L’antiphrase
1 . — Il y a sept tropes principaux, savoir : la métaphore, ) 'allégorie, la catachrêse, la métonymie, la synecdoque, l'antonomase et l'antiphrase.
2. — La métaphore est une ligure qui transporte un mot de son sens propre à un autre sens qui lui est appliqué par comparaison. Exemple :
La campagne est riante. — Le mot riante n’a plus ici son sens propre, il ne signifie plus qui rit, mais agréable a la vue , et cela par comparaison.
3. — L 'allégorie n’est proprement qu’une métaphore continuée qui , sous le voile d’un sens propre, cache un sens purement figuré. Telle est l’allégorie où madame Deshoulières recommande ses enfants à Louis XIV.
Dans ces prés fleuris I Cherchez qui vous mène.
Qu’arrose la Seine, | Mes chères brebis, etc.
4 . — La catachrêse, ou abus de mots, est une espèce de métaphore par laquelle on supplée h des mots qui n’existent pas dans la langue usuelle. C’est ainsi qu’on dit :
Un cheval J erré d'argent , une feuille de papier, les branches d’une famille, d’un lustre, d’une science.
a. — Ea métonymie, ou changement de nom, n’est
qu’un mol mis pour un autre. Elle prend : 1° Ja cause pour l'efl'et ; 2° l’effet pour la cause ; 3° le contenant pour le contenu ; 4° le signe pour la chose signifiée. Exemples :
1° Elle vil le bûcher qui fallait dévorer.
2° Elle a bu le trépas dans la coupe sacrée.
3° Arrêtez!.... Cette coupe était empoisonnée.
4° A la fin j’ai quitté Yaiguille pour la plume.
O- — La synecdoque, ou compréhension, est une espece de métonymie qui prend : 1° le genre pour l’espèce ou •l'espèce pour le genre; 2° la partie pour le tout ou le tout pour la partie ; 3° le nom de la matière pour la chose qui en est faite. Exemples :
t° Les mortels, pour les hommes; un Éden, pour un séjour délicieux.
2° Cent voiles, pour cent vaisseaux ; les peuples qui boivent la Seine, pour des eaux de la Seine.
3° L’airain tonne, pour le canon.
7 . — L 'antonomase est une espèce de synecdoque qui prend un nom commun pour un nom propre et réciproquement. Exemples :
L ’ orateur romain, pour Cicéron ; — un T ibère, pour un prince cruel et fourbe.
0. — L'antiphrase fait entendre l’opposé de ce qu’on dit. Exemples :
Modeste comme un Gascon ; — humble comme un Espagnol.
§ 13 . Des idiotismes, des synonymes, des homonymes , des néologismes et des locutions vicieuses.
J . Qu’entend-on par idiotisme ? Chaque langue en a-t-elle, et comment appelle-t-on ceux de la langue française? Donnez-en de* exemples.— 2. Qu’entcnd-on par synonymes? Y a-t-il réellement des synonymes ? Donnez-en des exemples.— 3 . Qu’entend-on par homonymes? Donnez-en des exemples. — 4. Qu’entend-on par néologisme? Donnez-en des exemples. — 6. Qu’esl-ce qu’une locution vicieuse? Donnez-en des exemples.
(. — On entend par idiotisme une construction, une locution contraire aux règles communes et générales, mais propre et particulière à une langue et autorisée par l'usage.
Chaque langue a ses idiotismes ; ceux de la langue française s’appellent gallicismes. Tels sont :
Il y a, — c’est à vous de, — si j'étais gue de vous , — il vient de partir, — il va revenir, — les vieilles gens sont aisément soupçonneux.
