‹ Nouveau manuel de phrénologieChapitre 2 sur 70 · MANUEL · texte numérisé non relu

MANUEL

DK

OBSSaVATIOMS PBétmWAIBES.

La phrénologie (mot dérivé de Çfijf , esprit, et de Aayay , discours) est la science qui traite des facultés de l’eprit humain, et des organes à l’aide desquels elles se manifestent ; c’est à tort qu’on a prétendu qu’elle pouvait faire prédire les actions.

Gall , médecin de Vienne , est le créateur de ce système. Habitué de bonne heure à se livrer à l’observation , il fut bientôt frappé de ce fait que chacun de ses frères et sœurs, de ses compagnons de jeu et camarades de classe se distinguaient des autres par des talents ou des dispositions particulières. Ceux-ci se faisaient remarquer parla beauté de leur écriture, ceux-là par leur aptitude aux

OBSERVATlOnS

calculs, plusieurs par leur faculté à apprendre l’histoire naturelle ou les lan'gues. Les composi-, lions des uns brillaient par leur élégance, tandis que le style des autres était roide et empesé; quelques-uns enfin avaient un raisonnement serré et présentaient leurs arguments avec une logique entrainante. Leurs dispositions étaient également différentes; et cette diversité paraissait aussi déterminer la direction de leurs goûts : beaucoup manifestaient de la capacité pour des professions auxquelles ils n’étaient pas destinés, et on les voyait exécuter des figures en bois , ou bien les dessiner sur le papier. Quelques-uns consacraient leurs loisirs à la peinture ou à la culture d’un jardin, tandis que leurs camarades s’abandonnaient à des jeux bruyants, parcouraient les bois pour cueillir des fleurs , dénicher des oiseaux ou pour attraper des papillons : chacun montrait aussi un caractère qui lui était propre ; et Gall n’observa jamais que celui qui dans un temps avait été égoïste ou méchant, devînt dans la suite ami bon et fidèle.

Les écoliers contre lesquels Gall avait le plus de peine à lutter étaient ceux qui apprenaient par cœur avec une grande facilité ; souvent ils lui enlevaient par leur mémoire ce qu’il avait obtenu par l’originalité de ses compositions.

Quelques années après , ayant changé de résidence, il se retrouva avec des individus doués d’une grande aptitude à répéter ce qu’ils appre-

PEÉLIVIKAIRÏS.

naient. Il reconnut alors qu’ils avaient des yeux saillants , et se ressouvint que ses rivaux dans la première classe présentaient la même disposition.

A son entrée à l’université , il fixa de suite son attention sur les élèves qui avaient cette conformation d’yeux, et il trouva qu’ils excellaient à apprendre par cœur, à répéter correctement, quoique beaucoup d’entre eux ne se distinguassent point par leurs talents. Cette observation fut également constatée par les autres étudiants dans les classes; et bien qu’à cette époque, la liaison entre le talent et le signe extérieur n’eût point l’évidence nécessaire à une conclusion philosophique , Gall ne pouvait croire que la coïncidence de ces deux circonstances fût entièrement accidentelle. Dès lors il soupçonna leur relation. Après avoir beaucoup réfléchi , il conçut que si la mémoire des mots était indiquée par un signe extérieur , il en devait être de même des autres facultés. Dès ce moment, tous les individus connus par une faculté remarquable devinrent les objets de ses recherches. Par degrés, il crut lui-roéme avoir trouvé les signes extérieurs des dispositions à la peinture, à la musique et aux arts mécaniques. Ayant fait la connaissance de quelques personnes d’un caractère décidé , il observa qu’une certaine portion de leur tête était très-développée. Ce fait lui suggéra l’idée de rechercher sur le crâne les signes des sentiments moraux. Mais eii . faisant ces observations, il ne regarda jamais cette

OBaERVATIORS

enveloppe extérieure comme la cause des difierents talents, ainsi qu’on l’a dit faussement, le cerveau lui paraissant seul le siège des facultés.

