couches se fait alors facilement.
L’épiderme peut être conservé sous la forme de pieds et de mains , soit dans l’alcool , soit par dessiccation ; mais alors il faut le rembourrer de coton pour lui conserver sa forme. Les préparations sur les productions de l’épiderme , telles que les poils et les ongles , doivent être placées dans l’alcool. On obtient de très-belles préparations sur le tissu générateur du sabot du cheval et du bœuf, si l’on met macérer les pieds de ces animaux jusqu’à ce que les sabots puissent être séparés des tissus sous-jacents. On injecte alors les artères et les veines qui se rendent dans la partie, en ayant soin de détruire avec un stylet boutonné les valvules qui se rencontrent dans ces dernières. On voit sourdre la matière à injection de toute la surface de la préparation, parce qu’il y a toujours des vaisseaux qui se déchirent pendant qu’on enlève le saboi ; il convient donc , quand les vaisseaux sont bien remplis , de plonger la pièce dans l’eau froide, en continuant à pousser l’in jection tant dans les artères que dans les veines, jusqu’à ce que la masse soit figée. Ces pièces sont ordinairement richement injectées ; on en dissèque les principaux vaisseaux, puis on les conserve par dessiccation. D’autres le seront dans l’alcool, pour faire voir les nombreuses villosités vasculaires qui sécrètent la corne.
Le derme sera conservé dans l’alcool ; mais s’il s’agit seulement de faire voir sa richesse vasculaire , il est plus convenable de le dessécher, parce que les vaisseaux deviennent beaucoup plus apparents alors ; on conserve ainsi dans les musées la peau de la face, que l’on détache avec soin et que l’on rembourre ensuite exactement , pour la sécher d’une manière bien égale et lui donner la forme d’un masque. Si les injections de la peau ont été faites avec une matière gélatineuse, on peut, après les avoir fait sécher , les conserver dans l’essence de térébenthine , qui augmente la transparence des tissus. Nous possédons des extrémités de fœtus ainsi préparées. — Nous ne parlerons point de la conservation du derme par le tannage , l’hongroyage , le chamoisage, etc.; la peau ainsi préparée ne pouvant plus servir aux études anatomiques.
La dissection des filets nerveux qui se rendent à l’organe du toucher , ne peut pas être faite avec tout le soin convenable si l’on suit la méthode ordinaire. La dernière distribution des nerfs sera examinée sur l’extrémité d’un doigt, où l’on cherchera à poursuivre les filets suivant une coupe en profil : la préparation devra être conservée dans l’eau-devie avec addition d’un peu d’acide nitrique. Mais pour donner une idée de l’ensemble de la distribution nerveuse dans la peau de la main , il convient de l’enlever de dessus cet organe sous la forme de gant, après l’avoir séparée du reste des téguments par une incision circulaire au-dessus du poignet.
Le lissu cellulaire sous-cutané et les nerfs devront rester attachés à la peau , que l’on tâchera d’obtenir bien entière. C’est sur la face interne de la peau, qui maintenant est devenue extérieure, que l’on suit les nerfs aussi loin que possible , après avoir rembourré le gant pour lui rendre la forme de la main ; puis on sèche la pièce dans cette position. On choisira de préférence la peau d’un cadavre bien injecté. Une préparation semblable peut être faite sur le pied , où la .saillie du calcanéum rend toutefois la séparation de la peau bien entière plus difficile ; on réussit à l’obtenir, soit en coupant le calcanéum au moyen de tenailles incisives, soit en désarticulant successivement les os de la jambe et le calcanéum à mesure que la peau est disséquée.
Le tissu cellulaire et le tissu graisseux peuvent être conservés dans un alcool très-affaibli dans lequel on fait dissoudre du nitrate d’alumine. J’ai réussi à faire sécher la peau avec le tissu cellulaire graisseux sous-jacent en lui conservant son aspect naturel , après l’avoir fait macérer pendant deux mois dans une dissolution alcoolique de térébenthine de Strasbourg. On conserve quelquefois le tissu cellulaire par insufflation, et l’on choisit alors pour cette préparation le dartos encore recouvert de la peau ; on retient l’air au moyen d’une ligature placée à la base du scrotum. Quand la pièce est desséchée , on y fait différentes coupes.
