Quel fut l’esprit et le caractère de leur règne
Philippe III le Hardi (1270-1285).
4 . — Philippe III le Hardi, fils et successeur de Louis IX, acquit par héritage ou par traité le Valois et le comté de Toulouse, moins le comtat Venaissin (Avignon ) qu’il donna au saint-siège.
2. — L’esprit et le caractère du règne de Philippe le Hardi , c’est la justice et la bonté. On peut y joindre la concession des premières lettres de noblesse civile : il n’y avait auparavant de noblesse que la noblesse féodale.
5. — Charles d’Anjou, frère de saint Louis, avait conquis, en 1266, le royaume desDcux-Siciles. En l'absence de ce prince, les Siciliens , lassés de la domination des français, en massacrèrent plus de douze mille, le lundi de Pâques, a l’heure des vêpres (1282) : c’est ce qu’on appelle les Vêpres siciliennes. Charles garda Naples; mais la Sicile passa à don Pèdre, roi d’Aragon.
Philippe JV le Bel (1285-1314).
— Philippe IV le Del, fils et successeur de Philippe le Hardi, eut surtout à combattre la Flandre. Guy de Dampierre, comte de ce pays industrieux et riche, s’allia avec les Anglais contre le roi de France, son suzerain. Le comte d’Artois soumit d’abord la Flandre (1297); mais les exactions des Français la firent révolter ; les Flamands battirent le comte d’Artois à la sanglanle/ouméede Courtray ( 1302 ). Le roi vengea cette défaite par la victoire de Mons-en-Puelle ( 1304 ), mais sans pouvoir dompter les Flamands, à qui il rendit leurs comtes.
iî. — Philippe le Bel eut, à l’occasion des décimes, de violents démêlés avec le pape Boni face VIII, qiii l’excommunia; le roi le lit arrêter en Italie et parvint à faire élire pape Clément V, qui se fixa à Avignon (1509), où résidèrent six autres papes, tous Français. Clément V abolit, au concile de Vienne (1512), l’ordre des templiers, dont les richesses et la puissance faisaient ombrage au roi. Jacques de Molay, grand maître de l’ordre, et plusieurs chevaliers furent brûlés vifs. Ce procès est resté pour nous une énigme.
(j. — Philippe le Bel appela les communes ou tiers-état aux états généraux]! 302), déclara les apanages réversibles
ft
à la couronne, et rendit sédentaire le parlement , qui était auparavant ambulatoire.
7. — L’esprit et le caractère du règne de Philippe le Bel , c’est d’avoir accru les impôts, altéré les monnaies ( d’où son surnom de faux monnayeur) et contre-balancé le pouvoir exorbitant des grands vassaux par l’introduction du tiers-état aux états généraux.
Louis X le Hulin (1314-1316).
8- — Louis X le Hutin, fils et successeur de Philippe le Bel, n’ayant laissé qu’une fille, les états généraux exclurent celle-ci du trône, en vertu de la loi salique , et décernèrent la couronne à Philippe le Long, frère du roi. Ce fut Louis X qui affranchit tous les serfs de la couronne avec ces paroles: Dans le royaume des Francs, tout homme doit être franc ( libre). Les grands vassaux suivirent cet exemple, et il n’y eut plus de serfs ou d’esclaves en France. C’est là l’esprit eï le caractère du règne de Louis X.
Jean I er (1316), Philippe V le Long (1316-1322), Charles IV le Bel (1322-1328).
9. — Jean I tr , fils posthume de Louis le Hutin , u’ayant vécu que quelques jours, Philippe Vie Long, son oncle paternel, lui succéda, déclara le domaine de l’Etat inaliénable, et, par là, les apanages des princes devinrent, à défaut d’béritiers mâles, réversibles à la couronne. Philippe étant mort sans enfants mâles, Charles IV le Bel, son frère, lui succéda sans opposition. 11 érigea la baronnie de Bourbon en duché-pairie en favear d’un descendant de saint Louis. « • # ^
10- — L’esprit et le caractère du règne de Philippe le Long et de Charles le Bel , c’est leur équité et leur bonne foi , qui leur faisaient regarder comme nuisible une politique qui n’aurait pas été fondée sur la justice.
§ 2. Branche des Valois proprement dits ( 1328-1498 ).
l* De Philippe VI à Charles VII, ou période de la guerre contre les Anglais.
1. Quels sont les rois de la branche des Valois proprement dits ? — 2. Qui disputa la couronne à Philippe VI de Valois, et que se passa-t-il dans cette lutte? — 3. Quelles furent les acquisitions de Philippe de Valois?— 4. Quel fut reprit et le caractère du
règne de Philippe de Valois? — 5. Par qui Jean le Bon fut-il fait prisonnier ? — 6. Que se passa-t-il pendant sa captivité ? Qu’estce que la Jacquerie ? ■ — 7. Quel traité mit Gn à la captivité de Jean le Bon, et où mourut-il? — 8. Quel fut l’esprit et le caractère du règne de Jean le Bon? — 9. Que fit Charles V le Sage des Grandes Compagnies ? Par qui fut-il aidé dans cette circonstance? — 10. Quels furent les succès de Charles V contre les Anglais, et à qui les dut-il surtout? — 11. Quel fut l’esprit et le caractère du règne de Charles V? — 12. Quelle fut la minorité de Charles VI ? — 13. A quelle époque tomba-t-il en démence ? Par qui le duc d’Orléans fut-il assassiné, et qu’en résulta-t-il? —
14. Quelle victoire Henri V, roi d’Angleterre, remporta-t-il? —
15. Quelle fut la fin de Jean Sans-Peur, duc de Bourgogne? Que fit alors la reine lsabeau de Bavière? — IC. Quel fut l’esprit et le caractère du règne de Charles VI ? — 17. Comment les Anglais appelaient-ils Charles Vil ? Par qui le courage de ce prince futil réveillé? — 18. Racontez l’histoire de Jeanne d’Arc. — 19. Quels furent les succès de Charles VII? — 20. Quel fut l’esprit et le caractère du règne de Charles VII? — 21. Que savezvous sur les progrès du pouvoir royal et sur la pragmatique sanction de Bourges?
I. — Les Valois proprement dits sont : Philippe VI de Valois (1328), Jean le Bon (1380), Charles V le Sage (1364), Charles VI (1380), Charles VII (14221, Louis XI (1461) et Charles VIII (1485).
Philippe VI de Valois (1328-1350).
î. — Philippe VI de Valois, petit-fils de Philippe le Hardi, fut proclamé par les états généraux, qui repoussèrent les prétentions d 'Edouard III, roi d’Angleterre, neveu de Charles le Bel par sa mère. De là naquit une guerre de cent ans avec l’Angleterre. Edouard se ligua avec les Flamands, détruisit une flotte française à l’Ecluse (1 340) gagna, par l'imprudence des Français , la sanglante bataille de Crécy (1346) , et prit Calais par la famine au bout d’un an de siège. Calais resta 210 ans au pouvoir des Anglais.
3. — Philippe de Valois acquit par achat le comté de Montpellier, et par donation d’Humbert H, le dauphine de Viennois (1349). Depuis ce temps, le fils aîné de France porta le titre de Dauphin.
4 . — L’esprit et le caractère du règne de Philippe de Valois, c’est d’avoir établi divers impôts, entre autres la gabelle ou l’impôt sur le sel.
Jean II le Bon (1330 1364).
d. — Jean le Bon, fils et successeur de Philippe de Va-
lois , perdit par son imprudence le trône et la liberté. Le prince de Galles, fils d'Edouard III , nommé le Prince Noir à cause de son armure, ravageait le midi de la France; Jean l’attaqua dans un poste inaccessible , près de Poitiers , et, malgré la supériorité de ses forces , il fut défait et pris (1336). On le conduisit en Angleterre, où il resta quatre ans.
6. — Le Dauphin , depuis Charles le Sage , convoqua les états généraux des deux langues, d'oc et d’oyi 1 ; mais l’assemblée, dominée par Charles le Mauvais, roi de Navarre, gendre de Jean le Bon , et Marcel, prévôt des marchands, voulut réformer des abus avant de pourvoir à la défense de l’Etat. Les deux complices soulevèrent le peuple; le Dauphin s’enfuit de Paris; l’anarchie la plus affreuse y régna ; Marcel même allait livrer la ville aux Anglais , lorsqu’il fut tué par un échevin, son parent. Le Dauphin fut rappelé par le peuple.
