ONZIÈME GENRE
CHARBON. AvÜpuë (1).
Eczème aigu, contagieux, le plus souvent sporadi que, principalement caractérisé par une tumeur circonscrite, peu saillante, très-dure, fort douloureuse, et surmontée de plusieurs pustules ou vésicules livides qui se déchirent promptement et laissent écouler une sérosité roussâtre très-corrosive ; cette tumeur , dont la base est toujours et essentiellement entourée d’une auréole inflammatoire, offre aussi constamment à son centre un point gangréneux, livide ou noir, et dans le reste de son étendue une injection d’un ro vil et éclatant,
Causes. — Les chaleurs brülantes de l'été, un travail forcé sous l'influence directe d’un soleil ardent, une mauvaise nourriture, l’usage habituel d’eaux
(4) Les anciens'ne nous ont laissé sûr le charbon que des travaux inexacis et incomplets. Plusieurs d’entre eux paraissent même l’avoir confondu avec d’autres affections, comme la pustule maligne, l’anthrax benin, certaines croûtes gangréneuses. C’ést surtoul aux recherches de Bayle, d'Énaux et du professeur Chaussier, quenous devons de voir fixés les vrais caractères de cette redoutable affection.
CHARBON. 90 nalsaines, paraissent favoriser le développement du harbon.
Cet eczème attaque souventles individus qui habient le voisinage d’eaux croupissantes , le bord ’étangs nouvellement ou incomplétement desséchés, t surtout ceux que leurs professions exposent à reevoir l’influence directe du virus charbonneux: somme les vétérinaires, les bouchers, les pâtres, les çarrisseurs , les tanneurs, les cardeurs de matelas.
Symptômes et marche: — Le charbon, surtout orsqu'il a pour cause la respiration d’un air contaieux ou l’usage d’aliments septiques, est presque oujours précédé d’un malaise général, principalenent caractérisé par de l’abattement et un sentiment le prostration universelle; parfois c’est un état de rayeur et de saisissement impossible à maîtriser, jien qu’on ne puisse .en assigner la cause. Bientôt ine douleur vive et une chaleur brûlante se font senir dans le point qui va devenir le siége de la tumeur harbonneuse; celle-ci s'élève sous la forme d’un ioÿau peu profond, peu saillant, le plus ordinaiement arrondi, quelquefois, cependant, sensiblement cuminé , d’une dureté remarquable , et d’une excesive sensibilité. Elle est surmontée de petites pustules, ju vésicules livides, et renfermant une sérosité âcre t contagieuse qu’elles laissent promptement écouler ; son centre existe, dès les premiers temps de sa for-
mation, un point gangréné, et souvent tout-à-fait noir ; sa base offre constamment une auréole inflam= matoire, parfois d’une étendue considérable; elle est plus ou moins colorée dans le reste de sa péri phérie.
Non-seulement la partie colorée de la tumeur ‘et son auréole inflammatoire, mais encore les parties en: vironnantes sont, chez ré les malades, le siége d’un sentiment de constriction très-pénible.
Ces phénomènes locaux sont promptement compli qués de symptômes généraux toujours très-gravess une fièvre violente s’allume, et alors le pouls peu être petit, fréquent et concentré, ou bien fréquent, mais assez développé (différences des plus importan: tes à noter pour le traitement); la peau est sèche € aride ;- les yeux sont fixes; le regard annon … l'anxiété ; l’altération est généralement très-viven * mais quelquefois aussi à peine sensible. Quelque malades sont pris de sueurs abondantes et irrégulières; tous se plaignent d’angoisses., de üraillement douloureux dans la région du cœur, parfois de violen tes palpitations.
