Langage
Un grand développement de cet organe est indiqué par la proéminence et la dépression des yeux. Cet aspect est produit par les circonvolutions ducerveau situées à la partie postérieure et transverse de la surface supérieure de la voûte orbitaire, déprimant les yeux, plus ou moins en avant, en bas ou en dehors, suivant l’étendue des circonvolutions. Si les fibres sont longues, elles poussent l’œil en avant, sur le même plan que le sourcil: si elles sont seulement épaisses, elles poussent l’œil vers l’angle externe de l’orbite et en bas (1). La faculté spéciale de cet organe est
(i) L’organe de la conXigui'atiun cause seuleuieiit un éloignement entre les yeux , sans les rendre proémitents ni abaissés»
LAISGÀGB.
lâl
de nous mettre à même d’acquérir la connaissance des signes et des mots artificiels, et de nous donner le pouvoir de nous en servir. Les personnes qui out cet organe très-prononcé, s’expriment avec une extrême facilité. Dans la conversation ordinaire , leur langage coule comme un large ruisseau; dans le discours, elles versent des torrents de paroles. Lorsque l’organe est large, et ceux de la réflexion petits, le style et le discours sont verbeux, pesants et sans élégance. Lorsque cette difierence est très-grande, l’individu, dans la conversation ordinaire, est enclin à répéter à satiété et à l’indicible ennui des assis* tants les phrases les plus vulgaires, comme si les sujets étaient si difficiles à comprendre, qu’une première audition ne sufiït pas pour en donner l’intelligence. Cette habitude parait tenir à une puissance et à une activité immodérée de la faculté du langage, si grande, qu’il existe un plaisir dans la seule articulation des mots , indépendamment de la réflexion. Lorsque l’organe est très-petit, il y a défaut d’expression, répétition pénible des mêmes mots, et, par conséquent, pauvreté de style dans les écrits et dans les discours. Si les organes du langage et de la réflexion sont dans des proportions égales, le style de l’auteur est généralement très-agréable. Lorsque les conceptions intellectuelles sont très-fines et trèsrapides, et que la faculté du langage n’a pas la inérae énergie, le bégayement dans les discours
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en est fréquemment la conséquence. L'éventualité et la comparaison sont d’un grand secours à cette faculté pour acquérir les grammaires et les langues étrangères. J’ai observé que les enfants qui senties premiers dans les classes pour les langues, ont généralement ces deux organes larges, et que cette disposition, avec l’organe modéré du langage, est d’une plus grande utilité , pour l’éducation, qu’un grand développement de la faculté des langues, avec des qualités médiocres de comparaison et d’éventualité. Ces individus ont une grande facilité à se rappeler les règles, comme matière de fait et de détail, à tracer des étymologies et à établir des difiFérences de significations. Cette combinaison leur donne une extrême promptitude à se servir de leurs connaissances, quelque étendues qu’elles puissent être.
La signification des mots s’apprend par d’autres facultés : par exemple, la langue nous met en état d’apprendre et de nous rappeler le mot mélodie; mais si nous ne possédons pas la faculté des tons, nous n’apprécierons jamais la signification attachée à ce mot par ceux qui la possèdent à un haut degré. — Ce principe écarte une difliculté apparente qui se présente dans quelques cas. Une personne douée d’un organe modéré du langage apprendra quelque fois par cœur des chansons, des morceaux de poésie , des dbcours avec une grande facilité et beaucoup de plaisir :
lüNCAGE.
mais dans tous ces cas , on verra que les passages confiés à la mémoire, intéressent puissamment l’idéalité, la causalité, le ton, la vénération , la combativité et l’adhésivité ; tandis que l’étude et le ressouvenir des mots seuls est ditlicile et désagréable pour lui. Les personnes, au contraire, chez lesquelles l’organe est très-large, éprouvent une sorte de jouissance à se meubler la mémoire de mots, et elles peuvent les apprendre sans s’embarrasser beaucoup de leur signification. Aussi, un individu qui aura un organe modéré de langage, combiné à de bonnes facultés réflectives, pourra, à force de persévérance , apprendre les langues et devenir un savant; mais il n’aura jamais un style abondant, riche et coulant dans sa langue ou dans une langue étrangère.
* En parlant de l’organe de l'imitation, nous avons manifesté l’opinion que la mimique, qui nous paraît la force fondamentale de cet organe, st la source du langage des gestes, opinion qui difiere de celle de Spurzheim et d’autres phrénologistes. Mais voyons comment les choses so passent? Si le même organe, celui du langage, était destiné à connaître et à faire usage de la parole aussi bien que des gestes, il en résulterait que le meilleur mime serait en meme temps le meilleur parleur, et que celui qui possède bien la mémoire verbale et le talent de la parole, serait en même temps le meilleur mime. L’expé-
FACULTÉS PERCEPTIVES
rience nous prouve le contraire : nous connaissons, et tout le monde peut connaître, des mimes très-habiles qui ne savent jamais trouver les mots pour exprimer leurs idées , et des parleurs infatigables qui ne savent accompagner leurs discours d’aucune sorte de geste expressif. Il faut donc que ces facultés et ces talents reconnaissent un organe dijQFérent.
^Gall avait fait de la mémoire verbale et du talent de la philosophie deux facultés différentes , pour lesquelles il admettait deux organes différents. Les observations postérieures nous autorisent à n’admettre qu’un seul organe pour la faculté de la parole, et pour l’aptitude, à apprendre les langues. Il ne faut pas , cependant , oublier les observations judicieuses faites ci-dessus relativement au concours d’autres organes sur le talent de la parole.