En suivant attentivement les progrès de sa découverte, il rencontra d’immenses difficultés. Jusqu’alors il avait ignoré les opinions des physiologistes sur le cerveau , et celles des métaphysiciens sur les facultés humaines. Il s’était contenté d’observer la nature. Mais lorsqu’il commença à étendre ses connaissances par la lecture des livres, il fut frappé du désordre extraordinaire des opinions dominantes; ce coup d’œil le fit douter un instant de l’exactitude de ses observations. Les sentiments moraux, du consentement presque général , étaient placés dans les viscères thoraciques et abdominaux; et tandis que Pythagore , Platon, Galien , Haller et quelques autres physiologistes mettaient l’âme sentante ou les facultés intellectuelles dans le cerveau , Aristote lui donnait pour siège le cœur, Yanhelmont l’estomac. Descartes et ses disciples la glande pinéale, Drelincourt et autres le cervelet.

Il observa également qu’un grand nombre de philosophes et de physiologistes affirmaient que tous les hommes étaient nés avec des facultés égales et que les différences qu’ils présentaient, étaient dues à leur éducation ou aux circonstances accidentelles dans lesquelles ils étaient placés. Si toutes les différences étaient en effet purement accidentelles, il en eût conclu qu’il ne pouvait exister

PRÉLIHIXAIRCS.

de signes naturels des facultés prédominantes , et conséquemment que le projet d’apprendre par l’observation à distinguer les fonctions des diflérentes portions du cerveau était illusoire. Il triompha de cette difficulté par la réflexion que ses frères, sœurs et condisciples avaient presque reçu la meme éducation, et que cependant chacun d’eux avait un caractère distinct, sur lequel les circonstances paraissaient n’avoir qu’une influence limitée. 11 observa aussi dans plusieurs cas que les enfants, dont l’éducation avait été dirigée avec le plus de soin, étaient dépassés de fort loin par leurs camarades qui avaient beaucoup moins travaillé. Souvent , dit Gall , nous étions accusés de manquer de volonté ou de zèle ; mais beaucoup de nous ne pouvaient, avec le plus vif désir et les efforts les plus obstinés, atteindre même à la médiocrité, tandis que plusieurs surpassaient leurs condisciples sans effort , et presque sans s’en apercevoir eux-mêmes. En réalité nos maîtres ne paraissaient pas avoir grande confiance dans le système qui enseignait l’égalité des facultés intellectuelles; car ils se croyaient en droit d’exiger plus de celui-ci et moins de celui-là. Ils parlaient souvent des dons naturels et de dons de Dieu, et nous consolaient dans le sens de l’Evangile, en nous disant que chacun de nous n’aurait de compte à rendre qu’en proportion des talents qu’il avait reçus.

Convaincu par ce fait , qu’il y a une différence

0BSÏHVATI058

naturelle et constitutionnelle de talents et des dispositions, il rencontra dans les livres un autre obstacle pour déterminer les signes extérieurs des facultés de l’esprit. Ainsi, au lieu des facultés pour les langues, la peinture, les localités, la musique et les arts mécaniques , correspondant aux divers talents qu’il avait remarqués dans ses condisciples, les métaphysiciens ne parlaient que de facultés générales, telles que la perception , la mémoire, l’imagination et le jugement; et lorsqu’il s’efforçait de découvrir des signes extérieurs sur la tête, en rapport avec ces facultés générales, ou de déterminer l’exactitude des doctrines physiologiques enseignées par les auteurs relativement au siège de l’esprit, les perplexités se multipliaient à l’infini et devenaient presque insurmontables.

Abandonnant donc toute théorie et toute opinion préconçues, il se livra entièrement à l’observation de la nature. Ami du docteur Nord, médecin de l’établissement des aliénés de Vienne, il eut les facilités, dont il profita, de faire des remarques sur les fous. Il visita les prisons, les écoles, les cours, les collèges et les palais de justice; et partout où il entendait parler d’un homme remarquable à quelque titre que ce fût, il observait et étudiait le développement de sa tête. En agissant ainsi , par une induction presque imperceptible, il se crut fondé à admettre que les lii-

PRÉLIHIRAIKES.

cultes de Tesprit sont indiquées par des configurations particulières de la tête.

