‹ Nouveau manuel de l'anatomisteChapitre 48 sur 137 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Dü TISSU CELLULAIRE, DE LA PEAU ET DE l’oRGAWE DU TOUCHER (1).

Nous avons cru devoir rattacher le tissu cellulaire à la peau , parce que cette dernière ne semble être en grande partie que ce tissu plus ou moins condensé, et que tous les deux sont destinés à servir d’enveloppe aux parties. Nous en aurions néanmoins fait un chapitre séparé , s’il était entré dans notre plan de traiter à part l’anatomie générale et l’anatomie descriptive. Nous parlerons donc d’abord du tissu cellulaire et du tissu adipeux qui lui est uni. Nous examinerons ensuite la peau ellemême et les trois couches dont elle se compose, et nous terminerons par la description de l’organe du toucher.

Art. !«■''. Des tissus cellulaire et adipeux.

Le tissu eellulaire , aussi appelé tissu crihleux, muqueux, lamineux, etc. , est mou , élastique , spongieux, blanchâtre, demi -transparent, composé d’une quantité prodigieuse de filaments assez semblables à ceux des ligaments, mais qui s’unissent et s’entre-croisent d’une façon irrégulière, de manière à former de petites lames qui sont les parois de cellules communiquant les unes avec les autres. Le tissu cellulaire est très-riche en vaisseaux sanguins, qui déposent dans ses mailles une sérosité peu abondante dans l’état de santé , et qui , en s’aecumulant outre mesure, constitue l’anasarque. Très-peu de nerfs viennent s’y distribuer ; mais je ne pense pas qu’il en soit entièrement dépourvu. L’analyse chimique démontre que le tissu cellulaire est en grande partie réductible en gélatine; on y trouve en outre des traces de différents sels, comme dans tous les tissus animaux.

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Le tissu cellulaire est très-universellement distribué dans tout le corps; il forme une enveloppe générale extérieure ; il en forme de partielles à tous les organes; il entoure en outre tous les vaisseaux et nerfs qui, par leurs ramifications, concourent à la formation de ces organes. Il résulte de ce qui précède, qu’il serait difficile de trouver dans le corps une seule fibre qui ne fût pas séparée des fibres voisines par du tissu cellulaire, au point qu’on a pu croire que tout le corps ne se composait en dernière analyse que de ce tissu plus ou moins condensé et diversement modifié. Le tissu cellulaire est donc à la fois un moyen d’union et un moyen de séparation pour les diverses parties du corps , et comme il forme un système continu d’un bout à l’autre , on conçoit que la sérosité ou tout autre liquide qui serait épanché dans le tissu cellulaire d’une partie, puisse cheminer dans ce tissu et se répandre ainsi dans tout le corps.

La quantité du tissu cellulaire déposé entre les parties dépendant du plus ou moins grand écartement dans lequel elles se trouvent entre elles, on voit facilement que, par exemple, il y aura beaucoup de tissu cellulaire entre deux muscles différents , tandis qu’il y en aura moins entre les faisceaux d’un même muscle et qu’il y en aura infiniment peu entre les fibrilles musculaires; il en sera de même relativement aux glandes et aux lobes et grains dont elles se composent.

En général , on trouve beaucoup de tissu cellulaire à la superficie du corps au-dessous de la peau , dans le pli des articulations, dans la face, la poitrine, le bas-ventre; dans la cavité du crâne et dans le canal vertébral , au contraire , on en trouve très-peu.

Plusieurs tissus semblent n’être formés que de ti.ssu cellulaire condensé , et auquel viennent quelquefois s’unir des fibres aponévrotiques ; par exemple, le derme, les membranes muqueuses, séreuses et synoviales , les vaisseaux et même les glandes.

Tel est le tissu cellulaire proprement dit , comme on le rencontre aux paupières, au scrotum, à la verge, entre les fibres musculaires, etc.; mais presque partout ailleurs il est uni au tissu adipeux , longtemps confondu avec lui. Ce tissu adipeux ou graisseux est jaunâtre; il se compose de très-petites vésicules arrondies, disposées en grappes, s’unissant pour former des grains et des lobules qui sont logés entre les mailles du tissu cellulaire. C’est dans l’intérieur de ces vésicules qu’est déposée une huile jaunâtre, connue sous le nom de graisse : celle-ci est donc fluide dans le corps vivant : il est vrai qu’elle se fige par le refroidissement. Ces vésicules sont très-semblables à celles qui séerètent et logent la moelle déposée dans les cavités des os. Les vésicules graisseuses reçoivent de nombreux vaisseaux sanguins; mais on ne sait rien de positif au sujet de leurs nerfs.