Art. 3. Organes de la digestion.
S’il ne s’agit que de faire voir la forme du canal digestif, on peut en conserver l’ensemble par dessiccation , après l’avoir fait séjourner dans le mélange d’alcool et d’essence de térébenthine; mais les préparations qui doivent servir à la démonstration de la structure de ces parties , doivent être gardées dans l’alcool.
On conserve très-bien par dessiccation les cavités buccale et pharyngienne , avec leurs muscles et avec les glandes salivaires , que l’on prépare comme nous l’avons indiqué en parlant séparément de ces parties; seulement faut-il tâcher de les laisser toutes en rapport autant que possible, et de ne sacrifier une partie pour en préparer une autre, qu’autant que cela est absolument nécessaire; pour cela on peut disséquer d’un côté les parties situées superficiellement, et de l’autre les parties profondes : on conçoit que la préparation devra rester attachée à la tête.
Les glandes salivaires conservent très-bien leur aspect granuleux , si on les sèche après les avoir fait séjourner dans le mélange d’alcool et d’essence. D’autres fois on les remplit de mercure par leurs conduits excréteurs, on les sépare avec précaution des parties voisines, et on les fait sécher complètement , pour les conserver ensuite dans l’essence de térébenthine, qui, donnant dç la transparence à la pièce, permet de voir jusqu’aux moindres ramifications du conduit. La glande parotide ne doit jamais être séparée avant l’injection , parce qu’elle envoie dans les interstices musculaires voisins une foule de prolongements que l’on n’aperçoit qu’après l’injection , et qui , étant coupés , laisseraient échapper le mercure. Si l’on venait à diviser un de ces prolongements pendant la séparation de la glande , il faudrait placer de suite une ligature pour s’opposer à la sortie du mercure.
La plupart des préparations sur la langue doivent être placées dans l’alcool ; il convient en général de ne conserver cet organe qu’après l’avoir parfaitement rempli de matière à injection ordinaire , afin de s’opposer au racornissement de son tissu ; par la même raison , l’alcool dans lequel on plonge la langue ne doit pas être trop fort. On rend visible la disposition plus ou moins compliquée des glandes muqueuses qui s’ouvrent sur la base de la langue , en les injectant de mercure par leurs orifices : ces derniers seront aisément reconnus par le mucus que la pression en fait sortir. On empêche que le mercure ne s’échappe après que l’on a retiré le tube à injection , en remplaçant ce dernier par un petit bouchon conique en papier roulé. Cette préparation sera conservée par dessiccation.
Les préparations sur le péritoine doivent être conservées dans l’alcool; on choisit pour les faire, des fœtus ou bien des enfants en bas-âge, et l’on fait sur l’abdomen différentes coupes qui sont nécessaires pour bien faire apercevoir la distribution de la séreuse.
On conserve dans l’alcool les préparations sur les tuniques de l’estomac et des intestins, que nous avons indiquées en parlant de ces parties. D’autres préparations consistent à faire sécher ces parties, et à les ouvrir ensuite dans diverses directions pour en voir l’intérieur ; si les pièces ont été préalablement plongées dans le mélange d’alcool et de térébenthine , les valvules du pylore et du cæcum , et les valvules conniventes de l’intestin grêle, sont parfaitement visibles. Par le même mode de conservation on fait des préfiarations très-instructives sur les estomacs des ruminants, que l’on ouvre dans différents points quand ils sont bien séchés; on distingue alors parfaitement la configuration de la tunique interne.
Les préparations sur la rate seront , les unes conservées dans l’alcool , les autres desséchées ; ces dernières se font de la manière suivante : on injecte une grande quantité d’eau tiède par l’artère splénique et on la laisse écouler par la veine ; le parenchyme de l’organe étant ainsi lavé , on y pousse une injection d’alcool tenant du sublimé corrosif en dissolution. On lie ensuite la veine splénique, on insuffle la rate par l’artère , et l’on fait sécher. Quand la dessiccation de la rate est achevée, on y pratique différentes coupes , afin de voir l’intérieur de l’organe. Des préparations analogues seront faites comparativement sur des rates de chevaux ou de ruminants. On fait sur la rate de fort jolies préparations corrodées.
