CHAPITRE XIV
ARTICDLATIOWS DU GENOU.
Le fémur, le tibia et la rotule s’articulent entre eu.\ par ginglyme angulaire. L’extrémité inférieure du fémur présente une poulie, à laquelle on distingue deux condyles séparés par un enfoncement, et le tout encroûté de cartilage lisse. L’extrémité inférieure de ces condyles appuie sur deux facettes du tibia très-peu concaves , mais dont la profondeur est un peu augmentée par deux fibro-cartilages intermédiaires, appelés semi-lunaires, qui sont placés sur chaque facette articulaire du tibia , et dont la face supérieure qui correspond aux condyles du fémur, est assez concave pour s’accommoder, en partie du moins , à la convexité de ces éminences. Ces cartilages sont unis au tibia le long de la crête qui sépare les deux facettes articulaires , ils sont unis au ligament capsulaire suivant leur circonférence, et ils tiennent enfin l’un à l’autre par un ligament transversal placé en avant. A la partie antérieure de l’extrémité articulaire du fémur se trouve la rotule, dont la face postérieure, encroûtée de cartilage, présente une saillie verticale, qui est reçue dans l’enfoncement qui sépare les condyles.
Ces parties sont retenues en position :
. 1) Parie ligament cai>sulaire (\\\\ tapisse toutes les surfaces articulaires , ainsi que les fibro-cartilages semi-lunaires. Il envoie en avant et en haut un prolongement sacciforme entre les condyles du fémur et le triceps de la cuisse , et il forme dans l’intérieur de l’articulation differents replis , tels que Vappareil synovial, qui se compose de nombreuses franges rougeâtres, et le ligament mugueux , qui commence entre les condyles du fémur , et envoie ensuite au bord externe et au bord interne de la rotule des prolongements , qui sont les ligaments ailés. Outre les ligaments que nous allons énumérer , la capsule synoviale est fortifiée par les tendons des muscles de la cuisse.
2) Le ligament latéral interne se porte du condyle interne du fémur à celui du tibia.
3) Les ligaments latéraux externes sont au nombre de deux , un long et un court : le premier commence au tubercule du condyle externe du fémur , et se termine à la partie externe de la tête du péroné. Le second provient plus en arrière du condyle externe du fémur et de la capsule articulaire , et se termine à la partie postérieure de la tête du péroné.
4) Le ligament postérieur ou poplité se porte obliquement du condyle externe du fémur au condyle interne du tibia. Il manque quelquefois.
5) Le ligament rotulien est très-fort ; il unit la rotule à l’épine du tibia. Ce ligament ne parait être que l’extrémité du tendon du triceps crural , dans l’épaisseur duquel la rotule se serait développée comme un os sésamoïde. Une assez grande quantité de graisse est placée entre ce ligament et la capsule.
6) Les ligaments croisés sont au nombre de deux ; ils se portent de l’intervalle des condyles du fémur au tibia : Vantérieur se porte de la face interne du condyle externe du fémur , à la fossette au devant de la crête qui sépare les condyles du tibia; \c posté-
rieur est étendu de la face externe du condyle interne du fémur , à la fossette derrière la crête qui sépare les condyles du tibia. Placés l’un au devant de l’autre , ces ligaments sont croisés quand la jambe reste dans sa position naturelle; tandis qu’ils se décroisent quand on la tourne en dehors ; mais cela ne peut avoir lieu qu’autant qu’on a divisé le ligament latéral interne , car dans l’état d’intégrité de l’articulation ces ligaments ne se décroisent jamais.
Les extrémités supérieures du tibia et du péroné s’articulent entre elles par arthrodie ; les surfaces articulaires sont aplaties et recouvertes de cartilages. Ces os sont retenus, tant à cette extrémité que dans leur longueur.
1) Par une capsule articulaire serrée, renforcée par une couche de fibres ligamenteuses, appelées ligaments de la tête du péroné;
2) Par le ligament interosseux , membrane aponévrotique, étendue entre le tibia et le péroné dans toute leur longueur Ce ligament est percé de plusieurs ouvertures , qui livrent passage à des rameaux vasculaires et nerveux.
Mouvements. L’articulation du genou exécute des mouvements de flexion et d’extension : quand ces mouvements sont modérés , les trois os restent à peu près en rapport , comme nous les avons décrits ; mais si la flexion est forcée , la rotule abandonne en partie les condyles du fémur, contre lesquels elle n’appuie plus que par son extrémité supérieure , tandis que la poulie de ces condyles est occupée par le tendon du triceps ; et d’un autre côté , dans l’extension forcée , la rotule remonte au point qu’elle ne touche plus la poulie du fémur que par son extrémité inférieure. Lorsqu’on est assis et que le bassiu et la cuisse se trouvent fixés , la jambe peut exécuter de légers mouvements de rotation ; le centre de ces mouvements correspond au condyle interne du fémur et à la facette interne du tibia, qui se meut sur lui comme sur un pivot , tandis que la facette externe du tibia décrit des arcs de cercle.