La graisse se trouve en général en plus grande quantité dans les femmes et les enfants en bas âge que dans les hommes. Les points où l’on trouve le

plus de grciisse sont : la face, le pli désarticulations , la plante du pied , l’intérieur de la poitrine et surtout les parois postérieures de l’abdomen autour des reins.

Art. 2. De la peau.

La peau est une membrane qui enveloppe toute la superficie du corps et se réfléchit en dedans par toutes les ouvertures naturelles, de manière à tapisser par ses prolongements internes l’ceil, l’oreille, les fosses nasales, la bouche, les voies aériennes, les voies alimentaires et les voies génito-urinaires. Ces prolongements intérieurs de la peau changent de caractère, deviennent mous, pulpeux, humides, et sont généralement compris sous la dénomination de membranes muqueuses. Il en sera plus spécialement question quand nous traiterons de chaque organe en particulier ; mais nous ajouterons pour l’intelligence de la chose, que, quoique triviale, la comparaison de la peau et de ses prolongements muqueux à un manchon , est exacte 5 car la peau se réfléchit dans la bouche , parcourt tout le canal alimentaire et ressort par l’anus pour se continuer de nouveau avec la peau extérieure, comme la face externe d’un manchon se continue avec sa face interne.

La couleur de la peau varie suivant les races humaines : c’est ainsi que l’on observe toutes les nuances intermédiaires au blanc et au noir, en passant par le jaune brun , l’olive et le rouge cuivré.

La peau se compose de trois couches : le derme, le mucus de Malpighi et l’épiderme. On y rencontre en outre certaines productions cornées , les ongles et les poils , ainsi que des follicules.

lo. Derme, Corujm ou vraie peau. Le derme comprend presque toute l’épaisseur de la peau , dont il forme le feuillet profond; il se compose d’un tissu cellulaire très-serré , entremêlé de fibres aponévrotiqiies fines , multipliées et entre-croisées en sens divers. La face interne, par laquelle il adhère au tissu cellulaire sous-cutané , est moins dense que l’externe; elle est distinctement aréolaire, et ces aréoles semblent n’être qu’une continuation de celles du tissu cellulaire lui-même. On y remarque constamment , aux endroits où la peau doit glisser sur des éminences osseuses, des bourses muqueuses, semblables à celles des muscles. Outre les bulbes des poils et les follicules sébacés dont nous parlerons plus bas, on trouve dans l’épaisseur du derme une quantité prodigieuse de petites cavités dans lesquelles est sécrété le liquide de la transpiration cutanée. Ces cavités sont tapissées intérieurement par des prolongements épidermoides très-minces et elles se terminent par des conduits étroits qui s’ouvrent à l’extérieur par les pores qui criblent l’épiderme. La face externe du derme, recouverte par le mucus de Malpighi , est plus ou moins rougeâtre , suivant la quantité de sang <[ui vient s’y distribuer ; elle est recouverte à sa superficie d’une multitude <\e jKipilles ou petites éminences conoïdes , molles, pulpeuses, dans lesquelles viennent se ramifier les dernières extrémités des vaisseaux sanguins et lymphatiques, et des nerfs qui se rendent dans la peau. Ces papilles sont surtout bien développées à la paume <le la main et à la face correspondante des

doigts, à la plante du pied, aux lèvres, au mamelon et au gland.

Le derme est blanc ou légèrement nuancé de rouge (dans le nègre il est un peu plus foncé en couleur); il est très-résistant et élastique. Très-épais à la face postérieure du tronc , à la partie externe des membres, à la paume des mains et à la plante des pieds; il devient e.xcessivement mince aux paupières et aux parties génitales. Comme le tissu cellulaire, il peut en grande partie être réduit en gélatine.

Dans la plupart des animaux on trouve sous le derme une couche musculeuse mince, appelée /icoinicule charnu, et qui est destinée à mouvoir la peau. Dans l’homme nous ne trouvons l’analogue de ce pannicule que dans le muscle peaucier, dans les muscles de la face et dans le palmaire cutané.

2». Corps muqueux de Malpighi. 11 forme une couche de substance à demi liquide , étendue h la surface externe du derme et recouverte elle-même par l’épiderme. Extrêmement mince et incolore dans les blancs , le corps muqueux augmente un peu en épaisseur et devient plus foncé en couleur dans les autres races humaines , de manière à former dans le nègre une toile noire et parfaitement distincte. C’est en grande partie à cette couche qu’est due la coloration de la peau , quoiqu’il soit vrai de dire que l’épiderme et le derme participent aussi à cette coloration , mais à nn moindre degré. On n’a pas encore remarqué de vaisseaux ni de nerfs dans le corps muqueux; il semble, au contraire, être sécrété par le réseau vasculaire superficiel du derme. Celui du nègre a été trouvé presque exclusivement composé de carbone.' Le corps muqueux étant d’autant plus coloré que la chaleur de l’atmosphère est plus forte , il paraît qu’il est destiné à protéger le derme contre l’impression trop violente des rayons solaires. En outre le corps muqueux produit l’épiderme en se condensant.