On ne conserve pas ordinairement le foie dans la liqueur, à cause de son trop grand volume, à moins qu’il n’ait été pris sur un jeune sujet , et alors il convient d’injecter une grande quantité d’eau tiède par l’artère hépatique, par la veine porte et plus tard par le canal hépatique, afin d’entraîner autant que possible le sang et la bile , qui coloreraient fortement l’esprit de vin. Après les injections d’eau , on pourrait en faire avec de l’alcool affaibli , et plus tard avec de l’alcool pur, qui contribuera h la conservation du viscère. Si l’on veut conserver le foie par dessiccation , il faut tâcher d’en remplir le plus de vaisseaux possible, afin de s’opposer à son racornissement ; on injecte donc l’artère hépatique de matière rouge, la veine porte de matière bleue ou noire, les veines hépatiques de matière verte et
le conduit hépatique de matière jaune; on peut ajouter un peu de sublimé corrosiF à la matière à injeetion que l’on pousse dans l’artère et dans la veine porte, puis on plonge la pièce dans une solution alcoolique de sublimé, et l’on dessèche. A en juger par des essais que j’ai faits avec des fragments de substance du foie , ce viscère se conserve parfaitement bien par dessiccation, après l’avoir laissé séjourner dans une dissolution alcoolique de térébenthine de Strasbourg ; peut-être conviendrait-il de commencer par pousser de l’alcool dans l’artère hépatique, puis d’y injecter une certaine quantité de la liqueur conservatrice dans laquelle on le plongera. On fait encore sur le foie des préparations corrodées , en poussant dans ses différents vaisseaux des matières à injection appropriées et diversement coloriées.
Le pancréas, dont on aura bien injecté le canal excréteur , sera conservé dans l’alcool ; le canal pancréatique devra être poursuivi dans l’organe. Cette glande peut aussi très-bien être préparée par corrosion en poussant une injection appropriée dans le canal. Les injections mercurielles faites d’une manière analogue à celle que nous avons indiquée pour les autres glandes salivaires , réussissent moins bien , parce que le pancréas , en se desséchant, perd beaucoup de son volume.
Art. 4. Organes de la respiration et de la voix.
Les poumons recevant deux sortes de vaisseaux , savoir les pulmonaires et les bronchiques , il faut, pour les remplir tous , injecter une assez grande partie du système sanguin. On conseille à cet effet de pousser une injection fine dans l’aorte ventrale , afin de remplir les veines pulmonaires et les artères bronchiques ; et d’injecter les artères pulmonaires et les veines bronchiques par la veine cave inférieure. Afin de consommer moins de matière à injection, on conseille encore de lier préalablement les gros troncs artériels qui partent de la crosse de l’aorte. Cependant, si l’injection est très-pénétrante, elle se répandra dans la majeure partie du corps par les anastomoses artérielles , en sorte qu’il vaut mieux injecter alors le cadavre en entier, qui pourra encore servir à d’autres préparations; ou bien, si l’on ne lient qu’à remplir les vaisseaux pulmonaires , on les injecte directement en y fixant le tube.
Quand l’injection des vaisseaux sanguins est terminée , on conserve la pièce soit dans l’esprit de vin, soit par dessiccation et après y avoir fait différentes coupes , ou bien on laisse couler dans un rameau bronchique du mercure bien pur , qui distendra peu à peu les vésicules pulmonaires correspondantes. Si l’injection a été faite avec de la colle , il arrive souvent que cette substance transsude dans l’intérieur des bronches et empêche le mercure d’avancer; alors il faut plonger la pièce pendant quelques instants dans l’eau tiède , qui dissout la colle et permet au métal de pénétrer jusque dans les extrémités du tube aérien. Le mercure sera retenu dans la bronche au moyen d’une ligature, et la pièce sera desséchée , ou bien conservée dans l’esprit de vin.
