CHAPITRE PREMIER
ANA.TOMIE GÉNÉR
Les muscles sont des organes fibreux, rougeâtres, mous , peu élastiques , éminemment contractiles et servant par là à produire les différents mouvements dont le corps est susceptible.
On distingue en général dans les muscles , le corps ou ventre, qui en est la portion charnue, moyenne, et les extrémités ordinairement tendineuses, dont celle qui est attachée au point le plus fixe est appelée tête, et l’autre , insérée au point le plus mobile, reçoit le nom de queue.
Les muscles varient beaucoup quant à leur forme; on remarque des muscles longs , des muscles larges, des muscles rayonnés, etc. Parmi les muscles longs, il y eu a qui sont cylindriques, d’autres ajjlatis , d’autres fusiformes. Quelques-uns sont divisés dans toute leur longueur par un tendon mitoyen, auquel les fibres musculaires , parallèles entre elles , viennent s’insérer de chaque côté et à angle plus ou moins aigu ; ces muscles sont appelés penniformes : si le tendon se trouve sur le côté du muscle, en sorte que les fibres charnues ne viennent s’y insérer à angle aigu que d’un côté , on le nomme semi-pénniforme; si un muscle, simple à une extrémité, se divise en deux, trois ou plusieurs chefs à l’autre extrémité , il reçoit le nom de biceps, triceps, multifde, etc. : quelquefois la masse charnue d’un muscle est séparée en deux corps par un tendon mitoyen; on le nomme alors digastrique. Le muscle droit de l’abdomen est même divisé en plusieurs corps par des intersections tendineuses. Enfin, il y a des muscles qui , au lieu de s’attacher à deux points plus oq
(l) Entre autres ouvrages consultez:
B. S. Albîkus , Jlistoria vnusculomm hotnims. I.gd. Hat., 1734, in 4o. — Ej. Tabulai sceleti et musculorum kominis. Lgd. .5(7/., 1747, fol. atl. (Les ouvrages de Uabtbnkeil, Francf., 1784, în-4n ; de T\ni« , Paris, 1753 , în»4'’; do Gaultieh et Jadelot, IÇnncy, 1772, fol. ntl.; de Sardifout, Lgd, Bat., 1781, in-4o ; et de Baiihdt, Vicnn., 1786 , in-fol., no sont que des copies ou des extraits d'AiBiM's. )
Th. Lauth. Éléments de rayologîe et do syndcsmologîc. Strasbourg, 1798, 2 vol. in-8o. Cet ouvrago indique aussi la manière do disséquer les muscles.
Mcys , Musculorum artificiosa fahrica. Lgd. Bat., 1751, in 4® , avec fig.
Prociiasiia , De carne mutc%ilari. )'icnn. , 1778, în-8'’.
ALE DES MIUSCLES.
moins éloignés, décrivent une courbe et s’insèrent au même point par leurs deux extrémités, ou bien n’ont même pas de point d’insertion fi.xe , en ce que leurs extrémités se confondent l’une dans l’autre : ces muscles sont appelés orhiculaires ou sphincters.
Les muscles sont composés d’une série de faisceaux, qui eux-mêmes sont formés de fascicules ou fbres tertiaires, appréciables à l’œil nu; celles-ci, soumises au miscroscope, se trouvent être composées de fibres secotidaires , striées tant en travers qu’en longueur , lesquelles elles-mêmes ne sont qu’un assemblage de fibres primitives. Ces dernières sont formées par des séries de globules assez semblables au noyau central des globules du sang/, et ayant à peine un diamètre de 1/300 de millimètre. Ces différentes espèces de fibres, ces fascicules et ces faisceaux sont unis entre eux par un tissu eellulaire d’autant plus fin que les parties sont plus petites. Le muscle lui-même est enveloppé d’une gaine celluleuse, qui est quelquefois renforcée par des fibres aponévrotiques.
Les fibres musculaires secondaires ont un diamètre qui varie de quatre à huit centièmes de millimètre; elles sont parallèles ou très-peu obliques , jamais entre-croisées. Dans l’état de relâchement du muscle ces fibres sont droites; quand le muscle est contracté, elles sont repliées sur elles-mêmes en zigzag.