3". Epiderme ou surpeau. Couche de substance cornée , qui recouvre le corps muqueux. Il adhère à ce corps et au derme par une multitude de filaments, qui ne paraissent être autre chose que des prolongements de l’épiderme qui s’enfoncent dans les pores et les anfractuosités de la peau. La surface externe de l’épiderme est sillonnée, comme l’est le derme sur lequel il est moulé, et on y remarque une foule d’ouvertures ou de pores, qui livrent passage à la matière de la transpiration et aux poils. Ces pores ne sont cependant que les orifices de petits canaux épidermoides, qui s’enfoncent dans l’épaisseur du derme et qui constituent les filaments par lesquels l’épiderme adhère à la vraie peau. Parmi ces canaux , ceux qui livrent passage à la transpiration ne perforent pas l’épiderme en droite ligne, mais ils sont contournés sur eux-mêmes en spirale , de manière h décrire plusieurs tours de spire aux endroits où l’épiderme est très-épais, tandis qu’ils n’en forment qu’un seul ou même la moitié d’un , là où l’épiderme est le plus mince. On n’a pas encore réussi à injecter l’épiderme ni à y poursuivre des nerfs , en sorte qu’on le considère plutôt comme une espèce de vernis, résultant de la condensation des couches extérieures du corps miiqueiix, que comme une partie vraiment organisée;

;i ce litre l’épiderme ne devrait pas être rangé parmi les tissus vivants : c’est une substance sécrétée et morte. L’épiderme, assez mince partout ailleurs, prend beaucoup d’épaisseur à la paume des mains , et surtout à la plante des pieds. Dans ces points-là il parait évidemment , et à l’œil nu , formé de plusieurs feuillets J ce qui est confirmé par l’observation microscopique , qui fait voir que l’épiderme , quelque mince qu’il soit, a toujours une structure lamelleuse. L’épiderme qui recouvre les membranes muqueuses devient extrêmement mince , bien qu’il existe dans toutes ; l’épiderme des membranes muqueuses reçoit le nom à' epithelium.

Les chimistes le considèrent comme étant composé d’albumine modifiée d’une manière particulière.

4o. Ongi-ks. (Planche I, fig. 2, 3, 4, 5). On appelle ainsi des plaques cornées qui recouvrent l’extrémité de la face dorsale des doigts et des orteils. On y distingue, 1) une racine entièrement cachée par la peau ; 2) un corps libre par sa face convexe , adhérent par sa face concave, et présentant à son extrémité postérieure une partie blanche, semi-lunaire, appelée lunule ; 3) une extrémité libre , qui se recourberait en crochet si l’on n’avait soin de la couper.

L’ongle est enchâssé en arrière dans une coulisse du derme , de la manière suivante : le derme de la face dorsale du doigt, quand il a fait le trajet d’une ligue environ sur la racine de l’ongle, se réfléchit sur lui-même jusqu’à l’extrémité postérieure ‘de cette racine , puis contourne cette extrémité et se continue, sous la face concave de l’ongle, avec le derme du bout du doigt. L’épiderme accompagne le derme exactement dans ce trajet , en sorte qu’il tapisse aussi la face concave de l’ongle , auquel il est intimement adhérent. Cette disposition, tout à fait différente de celle qu’on admet encore communément, a, je crois, d’abord été indiquée par M. .1. We- BE^. On voit d’après cela que l’ongle est situé à la face extérieure de l’épiderme , dont il fait réellement partie ; il ne diffère de l’épiderme du reste du corps que par son épaisseur et sa dureté; particularités qui s’expliquent parfaitement par le développement considérable du corps papillaire qui le sécrète. L’ongle peut être divisé en plusieurs lames, comme toutes les parties de l’épiderme qui acquièrent une grande épaisseur.

