HUITIÈME GROUPE
DERMATOSES STRUMEUSES.
L’illustre auteur de la Monographie des Dermatoses dut éprouver de l’embarras dorsqu’il lui fallut fixer le rang du groupe des maladies strumeuses : en effet, ces affections offrent bien, dans quelques-uns de leurs produits morbides, une analogie frappante avec certaines lésions déjà signalées dans l’histoire du groupe précédent ; il est également vrai qu’elles se montrent souvent aux yeux del’observateur, comme lerésultat de l’action du virus vénérien sur l’économie ; mais en admettant même, avec plusieurs écrivains célèbres , que la scrofule n’est qu’une modification de la vérole, nous sommes forcés de reconnaître que dans cette métamorphose cette dernière a perdu son principe virulent et son caractère contagieux. .
D'un autre côté, les scrofules doivent leur orioine à des causés bien différentes : n’a-t-on pas maintes fois reconnu qu’elles peuvent se développer
206 DERMATOSES STRUMEUSES. | dans toutes les conditions capables de détériorer la! constitution ? |
Mais on sait également qu’il ne suffit pas, pour leur: développement, de l'existence de ces conditions défa=. vorables: leur action a besoin d’être aidée par une disposition particulière et inconnue de l’économie.
Si nous réfléchissons à ces deux sources sifécondes des maladies scrofuleuses, pouvons-nous être étonnés de leur voir envahir toutes les classes de la société, et se montrer en nombre tellement prodigieux qu’il n’est guère de famille où l’on n’en observe quelque trace ? |
C’est dans l’enfance , à l’époque de la première et de la seconde dentition, que se manifestent le plus or= dinairement les premiers symptômes de scrofules. Les accidents strumeux que l’on observe aux autres époques de la vie sont presque toujours dus soit à la récidive d’une affection antérieure, soit à la persistance et à l’opiniâtreté de symptômes qui ont r'ésisté à l’action. des médicaments et aux efforts de la nature.
La guérison souvent spontanée des strumes, à l'époque de la puberté, et leur fréquente complication avec les dermatoses teigneuses, constituent encore, pour le groupe qui nous occupe , deux caractères. propres et distinctifs. ,
La scrofule sé manifeste à l'extérieur par des desqua-
L DERMATOSES STRUMEUSES. 207
mations, des tubercules, des engorgements cutanés ou ganglionaires , des ulcérations profondes ou serpigineuses.
Plusieurs de ces altérations, et les cicatrices toujours plus ou moins difformes qu’elles laissent à leur suite, offrent dans beaucoup de cas une telle ressemblance avec les lésions analogues de la maladie vénérienne, que le praticien le mieux exercé a besoin de la plus grande attention, et quelquefois même des signes commémoratifs , pour ne pas les confondre.
La maladie scrofuleuse, lorsqu'elle étend son influence à toute l’économie, imprime à la physionomie de celui qui en est atteint un cachet tout particulier ; mais la réunion de ces caractères, si bien décrits par les dermatologistes , n’existe guère que dans les pays où la scrofule est endémique.
Une considération bien remarquable pour le médecin philosophe, est l'intégrité constante, et souvent même l’exaltation des facultés intellectuelles, chez tous les scrofuleux.
Enfin , la fréquence de ces affections , leur transmission héréditaire dont chaque jour peut nous apporter une nouvelle preuve , leur funeste influence sur l’économie, leur marche toujours lente et leur fréquente opinitreté, le dégoût qu’elles inspirent cénéralement , et la nécessité de ne rien négliger dans leur traitement si l’on veut espérer d’en triompher,
font des scrofules une classe de maladies qui méritent! toute la sollicitude du praticien.
PREMIER GENRE
SCROFULE (Écrouelles du vulgaire). Scrofula (À). |
Dermatose non contagieuse, souvent compatible, avec l'exercice régulier des principales fonctions, | quelquefois même avec les apparences d’une santé. florissante, et se manifestant au dehors par des indurations cutanées, des abcès dans l’épaisseur du derme et le tissu cellulaire sous-jacent, par l’engorgement des glandes lymphatiques superficielles, par des ulcérations rampantes ou profondes et d’un aspect carac-. téristique. À
Causes. — L’on cite comme prédisposant aux sCrofules, une constitution molle et lymphatique, Pexistence-antérieure de la syphilis, d’éruptions dartreu-. ses ou teigneuses , d’affections rhumatismales , soit chez les individus affectés, soit chez leurs ascendants ; la masturbation , des conditions hygiéniques défavorables, comme une mauvaise nourri-
(4) Scrofula vient de scrofa, provenant lui-même du mot grec ypougus, qui signifie vieille truie, et exprime bien toute l'horreur qu’inspiraient aux anciens les dermatoses strumeuses.
