‹ Nouveau manuel des aspirants et aspirantes aux brevets complémentaires de l'instruction primaire rédigé d'après les programmes officielsChapitre 92 sur 327 · II. HISTOIRE DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

II. HISTOIRE DE L'ÉGLISE

§ 1. Histoire de l'établissement de l’Église et du christianisme jusqu'à la première persécution.

I. Que firent les apôtres après l’ascension de J. C. ?-— 2. Qu’arrivat-il le dixième jour de leur retraite ? — 3. Que firent les apôtres après avoir reçu le Saint-Esprit? — 4‘. Comment les princes des prêtres se conduisirent-ils à leur egard ? — 5. A quoi servit la persécution et quel fut le premier idolâtre de naissance qui se convertit? — 6. Racontez la conversion de Saul ou saint Paul. — 7. A quelle occasion eut lieu le concile de Jérusalem? — 8. A quelle occasion furent établis les diacres? — 9. Quel fut le premier martyr? — 10. Quel fut le sort de tous les apôtres?

1. — Après avoir vu J. C., leur maître, monter au ciel , les apôtres, obéissant à sa parole , s’enfermèrent dans le cénacle avec Marie, mère de Jésus, afin d’attendre le Saint- Esprit , qui leur avait été promis. Ils passèrent dix jours dans la retraite et la prière : Pierre, qui présidait le collège apostolique, proposa de choisir, parmi ceux qui avaient vécu avec le Seigneur, un témoin qui succédât à l’apostolat du traître Judas; on jeta le sort entre Mathias et Barsabé , en priant le Seigneur de faire connaître celui des deux qu’il avait choisi. Le sort désigna Mathias, et il fut mis au nombre des douze.

2 . — Le dixième jour de leur retraite, dimanche de la Pentecôte , anniversaire de la publication de la loi sur le mont Sinaî , au matin , un grand vent se fit entendre et remplit toute la maison ; des langues de feu apparurent et elles se reposèrent sur la tête des disciples , et à l’instant même ils furent remplis du Saint-Esprit.

3. — Alors les disciples sortirent, louant à haute voix et en différentes langues les grandeurs du Seigneur. La multitude que la solennité de la fête avait rassemblée de toutes les parties de l’Asie les environna , et écouta avec étonnement ces hommes sans lettres qui parlaient un grand nombre de langues. Pierre leur prêcha J. C. et la nécessité du baptême; 3000 d’entre eux se convertirent et furent baptisés. Des conversions ou des miracles confirmaient partout la prédication des apôtres.

RELIGIEUSE ET MORALE. lfi'l

4. —Cependant les princes des prêtres, qui avaient condamne J. C., s irritèrent de voir ainsi se répandre la gloire de son nom. Les apôtres furent conduits devant le conseil et interrogés sur leur doctrine. Pierre répondit qu’ils prêchaient au nom de J. C. que les Juifs avaient crucilié. On les laissa aller en leur commandant le silence ; mais ils continuèrent à annoncer la parole divine, à convertir, à opérer des miracles. On les mit une seconde fois en prison ; mais 1 ange du Seigneur les délivra pendant la nuit et leur ordonna <1 aller prêcher dans le temple; on les y saisit pour les conduire devant le prince des prêtres, et, aux reproches de leurs juges, ils répondirent toujours: Nous prêchons J- C.; il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. On renvoya de nouveau les accusés , toutefois après les avoir tait battre de verges et leur avoir renouvelé la défense de prêcher au nom de J. C.

d. — La persécution servit aux progrès de l’Évangileelle obligea les apôtres et les disciples à se disperser et ils poi tèrent partout la nouvelle du salut, non-seulement parmi les Juifs , mais encore parmi les gentils ou païens. Le centurion Corneille fut le premier idolâtre de naissance qui reçut le baptême et fut admis dans l’Eglise (59 de J. C.).