Jusqu’alors , il n’avait eu recours qu’aux indications physiognomoniques, comme moyens de découvrir les fonctions du cerveau. La réflexion le convainquit bientôt que la physiologie ne saurait être séparée de l’anatomie. Ayant observé une femme de cinquante-quatre ans, hydrocéphale depuis son enfance, qui dans un petit corps, mal conformé, possédait un esprit aussi actif et aussi intelligent que celui des autres personnes de sa classe , Gall déclara que la structure du cerveau devait être autre que celle qui est généralement indiquée ; remarque qu’avait déjà faite Tulpius en examinant un hydrocéphale qui jouissait des facultés mentales. Frappé de cette idée, il sentit la nécessité de faire des recherches anatotomiques sur l’organisation du cerveau.

Toutes les fois qu’un individu , dont il avait observé la tête pendant la vie, venait à mourir, il faisait tout son possible pour disséquer le cerveau; et généralement, après avoir enlevé le crâne , il trouvait que la masse nerveuse, couverte par la dure-mère , présentait une forme corres-, pondante à celle qu’avait offertele crâne pendant la vie.

La marche progressive de Gall dans ses découvertes mérite une attention particulière. Il ne disséqua point d’abord le cerveau , comme un grand nombre d’anatomistes l’avaient fait avant lui , pré-

OBSERVATIONS

tendant ainsi découvrir le siège des facultés mentaies. Il ne partagea pas, comme d’autres l’avaient déjà fait, le crâne en divers compartiments, assignant ensuite une faculté à chacune de ces divisions, d’après leur imagination. Sa manière de procéder fut toute différente ; il commença par observer le rapport entre les talents, les dispositions et les formes particulières de la tète; il établit ensuite, par l’enlèvement du crâne, que la figure et la forme du cerveau sont indiquées par ces configurations extérieures. Ce ne fut qu’apres avoir déterminé ces faits, que le cerveau fut minutieusement disséqué et sa structure beaucoup mieux connue. En 1796 , Gall fit pour la première fois, à Vienne , des leçons sur son système.

En 1800, le docteur J.-G. Spurzheim commença l’étude delà phrénologie sous lui , et en 1804, il s’associa à ses travaux. Depuis cette époque, il a non-seulement ajouté un grand nombre d’importantes découvertes à celles de Gall sur l’anatomie et la physiologie du cerveau ; mais par la connexion des observations, il a fait de ces découvertes un système magnifique et plein d’intérêt de philosophie intellectuelle (1).

(i) Le système philosophique dont parle ici l’auteur doit être considéré sous deux points de vue difïérents : i“ l’exposition et la démonstration des principes fondamentaux de la science ; la découverte des organes cérébraux et de leur

Digilized by Googl

PRÉLIMINAIBES. 9

Nous allons donner un exposé suceinct de leurs travaux.

L’esprit et le corps sont intimement unis. Certaines dispositions morbides du corps influent sur l’état de l’ame. Le cerveau est l’organe immédiat de l’esprit. Tous les physiologistes regardent le cerveau comme l’instrument matériel de la manifestation de l’intelligence. Le sentiment commun place l’esprit dans le cerveau. Les nerfs qui transmettent les sensations à l’esprit sont tous entièrement liés avec le cerveau. Si l’intelligence

siège , la nature de leurs fonctions ; la distinction entre les attributs généraux et leurs facultés spéciales, déterminées, etc.;

la méthode de classsification, la dénomination des faeultés elles-mêmes et des organes ; l’étendue de leur action , leur combinaison dans les actes de la volonté, leur mode de manifestation , etc. La première partie de ce système est toujours vraie, indépendamment de tonte sorte de classification ; la seconde varie selon les idées , le raisonnement ou les opinions philosophiques des auteurs qui s’en occnpent,d’après les nouvelles découvertes , etc. Gall a le mérite d’avoir fondé la première partie de ce système , la partie invariable ; Spurzbeim a travaillé pour la seconde. Nous devons faire observer ici que plusieurs pbrénologistes en France et ailleurs n’ont pas adopté entièrement les divisions, le nombre et la nomenclature des organes de Spnrzheim. M. Combe lui-même s’en est éloigée sur quelque point , et à des droits à notre estime particulière pour les idées et les travaux phrénologiqucs.qûi lui sont propres (F).