La partie du derme qui se réfléchit en cul-de-sac autour de la racine , a reçu le nom de matrice de l’ongle. On remarque au fond de cette matrice des séries de papilles très-développées. Le derme qui correspond au corps de l’ongle et auquel celui-ci adhère, est rouge, pulpeux, présentant une foule de papilles allongées, disposées en séries linéaires, longitudinales, dans lesquelles viennent se ramifier beaucoup de vaisseaux et de nerfs. L’ensemble de ces séries forme une suite de lames minces , et saillantes d’un sixième de ligne environ. L’ongle, qui se moule sur ce corps papillaire . présente également à sa face concave des lames longitudinales , qui s’enfoncent dans l’interstice de celles du corps papillaire, et réciproquement les lames du corps papillaire s’insinuent dans les interstices de celles de l’ongle. Ce corps papillaire a reçu le nom de tissu générateur de l’ongle; car c’est lui en effet qui sécrète cette substance cornée , conjointement avec la matrice. Le tissu générateur présente des papilles

beaucoup plus petites vers la matrice de l’ongle et il y reçoit aussi moins de vaisseaux sanguins : c’est celte différence de coloration que l’on aperçoit à travers la substance translucide de l’ongle sous la forme d’une tache blanchâtre semi-lunaire.

L’ongle doit donc être considéré comme un épiderme composé de couches successivement superposées , ayant exactement la forme que présente le derme ; mais il ne croit pas seulement en épaisseur , il s’avance aussi peu à peu de sa racine vers son extrémité libre , parce que le cul-de-sac du derme ou la matrice, continuant toujours à ajouter de nouvelles portions cornées à l’extrémité de la racine, pousse tout l’ongle en avant. De là vient que l’ongle est plus épais à son extrémité libre qu’à sa racine; à cette dernière partie il ne se compose que d’une seule couche, celle qui a été sécrétée en dernier lieu , et ce n’est qu’à mesure qu’on l’examine plus en avant qu’on le trouve composé d’un plus grand nombre de lames anciennes , successivement imbriquées sur la face convexe des nouvelles.

5°. Poils. Les poils sont des productions cornées, filiformes , qui recouvrent toute la surface du corps, à l’exception de la paume des mains et de la plante des pieds ; ils varient beaucoup en longueur et en épaisseur; selon la place qu’ils occupent, ils prennent les noms spéciaux de cheveux , de cils, de barbe, etc. On distingue dans chaque poil un bulbe qui en est l’organe sécréteur, et une tige qui est la substance sécrétée. Le bulbe ou follicule a une forme ovoïde , il se trouve , soit dans l’épaisseur de la peau , soit dans le tissu cellulaire sous-cutané, et se continue en dehors avec la peau par un orifice étroit; ou pour parler plus exactement , le bulbe n’est autre chose qu’une portion du derme repliée vers l’intérieur sous forme de poche, et dont la texture est modifiée suivant les fonctions qu’elle a à remplir. Le corps du bulbe est ferme et coriace ; par son extrémité interne il reçoit de nombreux vaisseaux et nerfs. Dans le fond du follicule on remarque une papille conique , pulpeuse , très-vasculaire , qui semble continuée du réseau vasculaire du derme ; c’est sur cette papille qu’est implantée la tige du poil, qui y commence par une base assez large, mais qui s’efRle à mesure qu’elle sort du follicule. Par sa base le poil est en connexion intime avec l’épiderme , qui se réfléchit dans l’intérieur du bulbe et s’y continue sans interruption avec le poil , de manière à lui former une petite gaine non adhérente qui l’enveloppe depuis sa base jusqu’au point où il quitte la peau (1). Envisagé de celle manière ,

(1) On Toît que celte disposition est diamétral cm en l opposée à Vopinîon de ceux qui disent que le poil , venant a sortir de son follicule , pou.ssc devant lui l’é]iiderme qu’il rencontre sur son passajje , et qui forme ainsi une gaine sur sa portion libre. D’autres anatomistes n’admettent ni runc ni l’autre de ces dispositions : suivant eux, la papille du bulbe ne sécrèl e que la substance spongieuse du poil j tandis que le reste des parois du bulbe secrète l’enveloppe cornée, a peu près comme sont sécrétées en deux temps les deux substances des dents. Wons avons de nouveau examiné les bulbes des moustacbe.s de la loutre , sur lesquels noius avions fait nos premières obsev\ atîons , et nous avons toujour.s trouvé d'abord une enveloppe blanche, coriace, qui est le bulbe ; dans son intérieur, une enveloppe jaunâtre , transparente , d’apparence cornée , souvent composée de plusieurs feuillets , et quo nous consîd crons comme la couche épidermoïde du bulbe ; enfin , au cent rc . la tige du poil que nous croyons par conséquent toujours cncute sécrétée parla papille. Dans les poils composés do deux sub-