Dans le même temps , les paysans , qu’on appelait alors Jacques Bonhomme , soulevés contre l’oppression de leurs seigneurs, pillaient, brûlaient, égorgeaient : cette révolte, nommée Jacquerie, fut noyée dans leur sang.
7. — Le Dauphin , se contentant de défendre les places fortes , laissa l’armée d’Edouard se consumer elle-même dans les campagnes qu’elle ravageait. La paix se fit enfin à Bréligny ( 1360 ) : Edouard obtint trois millions d’écus d’or pour la rançon ae Jean, et la Guyenne, le Limousin, le Poitou, la Saintonge, l’Angoumois , en toute souveraineté. Jean revint en France; mais son fils puîné, un des otages, s’étant sauvé de Londres, il y retourna et y mourut (1364).
8. — L’esprit et le caractère du règne de Jean le Bon , c’est le malheur de l’Etat et la bonne foi du prince : il disait que, si la bonne foi était bannie du reste de la terre, elle devrait se retrouver dans le cœur des rois.
Charles V le Sage (1364-1380).
9- — La paix avait été plus fatale que la guerre. Les soldats licenciés par les deux rois s’étaient formés en bandes qui , sous le nom de malandrins ou grandes compagnies, imitèrent les Jacques , mais battirent toutes les troupes envoyées contre eux. Charles V le Sage, fils et successeur de
I. Oc et oyl signifient oui. Le provençal était appelé langue d’oc, elle français, langue d’ojrl; l’un désignait le nord, et l’autre, le sud.
Jean le Bon , pour s'en débarrasser, les envoya , sous les ordres du brave et habile Duguesclin, au secours de Henri de Transtamare, son allié , qui disputait le trône de Castille à son frère Pierre le Cruel.
10. — Charles V, dont l'économie avait rempli le trésor public, leva cinq armées, et, grâce surtout à l’épée du connétable Duguesclin , il reprit tout ce que les Anglais possédaient en France, excepté Bayonne, Bordeaux, la Rochelle, Brest et Calais. C’est lui qui fixa la majorité des rois à quatorze ans.
1 i. — L’esprit et le caractère du règne de Charles V, c’est le bonheur dont jouit l’Etat, l’économie dans les finances , la fondation de la bibliothèque royale, etc.
Charles VI (1380-1422).
12. — Charles FI , fils et successeur de Charles V, n’avait que douze ans à la mort de son père. Ses trois oncles se partagèrent le pouvoir; le duc d’Anjou n’en usa que pour piller le trésor de Charles V. De là de nouveaux impôts, puis les troubles des maillotins, qu’on n’apaisa que par le sang.
15. — Charles VI , marié à Isabeau de Bavière , tomba en démence à la suite d’une apparition effrayante dans la forêt du Mans (1392). Les princes du sang déchirèrent de nouveau l’Etat. Le duc d’Orléans, qui s'était emparé de toute l’autorité, fut assassiné par Jean Sans-Peur, duc de Bourgogne (1 402), qui, soutenu par la milice des bouchers ou cabochiens, fit couler à Paris des flots de sang. Les bourguignons avaient pour adversaires les armagnacs , partisans du jeune duc d’Orléans , gendre du comte d’Armagnac. Les deux partis se firent une guerre à mort, et bientôt l’étranger vint se mêler à la lutte.
14 - — Henri V, attiré par les troubles de la France, y amena les Anglais, gagna la funeste bataille d’Azincourt (1415) et s’empara de la Normandie.
1 o. — Jean sans Peur s’était joint à la reine Isabeau contre les armagnacs et le Dauphin Charles qu’elle haïssait ; la crainte de l’étranger les rapprocha un instant. Les deux princes s’entrevirent sur le pont de Montereau ; mais Jean Sans-Peur y fut assassiné sous les yeux du Dauphin (1419L Les bourguignons et la reine traitèrent à Troyes avec Henri V; Isabeau lui donna sa fille avec la régence de l’Etat et l’héritage présomptif du trône. Henri V mourut bientôt
après comme Charles VI, et le jeune Henri VI fut proclamé par la faction, à Paris, roi de France et d’Angleterre (1422).
16. — L’esprit et le caractère du règne de Charles VI, ce sont les malheurs et les discordes de l’Etat, la guerre étrangère et la guerre civile, qui mirent la France à deux doigts de sa perte.
Charles le Victorieux VII (1422-1461).
17. — Charles VII succéda à son père Charles VI. Les Anglais, maîtres de presque tout le royaume, ne l’appelaient plus que le roi de Bourges, où il s’était retiré. Toutefois, il perdait gaiement son royaume ; mais son courage fut réveillé par Agnès Sorel et par une foule de héros, Xaintr ailles , Danois , La Hire , La Trémoille , le connétable Bichemont , etc.
18. — Cependant les Anglais, malgré la défection de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, triomphaient partout et serraient de près Orléans, le boulevard de Charles VU. La famine allait mettre fin au siège, quand parut Jeanne d?Arc, fille d’un paysan de Domrémy, en Lorraine, s’annonçant envoyée par Dieu pour délivrer Orléans (d’où son nom de Pucelle d'Orléans) et faire sacrer le roi à Reims. Avec quelques troupes qu’on lui confia, elle délivra en effet la ville , et mena Charles VII à Reims , à travers un pays occupé par les Anglais. Jeanne d’Arc lui rendit encore quelques services ; mais elle tomba au pouvoir des Anglais, qui eurent l’infamie de la faire brûler comme sorcière à Rouen (1431).
19. — Charles VII poursuivit les succès de Jeanne d’Arc, fit la paix avec Philippe le Bon et rentra dans Paris avec Richemont (1436). Avec le temps , il reprit toute la France aux Anglais, excepté Calais (1453), et fut surnommé le Victorieux.
20. — L’esprit et le caractère du règne de Charles VII , c’est que, pour faire cesser les pilleries des gens de guerre, il institua , d’accord avec les états généraux , des compagnies permanentes de gens d’armes , et un nouvel impôt qui, sous le nom de taille, fut destiné à solder les troupes.
21. — Sous Charles VII , le pouvoir royal continua de faire des progrès , tant par les victoires au prince auxquelles participèrent les grands vassaux , que par la plus grande concentration de la justice entre les mains du roi. Charles VII est l’auteur de la pragmatique sanction de
Bourges (1438), laquelle rétablit les élections canoniques et abolit les réserves, les annales, les expectatives, etc.
2° De Charles Vil à Charles VIII.
1. Quel fut le but de Louis XI, et qu’appellc-l-on Ligue du bien public? — 2. Que se passa-t-il à Péronne entre Louis XI : et Charles le Téméraire, duc de Bourgogne ? — 3. Quelles furent les cruautés de Louis XI ? — 4. Quel fut l’esprit et le caractère du régne de Louis XI ? — 5. Quelle fut l'administration d’Anne de Beaujeu? — 6. Quel succès eut l’expédition de Charles VIH en Italie? — 7. Quel fut l’esprit et le caractère du règne de Charles VIII?
Louis XI (1401-1483).
1. — Louis XI, fils et successeur de Charles VU, prince profondément politique, artificieux, dissimulé, n’eutd’autre but, dans tout son règne, que d’abattre la turbulente féodalité. Les grands , qu’il éloigna des affaires , prenant pour prétexte les intérêts du peuple, formèrent la ligue du Bien public ; mais ils ne s’occupèrent que de leurs intérêts. La bataille indécise de Montlhéry (1466) amena la paix : Louis prodigua charges, apanages, présents, aux rebelles; mais, la ligue dissoute, il reprit tout ce qu’il avait donné.
2. — Louis XI, d’ailleurs courageux, préférait à la guerre les négociations , où nul ne le primait ; mais telle était sa confiance en lui-même, qu’il fut la propre dupe de ses ruses. Il conférait à Péronne avec Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, tandis que ses agents soulevaient Liège contre ce prince. Charles , instruit de ses intrigues , voulait le faire périr : il en fut détourné par ses conseillers ; mais il ne le relâcha qu’après en avoir obtenu plusieurs provinces pour lui et ses partisans.
.3. — Après avoir soumis et dépouillé les grands, Louis XI s’enferma au château du Plessis-lès-Tours , d’où il ordonna un grand nombre de supplices. Tristan l’Ermite était son confident et son bourreau.