6. — Mais le Seigneur avait suscité l’homme qu’il avait le plus particulièrement destiné à prêcher la foi aux païens. Saul, Juif et pharisien, persécutait l’Eglise avec fureur lorsque, sur le chemin de Damas , H fut miraculeusement renversé de cheval, et il entendit la voix du Seigneur lui dire: Saul, Saul, pourquoi me persécules-tu? La grâce en ce moment changea son cœur, et, disciple docile, il s’écria : Seigneur, que voulez-vous que je fasse? Le Seigneur lui ordonna de se rendre à Damas, près d’un disciple nommé Ananie , qui lui enseignerait ce qu’il devait faire II reçut le baptême sous le nom de Paul (54 de J. C.) et depuis, il n’y eut pas de travaux ni de souffrances qu’il ri acceptât pour la gloire de J. C. et la prédication de la vérité. Il parcourut l’Asie et la Grèce, et alla rejoindre à Home >aint Pierre, qui avait établi le siège apostolique dans cette capitale de l’idolâtrie,

7. Cependant une question s’éleva à propos des gentils convertis, que quelques-uns voulaient obliger à la loi mosaïque. Sur l’opposition de Paul etdeBarsabé, la controverse fut soumise aux apôtres reunis en concile à Jérusalem (51 de J. C.). Pierre présidait, et, par son avis, on décida dans le sens des opposants; un décret fut dressé et envoyé

Manuel. — D. Supérieur. $

à toutes les Églises sous celle forme : Il a paru au Saint- Esprit et à nous... Partout la décision du concile fut reçue avec la même soumission que la parole même de Dieu.

g. — Les premiers chrétiens ne regardaient pas comme leur appartenant ce qu'ils possédaient ; mais ils venaient déposer aux pieds des apôtres le prix de leurs propriétés, et on le distribuait à chaque famille suivant ses besoins. Les apôtres s’étaient d’abord chargés de ce soin ; mais lorsque le nombre des fidèles s’accrut , ils furent obligés de le confier à des diacres, qu’ils consacraient par l’imposition des mains.

9 . — Etienne , l'un des sept premiers diacres , joignait à ces fonctions celle de prédicateur. Son zèle lui mérita la gloire de verser le premier son sang pour J. C. Il fut lapidé l’an 33 de J. C., et en mourant, à l’exemple de son maître , il pria pour ses persécuteurs. Sa prière fut exaucée : elle obtint la conversion de Saul, qui avait coopéré à sa mort.

10. — Tous les apôtres, hors saint Jean, scellèrent de leur sang la foi qu’ils avaient annoncée, et loin de laire taire la parole qui avait déjà retenti jusqu’aux extrémités de la terre , leur mort donna une force invincible à leur témoignage, et tous les efforts des rois et des empereurs furent impuissants pour arrêter les progrès de l’Evangile.

" § 2 . Histoire de l’Église pendant les persécutions.

1 . Le christianisme s’établit-il sans obstacles et combien compte-t-on de persécutions ? — 2. Racontez la l re persécution générale. — 3. Racontez le siège et la destruction de Jérusalem. — 4. Racontez la 2 e persécution. — 5. la 3 e persécution. — 6. la 4 e persécution. — 7. la 5 e persécution. — 8. la 6 e persécution. — 9. la 7 e persécution. — 10. Racontez la 8 e persécution et la conduite des chrétiens à l’époque des trente tyrans et de la grande peste. — 1 1. Racontez la 9 e persécution. — 12. la 10 e persécution. — 13. Quels sont les événements qui ont précédé la conversion de Constantin ?

1 . — Le christianisme fut bien éloigné de s’établir sans obstacles. Il eut pour premiers adversaires les Juifs déicides, puis les païens ou gentils, qui employaient contre les chrétiens les supplices les plus affreux, sans vaincre leur persé-

vérance. Les persécuiions commencèrent dès le premier siècle de l’ère chrétienne : le nombre en fut très-considérable ; mais on ne donne ce nom qu’à celles qui furent décrétées par les empereurs romains. On compte dix persécutions impériales depuis Néron jusqu’à Constantin, c'est-àdire dans les trois premiers siècles.

2 . — Néron est le premier empereur qui publia un-édit contre les chrétiens. Ce prince cruel, irrité de ce que plusieurs personnes de son palais abandonnaient le culte que iui-méme rendait aux idoles , publia un édit pour défendre, sous peine de mort, d’embrasser la religion chrétienne. Dans le même temps, un incendie qui arriva à Rome, et dont on accusa les chrétiens, devint le signal de la première persécution générale (64 de J. C.). Les principales victimes furent saint Pierre et saint Paul. Saint Pierre fut crucifié la tète en bas; et saint Paul, en qualité de citoyen romain , eut la tête tranchée.