Un poumon entier ne pouvant être rempli de mercure, qui le déchirerait par son poids, on peut avec avantage modifier le mode de préparation : les vaisseaux sanguins de cet organe étant injectés, on le plonge dans un bocal assez grand pour le conte-
nir dans son plus grand état de développement , et renfermant de l’esprit de vin pur ; on injecte ensuite dans la trachée-artère de l’esprit de vin pur , de manière à distendre peu à peu le tissu du poumon , et l’on retient ce liqiude par une ligature. En laissant le poumon pendant quelques jours soumis à l’action de l’alcool , son tissu se raffermit et se durcit , en sorte qu’on peut alors y pratiquer différentes coupes avec un scalpel bien tranchant, sans qu’on ait à craindre de le voir s’affaisser; mais pour cela il faut qu’il reste constamment plongé dans la liqueur, dans laquelle il devra aussi être conservé. On prépare d’une manière analogue les poumons vésiculeux des reptiles , dont la cavité reste parfaitement béante, s’ils ont été soumis à l’action de l’alcool et si la coupe a été faite dans le vase même dans lequel la pièce devra être conservée.
Le poumon insufflé par la trachée-artère , peut être desséché , soit qu’on en ait injecté les vaisseaux sanguins , soit qu’on ait laissé ces vaisseux vides ; dans ce dernier cas cependant il faut faire sortir le sang qu’ils contiennent, d’abord par une légère injection d’eau tiède, puis par une injection d’alcool tenant du sublimé corrosif en dissolution. Le poumon laissant facilement échapper l’air avec lequel on le distend, il faut ou bien renouveler fréquemment les insufflations, ou bien, mieux encore, mettre la trachée-artère en communication avec une vessie remplie d’air , et que l’on charge d’un poids assez considérable pour maintenir le poumon dans un état permanent de dilatation.
Les préparations qui donnent la meilleure idée de la disposition des vésicules pulmonaires , sont prises sur des portions de poumons de fœtus ou d’animaux, dont les bronches sont remplies de mercure , et que l’on fait dessécher après les avoir collées sur une plaque de verre.
On trouve dans beaucoup de musées les préparations sur le larynx conservées par dessiccation ; mais il me semble préférable de les tenir plongées dans l’alcool , parce que les cartilages perdent leur forme et leur volume en se desséchant.
Art. 3. Cœur.
La plupart des préparations sur le cœur peuvent indistinctement être conservées dans l’alcool , ou bien être desséchées ; celles , cependant , sur lesquelles on veut faire voir la distribution des fibres musculaires, doivent être placées dans la liqueur.
Parmi les 'préparations sèches il en est peu qui soient aussi instructives que la séparation du cœur en deux moitiés, l’une artérielle, l’autre veineuse. Une pareille préparation, parfaitement exécutée par le D>'. SuLZER , sur l’idée qui lui en avait été communiquée par feu le professeur Bérot , se trouve déposée dans le musée de notre Faculté. Pour la faire, on commence par remplir chaque moitié du cœur par de la matière à injection diversement coloriée; puis, peu à peu. on divise la cloison interventriculaire, en se guidant d’après les sillons longitudinaux .supérieur et inférieur , et en déroulant successivement les fibres musculaires de la cloison, soit avec le manche du scalpel , soit avec sa pointe. En faisant la première incision sur la face supérieure du cœur , il importe de se rappeler que le ventricule droit recouvre un peu le ventricule gauche, et qu’il ne faut pas par conséquent inciser
trop à droite, de crainte d’ouvrir ce ventricule, dont les parois sont très-minces. Quand on est arrivé à la base du cœur, on travaille dans le sillon qui sépare l’artère pulmonaire de l’artère aorte , et l’on pousse peu à peu ces deux troncs en sens opposé , de manière à diviser en deux lames la cloison inter-auriculaire. C’est cette dernière partie de la préparation qui exige le plus de patience et d’adresse ; en effet, on n’a qu’à songer au peu d’épaisseur de la membrane qui ferme le trou de Botal , pour se faire une idée de la difficulté de cette dissection. La séparation étant achevée , on fait sécher la pièce ; puis on monte chacune des moitiés du cœur sur un pied qui s’engrène avec l’autre, de manière à ce qu’étant réunies, les deux moitiés du cœur soient appliquées l’iine contre l’autre dans leur situation naturelle, et ne semblent former qu’un seul organe.