D SCROFULE, 209 are, une habitation malsaine , l'influence d’un clinat insalubre, et surtout le passage d’un pays chaud tsec à un pays froid et humide; mais avant tout, hérédité et une disposition particulière de l’éconoaie sans laquelle toutes ces causes seraient insuffiantes.
Symptômes et marche. — La scrofule peut se maifester au dehors par de simples hypertrophies du lermeavet.infiltration de son tissu ; ces engorgements utanés sont circonscrits, de forme ronde ou ovale, Pun rouge violet plus ou moins prononcé, durs et énitents.
Leur nombre et leur disposition sont extrêmement ariables ; leur siége le plus ordinaire est au cou, à a face, autour desailes du nez; on en rencontre ceendant au tronc et sur les extrémités.
Ces tumeurs, presque toujours indolentes, s’enflamnent pourtant quelquefois, prennent alors de la chaeur, de la sensibilité, et deviennent lesiége de petits ovérs d’un liquide séreux, jaunâtre ou séro-sanguilent: ces abcès existent à la surface du derme ou ans son épaisseur ; souvent ils s’ouvrent au dehors ar des trous petits et plus-ou moins nombreux qui se hangent en autant d’ulcérations grisâtres et irréguères. | | * Le contact de l'air dessèche promptement Pichor trumeux et le convertit en croûtes brunes ou noirà—
ires qui s’opposent à l’écoulement des parties restées! liquides ou nouvellementexhalées, et reculent ainsi! pour long-temps la guérison. |
Les tumeurs dont l’inflammation ne s’est pas eme! parée restent indéfiniment persistantes , tandis que! les premières finissent par disparaître sous l’influence d’une suppuration plus où moins abondante et tou-| jours de longue durée. |
La scrofule se manifeste encore par des’ tumeurs très-analogues, pour la forme et la disposition, à celles que nous venons de décrire, mais qui offrent avec elles cette grande différence que, dès le principes, elles donnent au toucher la sensation d’un liquide : la peau qui les recouvre est d’ailleurs d’un violet plus
prononcé.
Ces petits abcès ont également leur siége dans l’épaisseur du derme ou à sa surface : tantôt ils se termi=
nent par résolution, et on ne trouve plus à leur place. qu’une tache violacée, qui devient plus apparente sous,
l'influence du froid ou d’une grande chaleur ; tantôt ils s’ouvrent spontanément, laissent écouler un li
quide séreux ouséro-purulent, et se convertissent en
ulcérations plus ou moins profondes.
Chez beaucoup de scrofuleux la maladie sévit
particulièrement sur les glandes lymphatiques supers ficielles : on voit ces organes s’engorger et donner” lieu à des‘tumeurs arrondies, molles d’abord, et puis
SCROFULE. Din
lures et rénitentes ; leur siége le plus fréquent est ux parties latérales du cou, ensuite aux aisselles, iux aines, aux mamelles; on en rencontre aussi sur etrajet des gros vaisseaux lymphatiques des mem- »res.
Ces tumeurs sont indolentes : leur volume varie de >elui d’une petite noix à celui d’un œuf de poule, et même au-delà; elles sont d’abord mobiles et restent ong-temps isolées; mais à mesure qu’elles se déveoppent, elles se rapprochent, contractent des adhérences avec les parties voisines, et finissent, en s’unissant intimement entre elles, par former des masses arrondies, inégalement bosselées, etquelquefois trèsconsidérables, qui masquent et déforment plus ou moins les régions sur lesquelles elles reposent.
Ces masses scrofuleuses peuvent être bornées à une seule région; elles peuvent se montrer en même temps sur plusieurs, et même, dans quelques cas, occuper toutes celles que nous avons indiquées.
Après être restées stationnaires pendant des mois et même des années entières, on voit souvent les tumeurs ganglionaires, jusque-là d’une complète indolence , devenir le siége d’un travail inflammatoire : le malade y ressent de la chaleur ; elles se montrent sensibles au toucher ; il s’y développe parfois de véritables élancements. Le tissu cellulaire environnant s’enflamme, et la peau elle-même, qui étaitrestée m-
tacte, ne tarde pas à participer à la phlogose générales elle devient chaude, d’un rouge violacé, et finit par s’ouvrir et s’ulcérer. Ce dernier phénomène est cons stamment précédé d’un sentiment de fluctuation obs= cur d’abord, mais qui finit par être d’une telle évi= dence qu’il ne reste plus aucun doute sur l'existence d’une collection purulente.
Cet état aigu des masses ganglionaires est souvent accompagné, surtout si le sujet est jeune et vigoureux, d’une réaction plus ou moins forte du système circu= latoire, à laquelle peut se joindre de la céphalalgie, des épistaxis , etc. ; tandis que chez les individus faibles
-et cacochymes on remarque à peine un léger mouvement fébrile.