— Les plus ardents persécuteurs des fidèles étaient les Juifs : ils tuèrent saint Jacques le Juste, évêque de Jérusalem. C'était une sorte de révolte contre les Romains qui leur avaient ôté le droit de vie et de mort ; ils en vinrent bientôt à uue rébellion ouverte, respasien, commandant de l'armée romaine, vint mettre le siège devant leur ville, et lorsqu’il fut appelé à l’empire, il chargea son fils Titus de le continuer. Toutefois la ruine de Jérusalem fut moins l'ouvrage des Romains que celui des Juifs. Peuple déicide, acharnés les uns contre les autres, ils devinrent leurs propres bourreaux. La discorde y renouvelait sans cesse le carnage. La famine mit le comble à ces horreurs. Tout servit d’aliment; une mère tua son fils pour le dévorer. Titus, instruit de ce crime, frémit, et jura qu'il l’ensevelirait sous les ruines de la ville. Prise d’assaut, elle fut rasée, et le temple, réduit en cendres; près d’un million d’hommes péril dans ce siège (70 de J. C.).

— Après la mort de Néron , les chrétiens avaient joui , sous Vespasien et Titus, d’un peu de relâche, et continué à se multiplier considérablement. Mais l’empereur Domitien, aussi ombrageux et aussi cruel que Néron, résolut de détruire cetle religion nouvelle, qui lui portait ombrage, et il commença contre les chrétiens la deuxième persécution générale de l’an 95. Le plus célèbre martyr de cette persécution fut l’apôtre saint Jean. On le plongea dans une chaudière d’eau bouillante; mais il n’en ressentit aucun mal. Domitien le lit reléguer à Pathmos, où

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il écrivit son Apocalypse. Ce ne fut qu'après la mort du tyrun que saint Jean revint à Ephèsc, où il mourut à l'âge de cent ans.

y. — Après saint Pierre , l’Eglise de Rome fut gouvernée par des prêtres ou papes, dont les trois premiers furem saint Clément , saint Lin et saint Clet. Sous le quatrième, saint Evariste, l’empereur Trajan, dont l’histoire d’ailleurs vante la clémence, ordonna que les lois sanguinaires portées contre les chrétiens par ses prédécesseurs fussent exécutées dans les différentes provinces de l’empire; et ta troisième persécution générale commença l’an 106. Un djs premiers qui souffrirent alors le martyre fut saint Siméon, proche parent de J. C. et évêque de Jérusalem. Quoique âgé de cent vingt ans, ce saint vieillard supporta le supplice de la croix avec le plus sublime courage. Parmi beaucoup d'autres martyrs, nous remarquons saint Ignace , évêque d’Antioche , qui fut interrogé par Trajan lui-même ; il fut condamné , et couduil à Rome pour y être exposé aux bêtes féroces et servir de spectacle au peuple (107;.

Ij. — Le sang des martyrs rendait l'Eglise féconde, et le nombre de ses enfants augmentait chaque jour avec celui de ses apologistes, parmi lesquels on remarque à cette époque saint Justin. L’empereur Marc Aurèle , prévenu par les calomnies dont on noircissait les chrétiens, se montra cruel à leur égard , et devint l’auteur de la quatrième persécution générale qu’ils eurent à souffrir. Elle commença ù Smyrne, l’an 166, et fut très-violente, si l’on en juge’par le grand nombre de ceux qui souffrirent alors le martyre. Le principal de ces martyrs fut saint Polycarpe , évêque de Smyrne, âgé de quatre-vingt -six ans, qui fut condamné à être brûlé vif ; mais les flammes n’ayant point attaqué son corps, ses bourreaux le percèrent d’un coup d’épée. Cependant la fureur de la persécution se ralentit à l’occasion d’une pluie miraculeuse que les prières d’une légion chrétienne , nommée la Mélitine ou la Fulminante , avaient obtenue à l’armée romaine , dans une expédition contre les Marcomans. Mais la tranquillité que la politique força Marc Aurèle d'accorder aux chrétiens ne dura pas longtemps : la persécution se ralluma trois ans après, et éclata surtout dans les Gaules. Saint Pothin, premier évêque de Lyon, périt âgé de quatre-vingt-dix ans, ainsi que sainte Blandine , jeune esclave à laquelle on ne put arracher, dans les tortures, que ces paroles : Je suis chrétienne; il ne se commet pas de crime parmi nous.

Morale

\ Autun, saint Symphorien, qui avait témoigne hautement son mépris pour le culte des idoles , fut condamné à mort , et il subit le supplice , animé et fortifié par les exhortations de sa généreuse mère.