La séparation du cœur en deux moitiés est trèsfacile sur un cœur que l’on a fait bouillir dans du vinaigre; mais l’organe perd beaucoup de son volume par la coction , et il n’est plus possible alors de le tenir dilaté par de la matière à injection. Néanmoins on fera bien d’exécuter cette préparation, qui doit être conservée dans la liqueur.
Pour conserver le cœur entier desséché , on en remplit les cavités gauches de matière à injection rouge par une des veines pulmonaires, et les cavités droites de matière bleue ou verte par une des veines caves. Si l’on voulait également remplir les artères coronaires , il faudrait commencer par pousser de l’injection rouge par l’aorte , avant d’en faire passer par les veines pulmonaires. Le cœur acquérant par l’injection un poids considérable, il faut avoir soin de le fixer bien solidement sur un support à base large.
On dessèche aussi quelquefois le cœur pour en préparer les cavités ; pour cela on l’injecte de suif, et quand la pièce est parfaitement desséchée , on y pratique les coupes nécessaires pour faire voir les cavités, et on l’expose à quelque distance du feu pour faire fondre le suif et le laisser écouler. On plonge ensuite le cœur dans l’essence de térébenthine, qui enlève le reste de graisse qui avait pénétré dans sa substance, et après l’avoir fait sécher de nouveau . on le vernit.
Une méthode analogue pourrait être employée de préférence à celle que nous avons indiquée plus haut, pour conserver un cœur entier desséché; il faudrait alors , quand l’injection est finie , placer des ligatures sur les trous des vaisseaux coronaires; puis, quand la pièce est parfaitement desséchée, la chauffer assez pour permettre à la plus grande partie de la matière à injection de s’écouler par les ouvertures artérielles et veineuses du cœur, que l’on tournera de côté et d’autre pour faciliter l’écoulement du liquide. Un cœur ainsi préparé perdra beaucoup de son poids, et sera par conséquent plus facile à manier.
Art. 6. Oryanes urinaires.
La conservation de ces organes dans l’alcool ne présente aucune difficulté, et celle par dessiccation est également facile, après y avoir poussé une injection fine et avoir insufflé la vessie par le canal de l’urètre.
Les reins ne perdent que peu de leur volume par la dessiccation , s’ils ont été préalablement pénétrés
de matière à injection j on les sèche soit en entier, soit après les avoir divisés en deux. Les préparations corrodées que l’on fait sur les reins , réus.sissent presque toujours, et font un très-bon effet.
Il y a une manière de conserver la vessie et le canal de l’urètre dans l’alcool , qui présente de grands avantages tant pour l’étude de leur disposition normale , que pour celle des maladies de ces organes; elle consiste à enlever soigneusement les parties que l’on ne veut pas conserver , de manière à ne plus garder que la vessie , la prostate , le canal de l’urètre et une tranche mince du corps du pubis d’un côté. On remplit la vessie d’alcool rectifié (3/6), que l’on y retient au moyen d’une ligature placée à la base du gland, et l’on plonge la pièce dans un vase contenant de l’alcool rectifié, en lui donnant de suite la position qu’elle devra conserver plus tard. Après quelques jours d’une pareille immersion , la pièce se durcit; on enlève ensuite d’un côté la moitié de la vessie et du canal de l’urètre , de manière à pouvoir apercevoir ces parties au moyen d’une coupe en profil, qui reste en rapport avec le corps du pubis. La pièce doit être suspendue avec soin dans un bocal aplati sur deux de ses côtés.
Art. 7. Organes génitaux de l’homme.
Tous ces organes peuvent être conservés soit dans l’alcool, soit par dessiccation, en suivant les divers procédés que nous indiquerons en parlant de chacun d’eux en particulier.