Les vaisseaux des muscles sont très-nombreux, ils se divisent dans leur intérieur en formant des reseaux autour des fascicules et autour des fibres secondaires , sans cependant se continuer avec les fibres elles-mêmes.
Les 7ierfs des muscles sont très-nombreux aussi ; arrivés dans l’intérieur des muscles, leurs branches les parcourent tantôt suivant leur longueur, d’autres fois obliquement à leur direction ; les filets qui en partent se ramifient entre les fibres secondaires sans qu’il soit possible d’indiquer telle ou telle direction générale qu’auraient les filets par rapport aux fibres musculaires. Quelques-uns de ces filets nerveux , après avoir parcouru un trajet d’une certaine étendue, se replient sur eux-mêmes en arcade et rentrent dans le tronc qui les a fournis ou dans un
NOUVEAU MANUEL 1>E L’ANAÏOMISTE.
tronc voisin; d’aulres filets nous ont semblé se perdre entre les fibres musculaires sans que nous ayons pu remarquer ces arcades.
On voit par là que chaque fibre primitive ne reçoit pas dans sa composition des vaisseaux et des nerfs , comme on le pensait , mais qu’elle est soumise à leur influence tout en subsistant par elle-même.
Les muscles sont en grande partie composés de fibrine ; on y trouve en outre de la gélatine et de l’albumine en moindre quantité , et quelques sels en très-petite proportion.
Nous avons vu que l’insertion de la plupart des muscles se fait par des tendons; la structure de ces organes est semblable à celle des ligaments. Les fibres des tendons sont beaucoup plus grêles que les fibres musculaires secondaires, mais elles se rapprochent davantage du calibre des fibres primitives des museles; dans quelques muscles les fibres secondaires semblent se continuer immédiatement avec les fibres tendineuses, en formant à l’endroit de l’union de petits bourrelets ; dans d’autres muscles les fibres semblent comme collées obliquement sur les fibres tendineuses , en sorte qu’il est impossible de voir comment elles sont unies. Les tendons varient relativement à leur forme : les uns sont longs et grêles; d’autres sont épais; d’autres, enfin, conitus sous le nom dû aponévroses , sont larges , minces et étendus en membranes. Il y a des tendons qui peuvent être convertis en membranes par la traction.
Plusieurs muscles n’ont pas de véritables tendons à leurs extrémités, mais leur attache se fait par des fibres musculaires et tendineuses entremêlées. Il y a des tendons qui se bifurquent à leur extrémité et où chaque moitié s’attache séparément; dans d’autres, les extrémités bifurquées se réunissent de nouveau ; quelques aponévroses se divisent en deux lames. Enfin , on remarque des tendons et des aponévroses de muscles différents qui s’unissent entre eux pour s’insérer en commun.
Quand les tendons des muscles sont réunis en faisceau dans un endroit resserré , chacun d’eux est entouré d’une gaine muqueuse. Ces gaines muqueuses sont des espèces de poches sans ouverture , qui enveloppent , d’une manière très-lâche , les tendons et même quelquefois une portion du muscle lui-même , et dont la surface interne est lisse et lubrifiée par une humeur albumineuse ; elles sont trèsminces , molles , souples , et elles reçoivent un assez grand nombre de vaisseaux sanguins. Ces gaines servent à fournir aux tendons l’espace nécessaire pour leurs mouvements , à diminuer leurs frottements , et leur permettent de se mouvoir les uns indépendamment des autres. On voit que ces gaines sont assez semblables , par leur structure et leurs usages , aux membranes synoviales des articulations.
Aux endroits où les muscles et les tendons passent sur une éminence osseuse ou sur une articulation, leur glissement est favorisé par des capsules muquetises placées au-dessous d’eux. Ces capsules sont des poches arrondies, semblables, quant à leur structure , aux gaines muqueuses , et elles n’en diffèrent qu’en ce qu’elles n’entourent pas les tendons circulairement ; leur intérieur renferme une humeur albumineuse qui diminue les frottements des parties.