7. — Cependant l’Eglise étendait partout ses conquêtes , et déjà les chrétiens au second siècle remplissaient l’empire. Les païens ne répondirent à ces progrès que par des supplices, et l'empereur Seplime Sévère, la première année de son règne, publia de sanglants édits contre les chrétiens (199). La cinquième persécution générale commença en Egypte 1 an 202; elle y fut très-violente, et s’étendit ensuite dans les Gaules et à Carthage. Parmi les martyrs qui, dans celte persécution , répandirent leur sang pour la foi , on distingue , en Egypte, Léonide , père d’Origène, qui, appliqué à la question, confessa courageusement sa foi; dans les Gaules, saint Irénée , disciple de saint Polycarpe et successeur de saint Pothin. A Lyon , le nombre des martyrs alla à dix-neuf mille, sans compter les femmes et les enfants.

8. — Les empereurs qui succédèrent à Seplime Sévère ne persécutèrent point les chrétiens, et l’Eglise resta tranquille pendant vingt-quatre ans : Alexandre Sévère leur fut même favorable. Mais l’empereur Maximin I er les tyrannisa de nouveau. Le sixième persécution générale commença l’an 255, dura trois ans, et tomba principalement sur les évêques et les prêtres : on condamna aux derniers supplices tous ceux dont on put se saisir.

9. — Dès le commencement de son règne, l’empereur Dèce publia contre les chrétiens un édit sanglant, qu'il envoya à tous les gouverneurs de province : l’exécution s’en lit avec une extrême rigueur, et la septième persécution générale commença l’an 250. Le pape saint Fabien, saint Alexandre, évêque de Jérusalem, saint Iiabylas] évêque d’Antioche , et surtout saint Pione , furent les plus illustres martyrs de cette persécution. Origène, alors âgé ue soixante ans, fut appliqué à la torture; mais il en réchappa.

10. — L’empereur Valérien excita contre les chrétiens la huitième persécution générale ; elle commença l’an 258. Parmi les martyrs de celte persécution , nous distinguerons le diacre saint Laurent, qui fut mis sur un gril et rôti à petit feu; le pape saint E tienne ; saint Cyprien, évêque de Carthage ; et à Césarée , en Cappadoce, un jeune enfant

nommé Cyrille, qui montra un courage extraordinaire

pour son âge.

A cette époque, chaque armée décernait l’empire à son général, et il s’éleva jusqu’à trente tyrans à la fois. A ces maux déjà si grands , la peste vint ajouter ses ravages ; elle désola surtout Rome et Alexandrie. Les chrétiens montrèrent en cette occasion quelle noble et courageuse charité inspire la foi. Les prêtres et un grand nombre de laïques vertueux se consacrèrent à l'assistance des pestiférés , soit qu’ils fussent païens ou chrétiens. Plusieurs y périrent, sans que leur mort effrayât le dévouement de ceux qui survivaient. Les idolâtres ne pouvaient comprendre un tel esprit de sacrifice. On les voyait abandonner ceux mêmes qui leur étaient les plus chers; ils les jetaient dans les rues avant qu’ils fussent morts, et laissaient leurs corps sans sépulture: tant ils craignaient de contracter la contagion, que toutefois ils n’évitaient pas.

II. — L’empereur Aurélicn ne s’était pas d’abord montré contraire aux chrétiens; mais il changea tout à coup de conduite à leur égard (275). Il était sur le point de signer un édit contre eux , lorsqu’il fut arrêté par la foudre , qui tomba à ses pieds ; mais, sur la fin de son règne, il publia de sanglants édits, dont sa mort , arrivée peu après , empêcha l’exécution. On rapporte à celle neuvième persécution générale le martyre de saint Denis, premier évêque de Paris, qui eut la tête tranchée sur une montagne située près de cette ville, et nommée, peut-être pour cette raison, Mont des Martyrs , et vulgairement Montmartre.