4- — L’esprit et le caractère du règne de Louis XI, c’est que, malgré ses bassesses et ses crautés, ce prince fut utile au peuple et à la couronne , qu’il délivra de l’oppression ou • de la turbulence féodale. II établit les postes, favorisa l’industrie, le commerce, et l’imprimerie inventée à Strasbourg en 1436; enfin il ajouta au domaine la Cerdagne, le Itoussillon, la Bourgogne, l’Anjou, le Maine et la Provence.
Charles VIII (1483-1498].
y. — Charles VIII , fils et successeur de Louis XI, quoique légalement majeur, était trop faible pour régner par lui-même ; la régence, confiée à sa sœur Anne de Beaujeu, lui fut disputée par le duc d'Orléans, qui fut défait à Saint- Mtibin-du-Cormier (1488). Anne maria ensuite son frère à l’héritière de la Bretagne , qui fut réunie à la couronne (1491).
6. — Charles VIII, voyant le royaume tranquille, voulut faire valoir ses droits au royaume de Naples. 11 le conquit en peu de mois (1495), et le perdit presque aussitôt par une ligue des princes italiens , des Espagnols et des Impériaux ; néanmoins il les vainquit à Fornoue, et mourut prématurément en 1498, sans laisser d’enfants. Il était ami du peuple, qui l’avait surnommé l’ Affable.
7. — L’esprit et le caractère du règne de Charles VIII , c'est la manie des conquêtes, la justice et l’affabilité du prince, l’amélioration de la conduite du peuple, etc.
§ 5. Branches des Valois- Orléans (1498-1515) et des Valois-Orléan s-Angouléme (1515-1 589) .
1 . Quels sont les rois des branches des Valois-Orléans cl des Valois- Orléans-Angouléme? — 2. Que fit Louis XII, et que dit-il en montant sur le trône? — 3. Où dirigea-t-il ses expéditions ? Quels personnages ont illustré son règne? — 4. Quel fut l’esprit et le caractère du règne de Louis Xll? — 5. Quelle fut la première victoire de François I er ? Qu’est-ce que le Concordat? — 6. Avec qui François I er rivalisa-t-il et que se passa-t-il à Pavie ?
— 7. Quel titre a mérité François 1 er ? — 8. Qu’arriva-l-il aux protestants sous son règne? — 9. Quel fut l’esprit et le caractère du règne de François 1 er ? — 10. Quel fut le règne de Henri II ?
— 11. Quel fut l’esprit et le caractère du règne de Henri IIP — 12. Que se passa-t-il sous François II? — • 13. Quel fut l’esprit et le caractère du règne de François H? — 14. Qui fut régente sous la minorité de Charles IX ? — IS. Que se passa-t-il à vassy contre les protestants? — 16. Quels étaient les chefs des protestants? des catholiques? Quelle fut la première guerre.de religion et la fin du duc de Guise? — 17. Quelle fut la deuxième guerre de religion ? A quel parti resta l’avantage ? — 18 . Qu’estce que la St-Barthélemi et quel en fut l’effet ? — 19, Quel fin l’esprit et le caractère du règne de Charles IX? — 20. Quelle politique suivit Henri 111 ? — 21. Qu’est-ce que la Ligue et que
firent les Seize ? Comment Henri 111 traita-t-il les Guise? —
22. Que résulta-t-il de l'assassinat des Guise? — 23* Quel fut
l’esprit et le caractère du régne de Henri 111 ?
I. — Le Valois-Orléans est : Louis XII (1498), et les Valois - Orléans -Angoulême sont : François I er (1515), Henri II (1547) , François II (1559), Charles IX (1560) et Henri III (1574-1589).
Louis Xll (1498-1515).
•£. — Louis XII, arrière-petit-fils de Charles V, succéda à Charles VIII, dont il était le plus proche héritier. On l’engagea à sévir contre ses anciens ennemis : Ce n'est pas au roi de France , dit-il , à venger les injures du duc d’Orléans.
3 . — Louis XII s’obstina vainement , pendant tout son règne, à conquérir le Milanais et le royaume de Naples. La Trémoille, Bayard, surnommé le Chevalier sans peur et sans reproche , et Gaston de Foix, surnommé le Foudre d’Italie, illustrèrent ses armes ; le cardinal d ’Amboise , son ministre et son confident , seconda ses vues paternelles. Il mourut en 1515 sans laisser d’enfant mâle.
4. — L’esprit et le caractère du règne de Louis XII, c’est d’avoir, malgré ses guerres, diminué les impôts d’un tiers, fait fleurir la justice et mérité d’être surnommé le Père du peuple.
François I" (1515-1547).
5. — François I", arrière-petit-fils de Louis d’Orléans, » frère de Charles VI, succéda à Louis XII et suivit la route
de ses deux prédécesseurs ; il vainquit d’abord les Suisses à Marignan, dans un combat appelé combat de géants, se fit armer chevalier par Bayard sur le champ de bataille , et conquit le Milanais. C’est alors qu’il fit avec Léon X un Concordat qui , laissant au roi la nomination aux bénéfices , attribuait au pape la première année du revenu, sous le nom d 'annates.
6- — François I er rivalisa tout le reste de son règne avec Charles-Quint, à la fois empereur d’Allemagne, roi d’Espagne, des Pays-Bas, de Naples, etc. Il y eut entre eux quatre guerres ; la première fut la plus désastreuse. François I er , défait et pris à Pavie , ne recouvra sa liberté qu’aux plus dures conditions (1526) ; de retour en France, il refusa de remplir des engagements forcés : on se battit de nouveau ; mais si les Français furent moins malheureux, ils perdirent à jamais l’Italie.*
7. — François I er mérita le titre de Père des lettres, par la protection qu’il leur accorda ; les artistes, peintres, sculpteurs , architectes , eurent part à ses faveurs ; il fonda le Collège de France, commença le Louvre, bâtit Fontainebleau, Saint-Germain en Laye et d’autres palais.
g. — A celle époque, tout hérétique était regardé comme rebelle à Dieu et au roi : on ne connaissait pas la vertu appelée tolérance. Plusieurs calvinistes (sectateurs de Calvin) lurent brûlés publiquement à Paris. Le parlement d’Aix fit massacrer, par arrêt, les Vaudois, et brûler Cabrières , Mérindol et vingt autres villages (1340).
9 . — L’esprit et le caractère du règne de François I er , c’est la rivalité de la France contre l’Espagne, l’établissement d’une armée nationale, celui de la réformation religieuse de Luther et de Calvin , celui de la loterie, de la vénalité des charges, la corruption des mœurs, la ranimation de la féodalité et la renaissance des lettres.
Henri II (1347-1539).
10. — Henri II, fils et successeur de François I er , prit à Charles-Quint les trois villes de Metz, Toul et Verdun , connues sous le nom des Trois-Ecêchës, perdit la bataille de Saint-Quentin contre Philippe II (1357;, mais recouvra Calais par la valeur de François, duc de Guise. Henri II avait épousé Catherine de Médicis.
11 . — L’esprit et le caractère du règne de Henri II, c’est sa prodigalité et son imprévoyance politique à l'égard des Guise, qui devaient ruiner sa famille.
François II (1359-1360).
12 - — François II, fils et successeur de Henri II, époux de Marie Stuart, nièce des Guise (le cardinal et le duc), leur laissa toute l’autorité. C’étaient les chefs du parti catholique. Les protestants tramèrent contre eux la fameuse conjuration d’Amboise, dont le but était de massacrer les Guise. La Penaudie en était le chef apparent ; les chefs réels , mais secrets , étaient les princes de Bourbon. La Renaudie périt en attaquant le château d’Amboise , où se tenait la cour, et ses complices furent dispersés. Ce fut le signal des guerres de religion.
13. — L’esprit et le caractère du règne de François II , c’est la nullité du prince, la puissance de la reine mère, et la rivalité des factions de la cour.
Charles IX (1360-1374).
14. — Charles IX, frère de François II, n'avait que dix ans à sa mort. Il acheva sa minorité sous la régence de Catherine de Médicis, sa mère , dont la politique artificieuse causa presque tous les maux de l'Etat sous le règne de ses fils. Sa maxime était : diviser pour régner.
i 6. — François de Guise passait à Vassy ; des protestants chantaient des psaumes dans une grange , près de l'église. Les gens du duc se prirent de querelle avec les protestants , et en tuèrent une cinquantaine : c’est ce qu’on appelle le massacre de Vassy (1562). On prit alors les armes de part et d’autre.