Enfin, l’ulcération est une des formes les plus fréquentes de la scrofule; mais cette altération n’est jamais que secondaire, et succède constamment soit aux indurations cutanées , soit aux abcès froids, soit aux engorgements des ganglions er du reste sa nature est la même, bien que les ulcères stru= meux diffèrent non-seulement en étendue et en profondeur, mais encore par les débris qu’ils laissent échapper de leur surface.
Les ulcérations scrofuleuses sont indolentes:, ar= rondies , à bords minces et décollés, à fond grisàtre, inégal, mamelonné , fongueux :.elles fournissent une
ppuration ichoreuse plus ou moins abondante et une fétidité particulière ; quelquefois elles s’ouvrent ur livrer passage à des débris de tissu cellulaire ou des portions de matière tuberculeuse, ramollie : ur suppuration est toujours fort longue et leurs proès heureusement très-lents , excepté toutefois rsque l’inflammation s’en empare : car alors elles wiennent douloureuses, s’étendent rapidement en rgeur et en profondeur, et prennent même dans ielques cas un aspect cancéreux.
La sanie qui découle de leur surface devient saninolente : de leur fond surgissent des boursouments , des fongosités; leur pourtour se couvre de gétations verruqueuses , etc. , etc.
Des phénomènes sympathiques, toujours en petit mbre et peu prononcés, accompagnent quelqueis des désordres locaux véritablement effrayants; et n’est jamais qu’après une longue suppuration, et w l'effet long-temps attendu de remèdes nombreux variés , qu’on obtient la cicatrisation des ulcères FUMEUX, E Les maladies strumeuses sont simples ou compliiées ; leurs complications les plus ordinaires sont verses éruptions cutanées, aiguës ou chroniques ; s désorganisations tuberculeuses internes , des hthalmies, des caries, - des tumeurs blanches, s affections scorbutiques et rhumatismales, etc,
214 SCROFULE. | Les parties sur lesquelles a sévi la scrofule pré
sentent au scalpel de l’anatomiste des hypertrophid du dermeé, avec induration de son tissu ou dépôt di ses aréoles d’un liquide séreux ou séro-sanguinolent des kystes celluleux renfermant un liquide jaunâtre au milieu duquel nage une matière caillebottée et ca séiforme , des ganglions lymphatiques ou simplemet! hypertrophiés, ou rouges, et transformés en un tiss! serré , grisâtre et comme fibreux. Dans presque tou! ces ganglions existe la matière tuberculeuse, soit ini filtrée, soit sous forme de granulations enkystées o non enkystées; quelquefois même le tissu ganglio! naire a disparu, et la matière tuberculeuse existl seule,
tissu cellulaire des foyers purulentsou séro-purulents! qui quelquefois communiquent avec le ganglion r&! molli; la matière tuberculeuse, souvent convertie en un liquide séreux verdâtre, ou en matière pultacée el caséiforme ; enfin, des colorations, des décolle ments, Avon latrophic EC: quelquefois l'érosion. du er
La scrofule à toujours une durée fort longue ; marche offre, du reste, beaucoup d’inégalité: elle peut rester très-long-temps stationnaire ; souvent on Ja voit disparaître dans un point et se reproduire dans un autre ; elle est aussi sujette à des retours fréquents;
SCROFULE, 915 ième après une guérison apparente de plusieurs an ‘es; elle guérit assez souvent d’elle-même à l’époae de la puberté : cela a surtout lieu lorsque les suts sont entourés de conditions hygiéniques-favoraes; elle n’entraîne que très-rarement au tombeau lui qui en est atteint; elle se termine quelquefois w résolution ; mais le plus ordinairement. c’est par ippuration.
La cicatrisation des ulcères scrofuleux offre des 1énomènes variés et Importants à noter : souventelle est que partielle, et peut avoir lien, dans ce cas, soit t fond même de l’ulcère, soit dans une partie des guments décollés qui le recouvrent. Ceux-ci, soumt roulés sur eux-mêmes, se cicatrisent parfois ns cette bizarre position ; ailleurs, ils forment une catrice libre et flottante à la surface même de l’ulration. ;
Les cicatrices complètes n’offrent pas davantage : régularité : elles sont toujours plus ou moins dé- ‘imées, à bords fongueux et proéminents; elles ont, nsi que les parties voisines, une teinte violette ou euâtre qui diminue avec le temps, mais ne dispa- Ît jamais entièrement. Nous devons rappeler ici autres colorations également violacées, mais plus rconscrites, et qui succèdent soit aux indurations tanées, soit aux abcès froids dont nous avons fait us haut la description.