OBSERVATIONS

n’avait pas pour siège le eerveau , ce serait une anomalie bien étrange qu’un organe, d’une structure si curieuse et si parfaite, soigneusement et admirablement protégé par le créateur, qui n’aurait aucune destination, tandis que presque toutes les autres parties du corps ont une fonction connue en rapport avec ces mêmes parties.

Le cerveau étant l’organe de l’intelligence , une autre question se présente : faut-il le considérer comme un tout, tenant l’intelligence sous une égale dépendance, ou une agrégation de parties, destinées chacune à une faculté particulière? Tous les phénomènes sont en opposition avec la première opinion, tandis qu’ils s’accordent parfaitement avec la seconde. Le cerveau doit être regardé comme un composé de parties chargées de fonctions distinctes : 1° parce que toutes les facultés de l’esprit ne sont pas également développées à la même époque , mais s’y montrent succesivement aux diverses époques de la vie. De la même manière que l’on voit , dans quelques animaux , le sens de la vue se manifester plutôt que celui de l’ouïe, selon l’état des organes; de même et conformément à cette disposition, on voit différentes parties du cerveau se développer succesivement : les premières à se dévellopper sont celles qui correspondent aux facultés de l’esprit qui se manifestent les premières; 2“ parce que le génie n’est point universel. Madame Catalani, par exemple, ne brille

PRÉIiniNAIRSS.

point également en mathématiques , et en métaphysique comme en musique. Un homme est souvent peintre excellent, sans être musicien pour cela ; on peut être un observateur habile et fin , sans être un raisonneur profond , comme on peut voir sans entendre. Mais si l’organe de la vue était aussi celui de l’oule , ou si la même partie du cerveau servait à la manifestation des facultés des couleurs , de la musique et du raisonnement, ces facultés seraient également fortes, dans un même individu, ce qui est contraire à l’expérience journalière; 3" parce que dans les songes, une ou plusieurs facultés sont éveillées, tandis que d’autres sont assoupies; et si toutes agissaient par le même organe , elles ne pourraient être en même temps dans des états opposés; -4° parce que dans l’idiotie et la folie partielles, quelques facultés sont très-défectueuses ou malades, tandis que d’autres sont saines et puissantes dans leurs opérations ; ce qui ne serait pas si elles dépendaient toutes d’un organe; 5" enfin , parce que les maladies partielles du cerveau n’afiectent pas également toutes les facultés mentales, ce qui aurait inévitablement lieu, si l’organe de l’intelligence était simple. Souvent des parties du cerveau sont blessées, sans que le travail de l’intelligence soit arrêté, tandis que le caractère et les dispositions de l’individus ont évidemment troublés. Ceci résulte nécessairement de

OBSEBVATlOnS

ce que les difFérentes facultés se manifestent par des organes isolés et différents.

Ces considérations conduisent si évidemment à la conclusion de la pluralité des organes de l’intelligence, que nous répéterons avecFodéré :

• La multiplicité des organes a été admise par presque tous les anatomistes depuis Galien jusqu’à nos jours, et même parle grand Haller qui éprouvait le besoin d’assigner une fonetions distincte aux différentes parties du cerveau. Pinel établit pareillement l’impossibilité de concilier de semblables faits avec l’existence d’un seul organe. Doici et autres écrivains , persuadés de la vérité de cette opinion , essayèrent de très-bonne heure d’assigner des fonctions à des régions particulières du cerveau, selon le but auquel ils les croyaient destinées , on trouve un dessin de la tête ainsi partagée dans l’ouvrage de Doici, imprimé en 1560 et dans le journal de phrénologie d’Edimbourg. Ils ne réussirent pas dans leur projet, paree qu’il prirent pour guide leur imagination au lieu de prendre l’observation.