16- — Le prince de Condé et l 'amiral de Coligny étaient les chefs des protestants; le duc de Guise, le connétable de Montmorency et le roi de Navarre , père de Henri IV, chefs des catholiques, étaient maîtres du roi et de la reine mère. Les protestants prirent un grand nombre de villes, entre autres Rouen, que le duc de Guise alla reprendre sur eux avec l’armée royale; il y perdit Antoine , roi de Navarre ; il les battit ensuite à Dreux ; mais il fut assassiné au siège d’Orléans , boulevard des calvinistes , par un des leurs, nommé Poltrot (1563). Sa mort changea les affaires, et la cour conclut avec les protestants la pacification d’Amboise.
17. — Bientôt après, les huguenots (on appelait ainsi les protestants), croyant que Catherine avait projeté leur ruine, essayèrent d’enlever le roi , près de Meaux. Montmorency les battît à Saint- Denis (1567) et périt dans la victoire. La reine mère mit alors à la tête des troupes le duc d’Anjou, depuis Henri 111, qui gagna la bataille de Jarnac , où Coudé fut tué (1569), et celle de Moncontour, où Farinée protestante fut presque entièrement détruite (1570); mais le jeune roi de Navarre, Henri de Béarn (Henri IV), et Coligny reprirent le dessus, et la cour signa la paix de Saint Germain.
18- — On accorda aux calviuisles le libre exercice de leur culte, quatre places de sûreté et des honneurs. Le roi de Navarre épousa Marguerite , sœur de Charles IX. Coligny vint à Paris et captiva la confiance du roi ; mais Charles IX , entraîné par sa mère, ordonna de tuer tous les hérétiques : le massacre eut lieu à Paris, dans la nuit du 2i au 25 août, jour de la Saint-Barthélemy (1572). Coligny fut la première victime. Plusieurs milliers de personnes pé-
rirenl à Paris el dans les provinces, où cependant quelques généreux gouverneurs refusèrent d’obéir.
‘ La Saint-Barthélemy ne fit que donner du cœur aux protestants. Ils se fortifièrent à la Hochelle, où le duc d’Anjou les attaqua vainement; élu roi de Pologne pendant ce siège, il quitta la France, et y revint six mois après : Charles IX , son frère, venait de mourir sans postérité (1574).
19 . — L’esprit et le caractère du règne de Charles IX , c’est la perfidie, la corruption , l’ambition des grands , les fureurs des princes , le délire des factions et tous les malheurs de la guerre civile.
Henri III (1574-1589).
20- — Henri III , frère et successeur de Charles IX, se livra tout entier à la politique versatile de sa mère ; tantôt du parti protestant, tantôt du parti catholique, il envenima la querelle au lieu de l’apaiser.
21. — Henri le Balafré , duc de Guise, qui visait au trône, forma contre les calvinistes et le roi cette fameuse association calholique connue sous le nom de Ligue , appuyée au dehors par le pape Sixte-Quint el Philippe II , roi d’Espagne , au dedans et surtout à Paris par les Seize (c’étaient seize chefs qui s'étaient partagé les seize quartiers de la capitale). Henri III , pour déjouer la Ligue , s’en déclara le chef contre le nouveau roi de Navarre , Henri de Béarn, chef des protestants. Une armée qu’il envoya sous les ordres de Joyeuse, son favori, fut vaincue à Contras par le prince béarnais (1587); de son côté, le duc de Guise, avant repoussé une invasion des protestants d’Allemagne, devint l'idole du peuple; il rentra dans Paris, malgré la défense de Henri III ; celui-ci s’enfuit à Blois, y convoqua les états , et y fit assassiner le duc de Guise avec le cardinal.
22. — L’assassinat des Guise perdit Henri III. La Sorbonne le déclara déchu du trône; les Seize, conduits par Bussy le Clerc , firent déclarer par le parlement le duc de Mayenne , frère du Balafré, lieutenant-général du royaume. Henri III eut alors recours au roi de Navarre , qu’il avait toujours traité en ennemi ; tous deux vinrent faire le siège de Paris , et ils allaient prendre la ville, lorsque le roi fut assassiné à Saint- Cloud par un fanatique appelé Jacques Clément.
23- — L’esprit et le caractère du règne de Henri III, c’est la continuation de la guerre civile, encouragée par la
DE FRANCE. . t 453
faiblesse et la perfidie du monarque, l’exaltation des passions religieuses et politiques, qui tinirent par un régicide.
§ 4. Branche des Bourbons jusqu’à la révolution française (1589-1789).
I. Par qui la France fut-elle gouvernée depuis 1589 jusqu’en 1789 ? 2. Qu’était-ce que Henri IV, et que lit-il avant d’entrer dans Paris? — 3. De quoi s’occupa-t-il jusqu'à sa mort? — 4. Quel lut l’esprit et le caractère du règne de Henri IV? — 5. Quelle fut la minorité de Louis XU1, et que se passa-t-il jusqu’à l’entrée de Richelieu aux affaires? — G. Quelle fut l’administration du cardinal de Richelieu, et à quelle grande guerre prit-il part? —
7. Quel fut l’esprit et le caractère du règne de Louis Xlll ? —
8. Quelle fut la minorité de Louis XIV, et que se passa-t-il jusqu’à la mort de Mazarin ? — 9. Que se passa- t-il depuis la mort de Mazarin jusqu’au traité d’Aix-la-Chapelle? — !0. Que se passat-il depuis le traité d’Aix-la-Chapelle jusqu’au traité dcNimègue? — II. Que se passa-t-il depuis le traité de Nimègue jusqu’à la révocation de l’édit de Nantes? — 12. Que se passa-t-il depuis la
révocation de l’édit de Nantes jusqu’au traité de Ryswick ?
13. Que se passa-t-il depuis l’avénemenl de Philippe V au trône d’Espagne jusqu’aux traités d’Utrechl et de Rastadt, et la mort de Louis XIV? — 14. Quels sont les hommes célèbres de ce règne? — 15. Quel fut l’esprit et le caractère du règne de Louis XIV? — 16. Quelle fut la minorité de Louis XV, et la régence du duc d’Orléans? — 17. Que se passa-t-il depuis la mort du régent jusqu’à la guerre de la succession d’Autriche? — 18. Quels furent les événements de cette guerre? — 19. Que se passa-t-il depuis le traité d’ Aix-la-Chapelle jusqu’à la paix de Paris? — 20. Que se passa-t-il dans l’intérieur de la France pendant le règne de Louis XV ? — 21. Quel fut l’esprit et le caractère du règne de Louis XV? — 22. Quel fut le règne de Louis XVI jusqu’à la guerre d’Amérique ? — 23. Quels furent les événements de la guerre d'Amérique? — 24. Que se passa-t-il en France depuis la guerre d’Amérique jusqu’à la convocation des états généraux? — 25. Quel fut resprit et le caractère du règne de Louis XVI ?
1. — Depuis 1589 jusqu’en 1789, la France a été gouvernée par Henri 7^(1589), Louis XIII (ItilO), Louis XIV (1643), Louis XV (1715) et Louis XVI (1774).
Henri IV (1589-1610).
2- — Henri IV, roi de Navarre , descendant de Robert, lils de saint Louis, était le plus proche héritier de Henri HL
Manuel. — D» Supéiieur. 19
455 insTOJlu.
Il Tut reconnu par les protestants et par quelques seigneurs catholiques; mais, affaibli par des défections, il leva le siège de Paris. La capitale resta au pouvoir des Ligueurs et de Philippe II , qui convoitait la couronne pour sa fille. Henri IV suppléa par son courage actif à tout ce qui lui manquait, vainquit à Arques c tà Ivry (1589-1390) le duc de Mayenne, revint bloquer Paris , qu'il secourut lui-même dans une affreuse famine , et, s’étant converti au catholicisme, rentra dans sa capitale (1594).