on voit que le poil n’est en dernier résultat qu’une portion intégrante de l’épiderme , qui se développe vers l’extérieur. L’orifice du bulbe par lequel sort le poil , est plus rétréci que le reste de sa cavité ; il porte le nom de goulot du bulbe. Ce goulot est entouré par une zone de petites glandes sébacées , par lesquelles est sécrétée la matière grasse qui lubrifie les poils. La lige du poil est homogène , compacte , de nature cornée , comme l’épiderme ; elle est pointue à son extrémité libre et à peu près cylindrique dans le reste de son étendue, à l’exception de la base , que nous avons dit être plus épaisse. La matière colorante qui donne aux poils leurs nuances variées paraît être infiltrée dans la substance cornée. C’est par suite d’une illusion d’optique que l’on a admis dans les poils de l’homme une substance corticale plus dure et une substance centrale celluleuse on spongieuse ; mais cette dernière substance existe dans les poils de plusieurs animaux.

Il paraîtrait que les poils sont garnis d’aspérités extrêmement petites, dont les pointes sont dirigées vers le sommet des poils , quoiqu’on ne soit pas encore parvenu à les découvrir par l’observation directe.

6". Follicules cutanés ou sébacés. Ces organes sont des glandes réduites à leur plus grand état de simplicité, n’étant formés que par la peau, qui envoie vers l’intérieur de petits prolongements sacciformes, de la grosseur d’un grain de millet. Ces petites poches s’ouvrent ordinairement par des orifices étroits dans le goulot du bulbe des poils avec lesquels les follicules sont presque toujours en connexion. Le développement des follicules sébacés et des poils est le plus souvent en rapport inverse de volume; par conséquent un follicule volumineux s’ouvre dans un bulbe peu développé. Il y a toujours plusieurs follicules sébacés pour un seul bulbe pileux , mais souvent un seul a pris du développement, tandis que les autres sont restés petits. Quel- ((iiefois le bulbe d’un poil périt , tandis que le follicule correspondant continue à subsister. Mais il se pourrait en outre que quelques follicules eussent toujours existé comme organes à part, bien que cela ne soit pas encore suffisamment démontré. Leur intérieur est tapissé par des prolongements de l’épiderme , qui constituent une partie des filaments par lesquels cette membrane tient au derme. Des vaisseaux et nerfs viennent se ramifier dans ces follicules parleur extrémité interne, et ils y sécrètent une matière grasse , destinée à oindre les poils et la peau. Les poils fins et soyeux qui naissent des bulbes dans lesquels s’ouvrent les follicules les plus volumineux, sont quelquefois arrêtés dans leur sortie, en sorte que, venant à s’allonger par l’accroissement , ils sont obligés de se contourner sur euxmêmes en spirale dans l’intérieur du goulot du bulbe ; par là ce goulot est bouché, et la matière sébacée ne pouvant plus être versée au dehors , elle s’amasse dans le follicule ou le bulbe , se concrète et forme ainsi les tcm/ios , que l’on peut faire sortir de leur cavité par la pression , et que l’on avait improprement pris pour des vers. Les follicules ne sont

slancos , c*€st le sommet de la papille qui vraiseniblablcment sécrète la substance sponfficuse , tandis que la substance cor née doit l’être par les bords de la papille » mais non pas par le reste du bulbe , sans quoi l’on ne devrait pas trouver entre ce dernier et le poil une substance épidermoïde intermediaire.

pas également distincts par tout le corps ; on les rencontre surtout au nez, au front, aux tempes, aux joues, aux plis de l’aisselle et de l’aine, à la poitrine et au dos. Dans les parties où l’on ne voit pas tout d’abord les follicules sébacés, ceux-ci sont logés dans l’intérieur même du derme, cette membrane étant alors trop épaisse pour que d’aussi petits organes puissent proéminer sur sa surface adhérente. Ils manquent à la paume de la main et à la plante du pied , qui sont également dépourvues de poils.

Art. 3. Organe du toucher.

Quoique toute la peau soit sensible, elle ne nous donne cependant en général connaissance que de la présence des corps et non pas de leur forme. Ce dernier but n’est rempli que par l’organe du toucher proprement dit, qui se trouve distribué à la face palmaire de toute la main, mais plus spécialement à la pulpe des doigts. Sur toutes ces parties on remarque des lignes disposées en ovale , en triangle , en spirale, ou différemment encore (1), mais toujours plus ou moins parallèles ou concentriques. Chacune de ces lignes se compose d’une double série de papilles, dans lesquelles viennent se ramifier beaucoup de vaisseaux et de filets nerveux ; ce sont elles qui transmettent les impressions des corps , re- 1 lativement à leur forme et à leur volume. On conçoit que la peau ainsi disposée et recouverte d’un épiderme peu épais , doit être singulièrement apte à recevoir les impressions palpables des corps ; mais ces dernières ne sont bien distinctes qu’autant que les doigts saisissent le corps ou qu’au moins leur pulpe soit promenée sur toute sa surface. Cette faculté de saisir dépend de la mobilité de la main , et surtout de la faculté que nous avons d’opposer le pouce aux autres doigts; c’est pour cela aussi que la main est un organe du toucher beaucoup plus parfait que le pied , supposé même que ce dernier ne fût pas déformé par les chaussures étroites et que son épiderme ne fût pas rendu calleux par l’exercice, quelle que soit d’ailleurs la similitude de texture de ses surfaces papillaires, comparées à celles de la main.