12- — L’empire romain, qui, depuis trois siècles, faisait de continuels mais inutiles efforts pour détruire le christianisme, en fit un dernier pour essayer de l’abattre. Dioclétien régnait alors en Orient et Maximien en Occident, sous le titre d’Augustes, avec deux Césars, Galérius et Constance Chlore, père de Constantin. Ces deux princes s’accordèrent parfaitement pour persécuter les chrétiens, et la dixième persécution générale commença l’an 303 : on l’appelle Vère des martyrs. Maximien surtout fut particulièrement secondé par Rictius Varus, son préfet dans les Caulcs. Saint Quentin , à Amiens ; saint Victor, I l Marseille, 1 ; saint Vincent, à Saragosse, et bien d’autres, souffrirent courageusement le martyre pour J soutenir la foi qu’ils avaient embrassée et qu’ils avaient vu établir par beaucoup de miracles. Mais ce qui doit surtout fixer nos remarques, parmi les martyrs de cette persécution , c’est l’accord admirable d'une légion tout entière, composée de chrétiens,

qui se laissa égorger avec son chef, saint Maurice, plutôt que de renoncer à la religion chrétienne, et cela sans murmure et sans aucune résistance : c’est la légion Thébéenne ou Thébaine.

15 . — Après avoir forcé Dioclétien et Maximien à abdiquer, Galérius, sans consulter Constance Chlore (Constance I er ), son collègue, choisit pour Césars Data Maximin II, son neveu, et Sévère. Tandis que Galérius écrasait, par Ja plus odieuse tyrannie, la plus grande partie de fempire qu’il s’était réservée, Constance Chlore se faisait aimer de ses sujets. Sans faire profession du christianisme, il l’aimait et le favorisait ; Hélène , sa première femme , était chrétienne. Constantin , son fils , retenu comme en otage par Galérius , rejoignit son père , malgré les embûches de l’empereur ; il le trouva expirant à York (306). Les troupes le proclamèrent Auguste ; mais il se contenta pour le moment du titre de César. A cette nouvelle, l’Italie se souleva et proclama Maxence , fils de Maximien, qui s’empressa de rendre la pourpre à son père. Sévère , envoyé contre eux par Galérius, tomba sous leurs coups. Licinius, ami de Galérius , reçut le titre d’Auguste. Maximin II se le fit donner aussi par son armée ; Maximien l’accorda à Constantin avec la main de sa fille Fausta ; mais il conspira bientôt contre son gendre , qui le punit de mort (310). Galérius périt à son tour par un horrible ulcère, qu’il regarda comme une pnnition divine (311). Maxence, toujours maître de Rome, refusa de s’accommoder avec Constantin. Celui-ci,- qui méditait déjà d’embrasser le christianisme, marcha contre son rival, vit dans les airs, audessus du soleil, une croix lumineuse avec cette inscription : In hoc signo vinces (lu vaincras par ce signe), la fit représenter sur l’enseigne romaine appelée Labarum , battit trois fois Maxence, qui se noya dans le Tibre, entra en triomphe à Rome (312), et se convertit publiquement au christianisme.

$ 3. Histoire de l’établissement du christianisme dans le monde romain et barbare.

I . Que se passa-t-il immédiatement après la conversion de Constantin? — 2. Qui est-ce qui disputa la victoire à l’Eglise^ après que Constantin eut déclaré le christianisme religion de l'Etat? — 3. Qu’arriva-t-il à l'hérésie d’Arius? — 4. Que fit Julien contre le christianisme? — 5. Quel fut le sort de l’arianisme

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après Julien? — 6. Quelles sont les autres hérésies principale* du 4 e au 6 e siècle? — 7. Quel était l’état du christianisme avant l’invasion des Barbares ? — 8. Quel fut l’état du christianisme parmi les Barbares de l’invasion, et quelle est la plus importante des conversions ?

i. — Licinius , ancien collègue de Galérius, auquel Constantin avait fait épouser sa sœur Constantia, sévit atlaqué dans l’Asie Mineure par Daïa Maximin II, allié de Maxence. Daïa, vaincu deux fois, s’empoisonna à Tarse

S . Constantin et son beau-frère publièrent un édit fale aux chrétiens; mais Licinius, jaloux de son collègue, les persécuta pour lui déplaire. Une lutte s’engagea entre les deux Augustes. Licinius, battu deux fois, demanda la paix et l’obtint avec sept provinces (315). Grâce à l’entremise de Constantia, cette paix dura huit ans (315-323). Enfin Licinius rompit le traité et déclara la guerre à Constantin, qui le vainquit près d’AndrinopIc, avec ce mot de ralliement : Dieu sauveur. Licinius , pris dans sa fuite, obtint sou pardon; mais il complota contre son bienfaiteur, et reçut enfin la mort qu’il méritait (324).