2. — On entend par synonymes des mots qui ont la même signification ou une signification presque semblable. Tels sont aimer et chérir, dispute et contestation, etc. Cependant on peut dire qu’il n’y a pas à proprement parlerde synonymes dans une langue. Sans doute, il y a des mots qui, dans plusieurs circonstances, peuvent se prendre indifféremment l’un pour l’autre, parce qu’ils ont des rapports communs et que la nuance qui les sépare est trèsfaible; mais chacun d’eux exprime une idée particulière que lui seul peut rendre exactement. Ainsi
Les cinq adjectifs, indolent, nonchalant, négligent, paresseux, fainéant, expriment un défaut contraire à l’amour du travail : voilà l’idée commune qui permet de les employer l’un pour l’autre, lorsqu’on veut blâmer en général ce défaut ; mais si l’on veut de la précision dans les termes, alors la synonymie disparaît. On est indolent par défaut de sensibilité ; nonchalant par defaut d’ardeur ; négligent par défaut de soin ; paresseux par défaut d'action ; fainéant par antipathie de la peine.
IV. B. Voy. d’autres exemples de synonymes , p. 62, 67, 90, 99 et 102.
3 . — On entend par homonymes des mots pareils soit aux yeux, soit à l’oreille, mais qui expriment des choses différentes. Ex. :
Mule, chaussure, et mule, animal ; chêne, arbre, et chaîne, lien ; seing, sceau, et sein, partie du corps.
N. B. Voy. d'autres exemples d’homonymes, p. 15.
4 . — On entend par néologisme ou l’emploi de termes nouveaux, ou le défaut de donner aux mois reçus une signification contraire à l’usage, ou l’union bizarre de plusieurs expressions qui ne peuvent aller ensemble. Ex. :
Activer pour donner de l’activité , — démoraliser pour altérer les mœurs ou abattre le courage;— décomposer les ressorts d’un empire ; — calculer son existence ; — s’élever au maximum de la gloire ; — grossir la masse des erreurs; — un esprit excentrique.
<$. — Une locution vicieuse est une façon de parler con-
traire aux règles de la grammaire et non autorisée par l’usage. Telles sont :
Prendre à brasse-corps, au lieu de à bras-le-corps.
A nos âges, à notre âge.
Vers les midi, les minuit, vers le midi, te minuit.
A midi, à minuit précise.
Avoir des raisons avec quelqu’un, Comme de juste,
Un quelqu’un, un chacun,
Quelle heure est-ce?
Qu’est-ce qui appelle ?
Il en a mal agi envers moi,
Je me suis en allé, je m’en y vas, Allumer la lumière, du feu,
Il ne décesse de parler,
Jouir d’une mauvaise santé,
J’ai rempli mon but,
Où restez-vous?
J’en deviens (en pariant d’un lieu) , Je sors d’étre malade,
Voyons voir, regardez voir,
11 y avait sept à huit personnes ,
La clef est après la porte,
Les mains liées derrière le dos.
Klre ingrat vis-à-vis quelqu’un,
Nous sommes le combien clu mois ?
Il est aussi grand comme moi ,
(’.e lieu ici , ce moment ici,
Jouez, et puis ensuite travaillez,
Je ferai de manière à ce que vous soyez content.
Travaillez, ou sinon vous serez puni
à midi, à minuit précis, avoir une dispute avec, comme il est juste, quelqu’un, chacun, quelle heure est-il ?
qui est-ce qui appelle? ou qui appelle ?
il a mal agi, ou il en a mal usé.
je m’en suis allé, j’y vais, allumer la chandelle, la bougie, etc., faire du feu.
il ne cesse de parler, il ne déparle pas.
avoir une mauvaise santé.
J'ai atteint mon but ou à mon but.
où demeurez-vous ?
J’en viens.
je viens d’être malade, voyons , regardez, il y avait sept ou huit personnes.
à la porte, à la serrure, les mains liées au dos.
envers quelqu’un ou à l’égard de quelqu'un.
quel estle quantième du mois?
que moi.
celicu-ci, ce moment-ci.
jouez, et ensuite travaillezje ferai de manière que vous soyez content.
travaillez, sinon, vous serez puni.