Préparation. Tissu cellulaire. On commence par étudier ce tissu sur la face interne de la peau des paupières , de la verge ou du scrotum , où l’on ne rencontre pas de graisse , ou bien encore, on tire en sens contraire deux muscles voisins pris sur un cadavre maigre , et l’on examine le tissu lamclleux blanchâtre qui leur est interposé. On sépare ensuite un muscle en faisceaux , et ceux-ci en fibres , pour voir comment le tissu cellulaire logé dans leurs interstices devient d’autant plus ténu , qu’il enveloppe des parties plus divisées. On se servira aussi comparativement de tissu cellulaire pris sur un sujet infiltré ; là on verra très-bien la disposition de ce tissu, dont les aréoles sont distendues par la sérosité. On en examine ensuite au microscope, pour prendre connaissance de sa structure intime ; expérience qui sera aussi répétée sur du tissu cellulaire bien in-

(1) On trouvera rarement deux mains qui aient ces H(;nes disposées parfaitement de la même manière, en sorte que les directions de ces lignes ne semblent pas être d'une importance majeure.

jecté. Enfin , on s’assure de la composition chimique de ce tissu , soit par la coction, soit par la macération prolongée, l’un et l’autre de ces moyens étant également bons pour le résoudre en gélatine.

Tissu graisseux. On le trouve presque isolé dans l’orbite et dans le creux des joues , parce que le tissu cellulaire est extrêmement fin dans ces points ; on sépare donc dans cette graisse les petits amas ou lobules appréciables à l’œil nu, et on les soumet au microscope , pour voir les vésicules qui les composent. Souvent on sera dans le cas de séparer ces vésicules, sous le microscope, avec la pointe d’une aiguille. Mais le meilleur moyen que j’aie trouvé pour voir les vésicules graisseuses, c’est d’examiner celles qui sont implantées dans les tuniques de quelque gros tronc lymphatique, le canal thoracique, par exemple ; on distend une portion de ce canal avec du mercure, et l’on examine ensuite la pièce à la loupe ou au microscope ; mais il faut avoir soin de ne pas la laisser dessécher, sans quoi les vésicules se rompraient. Pour bien voir comment les lobules de graisse sont déposés dans les mailles du tissu cellulaire , il faut examiner le tissu sous-cutané d’un cadavre infiltré.

Peau. On l’examinera d’abord dans son ensemble sur un cadavre entier, et l’on observera surtout comment elle se réfléchit dans l’intérieur du corps par les ouvertures naturelles pour former les membranes muqueuses. Dans quelques points on séparera un lambeau de peau à peu de distance de ces orifices, et on le poursuivra jusqu’au-delà de l’endroit où la membrane muqueuse a commencé. On remarquera de cette manière que cette dernière est beaucoup plus mince que la peau. Les observations microscopiques sur la peau exigeant la division de cette partie en lames e.xtrêmement minces , et la ténacité du derme s’y opposant , on parvient au résultat désiré par l’immersion de portions de téguments dans une forte solution de carbonate de potasse ou dans l’eau bouillante. La peau acquiert par là de la,consistance tout en perdant sa ténacité , et elle devient un peu translucide , ce qui facilite d’autant plus les recherches. Ce sont surtout les coupes en profil de toutes les parties composant la peau qni rendent les observations microscopiques instructives.

