FACULTÉS INTELLECTUELLES
Ces facultés donnent à l’homme et aux animaux la connaissance de leurs sensations intérieures et celles du monde extérieur. Leur objet est de connaître l’existence, et de percevoir les qualités et les rapports. — Elles forment trois genres : le premier renferme les cinq sens; le second, les facultés qui prennent connaissance des objets extérieurs, qu’on a appelées perceptives; le troisième, enfin, les facultés qui s’occupent des rapports abstraits , raisonnent, et que, pour ce motif, on a nommées réflectives.
Genre 1*'. — Sers extésiediis.
Par les moyens des cinq sens , l’homme et les animaux sont mis en communication avec le monde extérieur.
8E.\S EXTÉHIECRS.
Chaque sens a deux organes , mais l’esprit ne reçoit qu’une seule impression (ou du moins les confond en une seule). Différentes théories ont été imaginées pour rendre compte de cette circonstance. Gall etSpurzheimont pensé qu’un seul organe des sens est actif en même temps , et qu’ils sont alternativement en mouvement et en repos. Ainsi, si nous regardons avec des lunettes, dont un verre est jaune et l’autre bleu, les objets extérieurs ne paraîtront pas verts , comme les philosophes l’on dit et le public l’a cru ; mais si les verres sont également épais et transparents, ils seront bleus ou jaunes, suivant que nous regarderons fixement d’un œil ou de l’autre; si l’un des verres est plus épais ou plus transparent que l’autre, il réfléchira sa couleur sur les objets perçus. On peut donner une autre explication , savoir : que l’esprit n’a ni la conscience des organes des sens, ni celle des fonctions qu’ils accomplissent. Aussi, les perceptions de l’esprit sonUelles toujours dirigées vers les objets qui font impression, et non vers les instruments à l’aide desquels elles se font ; l’affection mentale partage l’unité de l’objet qui l’excite, et non la duplicité des organes par lesquels l’impression est transmise.
Les fonctions de chaque sens dépendent de son organisation particulière; il en résulte, qu’aucun exercice ou habitude précédente n’est nécessaire pour acquérir la faculté spéciale d’un
SERS EXTÉRlEQRa.
sens. Si l’organisation est parfaite , les fonctions le sont aussi ; et si la première est malade, les dernières sont dérangées malgré tous les exercices précédents. — Chaque sens est soumis à ses lois positives. — Par exemple nous voyons d’après les lois de la réfraction de la lumière : aussi un bâton droit, à moitié plongé dans l’eau, paraît-il courbé, quoique le toucher prouve que, dans cet état, il est toujours droit. Cette rectification ne doit pas être confondue avec la doctrine qui prétend qu’un sens acquiert ses fonctions par le moyen d’un autre. Le toucher peut montrer qu’un bâton, qui est plongé dans l’eau, est droit, quoiqu’il paraisse courbé, mais les yeux ne le verront pas moins dans ce dernier état. Les rectifications, ainsi faites par les sens, sont mutuelles et ne sont point les prérogatives d’un sens. — Si l’on place à notre insu un morceau de papier épais entre un de nos doigts et le pouce, nous pourrons ne pas le sentir, mais nous pourrons le voir. — L’odorat et le goût peuvent de même rectifier les sens de la vue et du toucher. — Ainsi, beaucoup de liquides ont l’apparence de l’eau, et il serait impossible de découvrir leur différence par le sens du toucher , tandis qu’on en vient facilement à bout par l’odorat et le goût.
11 est difficile de bien préciser les limites des fonctions des sens, parce que, dans chaque acte de perception , leur instrumentalité se combine avec celle des facultés internes. — Les sens eux-
SENS EXTÉRIECfiS.
mêmes ne forment point les idées. Par exemple , lorsqu’une impression a lieu sur la main, l’organe du toucher la perçoit et la transmet au cerveau, et une faculté de l’esprit, par l’action d’un autre organe, perçoit l’objet. Aussi, avant chaque perception, il doit y avoir une impression extérieure sur les organes des sens, et toutes les fonctions de ces organes consistent à recevoir et à transmettre cette impression aux organes des sensations intérieures. — Il en résulte que les perceptions ou les impressions, quelles qu’elles soient, reçues par les objets extérieurs, qui ne peuvent être rappelées par un acte de volonté, ne dépendent pas exclusivement des sens. Au contraire, une impression quelconque , que nous sommes hors d’état de rappeler par un acte de la volonté, doit dépendre seulement du sens; car nous pouvons produire à volonté les idées formées par nos. facultés intellectuelles internes.
Après ces considérations générales, qui s’appliquent à tous les sens externes , nous n’aurons que peu de chose dire sur les fonctions spéciales de chaque sens en particulier (1).
(i) Spiu-zheim, dans son Manuel de phrénologie, dit : « qn« les sens ne sont que des intermédiaires entre les facultés intérieures et le monde extérieur ; et c’est une grande erreur de les considérer comme cause des facultés affectives et intellectuelles. » Nous sommes de son avis sur ce point ; mais.
Spurzheim a conclu de faits pathologiques que les nerfs du sentiment doivent être distincts des nerfs du mouvement : des expériences postérieures ont prouvé que son opinion était fondée (1). Le sens du toucher n’est pas seulement
si les sens ne sont que des intermédiaires , pourquoi les a-t-il classés parmi les facultés intellectuelles ? Les sens extérieurs ont leurs fonctions à eux , qui ne ressemblent ni aux facultés intellectuelles, ni aux facultés réflectives ; ils ont la faculté dé sentir les impressions des objets qui sont hors de nous , et celle de les transmettre an cerveau ; mais la connaissance de ces mêmes impressions, chez l’homme, appartient au cerveau. n nous parait , dès-lors , qu’il aurait mieux valu appeler les sens extérieurs tout simplement sens extérieurs, sans les forcer d’entrer dans un cadre qui n’est pas fait pour les recevoir. Les divisions et les classifications , dans les sciences , sont commodes et satisfont l’esprit ; mais la nature se joue souvent de nos classifications et nous oblige quelquefois à des arrangements nouveaux. Spurzheim , dans tappendix son Essai philosophique sur la nature morale et intellectuelle de l’homme, a défendu cette classification des facultés , mais ses raisonnements ne nous ont point convaincu.
(i) Dans le premier volume de l’ouvrage de Gall, in-4. p. I 3 1 , on lit , à propos de l’objection que la plupart des nerfs