2. — Alors Constantin I er déclara religion romaine le christianisme, auquel il devait la victoire. L’idolâtrie tomba rapidement, non par force et par violence, mais d’elle-même et par sa propre faiblesse. L’Eglise avait triomphé avec Constantin ; mais les vieilles religions et les nouvelles hérésies vinrent lui disputer la victoire. Une foule de chrétiens, convaincus ou entraînés plutôt que convertis, étaient recrutés par l’hérésie, qui séduisit aussi les puissants. L’idolâtrie, qui n’avait plus d’autres ressources que les sophistes, entêtés de la théurgie, et la multitude, passionnée pour les spectacles , observait les troubles du christianisme et semblait attendre un retour de fortune ; enfin les Juifs, difficiles à comprimer , étaient prêts toujours et partout à se joindre aux hérétiques et aux païens contre les catholiques; mais tous leurs efforts furent impuissants.

3. — L’hérésie d ’Arius, prêtre d’Alexandrie, qui niait la divinité du Verbe, fut anathématisée, et la croyance de l’Eglise , constatée par une formule ou profession de foi qu’on appelle Symbole de Nicée, et qui fut décrétée par le premier concile œcuménique ou universel de trois cent dixhuit évêques (325). Lesariens, ainsi condamnés, sedivisèrent en semi-ariens, qui reconnaissaient la consubstantialité du Fils et du Père, et en pneumatomaques , qui niaient la di vinilé du Saint-Esprit ; ces deux sectes se combattaient dans

des écrits, dans des conciliabules, lorsque le règne de Julien l'Apostat interrompit cette guerre civile, mais pour livrer l’Eglise aux vengeances des sophistes et de l’idolâtrie.

4. — Le paganisme était abattu, mais non détruit. Les philosophes païens séduisirent Julien par leurs flatteries et par les artifices de la théurgie. Initié à leurs prétendus mystères dans les cavernes d’Ephèse et d’Eleusis, ils en firent le plus fanatique partisan des superstitions et des fourberies de la secte théurgique. A peine sur le trône , il ne rêva que le rétablissement du polythéisme : il appela de toutes parts les poètes, les rhéteurs, les sophistes, et l’on ne vit plus que longues barbes h la cour; il rétablit les temples et les fêtes du paganisme, releva l’autel de la Victoire à Rome, reprit le titre de grand-pontife , consultant tous les oracles, faisant lui-même des sacrifices, inspectant les entrailles des victimes, entouré d’une troupe licencieuse de pontifes, de prêtresses et d’aruspices étrusques; il employa contre les chrétiens les libelles, les confiscations, les tortures et l’éternelle inimitié des Juifs : enfin, pour convaincre le christianisme de fausseté , il les appela à Jérusalem pour rebâtir le temple ; mais un prodige, attesté par l’historien profane Ammien Marcellin aussi bien que par les auteurs ecclésiastiques de ce temps, arrêta celte tentative, à la confusion de Julien.

i>. — Après la mort de Julien, l’arianisme releva la tête avec l’empereur Païens, qui fut un ardent arien. Ce prince chassa les évêques catholiques , versa le sang des fidèles en Syrie, entraîna les Goths et leur évêque Ulphilas dans l’hérésie arienne, etc. Mais Valentinien I er et Gratien secondèrent le zèle du pape Damase et de saint Ambroise. [/arianisme et toutes les sectes furent de nouveau condamnés dans le deuxième concile œcuménique , assemblé à Constantinople (381) par les soins de Théodose le Grand , sur la demande du pape. Ce fut ce même empereur qui , sans violence, acheva la destruction du paganisme. Tout céda à la force et h la gloire de la religion chrétienne ; et , tandis qu’un zèle apostolique continuait d’étendre ses bienfaits à de nouvelles contrées, sa perfection éclatait dans la vie de ses solitaires, de ses docteurs et de ses fidèles.

6. — Après l’arianisme, les hérésies principales du 4« au G 0 siècle sont : 1° Y hérésie de Pélage , moine du S® siècle, originaire de la Grande-Bretagne , qui niait la nécessité de la grâce et le péché originel ; 2° Yhérésie de Nestorius , patriarche de Constantinople en 428, soutenant qu’il y avait

en J. C. non-seiilcmenl deux natures , mais encore deux personnes; 5° V hérésie d’L'utychcs , moine grec, en 448, soutenant qu’il n’y avait en J. C. qu’une nature, la nature divine, par laquelle la nature humaine avait été absorbée. Toutes ces hérésies furent anathémalisécs par des conciles. (Voy. plus loin, § 4, n. G, p. 481 .)