Les gaines fibreuses des tendons sont des canaux
ligamenteux qui fixent à leur place les tendons qui les traversent. Leur tissu ressemble à celui des ligaments. On les trouve surtout vers re.xtrémité des membres, où elles empêchent le déplacement des tendons pendant les mouvements des articulations ; quelquefois elles font l’office de poulies de renvoi , en changeant la direction des tendons.
On observe que la totalité du système musculaire est entourée par des aponévroses {fascice), qui sont peu développées au tronc , mais qui le sont beaucoup plus aux membres. La lame fibreuse, plus ou moins distincte , placée sous le tissu cellulaire souscutané et qui recouvre extérieurement tous les muscles du tronc , a plus particulièrement reçu le nom de fascia superficialis ; les propriétés physiques de ce fascia le rapprochent du tissu fibreux-élastique. Ces aponévroses forment d’abord une enveloppe générale à la partie dont elles tiennent les muscles appliqués contre l’os; puis on voit, dans l’intervalle des muscles, des cloisons qui servent à retenir chacun d’eux en place. Ces aponévroses ou leurs prolongements s’insèrent aux os en différents endroits. Plusieurs d’entre elles reçoivent des portions de tendons ou ont même des muscles spéciaux , qui servent à les tendre dans les grands efforts musculaires.
Préparation. 11 est facile de séparer les muscles en faisceaux et en fbres tertiaires avec le scalpel, et l’on voit pendant cette préparation le tissu cellulaire qui les unit; mais leur division ultérieure ne peut être faite qu’àprès les avoir soumis à la macération , ou après les avoir laissé séjourner pendant quelque temps dans un mélange de parties égales d’alcool et d’essence de térébenthine. Quelques anatomistes emploient à cet effet des muscles cuits ou rôtis , et que l’on a ensuite laissé macérer pendant une huitaine de jours. Ces fibres musculaires ainsi séparées doivent être examinées au microscope. Il est cependant préférable de soumettre au microscope des muscles crus et sans préparation préalable ; on choisit à cet effet un plan musculeux très-mince , par exemple le peaucier dans l’homme , ou bien mieux encore le droit de l’abdomen de la grenouille. On verra très-bien en même temps la dernière distribution des nerfs dans ces plans musculeux. Les ondulations eu zigzag que les muscles présentent pendant leur contraction, seront observées sur un muscle que l’on vient de détacher d’un animal vivant, par exemple d’une grenouille; une petite portion étant placée sous le microscope, on la pique, ou bien on y établit un petit courant galvanique avec deux pièces de métal différent. Les vaisseaux des muscles seront examinés, à la loupe ou au microscope , sur des muscles bien injectés ; ils deviennent surtout très-visibles si on laisse sécher un plan musculeux très-mince et injecté, le peaucier, par exemple, qu’on recouvre ensuite d’une couche de vernis bien transparent. Les muscles peuvent être privés de leur couleur rouge, en les malaxant pendant quelque temps sous un filet d’eau.
Les tendons peuvent être séparés en un faisceau de fibres soyeuses très-fines, en les soumettant à une macération prolongée dans l’eau, ou bien dans le vinaigre, suivant le conseil de Moscati. On choisit ordinairement le tendon d’Achille pour faire cette opération. On parvient encore, mais avec beaucoup plus de peine, à séparer les tendons par des moyens
mécaniques. En e.xerçant sur le tendon du muscle plantaire grêle des tractions latérales , on peut le réduire en une membrane nacrée de près d’un pouce de large.
Les gaines muqueuses des tendons se trouvent surtout à l’avant-bras , à la main , à la jambe et au pied ; elles n’exigent pas de préparation spéciale , mais dès qu’on voit les tendons des muscles enveloppés d’un tissu cellulaire rougeâtre et mou, on fait dans ce tissu une petite incision par où l’on introduit une soie de porc, qui sert à guider le tube avec lequel on insuffle de l’air qui distend la gaine et permet d’en étudier le développement.
Pour voir les capsules muqueuses il faut user de précaution en détachant les muscles placés dessus ou dans leur voisinage ; elles ressemblent souvent à du tissu cellulaire , mais elles ont un aspect plus soyeux et ne sont pas imprégnées de graisse. Dès qu’on y a fait une petite ouverture, on s’arrête dans la dissection et on les insuffle. Ces capsules peuvent être entièrement détachées des parties voisines, et l’on voit parfaitement alors que ce sont des poches sans ouverture ; on les incise pour voir l’humeur albumineuse qui en lubrifie la cavité.