Les deux propositions fondamentales de la doctrine de Gall: 1“ que le cerveau est l’instrumant matériel do la pensée; 2“ que chacune de ses parties est l’instrument d’une faculté distincte et indépendante , loin d’être de simples fictions de son imagination , ont été reconnues par des médecins philosophes les plus sages. Leur vérité a été généralement prouvée par l’analogie , qui

PBÉLISIÜAIRES.

montre que chaque fonction est liée à un organe distinct. Ainsi , il y a des nerfs particuliers pour la vue , l’ouïe, le goût, l’odorat, et il a été démontré récemment , par MM. Bell et Magendie , que même les nerfi du sentiment et du mouvement son distincts et indépendants, quoique confondus dans une gaine commune pendant leur court trajet vers les parties où ils se ramifient.

La méthode d’investigation du docteur Gall est exempte do certaines difficultés insurmontables, qni ont empêché d’autres philosophes d’établir une véritable théorie de l’esprit. Ainsi,

1 " La dissection seule ne révèle les fonctions d’aucun organe. Personne, en disséquant le nerf optique ou celui de la langue, n’a pu dire que l’un fût l’organe delà vision et l’autre celui du goût. Les anatomistes ne purent jamab , par la simple pratique de leur art, découvrir les fonctions du cerveau.

2“ L’esprit ne sent pas qu’il agit par le moyen des organes; aussi les philosophes métaphysiciens qui, en étudiant les phénomènes do l’intelligence, se sont bornés à l’examen de la conscience , n’ont-ils pu découvrir les instruments matériels à l’aide desquels l’esprit accomplit ses opérations et communique avec le monde extérieur. Avant Gall , c’était une opinion généralement admise que les fonctions du cerveau étaient inconnues. On peut consul ter à ce sujet les écrits des docteurs Roget et Thomas Brown.

OBSERVATlOIfS

Les succès de Gall furent dus à la comparaison qu’il fit des dimensions des parties cérébrales avec l’énergie des manisfestations do l’intelligence Aucun individu , quelque peine qu’il prit, ne pourrait écrire des vers , composer de la musique, exceller dans le raisonnement ou dans les mathématiques, s’il n’était naturellement doué de ces qualités. Les talents peuvent exister séparément , comme existent séparément les diverses parties du cerveau.

Tous les auteurs , parmi lesquels nous citerons Cuvier et Monro , conviennent que le crâne se moule sur le cerveau.

Ces propositions reçues, la possibilité des découvertes de Gall devient évidente; il ne s’agit plus que d’observer avec soin.

On a objecté, il est vrai , que la surface extérieure du crâne ne correspond pas exactement à sa surface interne. L’objection n’est pas fondée. Après la période moyenne de la vie , le cerveau participe de l’affaiblissement général qui commence à avoir lieu , et la surface intérieure du crâne suit parfois le resserrement du cerveau plus rapidemant que sa surface extérieure, et il en résulte des inégalités dans l’épaisseur. La même chose arrive dans les maladies. Le crâne augmente d’épaisseur avec les progrès de l’âge; aussi ne peut-il être regardé comme un indice de la forme du cerveau. Dans l’enfance, le cerveau et le crâne sont imparfaitement développés.

PBÉLIMIK&IBES. 15

D’après ces motifs, les phrénologistes n’observent que les individus bien portants et qui n’ont pas dépassé l’âge moyen de la vie. Dans quelques circonstances, la différence de parallélisme n’excède pas un huitième de pouce , taudis que l’étendue du cerveau , dans des points particuliers de têtes (présentant d’ailleurs des dimensions générales égales ) s’étend à un pouce et plus , comme on peut s’cn assurer en examinant les têtes de Sestini et de M. Cousin, dans la région de l’idéalité. Ceci toutefois, ouvre un large champ à l’observation phrénologique , débarrassée de l’extrême divergence des surfaces du crâne considérée à l’état sain.