5 . — En 1398, le traité de Fervins fil cesser les hostilités avec l’Espagne, et Y édit de Nantes accorda aux protestants le libre exercice de leur culte. Dès lors Henri IV et Sully, son ministre et son ami , travaillèrent à fermer les plaies de l’Etat. Tout était prêt pour une grande expédition contre la maison d'Autriche, lorsque ce bon roi fut assassiné par le fanatique Ravaillac (1610). 11 avait été surnommé le Grand.
— L’esprit et le caractère du règne de Henri IV, c'est que les abus furent corrigés, les dettes payées, les revenus augmentés, les impôts diminués, l’agriculture et le commerce encouragés, la sécurité rétablie partout, et que la prépondérance de la France commença dans les affaires de l’Europe.
Louis XIII (1610-1643).
U. — Louis XIII , fils de Henri IV, lui succéda. Marie de Médicis, veuve de Henri IV, nommée régente, abandonna ses projets et dissipa ses trésors. Le Florentin Cuncini , nommé maréchal d' Ancre , gouverna la reine mère et la France. Le duc de Luynes, favori du roi, perdit Concini (1617) et régna après lui. Marie fut tenue captive à Blois; le duc d’L'pemon la lira de prison, et la guerro éclata entre la mère et le fils (1619). Richelieu, évêque de Luçon, les réconcilia, et obtint, pourtécompense, l’entrée au conseil, le chapeau de cardinal et bientôt la place de premier ministre.
6. — Richelieu, pour affermir l'autorité royale, tourna ses premiers efforts contre les protestants, qui, pourvus de places fortes , de troupes et d’une marine, formaient une espèce de république au milieu de la France. La Rochelle était leur capitale. Richelieu vint l'assiéger en personne , ferma l’entrée du port par une digue, et se rendit maitre de la ville après quatorze mois de résistance (1628). Les protestants gardèrent leurs biens et leur culte ; mais leurs fortifications furent rasées et leurs privilèges abolis.
Quelques années après, Richelieu prit part à la guerre de Trente Ans. Cette guerre avait commencé en Allemagne dès 11)18. Richelieu secourut d’abord Gustave-Adolphe , roi de Suède , contre l’empereur Ferdinand 11, combattit les Impériaux en Italie, dans les Pays-Bas, en Catalogne, et contribua plus que tout autre à l’abaissement de la maison d’Autriche. Il mourut au moment où Louis XIII achevait la conquête du Roussillon sur Philippe IV, roi d’Espagne (IG 13). La politique de Richelieu fut inflexible; il abattit tout ce qui lui résista, et plusieurs seigneurs, entre autres Chalais et Cinq-Mars, payèrent leurs complots de la vie.
7. — L’esprit et le caractère du règne de Louis XIII, c’est que , par le cardinal de Richelieu, son ministre, il se fit une révolution dans le système politique de l’Europe: les factions fureut étouffées, les protestants soumis, les grands humiliés, la littérature encouragée, et tout, dans l’Etat, présagea la gloire du grand siècle.
Louis XIV (1643-1713).
8. — Louis XIV, fils et successeur de Louis XIII, n'avait que cinq ans à la mort de son père; Anne d’Autriche , sa mère, nommée régente, continua la guerre de Trente Ans avec vigueur. L’avénementde Louis XIV fut inauguré par la victoire de Rocroy, que le jeune duc d'Enghien remporta sur les vieilles bandes espagnoles. Il les battit encore à Fribourg, à Nordlingue et à Lens, et mérita le surnom de Grand Condé. Turenne se distinguait en même temps dans l’Allemagne, et leurs succès amenèrent la paix de // estphalie , qui donna l’Alsace à la France ( 1048). L’Espagne seule continua la guerre.
Le cardinal Mazarin avait succédé à Richelieu dans le ministère; haï du peuple, du parlement et de la noblesse, il vit s’élever contre lui une ligue appelée la Fronde , dont le cardinal de Retz, coadjuteur de l’archevêque de Paris , était Fàme. Le grand Condé tint d’abord le parti de Mazarin ; mais ses exigences et sa hauteur blessèrent la reine mère , qui le lit enfermer à Vincennes (IG50). Le duc d’Orléans, Gaston, frère de Louis XIII, entra dans la ligue, et la reine fut obligée de relâcher son prisonnier.
Bientôt commença la seconde Fronde : Condé et Caston en étaient les chefs ; Turenne les vainquit à Punique combat de cette guerre, au faubourg Saint- Antoine. La cour, qui deux fois avait quitté Paris, y revint, de même que Mazarin, qui deux fois s’était exilé. Condé, de rebelle, devint traître : il se mit au service des Espa-
gnols ; mais la victoire des Dunes, remportée par Turenne, força l’Espagne à la paix (4658). La France y gagna le Roussillon, une partie de l’Artois et de la Flandre, et le mariage de Louis XIV avec l’infante Marie-Thérèse. Condé revint à la cour; Louis XIV oublia ses fautes, et le prince les expia par de glorieux services. Mazarin mourut peu après (1661).
9. — Louis XIV, après la mort de Mazarin, voulut gouverner par lui-méme; Le Tellier, Louvois , Colbert , étaient ses principaux ministres. Avec eux il fit les plus grandes choses de son règne; les finances furent réglées, le commerce ranimé , l’industrie développée. Alors parurent les manufactures de tapisseries des Gobelins, d’Aubusson et de la Savonnerie ; de draps fins d’Abbeville , Sédan et Louviers ; de glaces de Saint-Gobain , de porcelaines de Sèvres , etc. En même temps Louis XIV faisait creuser le canal du Midi, élevait l'Observatoire, l’hôtel des Invalides, la colonnade du Louvre , le palais de Versailles ; créait nos diverses académies, pensionnait les gens de lettres, les artistes, même étrangers; purgeait la mer des corsaires barbaresques , rédigeait les codes, et méritait dans toute l’Europe le nom de Grand Roi.
Mais Louis XIV aimait trop la guerre et les conquêtes. Il reprit les armes pour soutenir les Provinces-Unies contre Charles II, roi d'Angleterre (1665), et deux ans après, pour conquérir les Pays-Bas espagnols, sur lesquels Marie- Thérèse avait des droits. En peu de temps Turenne et Condé prirent la Flandre et la Francne-Comté. La Hollande alarmée se ligua contre Louis XIV avec l’Angleterre , l’Espagne et l’Empire. Le roi garda la Flandre et signa le traité d’Aixla-Chapelle (1668).
10- — La guerre recommença, l’an 1672, à la gloire de la France. Louvois , ministre de la guerre , pourvut activement à tous les besoins des armées; Vauban dirigea les sièges; Turenne, Condé, Créquy, Luxembourg , l'amiral Duquesne, vainquirent presque partout; Louis XIV en personne conquit une partie de la Hollande avec toute la Franche-Comté , et força ses ennemis au traité de Nimègue , qui valut à la France la Franche-Comté et presque tous les Pays-Bas espagnols (1678).
11 . — Louis XIV, après la paix de Nimègue, acheva la réduction de l’Alsace par la prise de Strasbourg (1681) , et couvrit ses frontières de forteresses; mais il perdit Colbert en 1683. L’année suivante, devenu veuf de Marie-Thérèse,
il épousa secrètement madame de Maintenon , Agée de cinquante et un ans : c'était une femme spirituelle et douce, qui conserva et exerça sur lui un grand empire.
Cette année même (1684), Louis XIV révoqua l’édit de Nantes, par les conseils de LeTellier et de Louvois. On employa contre les protestants , à l’iusu du roi , des violences connues sous le nom de dragonnades ; il en émigra deux cent mille , qui portèrent à l’étranger leur industrie. Plus tard (1701-1704) les paysans des Cévennes , appelés Camisards, se révoltèrent, et pour les soumettre, il fallut employer contre eux le célèbre maréchal de Villars.
12. — En 1688, presque toute l'Europe se ligua contre Louis XIV. Guillaume , stalhouder de Hollande, commença par détrôner son beau-père, Jacques II; puis il tourna contre la France les forces de l’Angleterre. Louis XIV tint tête partout: lui-mêine prit Namur; Câlinât fut vainqueur à Staffarde et à Mar saille , en Italie ; Luxembourg , à Fieu rus, à Leuze, à Steinkerque et à Nerwinde, dans les Pays- , lias; Noailles, en Catalogne \Jean Bafl, Duguay-Trouiu, ruinèrent le commerce anglais; l'amiral Tourville , vainqueur dans la baie de Bcachy, vaincu à la llogue , triompha près de Cadix ; tant de succès forcèrent les ennemis à la paix : elle se conclut à Byswick (1607).
