Éventualité
Gall observa dans la société différentes personnes, qui, sans être toujours profondes, étaient instruites ; avaient une connaissance superficielle de tous les arts et sciences, et pouvaient en parler avec facilité. Ces individus étaient regardés comme brillants dans la société. Il trouva que , chez eux, la partie moyenne du front était trèssaillante, et la portion antérieure-inférieure du
iVENTBALITÉ.
cerveau très-développée. Il donna à cette partie le nom d’organe de la mémoire des choses \ mais ayant remarqué que les personnes douées d’une grande mémoire de ce genre, jouissent, en général , d’une conception prompte et de beaucoup de facilité à apprendre les détails, qu’elles ont un, vif désir de s’instruire , il désigna la faculté sous le nom de sens des choses, sens d’ éducabilité , de perfectibilité; il ajouta, que les personnes che* lesquelles cet organe est large , et dont les facultés réflectives ne sont pas également développées, sont disposées à adopter les nouvelles théories, à embrasser les opinions des autres, et ont une grande facilité à s’accommoder elles-mêmes aux coutumes, manières et circonstances au milieu desquelles elles vivent.
Spurzheim a appelé la faculté éventualité ; il en donne la description suivante. Lorsqu’un cheval e.st au repos, on peut le considérer comme un objet de pure existence, et dès lors, il appartient à l’individualité. Mais si ses poumons jouent, si «on sang circule, si ses muscles se contractent , s’il marche, trotte ou galoppe, il y a alors des phénomènes actifs qui sont du ressort de l’éventualité. L’individualité cherche les genres de connaissances indiquées par les noms, tandis que l’éventualité s’occupe des choses désignées par les verbes.
L’organe est largement développé et de bonne heure chez les enfants; et la faculté se manifeste
FACULTÉS PEBCEPTIVES.
facilemeiit chez eux. Il est d’une grande importance, non-seulement dans la philosophie, mais encore dans les affaires de la vie. Il porte à l’investigation par l’expérience. Il donne le talent de s’occuper de toutes les affaires pratiques qui exigent des détails; aussi , est-il d’un grand avantage pour le médecin praticien, le légiste et le marchand.
• Les animaux inférieurs possèdent cet organe. Gall considère cette faculté, chez eux, comme la cause de leur aptitude à l’éducation.
* Gall prouve l’éducahilité et la perfectibilité des différentes espèces par les modifications qu’on peut apporter à leurs facultés naturelles, au moyen de l’instruction et du concours des causes extérieures qui agissent sur eux. Son opinion est appuyée sur des observations nombreuses et sur des faits concluants, et le phrénologiste ne peut se dispenser de lire ce qu’il a si profondément exposé sur cette matière. (V. vol. IV, page 379 et suiv.) En examinant l’organisation cérébrale des animaux, comparée au degré de leur perfectibilité , il fait voir que leur aptitude à cela correspond au développement de l’organe de l’éducabilité (éventualité.) Le crâne , chez l’homme, est large dans la partie antérieure-inférieure, et il s’élève plus ou moins au-dessus des orbites. « Ce fait , dit Gall , a été reconnu par un grand nombre de naturalistes. Camper a fondé là-dessus sa théorie de la ligne faciale, dont j’ai
tVEWTTIAllTÉ.
démontré ailleurs l’insuffisance pour déterminer la mesure de l’intelligence des brutes. Lavater, aussi convaincu de la signification de cette difie> rence des formes de la partie frontale inférieure, établit son échelle en partant de la grenouille , dont il hausse, par gradations, le front , jusqu’à ce qu’il arrive à la hauteur du front de l’Apollon du Belvédère. Lavater s’en est tenu uniquement à l’idéal, au lieu d’ofirir la série des échelons, tels qu’ils existent réellement dans le perfectionnement graduel des animaux. *
* « Cette observation n’a pas été bien précisée, car la région antérieure-inférieure du cerveau étant occupée par plusieurs organes, à commencer de la ligne médiane jusqu’à la partie temporale , ne saurait être prise tout entière en considération pour mesurer le degré de perfectibilité. Les seules circonvoluttons placées vers la ligne médiane et séparées seulement par l’interposition de la partie antérieure-inférieure de la faux, sont affectées à cette fonction. Ainsi , ce n’est que la partie correspondante du crâne et de la tête qui doit fixer notre attention. »
* II avait déjà dit ■ qu’on aurait tort de confondre la perfectibilité générale et indéterminée qui résulte de cette faculté , avec la perfectibilité déterminée et particulière de chaque faculté fondamentale. Toute force fondamentale est susceptible de développement, de direction , d’éducation; mais cette espèce de perfectibilité est
ÏACI3LTÉ8 PEBCmiVES.
toujours bornée aux seuls objets qui sont du ressort d’un organe particulier. Le sens de Véducahilité s’exerce, s’étend sur toutes les choses non comprises dans la sphère d’activité d’organes particuliers (1). »
L’individualité et l’éventualité, également développées , communiquent à l’orateur ou à l’auteur, cette faculté d’observation qui permet de saisir les incidents offerts à l’esprit, de les mettre en réserve, de les rappeler, de les appliquer au besoin , de manière à donner un corps à ces productions de l’esprit. L’énumération minutieuse des choses, des événements qui communique un intérêt si plein de charmes et un air de vérité aux narrations fictives de Lesage , de De Foé, de Dean Swift et de l’auteur de Waverley , dépend surtout de ces facultés. Lorsque ces organes sont petits, les individus peuvent entendre, voir ou
(i) L’autenr a cra qne rëchelle des tètes des animaux a été inventée par Gall , et que Spurzheim avait judicieusement fait la remarque que l’organe de l’éducabilitc ne remplit pas tout le front , et que les organes qui sont situés dans ce lien contribuent également aux effets observés par Gall. U pense que les remarques de celui-ci ont plus de précision que de vérité ; car cette faculté , dit-il , ajoute incontestablement à l’aptitude qu’ont les animaux à s’instruire, quoiqu’elle n'en soit pas la seule source. Nous avons cru rectifier cette erreur de l’auteur en citant textuellement les paroles de Gall.