Les gaines fibreuses sont faciles à disséquer, si l’on a égard à la direction de leurs fibres ; pour bien les isoler, il faut enlever les portions de gaines muqueuses qui les avoisinent , et qu’on distingue facilement à leur transparence et à leur structure non fibreuse. Cette dissection se fait très-facilement avec des ciseaux , surtout aux doigts et aux orteils.
Les aponévroses d’efiveloppe se trouvent entre le tissu cellulaire sous-cutané et les muscles , en sorte qu’il ne faut pas porter le scalpel trop profondément en incisant la peau ; on aperçoit les cloisons et les gaines particulières qu’elles forment aux muscles, en les incisant sur le milieu de chacun d’eux et suivant sa longueur ; on replie les lambeaux de l’aponévrose à droite et à gauche , on sort le muscle de la gaine, et l’on voit alors que celle-ci l’entoure aussi à sa face inférieure , en s’insinuant entre lui et son voisin.
La dissection des muscles doit être commencée par celle des aponévroses d’enveloppe , dont l’étude est très-importante pour la pratique des opérations chirurgicales; on enlève donc d’abord la peau , avec tout le tissu cellulaire et la graisse qui recouvrent l’aponévrose , afin de préparer celle-ci aussi proprement que possible. Il est essentiel de ne pas se presser dans cette préparation, sans quoi l’on serait obligé d’y revenir pour enlever la graisse en deux temps , ce qui serait plus difficile. L’aponévrose étant
étudiée , on la fend et on la replie des deux côtés de la préparation, pour mettre à découvert les muscles ; dans cette partie de la préparation il faut avoir soin d’enlever en même temps que l’aponévrose le tissu cellulaire et la graisse qui recouvrent immédiatement le muscle, afin de l’isoler complètement du premier coup. Pour obtenir les muscles bien proprement disséqués , il faut toujours faire agir le scalpel dans le sens des fibres musculaires; car, quand même l’instrument porterait sur le muscle lui-même, il ne ferait alors qu’en érailler les fibres; tandis que, si le scalpel est porté obliquement ou transversalement à leur direction , celles-ci seront coupées en travers toutes les fois que l’instrument les touchera. Au tronc, l’aponévrose d’enveloppe est tellement mince, qu’on peut très-bien la négliger et l’enlever du premier coup avec la peau , pour isoler de suite les muscles sous-jacents. On fera bien cependant de la conserver par exemple à la partie inférieure de l’abdomen, où ses rapports avec l’anneau inguinal deviennent importants dans l’étude de la hernie inguinale.
L’attache des muscles rend raison de leur action ; il est donc évident qu’il faut avoir soin de les préparer aussi exactement que possible, pour ne pas laisser de doute sur le point précis de l’os où cette insertion se fait. Il ne faut couper les muscles que quand cela est absolument indispensable pour voir ceu.x placés au-dessous, ce qui n’a guère lieu que pour lès muscles du tronc ; aux autres parties dii corps il suffit ordinairement d’écarter les superficiels pour préparer ceux qui sont plus profondément situés, en sorte qu’on a l’avantage d’étudier les différentes couches dans leurs rapports. Quand cependant on est obligé de diviser un muscle, il vaut mieux, en général, le faire dans son milieu qu’à son attache ; car de cette manière il sera toujours facile de réappliquer les deux moitiés pour les étudier de nouveau.
On fait bien , quand on dissèque la myologie pour la première fois , de n’étudier que les muscles et leurs dépendances, et de couper toutes les autres parties ; mais quand on aura pris une idée générale du système musculaire, il est important, dans les dissections subséquentes , d’observer ses connexions avec les parties voisines, telles que les principau.x troncs vasculaires et nerveux , dont on ne connaîtra jamais bien la disposition qu’en les envisageant dans leurs rapports avec les muscles; c’est dans ce but que nous avons ajouté à cet ouvrage un abrégé d’anatomie topographique.