Les mouvements du péroné sur le tibia sont trop bornés pour nous y arrêter.
PRÉPABATiON. La disscction des muscles de la cuisse et de la jambe étant achevée , on en enlève la majeure partie , en ne conservant que des bouts de ceux qui, s’attachant dans le voisinage de l’articulation , servent de cette manière à l’affermir ; tels sont les muscles triceps crural, demi-membraneux, biceps , gastro-cnémiens , etc. ; on emporte la continuation du fascia lata, qui, après avoir enveloppé le genou , s’unit à l’aponévrose de la jambe. Ce n’est qu’après avoir disséqué toutes ces parties avec beaucoup de soin, que l’on voit les ligaments latéraii.v externe et interne. Il est à observer que le court ligament latéral externe est plutôt postérieur ; c’est donc en arrière qu’on le cherchera : quelquefois il est très-peu distinct. 11 faut éviter de prendre pour un ligament, le tendon d’origine du muscle poplité qui entoure le condyle externe du fémur en adhérant
fortement au ligament capsulaire. Le ligament poplité se compose de trousseaux fibreux assez irréguliers, et entremêlés de paquets de graisse, dont il faut les dégager ; nous avons déjà fait remarquer qu’il n’est pas eonstant. Le ligament rotulien se voit faeilement; on peut l’isoler en entier de la capsule articulaire, en enlevant le eoussinet de graisse qui est plaeé entre eux. Le ligament capsulaire , recouvert par les précédents , se voit en partie quand on les a enlevés. Il faut avoir soin de ne pas endommager le prolongement sacciforme de ce ligament , quand on dissèque de haut en bas le tendon du triceps entrai : cette espèee de poche y est très-lâche et mince. Quand on incise en travers cette poche, et qu’on continue à ouvrir la capsule , en prolongeant l’incision des deux côtés de la rotule, de manière à pouvoir renverser cet os vers la jambe , mais sans endommager aucune des parties qui se trouvent dans l’intérieur de l’articulation, on voit partir du milieu de la poulie du fémur le ligament muqueux , qui se bifurque bientôt pour former les ligaments ailés. Cette préparation permet aussi de voir Vap>pareil synovial, disséminé entre les condyles du fémur, entre ceux du tibia et autour de la rotule. Si l’on emporte tous ces prolongements internes de la synoviale , on aperçoit les ligaments croisés , qui en sont enveloppés ; mais avant , on remarquera que , quoique ces ligaments paraissent placés dans l’intérieur de l’articulation, ils sont effectivement en dehors de la capsule qui les enveloppe. Les ligaments croisés deviennent plus visibles encore, si l’on coupe en
travers les ligaments latéraux et postérieurs avec la capsule articulaire qu’ils recouvrent, de manière à ne plus laisser le tibia attaché au fémur que par le moyen des premiers cordons ; en tournant alors la jambe en dedans ou en dehors, on croise ou l’on décroise ces ligaments à volonté. On voit en même temps les cartilages semi-lunaires appliqués sur les facettes du tibia ; on étudie leur mode d’union avec cet os et avec la capsule articulaire , et l’on observe en avant le ligament transversal qui les unit entre eux. On se facilite cette dissection en coupant les ligaments croisés. Enfin , si l’on divise en travers la capsule au-dessous de la rotule, on voit la face postérieure du ligament rotulien.
On peut aussi préparer les ligaments du genou après avoir scié en travers la rotule et en disséquant en bas la moitié inférieure de cet os. La moitié supérieure devra rester en place, afin de permettre de voir le fond de la poche synoviale et la position du ligament muqueux et des ligaments ailés. Par ce moyen on peut se dispenser de disséquer les mu.scles extenseurs de la jambe.
La dissection du ligament interosseux est faite dès que les muscles de la jambe sont enlevés; celle des ligaments de la tête du péroné et de la capsule qu’ils recouvrent , n’est guère plus difficile ; on les voit dès qu’on a détaché les tendons des muscles biceps crural , extenseur commun des orteils et long péronier. On ouvre cette capsule après avoir scié les os de la jambe en travers et fendu le ligament interosseux qui unit les fragments supérieurs.