15- — Charles //, roi d’Espagne , près de mourir sans postérité, désigna pour son successeur, au lieu de l’archiduc Charles, Philippe V, petit-fils de Louis XIV (1700). L’Espagne le reçut avec joie; l’Europe s’en alarma, et de là naquit une nouvelle guerre. Les finances de Louis XIV étaient épuisées; il n’avait plus que de mauvais ministres; les bons généraux étaient devenus plus rares , et il y avait du côté de l’ennemi le prince Eugène de Savoie pour les Impériaux et Marlborougli pour les Anglais.
La lutte faillit devenir funeste à la France, malgré quelques succès de Villars, de Boufjlers, de Tallard et de Vendôme. Louis XIV, voyant la France épuisée , demanda la paix, à condition meme de reconnaître l’archiduc roi d’Espagne; mais les Hollandais poussèrent l’insolence et la barbarie jusqu’à exiger que le roi tournât ses armes contre Philippe V. Puisqu’il faut faire la guerre , dit noblement Louis XIV, j’aime mieux la faire à mes ennemis qu’à mes enfants. La nation, indignée, fit de nouveaux efforts; Vendôme, par la victoire de Villa-Viciosa (1710), assura la couronne d’Espagne à Philippe V, et Villars, par la vietoire deüenain{ 1711), obtint pour la France des conditions
raisonnables qui furent stipulées , pour la Hollande et l’Angleterre, dans la paix d’Utrecht (1713). L’empereur continua seul la guerre; mais Villars le força bientôt à signer la paix de Rastadt (1714). Louis XIV mourut un an après ce dernier traité (1715), ne laissant, d’une nombreuse et brillante famille, qu'un arrière-petit-fils d’une santé chétive , depuis Louis XV.
i fi. — Le règne de Louis XIV a été illustré par tous les genres de gloire. Outre les guerriers déjà cités, on distingue les poètes Corneille , Racine, Molière, La Fontaine, Boileau , Jean-Baptiste Rousseau ; les orateurs chrétiens Haurdatoue , Bossuet , Fénelon , Fléchier, Massillon ; les architectes Perrault et Mansard; les peintres Poussin et Le Sueur; les sculpteurs Puget , Girardon et Coysevox , etc.
lîî. — L’esprit et le caractère du règne de Louis XIV, c’est l'apogée du pouvoir royal , la suprématie reconnue de la FrdVice , la gloire des armes , des lettres et des arts portée «» -Plus haut degré, et l’Espagne devenue française par l’intronisation d’un petit-fils de Louis XIV.
«ru ' - fi fit
Louis XV (1715-1774).
Ifl. — Louis XV, successeur de Louis XIV, n’avait que cinq ans à la mort de son bisaïeul. Louis XIV avait disposé de la régence en faveur d’un fils naturel , le duc du Maine : le duc d’Orléans , Philippe, premier prince du sang, fil casser le testament de son oncle par le parlement , qui le nomma régent. Ce prince avait des qualités; mais il aimait à l'excès les plaisirs ; il était dominé par un homme infâme, Dubois, qui de laquais était devenu son précepteur, et qui devint alors premier ministre, puis cardinal.
La régence du duc d'Orléans fut une époque de corruption et d’impiété. Philippe se jeta dans l’alliance anglaise contre l’Espagne, où régnait un prince de sa maison, et ruina des milliers de familles par la banque frauduleuse d'un aventurier écossais nommé Law (pron. Lass) : le régent mourut quelque temps après la majorité du roi (1723).
4 7. — Louis XV, devenu majeur, confia la place de premier ministre au due de Bourbon , qui peu de temps après fut remplacé par le cardinal de Fleury , précepteur du roi : sous sou ministère , la paix régna dix ans , pendant lesquels la France répara tous ses malheurs. En 1733, Louis XV arma pour soutenir les droits de Stanislas Leczinski , son
l>£ FRANCE. 459
bcau-pcre, au Irône de Pologne , donl il avait été chassé par les Autrichiens cl par les Russes. Les Français battirent leurs ennemis; niais Stanislas renonça, par le Irait é de Vienne , à la couronne polonaise , en échange de laquelle il reçut les duchés de Lorraine et de Rar, réversibles à la France après sa mort (1755).
18 . — A la mort de l’empereur Charles VI, en 1 740, Marie-Thérèse, sa fille aînée, hérita de tous ses Etals ; mais six prétendants réclamèrent une part dans la succession d’Autriche. Le grand Frédéric , roi de Prusse, envahit la Silésie; l'électeur de Bavière , lieutenant-général de Louis XV, fut élu empereur (1742). Marie-Thérèse se réfugia en Hongrie; ses malheurs , son courage , ses paroles, y portèrent l'enthousiasme : Mourons pour noire roi Marie-Thérèse , tel fut le cri des Hongrois : ils lui rendirent la victoire. Les Russes, les Anglais et les Prussiens, qui se contentèrent d’une province , se déclarèrent pour elle en jalousie de la France, qui seule eut à soutenir le poids de la guerre. Après des succès divers, les Français , en présence de Louis XV et sous les ordres du maréchal deSaxc, vainquirent tous leurs ennemis à Fonlenoy, puis à Rocoux , puis à Lawfeld. Ces succès terminèrent les hostilités , et la paix d'Aix-la-Chapelle (1748) remit les choses dans leur ancien état.
19. — En 1 753 , les Anglais , sans aucune déclaration de guerre, dépouillèrent trois cents bâtiments du commejxe français, s’emparèrent du Canada, des Antilles cl de nos établissements dans l lndc. La guerre sur le continent ne fut pas plus heureuse. Louis XV s'était allié aux Autrichiens; Frédéric s’allia aux Anglais et battit nos troupes à Rosbach (1737). I ,es Français prirent leur revanche en plusieurs occasions; mais notre marine, négligée depuis Louis JIV, eut presque toujours le dessous, et la France, épuisée pat ses victoires comme par ses défaites , sacrifia ses colonies pour obtenir la paix C’est ce qu’on appelle la paix de Paris (1765). Louis XV mourut en 1774.
20. — En 1704, le duc de Choiseul, ministre de Louis XV, lit abolir en France la société des jésuites, qui, fondée par Ignace de Loyola pour s’opposer aux nouveautés religieuses, s’était répandue dans presque toutes les parties du monde.
En 1708, Gènes céda file de Corse à la France, et Bonaparte y naquit l’année suivante (13 août 1769).
21 . — L’esprit et le caractère du règne de Louis XV, c’est l’affaiblissement de la prépondérance française, le pouvoir excessif des favorites, la corruption des mœurs.
■ItO HISTOIRE
l'extension des mauvaises doctrines philosophiques, etc., toutes choses qui présagèrent la révolution dont Louis XVI fut victime.
Louis XVI (1774-1793).
22- — Louis X FI, petit-fils de Louis XV, avait épousé Marie-Antoinette d’Autriche, fille de l’héroïque Marie- Thérèse. Animé des meilleures intentions, il abolit les restes de la servitude territoriale, supprima la torture ou question judiciaire et rétablit le parlement selon le vœu du peuple^ mais ce parlement, par ses intrigues, éloigna du ministère les hommes les plus vertueux, que Louis XVI y avait appelés , Turgol et Lamoignon de Malesherbes (1776).
2,t. — Les colonies anglaises d’Amérique s’étaient révoltées contre ta métropole, qui, chargée de dettes, avait établi les nouveaux impôts du timbre et du thé. JFashington était à la tête des insurges. Franklin vint à Paris pour réclamer le secours de la France; Louis XVI, par un traité de commerce, reconnut l’indépendance des provinces américaines, qui avaient pris le nom d'Etats-Unis , et une foule de jeunes Français partirent pour l’Amérique avec le marquis de Lafayettc. L’Angleterre déclara la guerre à la France.
Le comte d’Estaing conduisit en Amérique une flotte et des troupes qui , réunies à celles de Washington , battirent presque partout les Anglais et les forcèrent à signer l'indépendance de leurs colonies. La guerre se faisait en même temps aux Indes. L’amiral français Suffren, bailli de l’ordre de Malte, et Tippo-Saeb, roi de Maïssour (Mysore), remportèrent sur l’ennemi commun des avantages qui amenèrent la paix de 1783. La France recouvra ses établissements des Indes, qu’elle avait perdus dans la guerre précédente.