À ces symptômes peuvent aussi s’en joiridre d’autres, dépendant du siége de la tumeur charbonneuse ainsi, quand elle existe à la partie supérieure de k poitrine, au cou, à la face, il peut survenir une in jection et un gonflement extraordinaire du visage, di
CHARBON. 57 suffocation, du hoquet, du délire, des convulsions, u COMA. |
À mesure que la gangrène fait des progrès, les pares qui entouraient la tumeur charbonneuse se raollissent, deviennent livides et noires. On voit se évelopper de nouvelles pustules remplies d’une saje fétide et contagieuse ; l’état général est de plus en lus alarmant ; les traits du malade s’altèrent et deiennent méconnaissables ; ses forces s’épuisent; son orps exhale une-odeur gangréneuse insupportable, et à mort vient promptement terminer ce tableau vériablement effrayant.
* Le charbon suit toujours une marche aiguë, et parourt quelquefois ses périodes avec une extrême rapilité.
La nature , abandonnée à elle-même , est le plus ouvent impuissante pour arrêter les progrès de cette edoutable affection; ce n’est qu’en secondant ses forts par un traitement prompt et énergique qu’on eut espérer d’en. triompher.
Quand le charbon doit se terminer d’une manière avorable, il survient un amendement subit et pro- 1oncé dans les symptômes les plus alarmants ; la ganrène cesse de faire des progrès ; les parties mortifiées e desséchent et se convertissent en croûtes; une line de démarcation s’établit entre elles et les tissus virants ; une’ mflammation éliminatoire détermine
Es
| peu à peu la chute des escharres; mais alors il rest encore une plaie d’une étendue le plus souvent cons® dérable, pouvant fournir pendant long-temps une abondante suppuration , et qu’il n’est presque jamait possible de cicatriser régulièrement. |
Le charbon peut se développer sur toutes les par: ties du corps; mais il se montre surtout dans les régions abondamment pourvues de tissu cellulaire et où existe une plus vive sensibilité. à
Cet eczème ne paraît ordinairement que comme une affection sporadique ; il peut cependant se mani: fester d’une manière épidémique : c’est même sous cette dernière forme qu’on l’observe le plus orde nairement chez les animaux qui sont susceptibles d’en être attaqués. Le charbon des animaux a la plus grande analogie avec celui de l’homme. |
Le charbon peut encore se montrer comme lun des symptômes les plus graves d’une affection pesti= lentielle; dans ce cas, les phénomènes qui lui sont propres peuvent être plus ou moins confondus avec ceux de la maladie générale.
De toutes les dermatoses qui précèdent, la pustule maligne est la seule avec laquelle on pourrait cons fondre celle qui nous occupe; mais le charbon en diffère : 1° en ce qu’il est presque toujours précédé de symptômes généraux, tandis que dans le principe la pustule maligne est une affection purement locale;
: par le cercle inflammatoire et luisant qui l’accomone constamment, et dont l’autre eczème est dé- Jurvu. s
Le charbon est toujours une affection très-grave ; ais son pronostic est encore plus alarmant si la tueur occupe une région favorable à la rapidité de sa arche et à l’étendue de ses ravages.
Espèces et variétés. — M. le professeur Alibert adet trois espèces : 1° le charbon sporadique; 2° le 1arbon épidémique ; 3° le charbon pestilentiel.
Traitement. — Moyens généraux : suivant que le 1arbon s’accompagne d’un état d’exaltation ou d’afiblissement du système circulatoire, l’on conseille : s évacuations sanguines , les boissons rafraîchissans, les limonades anti-septiques, les lavements émolonts, une diète sévère, les vomitifs et les purgatifs ternativement, et plus ou moins répétés;
* Ou bien : les cordiaux, les toniques , et par-dessus jut le quinquina.
Moyens locaux : rarement les topiques émollients, u simplement maturatifs; tous les efforts doivent ndre à séparer la tumeur charbonneuse des parties nes; pour cela, on a recours à l'emploi méthodiue des caustiques ; à l’ablation de la tumeur avec le istouri, soit en totalité, soit partiellement, pour faoriser l'effet des cautérisations ; tous les pansements vivent être faits avec des pommades digestives.