7 . — Avant l’invasion des Barbares , qui devait amener de nouvelles nations dans le sein de l’Eglise et ouvrir le Nord à sa lumière, le christianisme se soutenait péniblement en Perse, florissait en Ethiopie et en Arménie, et dominait dans toutes les provinces de l'empire romain. Toutefois les vérités de l’Evangile y trouvaient encore des adversaires parmi les disciples de l’école platonicienne et les païens ou habitants des campagnes; mais, depuis que la prédication chrétienne avait cessé d’être périlleuse dans les pays de la domination romaine, les apôtres de la foi commençaient à la répandre au delà des frontières septentrionales.

8. — Parmi les peuples qui détruisirent l’empire romain, les uns étaient chrétiens avant l’invasion du V e siècle, les autres le devinrent plus tard. Dans la première classe , on peut compter les Golhs, convertis dès le iv« siècle par leurs évêques Théophile et Ulphilas (ii° 5, p. 1 77) ; les Ilérules, les Suèves, les Vandales, et même les Lombards, dont la conversion partielle ne nous a pas été racontée par les historiens. Ces diverses tribus, appelées au christianisme par des missionnaires ariens , n’adoptèrent la foi catholique de Nicée qu’après leur établissement dans l'empire, savoir : les Suèves, sous Cariaric , après l’an §51 ; les Visigolhs, sous Reccaréde le Catholique , en 587 ; les Lombards, sous yigilulfe , vers 002. Les Hérules, les Vandales et les Ostrogoths restèrent constants dans l’arianisme pendant toute la durée de leur domination. Dans la classe des Barbares qui reçurent le christianisme après l’invasion, il faut comprendre les Bourguignons , les Scots de l’Irlande et de la Calédonie , les Anglo-Saxons et divers peuples de la Germanie. Les Bourguignons, convertis en 455 par un évêque arien de la Gaule , se firent catholiques sous Gondebaud et Sigismond, de 499 à 517. Vers le temps où les Saxons commençaient à proscrire la foi dans la Grande-Bretagne, un Ecossais, nommé saint Patrick, la propagea en Irlande, dans cette ile des Saints d’où devaient sortir tant de zélés apôtres , entre autres saint Colomban , qui répandit le christianisme dans la Calédonie, et ensuite sur les bords du Rhin.

Mais, de toutes ces conversions, la plus importante par ses résultats fut celle de Clovis, roi de France. Ce prince, époux de Clotilde , princesse chrétienne de Bourgogne, promit d’embrasser la religion de son épouse, s’il était vainqueur des Allemands. Il les vainquit à Tolbiac , l’an 496, et, tidèle à sa promesse, il se fit baptiser à Reims, des mains de saint Jlemy, évêque de cette ville. Les Francs suivirent son exemple, et fondèrent une monarchie catholique qui devint peu après prédominante en Occident.

$ 4. Constitution du christianisme et de l’Église.

1. Quelles sont les deux bases du christianisme et de l’Eglise? — 2. Quelle est l’origine du saint-siège et des papes? — 3. Qu'est-ce que les évêques? les patriarches? les archevêques? les prêtres? les diacres et les sous-diacres ? les ordres mineurs? les cardinaux ? les curés? — 4. Quelle était la juridiction spirituelle et temporelle des évêques? — 5. En quoi consistait la discipline de l’Eglise ? — 6. Qu’est-ce que les conciles et quels en sont les principaux jusqu’à Clovis ?

|. — Les deux bases du christianisme et de l'Eglise , sont l'unité de doctrine et l'unité d’autorité. La première est manifestée par une tradition constante et non interrompue , par les écrits des docteurs, les décisions dogmatiques, les variations, les contradictions et les aveux mêmes des hérétiques; la seconde, par sa hiérarchie et par sa discipline.

2. — Jésus-Christ, en donnant à Simon le nom de Pierre ( Céphas ), l’avait choisi pour chef de l’apostolat et pour fondateur de l’Eglise. Pierre établit sa chaire à Rome pour être à jamais le saint-siège et le centre de l’unité catholique. Ses successeurs , héritiers de scs pouvoirs et de sa suprématie , furent les évêques œcuméniques , c’est-à-dire universels, et retinrent bientôt exclusivement le nom de papes , nom qui, dans l’origine , était commun à tous les évêques et signifiaitpére (des fidèles). On les nommait aussi souverains pontifes.