La maladie scrofuleuse, outre les accidents locau que nous venons de passer en revue, imprime encor un cachet tout particulier à la physionomie du mal! heureux qui en est atteint. |
Lescrofuleux se reconnaît toujours à la bouffissur de la face, à la coloration bleue ou blanc mat del sclérotique , au gonflement des paupières, des aile du nez et de la lèvre supérieure ; à la saillie des gles de la mâchoire, et souvent au volume dispropot tionné des extrémités. F
Si, dans certains cas, la redondance cellulaire jointe à la vivacité des couleurs, à l'éclat du visage à une certaine facilité d'imagination, en impose vulgaire, il en est beaucoup d’autres, surtout dan les pays marécageux et insalubres , où la peau para flétrie , d’un jaune sale et terreux; le malade est sous poids d’une vieillesse anticipée ; tout chez luiannonc la faiblesse et la décrépitude : sa démarche est lent et chancelante, son visage est abattu, son 6 terne et presque éteint. Le moral de ces infortune n’est pas dans des conditions plus favorables : on sa
que l’idiotisme est le partage ordinaire des crétin du Valais. j
Diagnostic. — On ne peut confondre les induré tions strumeuses avec les tubercules de l’esthiomènt qui s’ulcèr ent en rongeant les parties voisines, et pa: ticulièrement les ailes du nez. L’engorgement di
SCROFULE. 217 zanglions lymphatiques pourrait quelquefois être pris our une affection squirrheuse ou cancéreuse; mais Lsuffit, pour éviter toute erreur, de comparer les livers phénomènes propres à ces deux affections.
L’indolence absolue des ganglions Iymphatiques trumeux, et leur opiniâtreté, suffiront toujours pour es distinguer du simple engorgement des mêmes orzanes ; enfin, les ulcères strumeux se distinguent des alcérations syphilitiques par l’absence de toute prooriété contagieuse et de tout autre symptôme véné- ‘en, par l’examen des signes commémoratifs, par leur narche lente et leur état si souvent stationnaire.
Pronostic, — Le pronostic de la scrofule varie suirant sa forme, sa durée, son état de simplicité ou de >omplication ; suivant le sexe, l’âge et la constitution lu sujet; suivant que la maladie est vierge de tout raitement, ou qu’elle à déjà été inutilement combatue; mais nous devons dire que l’opinitreté si fréquente des afféctions strumeuses en rend presque oujours le pronostic plus ou moins grave,
Espèces. — M. Alibert admet deux espèces de scroule : la scrofule vulgaire ou sporadique, la scrofule mdémique (Monographie des Dermatoses).
Traitement, — Les affections strumeuses sont si rariées , si pleines d’inégalité dans leur marche et jouvent si opiniâtres, que l’on conseille de les comattre par une foule de médications.
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On a qelquefois occasion de recourir aux anti phlogistiques ; mais les remèdes les plus usités soHb) pris parmi les excitants et les ioniques : comme les | préparations iodurées, mercurielles, ferrugineuses où sulfureuses ; les plantes amères, le quinquina, les bois sudorifiques, les sucs des crucifères; on a beau { coup vanté l’action de la digitale, du carbonate de potasse, de l’hydrochlorate de chaux, etc. Parmi ces médicaments, les uns sont pris à l’intérieur seu lement, sous forme de poudres, de décoctions, de pis lules ou d’électuaires, de sirops ou d’élixirs ; d’autres . sont employés intérieurement et extérieurement sous forme de bains, de frictions, de fomentations. |
On a également opposé avec succès aux engors gements strumeux , une compression méthodiques on est quelquefois forcé de recourir aux opérations chirurgicales. 4
Pour être efficaces, ces divers traitements doivent être parfois substitués l’un à l’autre , et toujours cons tinués avec persévérance ; mais, avant tout, le malad doit être promptement soustrait aux influences délé= tères au milieu desquelles la scrofule s’est développées et maintenu entouré des conditions hygiéniques les plus favorables (1). |
(4) Nous ne devons pas terminer’cet article sans dire un mot des nombreuses et belles recherches de M. le docteur
SCROFULE. a:
sugol sur les maladies scrofuleuses. Ce célébre praticien ne est pas contenté de mettre dans tout son jour leur étioloie, et de tracer leur histoire d’une manière qui laisse peu Fespérance d’y ajouter quelques traits : il s’est emparé avec onheur de la découverte du médecin de Genève sur les proriétés médicinales de l’iode, nous a fait connaître toute la uissance de cet agent thérapeutique , et nous a prouvé naintes- fois que les affections scrofuleuses les plus étendues t les plus invétérées ne devaient plus être regardées comme u-dessus des ressources de l’art.
226 DERMATOSES SCABIEUSES.