^ L’organe est très-dé veloppé chez Rabelais, Crébillon, Voltaire, Humboldt , Mezzofante , de Sacy, Champollion , etc. — Établi.
Fonctions d'individualité distinctes de celles des autres facultés perceptives.
Il a été établi dans les pages précédentes, que la faculté de la configuration perçoit les formes des objets; celle du coloris les couleurs; celle de
FOR CTIOHS DISTINCTES. : 13o
rétendue les dimensions ; et que l’individualité prend connaissance des êtres en général. Une question se présente ici naturellement : les facultés perceptives inférieures saisissent-elles toutes les qualités séparées des objets externes ? et quel est le but de l’individualité dans l’économie intellectuelle ? Sa fonction est de former une simple notion intellectuelle isolée des différentes informations données par les autres facultés perceptives. En apercevant un arbre , l’objet saisi par l’esprit n’est pas la couleur, la forme, l’étendue , comme qualités séparées, mais une chose, un être appelé arbre. L’esprit , à l’aide de l’individualité, ayant eu l’idée d’un arbre, peut ensnite l’analyser comme existence individuelle et le décomposer dans ses parties constituantes déformé, de couleur , de grandeur; maison sent que sa contemplation, sous ce point de vue , est entièrement différente de la notion attachée au mot arbre comme tout. La fonction de l’individualité est toutefois de former un tout des éléments séparés, fournis par les autres facultés perceptives , et de produire hors d’elles comme un tout des idées d’objets agrégés.Ces objets sont ensuite considérés par l’esprit comme des êtres individuels, rappelés et désignés comme tels , sans faire attention à leurs parties constituantes. Les enfants comprennent les termes abstraits et s’en servent de très-bonne heure; l’organe de l’individualité est très-saillant chez eux.
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La configuration, le coloris et l’étendue fonrnissent certaines notimis élémentaires, que l’individualité unit et conçoit , comme l’étre qu’on appelle homme. La faculté de calcul mise en action donne l’idée de pluralité; celle d’ordre fournit les idées de gradation , de rang et d’arrangement. L’individualité, à son tour, recevant les avis de toutes ces facultés séparées, les combine de nouveau , et considère les combinaisons comme un objet individuel ; de toutes ces opérations successives résulte la notion armée. Lorsque ridée d’armée a été ainsi formée, l’esprit ne pense plus aux parties constituantes , et ne s’occupe que de l’agrégé ou de la conception combinée formée par l’individualité ; il la regarde comme un objet simple.
Il est curieux de voir le système phrénologiquc, qui, au premier coup d’œil, parait grossier et contraire à la philosophie, s’harmoniser d’une manière aussi simple et aussi belle avec la nature. S’il eût été dû à l’imagination et à la réflexion seule , il est plus que probable que l’objection que les facultés intellectuelles inférieures rendent l’individualité superflue, aurait paru si forte et si insurmontable, qu’il en serait résulté l’exclusion de l’une ou de l’autre comme inutile. Aussi, jusqu’à leur découverte et à leur admission, la formation des termes que nous avons examinés était tout à fait inexplicable.
oompahaisoti.
Genre III®. — #ACULtÉs réflectives.
Les facultés intellectuelles dont nous nous sommes occupés donnent la connaissance des objets et de leurs qualités; celles dont nous allons faire l’histoire produisent des idées de rapport ou de réflexion : elles servent à la direction et à la satisfaction de toutes les autres facultés, et constituent ce que nous appelons la raison ou la réflexion.
ZA. Comparaison.
(jall s’entretenait souvent des sujets philosophiques avec un savant qui possédait une grande vivacité d’esprit. Toutes les fois qu’il se trouvait embarrassé pour prouver rigoureusement ses raisonnements, il avait toujours recours à la comparaison. Par ce moyen, il peignait en quelque sorte ses idées, et ses adversaires se trouvaient battus; tandis qu’il ne pouvait jamais obte- ' nir de semblables effets pàr de simples arguments. Dès que Gall eut reconnu que cette disposition était un trait caractéristique de son esprit, il examina sa tête et trouva sur la partie supérieure et moyenne de l’os frontal > une éminence ayant
FONCTIONS RÉTLECTIVES.
la forme d’une pyramide renversée. Il confirma cette observation par des exemples multipliés. Il l’appella perspicacité, sagacité, esprit de comparaison.
La faculté donne le pouvoir de percevoir des ressemblances, des similitudes et des analogies. Le ton peut comparer différentes notes , le coloris saisir différentes ombres; mais la comparaison peut comparer une ombre et une note, une forme et une couleur, ce que les autres facultés ne pourraient faire par elles-mêmes. Elle porte au raisonnement, mais il n’en est pas une conséquence naturelle. Elle explique une chose en la comparant avec une autre; et ceux chez lesquels elle prédomine sont, en général, plus prompts et plus plausibles qu’exacts dans leurs inductions; elle donne l’aptitude à découvrir des lueurs inattendues et des coïncidences superficielles dans les rapports ordinaires de la vie; elle contribue puissamment à l’intelligence des choses. C’est l’organe le plus développé sur le front de l’honorable William Pitt. 11 est généralement très-prononcé chez les prédicateurs populaires. Il manque plus rarement que les autres organes intellectuels. L’écriture sainte s’adresse à lui d’une manière remarquable par ses analogies et ses comparaisons nombreuses. Il porte à l’invention et à l’usage du langage figuré; le discours des différentes nations est plus ou moins empreint de ce caractère distinctif, suivant la prédominance de