Derme. On commence par isoler un morceau de peau du tissu cellulaire sous-jacent, et l’on observe son mode d’union par des lames cellulaires , qui se continuent de la peau vers l’intérieur. Puis, après avoir entièrement détaché une portion de peau , on la place sur une planche , de manière à avoir devant soi sa face interne, que l’on râcle avec un scalpel tranchant pour en enlever soigneusement tout le tissu cellulaire et toute la graisse ; de cette manière' on verra la texture aréolaire de cette face du derme. Pour voir la face externe du derme , on en soumet une portion à une macération prolongée, ou bien on la plonge pendant quelques minutes dans l’eau chaude (mais non bouillante); le premier procédé est toutefois préférable, parce que l’eau chaude raccornit toujours les parties. Par ces deux moyens l’épiderme peut en être séparé, et l’on voit les papilles cutanées s’élever au-dessus de sa surface. Ces papilles sont surtout visibles à la paume de la main et à la plante du pied ; les plus grandes se trouvent vers le talon; elles deviennent encore plus évidentes, si la peau est rougie par l’injection ;

mais alors il faut détacher l’cpiderme par la macération et non par l’immersion dans l’eau chaude , et la pièce sera examinée à la loupe ou au microscope composé. Les vaisseaux seront étudiés sur une peau bien injectée , ou sur une portion de peau enflammée ; on l’examine d’abord fraichc , puis on la dessèche et on la recouvre d’un vernis transparent. On dissèque les nerfs dans la peau d’un doigt, en tâchant d’en poursuivre les filets jusque dans les papilles.

Corps muqueux de Malpighi. On l’examine sur un morceau de peau que l’on a laissé macérer jusqu’à ce que l’épiderme puisse être détaché du derme ; au moment où l’on sépare ces deux membranes , on voit entre elles une couche d’une matière muqueuse, translucide , légèrement grisâtre. Quelques anatomistes prétendent que cette couche n’existe pas réellement , et qu’elle n’est due qu’à un ramollissement de l’épiderme par l’eau ; mais il est bien évident que si cette membrane pouvait aussi promptement être réduite en mucus , la couche muqueuse devrait se trouver à la face libre de l’épiderme , qui est immédiatement en contact avec l’eau , et non pas à sa face adhérente. D’ailleurs , dans la peau du nègre , où le corps muqueux est beaucoup plus épais et plus consistant, il n’est pas difficile d’isoler l’épiderme du corps muqueux et celui-ci du derme , de manière à présenter sur une même pièce les trois couches de la peau , isolées. Cette dissection réussit surtout bien sur la peau du scrotum , et nous possédons plusieurs de ces préparations au musée de Strasbourg. Chez les blancs qui ont des éphélides en grand nombre, on peut aussi isoler les trois couches ( quoiqu’avec peine ) , parce que dans ce cas les taches dépendent d’un plus grand développement et d’une plus forte coloration du corps muqueux. La peau qui a été plongée dans l’eau chaude , sert de contre-épreuve à l’expérience précédente; car alors, si l’on détache l’épiderme du derme, on voit, au moment où l’on sépare ces deux membranes , de nombreux filaments blanchâtres se rompre , et former une couche mince , tant sur l’épiderme que sur le derme. Ces couches ne sont que le corps muqueux séparé en deux lames. Dans cette expérience il a été coagulé par la chaleur, ce qui fait présumer qu’il contient beaucoup d’albumine ; or , si le corps muqueux n’existe pas , comme on le prétend , il ne peut pas non plus se coaguler. Quelquefois on parvient à isoler des lambeaux de corps muqueux coagulés, surtout à la plante du pied; c’est ordinairement la partie qui adhère à l’épiderme qui est la plus épaisse. Il importe de ne pas confondre les filaments dus au tiraillement du corps muqueux, avec ceux formés par les prolongements intérieurs de l’épiderme et les bulbes des poils et les cellules de la transpiration.

Epiderme. Nous avons déjà dit que c’est par la macération ou par l’immersion dans de l’eau chaude, qu’on parvient à l,c séparer du derme. Dans le vivant on peut obtenir cet effet par les vésicants. Tous ces moyens sont bons pour étudier l’épiderme en général ; mais afin de voir les prolongements qu’il envoie dans l’épaisseur du derme pour y tapisser les cavités où se sécrète la sueur, les glandes sébacées et l’intérieur des bulbes des poils , il convient d’employer de l’eau la moins chaude possible , ou bien il faut plonger la peau pendant longtemps dans une solution très-étendue de sublimé corrosif, jusqu’à ce que l’épiderme puisse en être détaché.

Cette solution , tout en favorisant la séparation des parties, donne d’un autre côté plus de consistance à l’épiderme et aux prolongements de cette membrane, qu’on voit très-bien à sa face interne, surtout quand la séparation en a été faite lentement et avec soin ; comme les canaux de la transpiration et les poils perforent le plus souvent le derme et l’épiderme suivant une même direction oblique, il importe de tirer l’épiderme suivant et non pas contre cette direction ; car dans le dernier cas les prolongements épidermoïdes seraient le plus souvent arrachés. On peut encore faire cette préparation, si l’on plonge la partie pendant peu de Jour^ dans une solution de chaux ou de potasse, et qu’on la laisse ensuite macérer pendant quelque temps dans une forte solution de sublimé corrosif. Les canaux spirau.x de la transpiration se voient au moyen de coupes en profil examinées au microscope.