Pour dessécher les diverses enveloppes du testicule , il faut se servir d’un sujet bien injecté ; on sépare les tuniques les unes après les autres , en les fendant à la partie antérieure , et on les maintient étendues en membranes en laissant un intervalle entre chacune d’elles. La tunique vaginale ne doit être ouverte que dans un point, par lequel on la distend d’air et que l’on referme de suite au moyen d’une ligature. Quand la pièce est desséchée, on fait dans la tunique vaginale une coupe , afin de pouvoir apercevoir le testicule qu’elle renferme ; on peut aussi faire une ouverture dans la tunique albuginée , afin de faire voir la substance du testicule.
Nous avons déjà indiqué plus haut la manière de conserver le dartos par l’insufflation; on conserve quelquefois aussi cette membrane simplement étendue sur une plancbette, dans le but de faire voir la distribution irrégulière de ses vaisseaux.
On conserve dans l’alcool des testicules dont on a enlevé la tunique albuginée, et dont on a dévidé les vaisseaux séminifères ; mais les préparations les plus instructives sur la texture du testicule , sont les injections mercurielles. Cependant ces préparations ne réussissent que très-rarement ; le plus souvent le mercure s’arrête dans l’épididyme. On parvient plus souvent à faire pénétrer le métal dans la substance même de l’organe, si le sujet est très-jeune et si la préparation est faite peu de temps après la mort. Je commenee par laisser macérer le testicule dans l’eau tiède pendant deux à trois heures , puis j’exprime avec soin l’épididyme et surtout le canal déférent, pour en faire sortir le plus de sperme possible. Je plonge ensuite le testicule pendant trois à quatre heures dans du sous-carbonate d’ammoniaque liquide , ou bien pendant huit à douze heures dans une solution concentrée de potasse du commerce ,
ou dans une léj^ère soluiion de potasse caustique ; après quoi je tâche de nouveau d’exprimer le sperme contenu dans l’épididyme. L’injection du testicule se fait par le canal déférent. Tant que le mercure marche dans l’épididyme, on emploie une pression moyenne de quinze pouces ; on augmente ou l’on diminue la hauteur de la colonne selon la facilité avec laquelle le métal avance; en général, je m’attache à faire l’injection avec la moindre pression possible, parce que je me mets ainsi plus facilement en garde contre les ruptures , que l’on évite le plus sûrement si la progression du métal est lente : dans certains cas , toutefois , j’ai été obligé d’employer une pression d’une atmosphère et demie, à laquelle j’ai ajouté la pression des doigts; mais dès que le mercure avance, je diminue de nouveau la hauteur de la colonne, ce qui s’obtient facilement par l’inclinaison du tube. Avant d’augmenter la hauteur de la colonne mercurielle, je tâche toujours de lever l’obstacle qui se serait opposé à la progression du métal , en comprimant le point de l’éçididyme où l’injection s’est arrêtée , ou bien la partie qui devra se remplir immédiatement après. Je comprime soit avec le doigt, soit avec le manche du scalpel; trèssouvent cela réussit. Mais on conçoit que cette compression doit être faite avec quelque ménagement , sans quoi l’on s’exposerait à une rupture, La progression du mercure paraît être favorisée par l’immersion du testicule dans l’eau tiède. Si le mercure a traversé tout l’épididyme, ce dont on s’assure par une dissection faite avec beaucoup de précaution, et si le métal commence à pénétrer dans l’intérieur du testicule, ce qui a lieu dès qu’un seul conduit efférent s’est injecté , il faut diminuer subitement la pression et la réduire d’abord à cinq pouces ; si le mercure ne descend pas , on élève peu à peu la colonne de demi-pouce en demi-pouce; mais il ne m’est jamais arrivé d’avoir vu une injection réussir, si j’avais été obligé d’élever la colonne au delà de huit pouces : toujours il y avait alors des ruptures. Il importe de fermer le robinet toutes les fois que l’on ajoute du mercure. Pendant tout ce temps de l’opération il faut laisser le testicule en place , sans le toucher , de crainte de déterminer une rupture. Dans les oiseaux , les coqs , par exemple, l’injection du testicule réussit très-aisément; mais dans la plupart des mammifères elle est plus difficile encore que chez l’homme. Si l’on ne voulait injecter que quelques conduits séminifères, on pourrait le faire comme l’indique A. Coopes, en introduisant un tube dans un des canaux du retc testis : par ce procédé on peut même y faire pénétrer d’autres matières à injection, par exemple de la colle colorée; mais jamais on n’obtient de cette manière une injection complète du testicule.