Pour prouver la différence prodigieuse qu’offrent les dimensions du cerveau, il suffit de comparer la petite tête d’un idiot de naissance avec celle de Gall ou de Cuvier; la crâne. du général Foy avec celui d’un Indien. Pour donner plus de force à ces faits, nous mettrons en regard le petit organe des sons de Napoléon avec le grand développement de celui de Haydn, de Paër , de Rossini.

Le sinus frontal a été regardé aussi , mais sans fondement, comme un obstacle insurmontable à la délimitation de l’étendue des organes cérébraux. Ce sinus consiste dansun écartement de surfaces externe et interne de l’os du front, à la racine du nez. Il n’existe point en général avant l’âge de douze ans ; mais après cette époque , il s’étend

OBSERVATIOnS

souvent le long des espaces marqués 22, 2B, 24, et 2o sur la gravure, et jette de l’ineertitude sur le développement des organes indiqués par ces nombres. Dans la vieillesse, et pendant les maladies , le sinus frontal devient fréquemment beaucoup plus large , et s’étend sur un certain nombre d’autres organes ; mais ces cas forment des exceptions à la règle générale , et ne sont pas propres à l’observation. Dans les autres parties du cerveau indiquées comme désignant , la situation des organes, les surfaces externe et interne sont parallèles, ou s’il existe quelque différence , elle est bornée à une ligne, un tiers de ligne , un huitième de ligne , suivant l’âge et la santé des individus, La différence du développement entre un large et un petit organe des penchants et certains organes des sentiments, est d’un pouce et même moins; elle est d’un quart de pouce dans les organes de l’intelligence, qui sont naturellement plus petits que les autres. Le sinus frontal, comme on vient de le dire , ne paraît pas , en général, avant l’âge de douze ans , tandis que quelquesuns des organes qui l’avoisinent sont très-énergiques avant cet âge ( l’individualité, par exemple) , aussi, avant cette époque, il n’y a pas de difficulté pour l’examen de la tête. Après cet âge, jusque vers le milieu de la vie, le sinus est médiocre, et rarement assez large pour induire en erreur ; mais, même alors, il y a des cas qui pré- , sentent un aplatissement ou une dépression à

PRÉLINIXAIRES.

l’extérieur, indiquant un très-petit développement du cerveau placé derrière , et conséquemment une faiblesse de la faculté concomitante. Si cependant le sinus existe, il s’étendra en dedans, et donnera alors au cerveau des proportions plus petites que celles qui lui sont attribuées par les pbrénologistes, et le rapport entre la diminution de l’organe et celui de la faculté sera encore plus frappant. On passe généralement sous silence l’évidence de cette preuve négative; mais elle est réellement si forte , que si l’on pouvait citer un seul exemple de la manifestation énergique d’une faculté , sans l’existence de l’organe , nous abandonnerions à l’instant tous les organes convaincus de faux. En résumé, le sinus offre une difficulté pour appliquer la phrénologie à chaque cas individuel , mais il n’établit point l’impossibilité de d’écouvrir la fonction des organes qu’il affecte.

Le troisième principe fondamental de la phrénologie est que la puissance de la manifestation intellectuelle est en proportion invariable, toutes choses égales d’ailleurs, avec le volume de l’organe cérébral. En vain a-t-on cherché à attaquer ce principe avec les armes de l’esprit, du ridicule et du raisonnement, il a résité à toutes les attaques. On a toujours soigneusement écarté la condition indispensable de toutes circonstances égales d'ailleurs; et M. Jeffrey lui-même a été jusqu’à dire que les pbrénologistes représentent