Ongles. On voit facilement leur mode d’implantation , en faisant macérer un pouce ou un gros orteil, ou en le trempant dans l’eau chaude, jusqu’à ce que l’épiderme se détache ; on acquiert surtout des idées exactes sur cette disposition , si l’on scie d’abord l’ongle et la phalange onguéale d’avant en arrière et dans leur milieu ; le profil de la coupe permet de saisir parfaitement le rapport des objets : on se rappellera que l’épiderme devient très-mince en passant sous l’ongle. Pour apercevoir les lames dont se compose cette partie , il faut choisir des ongles du gros orteil, pris sur des sujets avancés en âge. On examine enfin le tissu générateur de l’ongle sur une pièce bien injectée, dont on séparera l’épiderme et l’ongle par la macération; les séries papillaires qui le composent sont surtout visibles au moment où l’on détache cette plaque cornée.

Poils. On étudie la structure de leur bulbe sur des cils ou sur des poils de la barbe ou du pubis, où cette partie est plus développée que dans les cheveux. Il suffit d’enlever une portion de peau dans laquelle ces poils sont implantés , pour trouver facilement le bulbe sur sa face interne ; on l’ouvre avec un scalpel fin , pour en examiner l’intérieur. C’est principalement sur les moustaches des animaux que l’on peut bien examiner la structure du bulbe; les animaux qui sont propres à ce genre des recherches , et que l’on peut se procurer le plus facilement, sont le lapin , le cochon d’Inde, le chat , le renard , la loutre , le bœuf, le cheval , etc. ; mais c’est surtout dans le phoque que ces organes prennent un accroissement considérable. Après avoir détaché la lèvre supérieure , en raclant exactement les os , on injecte l’arlériole qui accompagne le faisceau des nerfs

sous-orbitaires ; puis on dissèque quelques rameau,x artériels et nerveux, jusqu’au point où ils pénètrent dans le bulbe; en poursuivant celui-ci jusqu’à son goulot , on y aperçoit les glandes sébacées qui l’entourent ; pour voir la disposition intérieure du bulbe , on l’ouvre par des coupes longitudinales, transversales et obliques; on verra de cette manière comment l’épiderme se réfléchit dans l’intérieur de la capsule pour la tapisser. De même quand on plonge une portion de cuir chevelu pendant longtemps dans une solution de sublimé corrosif, on parvient à séparer l’épiderme du derme , et l’on voit la face interne du premier hérissée par les bases des cheveux encore enveloppées par la gaine épidermoïde. La tige des poils sera étudiée à la loupe ou au microscope; on choisira pour cela des poils ou des cheveux de couleur claire ; on examinera comparativement des poils de lapin et de chevreuil, dont la structure est plus facile à reconnaître. L’intérieur du poil sera examiné sur des coupes obliques et longitudinales; ces dernières surtout exigent beaucoup de patience de la part de l’anatomiste , et ne peuvent être faites qu’avec des instruments très-tranchants. On distingue bien au microscope de petites rugosités sur toute la longueur des poils, mais on n’a pas encore réussi à voir que ces aspérités fussent dirigées vers leur sommet; ce qui a fait admettre cette disposition, c’est qu’en plaçant un cheveu entre le pouce et l’index des deux mains, et en écartant celles-ci légèrement en sens contraire, il restera toujours dans la main qui est placée du côté du bulbe, tandis que l’extrémité libre glisse facilement dans l’autre main; ou bien , si l’on place un cheveu entre le pouce et l’index d’une main, et qu’on fasse plusieurs fois glisser ces doigts l’un sur l’autre , suivant la longueur du poil, celui-ci s’échappera constamment par son extrémité libre, quelle que soit la manière dont il ait été placé entre les doigts. Il y a donc quelque chose qui l’empêche de glisser plutôt dans un sens que dans l’autre, et ce n’est donc pas tout à fait sansfondemcnt que l’on avait admis que les poils sont recouverts de petites écailles imbriquées les unes sur les autres. Un autre fait vient encore à l’appui de cette manière de voir : il est très-facile de diviser avec un rasoir un cheveu que l’on tient par son extrémité libre ; tandis qu’on y réussit bien plus difficilement si on le tient par l’autre bout.

Follicules sébacés. Il ne sont pas également développés dans tous les sujets ; mais en général on les aperçoit très-bien sur la face interne de la peau du nez ou de l’aisselle, après avoir enlevé e.xactement tout le tissu cellulaire cous-culané.

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