Lorsque l’injection est terminée , on passe à la dissection, qui, comme on le conçoit bien, exige les soins les plus minutieux pour qu’on ne soit pas exposé à couper un vaisseau injecté. Les testicules remplis de mercure étant des pièces extrêmement rares et précieuses, il faut prendre des soins tout particuliers pour leur conservation ; ainsi , si l’on veut les plonger dans l’esprit de vin, il convient de placer au fond du bocal destiné à les recevoir, une couche de coton cardé , sur lequel on laisse reposer la glande ; ou bien , si, après les avoir séchés, on veut les conserver dans l’essence de térébenthine , il faut les disposer d’une manière analogue.
J’ai toutefois mieux aimé dans les derniers temps , de placer les testicules sur des plaques en verre et de les y faire sécher ; le tissu cellulaire glaireux qtû se trouve dans l’organe fait office de colle et le fait adhérer au verre. Mais si le testicule avait séjourné pendant quelque temps dans l’alcool , l’adhérence ne s’établirait plus : il faut alors lui donner sur la plaque de verre la position voulue et l’imbiber ensuite d’une solution de colle de poisson , qui l’empéche de se déranger pendant que la dessiccation s’opère. Quand la pièce est sèche et que le mercure en sort continuellement par quelque petite ouverture , on peut fermer ce trou et empêcher la sortie du métal, en appliquant sur le point déchiré une goutte de forte solution de colle de poisson. On recouvre ensuite la préparation de plusieurs couches de vernis de copal.
Les injections fines, poussées dans l’artère spermatique après avoir lié les veines du cordon, pénètrent très-bien dans l’intérieur du testicule ; mais jamais elles ne passent dans les conduits séminifères, dont on ne peut par conséquent obtenir la réplétion qu’en procédant de la manière que nous venons d’indiquer.
On peut dessécher les vésicules séminales , après les avoir insufflées par les conduits déférents et avoir jeté une ligature sur les canaux éjaciilateurs. Différentes coupes que l’on fait ensuite sur ces vésicules, servent à en faire voir l’intérieur.
Les corps caverneux ne se remplissent pas par l’injection des artères ; il faut toujours y pousser la matière à injection en plaçant le tube dans une de leurs racines; ces corps ainsi distendus peuvent être desséchés ou conservés dans l’alcool. Une autre méthode pour conserver les corps caverneux par dessiccation, consiste à les remplir d’air ou de mercure , après avoir bien injecté les artères caverneuses; quand ils sont desséchés, on les ouvre de côté , et après avoir laissé écouler le mercure , on voit très-bien la distribution de l’artère. On peut encore modifier cette préparation, en injectant les artères de colle colorée avec du cinabre , et en poussant du suif par une des racines des corps caverneux; quand la pièce est séehée, on y fait des deux côtés des ouvertures , et on l’approche du feu pour faire fondre le suif et le laisser écouler . ou bien on la plonge dans l’essence de térébenthine , qui dissout bientôt le suif. Cette pièce sera conservée dans l’essence de térébenthine bien limpide, qui permettra de voir parfaitement la disposition celluleuse des corps caverneux.
On injecte de cire le corps spongieux de l’urètre et le gland sur un pénis bien intact, en plaçant le tube dans le bulbe et après avoir lié les veines qui rampent sur le dos de la verge, et qui se remplissent facilement de matière à injection ; puis on injecte de mercure le corps spongieux interne, en enfonçant un tube fin dans la portion membraneuse. On fait sécher et l’on étudie ensuite les rapports de ces deux espèces de corps spongieux, qui sont distingués par les différentes matières à injection dont on les a remplis. Pour compléter la pièce, on peut injecter les corps caverneux de cire dont la couleur diffère de celle qui a été poussée dans l’urètre.