OBSERVATIONS

le volume absolu comme une mesure de puissance absolue. Mais la proposition phrénologique est fondée sur la nature et la raison , et est soutenue par l’analogie universelle. Les os, toutes les autres conditions étant les mêmes, présentent une résistance relative à leur volume. Il en est de même des muscles. L’action musculaire ou le mouvement a besoin d’un nerf pour donner l’impulsion , et d’un muscle pour agir ou obéir. Dans ce cas, une forte impulsion et un moteur modéré , ou une impulsion plus faible et un moteur plus grand produiront de semblables résultats. Un homme doué de forces musculaires modérées, sous l’influence puissante de la rage ou du délire, déployera un aussi grand appareil d’action musculaire , qu’un homme plus vigoureux , lorsqu’il n’est pas excité. Mais ici la condition de toutes choses égales d’ailleurs n’a pas lieu, et si l’individu fort est excité à un égal degré, il l’emportera sur le premier de tout le développement plus considérables de ses mus^ des.

Les exemples de cette modification sont admirables dans la nature. Les poissons vivent dans un milieu d’une pesanteur spécifique presqu’égale à celle de leurs corps. Ils nagent naturellement par leur propre légéreté ; ici l’augmentation du volume n’ajoute point à la pesanteur relative, de manière à leur faire obstacle ou à leur nuire, et chez eux consequement une grande

PRÉIIHIKAIBES.

puissance musculaire est liée avec des muscles très-larges et de petits ner&. Les oiseaux , au contraire, comme l’aigle, s’élèvent à de grandes hauteurs dans un milieu plus léger que leurs corps; l’augmentation de la masse musculaire ajouterait beaucoup à leur poids, et les empêcherait de s’élever dans l’air; aussi chez ces animaux une grande puissance musculaire estelle liée avec des nerfs très-gros , et des muscles d’un volume modéré. On peut donc considérer la proportion de la puissance relativement au volume comme une loi de la nature.

C’est d’après les mêmes principes que Desmoulins établit que les nerfs du $entiment allant au bras et à la main, (les principaux instruments du toucher) sont dans l’homme cinq fois plus gros en volume et en surface que ceux qui se rendent aux muscles. Dans le cheval et les autres animaux , dont le toucher est imparfait et la force musculaire considérable , les proportions sont si complètement renversées , que la masse des nerfs du mouvement l’emporte d’un tiers sur ceux de la sensibilité. Si l’on examine les cinq sens, on trouve que le volume des nerfs est toujours proportionné , toutes les choses égales d’ailleurs à l’intensité de la fonction. Monro , Blumenbach , Cuvier et Magendie reconnaissent cette proportion. Dans les poissons, Desmoulins a trouvé le nerf auditif vingt fois] plus gros, relativement au volume de l’animal , que dans les mammifères

OBSERVATIOXS

et dans les oiseaux , l’eau était moins propre que l’air à la transmission du son. Les animaux qui ont un odorat très-fin sont remarquables par le développement des nerfs olfactifs. Par exemple , l’ours, le mouton, le chien et la vache ont , dans les cavités nasales , une surface immense couverte de fibrilles nerveuses; de gros nerfs du goût démontrent également, dans les espèces ou dans les individus, la supériorité de cette fonction. La même proportion entre le volume de l’organe et l’intensité de la fonction se montre bien évidemment dans la vision. Dans les aigles , dont la vue est très-perçante , les ganglions d’où partent les nerfs optiques égalent le volume d’un tiers du cerveau; tandis que chez le hibou, dont la vue est imparfaite, ils égalent au plus le vingtième du cerveau. Dans les oiseaux de proie, l’expansion nerveuse de la rétine est plissée d’une manière curieuse et doublée sur ellemême, afin de contenir un gros nerf dans un petit espace, Ces plis disparaissent lorsque ces oiseaux ont été long temps renfermés dans une cage, et que par conséquent la vision a été pour eux très-bornée. Ainsi se trouve démontrée la connexion du volume de l’organe et de la puissance de la fonction.

Le cerveau ne fait point exception à cette règle, et la plupart des physiologistes admettent que l’énergie des manifestations do l’intelligence est en proportion du volume du contre nerveux , toutes

Page 1