24 — La guerre d’Amérique épuisa le trésor; le déficit était de cent dix millions. Pour le remplir, on convoqua les notables en 1787. Le parlement de Paris s’opposa aux mesures proposées, et l’assemblée se sépara sans avoir rien pu faire. Enfin, en 1789, Louis XVI convoqua les états généraux, qui n’avaient pas eu lieu depuis Louis XIII.
23. — L’esprit et le caractère du règne de Louis XVI, c'est l’enthousiasme des Français pour les idées nouvelles, l’abolition de l’ancienne monarchie et le commencement de ce qu’on appelle l 'ère constitutionnelle.
DE FBANCE.
Lettres et Sciences. — De la littérature, des sciences et des arts, de la législation, de l’agriculture et du commerce, sous les trois races.
i. Donnez des détails sommaires sur les lettres, les sciences , les arts et les monuments. — 2. Sur l’installation et le pouvoir des rois, sur la solde des troupes, sur la législation et l’administration de la justice. — 3. Sur l’agriculture et le commerce. — 4. Sur les agrandissements successifs de la France depuis Clovis.
— Les lettres jusqu'à Charlemagne restèrent renfermées dans les cloîtres, et la nation était plongée dans l’ignorance la plus profonde. Ce grand prince la tira de la barbarie; mais , après lui , elle y retomba et y resta jusqu’aux croisades (fin du 11 e siècle). Du 12 e au 13 e siècle, les richesses littéraires de la France se bornèrent à quelques épopées ou romans, quelques mémoires et quelques poésies légères. Les lettres et les arts reprirent leur essor sous François 1 er , à l’époque dite époque de la Renaissance (1C“ siècle) , avec Marot, Du Bellay, Cousin, Goujon, etc. Le mouvement continua sons ses successeurs, avec Ronsard , Montaigne, Amyot, et le 17 e siècle, appelé le siècle de Louis XIV, le porta au dernier degré de grandeur avec Malherbe, Corneille, Racine, Molière , Regnard , Boileau , La Fontaine, J. B. Rousseau, Bourdaloue , Bossuet , Fléchier, Fénelon, Massillon , pour les lettres; Descartes, Pascal, Malebranche, pour la philosophie; Mansard,Pugct, Girardon, Le Sueur, Poussin, Mignard, pour les arts. La littérature fut encore brillante au 18 e siècle; mais la tendance en fut irréligieuse, et le goût commença à y décliner : les littérateurs les plus célèbres de cette époque sont Voltaire, Crébillon, J. J. Rousseau, Buffon , Montesquieu: La Caille, D’Alembert, Lavoisier, firent faire de grands progrès aux sciences; mais la peinture dégénéra avec Boucher et Vanloo *.
Presque tous les monuments qui nous restent de nos pères ne remontent pas au delà du 11 e siècle. C’est à celte époque que l’architecture ecclésiastique perfectionna legenre gothique et qu’on vit s’élever les abbayes de Normandie, la basilique de Notre-Dame, les cathédrales d’Amiens , de
1. Voyez pour plus de détails l'histoire moderne, p. 373, 39C, etc.
Reims, de Charlres, de Rouen, de Strasbourg, etc. Saint l.ouis bâtit les Quinze- Vingls, l’Hôlel-Dieu, la Sorbonne et la Sainte-Chapelle. François I er fonda le Collège de France et la Bibliothèque royale, éleva les palais de Fontainebleau, de Saint-Germain en Laye, de Chambord, et commença le Couvre. Catherine de Médicis fit construire les Tuileries; Henri IV continua le Louvre, fonda i’hôpital Saint-Louis et bâtit le pont Neuf. l.ouis XIII établit le Jardin des plantes et l’Académie française. Louis XIV bâtit Fhôtel des Invalides, le palais de Versailles, les châteaux de Marly et de Meudon, l’Observatoire, etc. Louis XV éleva l’Ecole militaire et Sainte-Geneviève on le Panthéon.
2- — L'installation des rois se faisait en pleine campagne, en présence des soldats eide leurs chefs. On élevait sur un pavois ou bouclier le nouveau monarque ; il se reconnaissait à sa longue chevelure. Un homme rasé ne pouvait régner.
L'autorité des rois était limitée par de; assemblées annuelles appelées champs de mars , où se décidaient toutes les affaires d’intérêt général. Sous la seconde race , elles se nommèrent champs de mai, parce qu’elles eurent lien dans ce mois. j jJ mj
Les troupes n’avaient d’aufre solde que le partage des dépouilles; les chefs, comme les gouverneurs, recevaient des bénéfices ou fiefs, qui, d’abord viagers, devinrent plus tard héréditaires
Clovis, après la conquête, avait respecté les lois des peuples conquis; ses successeurs l’imitèrent. A mesure que leurs Etats s’agrandissaient , ils juraient de faire rendre la justice suivant le code de chaque peuple : les Gallo-Romains étaient traités, dans leurs relations civiles, d'après le code de Théodose ; les Bourguignons , d’après la loi Gombette; les Visigoths , d’après la loi visigothe , etc. Quant aux Francs, ils obéissaient les uns à la loi salique et les autres à la loi ripuaire.
La plus grande partie de la loi salique et de la loi ripuaire concernait les dommages faits , soit aux personnes , soit aux propriétés. Toutes les offenses étaient compensées par des amendes pécuniaires appelées compositions , qui se proportionnaient à la nature de l’offense , au rang et à la condition de l’offensé. Le meurtre d’un Franc se payait 200 sons d’or ‘ ; celui d’un Gaulois libre, 100; celui d’un serf, 43, etc.
t. Le sou d’or valait quinze francs.
La justice était rendue d’une façon à peu près uniforme. On ne connaissait point sous les "deux premières races ce qu’on a depuis appelé magistrature. Chaque classe, chaque profession avait son tribunal, ses lois et ses usages. Le peuple était jugé par des cenleniers daus les villages* par des comtes daus les villes, par des (lues dans les métropoles de provinces. L’homme de guerre avait pour juge un tribunal de guerriers, et l'ecclésiastique un tribunal ecclésiastique institué par l’évêque: c’est ce qu’on appelait être juge par ses pairs. Les juges laïques rendaient la justice armés de toutes pièces; on n’appelait de leurs sentences qu’au roi seul; ils çn étaient responsables, et payaient une amende si elles venaient à être cassées. Les veuves et les orphelins étaient sous la protection spéciale de l’évêque , et jamais on ne prononçait contre eux sans sa participation.
Dans les procès, on déférait le serment aux parties. Dans, les cas douteux et difficiles, on était admis à faire preuve de son innocence par diverses épreuves ou jugements de Dieu : ces épreuves étaient celles de l’eau chaude , de l’eau froide, du fer chaud, de la croix, et même du duel.
Charlemagne ne changea rien au droit romain , qui continua de régir les Maliens et les Gaulois; il ne fit que modifier la loi salique et les lois des Hipuaires, des Lombards, des Saxons, des Bavarois, etc. C’est ainsi que furent conservées la preuve testimoniale et les épreuves, les compositions, etc. La procédure par enquête et par torture est postérieure à cette époque.
Charlemagne institua la magistrature des en voyësroyaux ( missi dominici), dont les fonctions étaient de visiter tous les trois mois les provinces, d’y tenir des assises (placila minora), et de réformer au besoin les jugements des comtes Chaque légation royale ou tribunal ambulatoire était composée de deux ou trois membres , parmi lesquels il y avait toujours au moins un prélat.
La féodalité changea tout cet ordre de choses. Chaque comte devint le roi de son fief; leurs petites cours offrirent l’image de ce qu’était la cour des rois et des empereurs : ils réunissaient autour d’eux leurs officiers et leurs vassaux ; ils eurent des sénéchaux, des chanceliers, des plaids, et plus tard des parlements pour rendre la justice; ils exercèrent le droit de paix et de guerre les uns à l’égard des autres, et contre le roi lui-même; ils faisaient des cou quêtes, concluaient des traités, imposaient des taxes à leurs sujets pour subvenir aux frais de la guerre.