Différentes coupes longitudinales et transversales, faites sur des pénis dont les corps caverneux et spongieux ont été insufflés et séchés, sont très-in-
structives pour faire voir ces parties dans leurs rapports mutuels. Une précaution qu’il ne faut jamais négliger avant d’injecter ou d’insuffler ces parties , c’est d’entrainer autant que possible le sang qu’elles conliennent, au moyen d’injections d’eau tiède, plusieurs fois répétées.
Art. 8. Organes génitaux de la fevune.
Pour dessécher l’ensemble des organes génitaux de la femme et pour conserver parfaitement Iq forme des ditférents replis de la vulve et du vagin , de la cavité de ce dernier , ainsi que de celle de la matrice, il faut, après avoir soigneusement préparé la pièce, la faire séjourner dans le mélange d’essence de térébenthine et d’alcool , puis la suspendre de manière à ce que la vulve soit dirigée en haut et la matrice en bas; les grandes lèvres pourront être fixées au moyen de quelques points de suture sur un anneau en baleine ; ensuite , après avoir lié les trompes près de leur insertion à la matrice et le canal de î’urètre à l’endroit où il a été divisé , on verse du mercure par l’orifice du vagin , de manière à en remplir les organes génitaux jusqu’au niveau de la vulve. Ce procédé est surtout mis en usage pour conserver la forme de l’hymen. On conçoit qu’il faudra faire appuyer le fond de la matrice sur une couche de baleine râpée ou de toute autre substance molle , afin d’empêcher que le poids du mercure ne tire la préparation trop en longueur.
Le plexus rétiforme du vagin et le corps spongieux du canal de l’urètre , se remplissent assez bien quand on injecte les artères. Si l’on voulait en faire une injection spéciale, il faudrait la faire en plaçant un tube dans le corps spongieux de l’urètre, pendant que les parties sont encore en placé, ou du moins avant que tous les rapports ne soient détruits ; on peut à cet effet enlever le corps des pubis. Pour faciliter le passage de la matière à injection , on place dans le vagin une éponge imbibée d’eau chaude.
Si les tissus spongieu.x du gland du clitoris et des nymphes ne sont pas remplis par les procédés que nous venons d’indiquer , il faut le faire directement avec de la matière à injection fine ou au mercure, en enfonçant le tube dans une des nymphes. Ce n’est guère qu’au moyen des injections mercurielles qu’on peut remplir le tissu spongieux des trompes.
Les corps caverneux du clitoris seront injectés comme ceux du pénis , soit avec de la matière à injection ordinaire, soit avec du mercure ; dans tous les cas , si l’on a injecté sur la même pièce l’urètre , le gland du clitoris et les nymphes , il faut choisir pour les corps caverneux une injection de couleur différente, afin de montrer que ces divers tissus spongieux ne communiquent pas entre eux.
Art. 9. Mamelles.
Ces organes se conservent fort bien dans l’alcool d’autres fois on les dessèche après les avoir fait macérer dans le mélange de térébenthine et d’alcool. Par ce moyen les mamelles gardent assez bien leur aspect glanduleux , et elles ne perdent que peu de leur volume.
On conserve souvent des glandes mammaires, dont les canaux excréteurs ont été remplis de mercure. Ces conduits ne communiquant pas entre eux, l’injection doit en être faite séparément ; mais la préparation exige des soins infinis , parce que les canaux sont très-tortueux et que la glande envoie fréquemment dans la graisse voisine de petits prolongements, qui, étant divisés , laissent échapper le mercure. Le métal sera retenu dans la glande au moyen d’une ligature, dont on entoure le mamelon. Quand on a enlevé autant de graisse que possible , on fait sécher la pièce; puis on la conserve dans l’essence de térébenthine, qui , en rendant les tissus transparents , permet de distinguer parfaitement la distribution des canaux excréteurs jusque dans les grains de la glande.