5. — Les apôtres mirent à la tête de chaque Eglise ou société de chrétiens, établie dans les villes principales , un évêque (ou inspecteur), auquel ils communiquaient, par l’imposition des mains , lu plénitude du sacerdoce pour en

exercer les fonctions et la transmettre à son tour. Tous égaux par la sainteté du caractère, ils furent distingués dès l’origine par la dignité et par la juridiction. Tous les évêques étaient élus par le clergé et par le peuple.

Au-dessus des évêques ordinaires étaient : 1° les patriarches , à Jérusalem, Antioche et Alexandrie, qui étendaient leur surveillance sur toutes les Eglises d'une contrée; le titre de primat désigna les mêmes pouvoirs eu Occident; 2° les archevêques ou évêques métropolitains, qui surveillaient plusieurs Eglises d’une môme province.

Les prêtres ou anciens, ministres inférieurs, assistaient partout les évêques de leurs conseils , et remplissaient une partie des fonctions saintes. Après eux , les diacres et les sous-diacres étaient revêtus aussi d’un caractère sacré; leur principal emploi , dans les premiers temps , fut de distribuer les aumônes et de nourrir les pauvres (p. 170). Le clergé des ordres mineurs comprenait les portiers ou ostiaires, les exorcistes, les lecteurs et les acolytes, dont les fonctions inférieures n’exigeaient point le caractère sacré : tous étaient choisis par l’évêque. On attribue l’institution primitive des cardinaux au pape Evarisle (100 de J. C.) : il désigna ainsi, lorsqu'il divisa l’Eglise de Rome en paroisses, les prêtres et les diacres qu'il attacha au service régulier de chacune. Ce fut, dans la suite, une dignité honorifique; mais les cardinaux d’Italie ont toujours un titre de paroisse qui rappelle l’ancien usage. On voit aussi l’Eglise d’Alexandrie , divisée en paroisses , chacune sous la conduite d’un prêtre particulier qu’on appela depuis curé.

— Les évêques, gardiens et juges de la doctrine et de la discipline, conféraient les sacrements, réglaient les fêles et les cérémonies du culte, prononçaient les excommunications ; mais ils suivaient les canons arrêtés dans leurs assemblées synodales. Ils administraient les revenus de l'Eglise, pourvoyaient à la nourriture des pauvres, surveillaient les mœurs et conciliaient les différends. De là résultait naturellement une autorité temporelle dans ces premiers temps, où les chrétiens évitaient de porter des plaintes les uns contre les autres devant les tribunaux païens. Constantin confirma et étendit même celle juridiction temporelle.

g. — La sainteté consistant dans la pureté de la doctrine et dans celle des mœurs , l’Eglise veillait à en prévenir toute altération par sa discipline. Elle ne se bornait pas à

donner des dogmes, des commandements et des préceptes : elle avait des conciles, des instructions, des cérémonies sacrées, pour soutenir la foi; des excommunications, des suspenses et une pénitence publique , pour retrancher ou corriger les hérétiques et les pécheurs scandaleux ; des sacrements et des pratiques pieuses pour donner des grâces et faciliter les devoirs et les vertus.

0. — Les conciles ou synodes sont des réunions légitimes d’évêques et de docteurs assemblés dans le dessein de défendre l’unité de l’Eglise et la pureté de la foi, de régler ou réformer la discipline et la juridiction spirituelle , et de juger les évêques. On distingue trois espèces de conciles, suivant le nombre, la qualité et les pouvoirs qui les composent, savoir : les conciles généraux ou œcuméniques, les conciles nationaux et les conciles provinciaux. Nous n’indiquerons ici que ceux de la première classe qui se sont tenus depuis la mort du grand Théodose jusqu’à la conversion de Clovis; ce sont : le concile d’Éphèse, troisième concile général , tenu en 4 il , sous le pontificat de Célestin I er et le règne de Théodose II, qui condamna l’hérésie de Pélage et celle des Nestoriens (p. 477) ; 2° le concile de Chalcédoine, convoqué en 451 par l’empereur Mareien, à la sollicitude du pape saint Léon, qui excommunia les Eutychiens (p. 178). Cette assemblée prépara le schisme de l’Eglise grecque , en décernant au siège de Constantinople le même rang qu’à celui de Rome.

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