L'établissement des communes rendit plus de force à l'au-
ili HISTOIRE %
torité et à la juridiction royale. A la tête de l’ordre judiciaire se trouvait la cour des pairs ou des barons, destinée à juger les contestations du roi avec les grands vassaux, et celles des grands vassaux entre eux. Dans chaque tief , la cour de justice était aussi composée de pairs subalternes , qui sont représentés aujourd’hui par nos jurés. La cour du roi recevait les appels des justices seigneuriales , seulement dans les cas de défaut de droit et de faux jugement. Philippe Auguste établit, avant l'an 1190, quatre grands baillis, qui tenaient leurs assises tous les trois mois, et supprima la dignité du grand sénéchal, chef de la justice. Saint Louis créa un parlement ambulatoire vers 1251 ; il y admit des conseillers-clercs ou chevaliers de justice, et institua le ministère public. Philippe le Bel fixa le parlement à Paris (1302); ce fut lui qui le premier convoqua les étals généraux.
Depuis le règne de Philippe Auguste, la justice royale fit chaque jour de nouveaux progrès, et la juridiction féodale déclina en proportion. Louis IX se réserva les cas royaux ; plus tard , le parlement introduisit l’appel ordinaire et Y appel comme d’abus. Par là s'établit en pratique la maxime que toute justice émane du roi.
Les coutumes féodales qui régissaient la France, furent successivement réformées par les ordonnances des rois ou remplacées par la loi romaine, enseignée en Italie depuis le 12* siècle. L’élude du droit romain, encouragée par les empereurs et Ie3 rois , fut introduite dans les écoles françaises. Saint Louis emprunta aux codes de Justinien les principales dispositions de ses établissements , et la jurisprudence féodale s’effaça peu à peu. Les ordonnances de Louis IX abolirent dans la procédure civile le combat judi- v ciaire , déjà supprimé par la plupart des communes , et introduisirent la preuve écrite et la preuve par témoins. Néanmoins, les anciennes coutumes continuèrent d’être en vigueur dans les provinces du nord , qui formaient \e pays de droit coutumier. Au midi, la plupart des provinces suivaient le droit romain et formaient le pays de droit écrit.
Le parlement, après Philippe le Bel , se divisa en plusieurs chambres ou tribunaux , chambre des enquêtes , chambre du plaidoyer , etc. Les offices de cette cour souveraine ne furent d’abord que de simples commissions temporaires. Ce fut durant les troubles du règne désastreux de Charles VI que le parlement se prorogea lui-même et sc rendit perpétuel. En outre, les seigneurs s’y firent rem-
DE FRANCE. 44b'
placer peu à peu par fies conseillers légistes, qui finirent par former à eux seuls le corps du parlement. Les pairs de France ne se réservèrent que le droit de venir siéger dans les occasions solennelles.
Les assemblées nationales firent d’immenses progrès sous les premiers Valois. On les voit, sous Philippe le Beï , éten dre leurs attributions au luxe des habits (1329), et sous Jean II, empiéter sur les droits de la royauté. On voit ensuite, sous Charles V, la liberté politique se rectifier par elle-même , et les états généraux prendre une marche régulière. Sous Louis XI , ils réglèrent les apanages des princes , et les régences sous Charles VIII. Charles VII prescrivit la rédaction des différentes coutumes du royaume. François 1 e ' ordonna d’employer la langue française dans les arrêts et autres actes publics, jusque-là rédigés en latin. Ce fut aussi ce prince qui régla que les curés tiendraient un registre exact du baptême des enfants, où seraient indiqués le jour et l’heure de la naissance. On joignit ensuite à ce premier registre ceux de mariage, de mort, etc. Parla on put constater la vie, l’âge et l’état civil des citoyens.
Le parlement enregistrait les lois, les édits, les ordonnances. Cet enregistrement en autorisait l’examen , et cet examen entraînait le droit de remontrance. Ce droit devemontrance , lorsqu’on n’y avait pas égard , se changeait quelquefois en refus absolu d’enregistrement, et, pour l’obtenir, le roi tenait un lit de justice.
Diverses circonstances contribuèrent à rendre le parlement indépendant de l’autorité royale. Sous Louis XII,
3 uand des emplois venaient à vaquer dans les parlements u royaume, Le corps présentait trois candidats entre lesquels le roi choisissait le nouveau juge. François I er , dans un embarras d’argent, imagina de vendre ces emplois. Sully, plus grand financier que grand politique, assujettit les offices judiciaires, comme tous les autres offices, qui se vendaient au profit du trésor, à l’impôt annuel d’un soixantième , et , pour augmenter la valeur de l’emploi qu’il grevait de celte redevance, il attacha au payement de cet impôt l’hérédité des offices et même le droit de les céder, de les vendre comme des propriétés particulières. En 1641 , Richelieu réduisit le parlement à des fonctions toutes judiciaires, et il porta le dernier coup à la féodalité. L’ouvrage de Richelieu fut continué par Louis XIV, à qui l’on doit l’ordonnance civile, Y ordonnance criminelle, le code de commerce , le code noir ou la législation coloniale. Sous Louis XV, le parlement ne prétendit à rien moins , dit Vol-
taire, qua représenter l’Etal tout entier comme les états généraux perpétuels de la monarchie. Le chancelier de Aiaupeou le cassa en 1771, pour le remplacer par des conseil* supérieurs, qu’on appela parlement Maupeou. Louis le rappela en 1771 , détruisit les derniers restes de la servitude territoriale et supprima la torture ou question judiciaire dans les procédures criminelles. Alors vint la révolution de 1789, qui changea tout l’ordre de choses.
.7. — On n’a que fort peu de détails sur l’état de l'agriculture, dont les progrès ne datent réellement que d t u l!l* siècle. Sous les deux premières races, si l’on excepte le régné de Charlemagne, le commerce demeura toujours dans un état de langueur. Les commerçants étaient voyageurs • les pauvres marchands portaient leur balle sur le dos; ceux qui étaient plus riches avaient des voitures , mais ils avaient besoin d’escorte, et, en général, ils se réunissaient en caravanes armées : car ils avaient à redouter l’avidité des seigneurs , qui ne croyaient pas forfaire à l’honneur dans toute occasion où il y avait de la force à signaler. L’Espagne fournissait des chevaux; l’Angleterre, le fer, l’étain le p omb ; le Nord , les fourrures ; l’Orient , la gaze, le papier,
I huile d olive. La France donnait en échange de la poterie des cuivres ouvragés , du sel , du vin , du miel , etc. Lyon ! Arles, Marseille cl Narbonne, villes les plus commercantes de la France, lui servaient d’entrepôts pour l’Afrique et I Orient. Dans l’intérieur, on ne connaissait guère d’autre négoce que celui des marchés et des foires. Une des foires !es plus célébrés dans ces temps reculés fut celle du Landit, rlabhe d abord à Aix-la-Chapelle par Charlemagne, el peu apres transférée a Saint-Denis près Paris.
L’état imparfait du jardinage forçait dans le moyen âge a se nourrir principalement de viande de chasse, de boucherie, etc. ; une nourriture si forte exigeait , au moins dans I opinion des médecins du temps, l’usage fréquent des épices, dont aucune n’était plus goûtée que le poivre. Tel était le prix qu’on attachait alors à celte drogue, qu’on donnait aux vendeurs le titre de speciarii (épiciers), titre réservé jusqu’alors aux marchands de vases et de meubles d or et d’argent.
La variété des espèces monétaires d’un pays à l’autre forçait les négociants d’apporter des métaux en barres pour aire leurs achats; ceux qui vendaient en espèces du pays les échangeaient , en partant , contre de l’argent ou de For non monnayés : c’est ce qui donna naissance au métier de changeur ou de banquier, qui se trouvait presque partout
cnlrc les mains des Florentins et des Siennois. Plus laid , on employa les lettres de change , dont le premier exemple remonte à l’an 1525.
L’agriculture et le commerce, presque ruinés dans la période de rivalité entre l’Angleterre et la France, commencèrent à refleurir sous Charles VII, Louis XII et François I er ; on les négligea de nouveau pendant la durée des troubles religieux. Henri IV, qui les appelait, d’après Sully, les deux mamelles de l’Etat, leur accorda tous ses soins et toute sa protection. Richelieu marcha sur ses traces, et Colbert, ministre de Louis XIV, leur donna , par ses ordonnances et les manufactures de Sédan , d’Abbeville , de Saint-Cohain, etc., une impulsion nouvelle qui depuis n’a cessé de s'accroître.