NEUVIÈME GROUPE
— ‘ un
DERMATOSES SCABIEUSES.
Si le groupe des dermatoses scabieuses n’offre plus! avec ceux qui l’environnent qu’une analogie secon= | daire et assez éloignée , ïl n’en est pas de même des! affections qui le constituent ; elles présentent entr& elles un grand nombre de rapports d’une évidence in contestable.
Toutes filles de la misère et de la malpropretés c’est dans la classe pauvre et sur les êtres sales et dé= bauchés qu’elles exercent leurs plus grands ravages. Le caractère contagieux de la plupart d’entreelles fa= cilite cependant leur introduction dansles rangs élevés, de la société; elles affectent souvent aussi les sujets\ dontla constitution, affaiblie par l’âge ou les infirmités,* conserve encore une grande susceptibilité nerveuse
Partout où elles se montrent, elles se distinguent par” une démangeaison toujours très-vive, à laquelle les malades ne peuvent résister , et qui offre pour caracière singulier et distinctif de se calmer dans certaines. scabies, et des’exaspérer dans d’autres, sousl’influence : de l’irritation causée par les ongles du malade. |
DERMATOSES SCABIEUSES. 291
Un autre caractère, non moins important, est de paraître , dans beaucoup de cas, dues à la présence d’animalcules qui, introduits sous l’épiderme , le sillonnent en tous sens, et déterminent, par leur présence, tous les phénomènes de l’éruption (acarus de la gale, insecte pédiculaire d’une variété de prurigo) (1). … Les dermatoses scabieuses ne sont pas susceptibles d’une guérison spontanée , et bien qu’elles puissent exister long-temps sans déterminer aucune réaction fébrile , si celui qui en est atteint les néglige entièrement , elles finissent par s’étendre à toute la surface des téguments, altérer plus ou moins le tissu dermatique, et occasioner des accidents quelquefois assez graves.
C’est surtout à l’égard des dermatoses scabieuses que.nous devons nous plaindre du peu d’exactitude et de sévérité apporté par les anciens dans leurs descriptions et le choix de leurs expressions : plusieurs de ces maladies sont décrites sous la même dénomination, d’autres sont confondues, et sans les travaux des écrivains modernes nous-n’aurions encore à offrir au lecteur que confusion et obscurité.
Les dermatologistes placent le siége des affections scabieuses à l’extrémité des vaisseaux capillaires du derme.
(4) Voyez, à la fin du Manuel , la notice sur l’acarus. NE
23 GALE. | Ces dermatoses présentent, pour lésions anatomi- | ques, des vésicules, des papules, des pustules, et quel quefois des engorgements tuberculeux. | Leur ressemblance plus ou moins frappante avec un: | grand nombre d’autres maladies cutanées rend sou= | vent leur diagnostic incertain et difficile. | Enfin, l’analogie des moyens employés pour less combattre vient leur fournir un nouveau caractère des similitude, et justifier la formation du groupe qui ré sulte de leur rapprochement.
PREMIER GENRE
ä " GALE. Scabies des Latins; Yopu des Grecs (4).
Dermatose éminemment contagieuse, et principalement caractérisée par des vésicules acuminées , transparentes à leur sommet, formant une légère saillie. au-dessus du niveau des téguments, etrenfermantune sérosité limpide et visqueuse.
Ces vésicules, beaucoup plus communes à la partie
" (1) L’étymologie du mot gale est environnée d’obscurité ; les Latins appelaient scabies, et les Grecs fox, des affections
qui ne nous paraissent pas identiques, et même , avant M. Alibert. on confondait encore la gale et le prurigo. ; £ PrUNTE
GALE. 228 terne des membres, dans l'intervalle des doigts, aux sselles, aux aines etau ventre, que partout ailleurs, nt constamment le siége d’une vive démangeaison , suvent accidentellement devenir pustuleuses , et se rminent par dessiccation , érosion ou desquamation.
Causes. — Après la découverte de M. Renucci
l'hôpital Saint-Louis, et les nombreuses recherches ixquelles elle a donné lieu, nous devons aujourd’hui warder la gale comme un effet constant de l’excitaon produite à la surface du derme par la présence e l’acarus scabiei.
Nous mettrons donc au nombre de ses causes préisposantes toutes les conditions qui peuvent faciliter introduction de cet animalcule sous l’épiderme en endant la peau fine et délicate , comme la jeunesse, »sexe féminin , une constitution lymphatique, une empérature élevée, les professions qui maintiennent peau dans un état de moiteur habituelle ; et celles qui prêtent à la contagion, comme le contact d’indiidus malades ou d'effets à leur usage, les professions qui obligent à manier les tissus laineux , l'oubli des ègles de l’hygiène, et surtout la malpropreté.
Symptômes et marche. — Les vésicules de la gale 1e se montrent jamais que plus ou moins long-temps près que l’on s’est exposé à la contagion; l'intervalle jui sépare l’éruption du moment de la contagion arie de quelques jours à un mois, et même plus ;
suivant l’âge, la saison et l’état de la peau du malade L'apparition des vésicules est presque toujours précé dée d’un prurit qui devient constamment plus vifil soir et pendant la nuit, lorsque le corps est échauft par le séjour du lit. | #
Le siége des premières vésicules est toujours 1 région qui à subi l'influence contagieuse : c’est le plu ordinairement aux mains, soit aux poignets , soi dans l’interstice des doigts.
Diverses circonstances peuvent-le modifier ; ainsi on les voit survenir aux fesses ou au visage, chez le enfants portés ou allaités par des bonnes et des nour rices galeuses; aux mamelles, chez les nourrices dot les enfants sont infectés.
Quel que soit leur siége, les vésicules se montrent d’abord discrètes et peu nombreuses; leur base:es large et à peine enflammée , leur sommet acuminé e transparent. Cette transparence est due au liquide visqueux et limpide qu’elles renferment; dans le premiers jours de leur formation, on voit souven mp deleur base un ‘se sillon d’une ligne et demie
à deux lignes détendue, à l’extrémité duquel existe un léger renflement Hadthète où se trouve logé Pacarus.
Examinée trop tôt ou trop tard, la vésicule psorique ne présente plus le sillon acarien ; dans le premier
as, il n’est pas encore formé, et l’animalcule oc-
GALE. 225$ upe un des points du pourtour vésiculeux, en dehors e la sérosité ; dans le second, le sillon s’est affaissé ta disparu.
La démangeaison qui précède l’éruption des vésiules psoriques accompagne aussi leur développement, t prend même souvent, alors, une nouvelle intensité.
Lorsque la gale est méconnue ou négligée, Péuption qui la caractérise s’étend bientôt aux pares voisines, et finit souvent par envahir toute la urface des téguments; les vésicules se multiplient , e rapprochent, et sont surtout nombreuses dans les égions où la peau offre le plus de finesse, de vaiseaux lymphatiques et de mioiteur habituelle.
Les parties du derme où les groupes vésiculeux ont le plus nombreux et le plus serrés prennent lors une teinte rosée et s’enflamment ; les malades ont tourmentés par un prurit insupportable et n’érouvent de soulagement qu’en se grattant avec vioence ; c’est seulement dans des cas semblables qu’on joit quelquefois la gale déterminer une réaction plus ju moins forte du système circulatoire, et même provoquer l’'irritation sympathique d’organes importants.
Mais la scabie offre rarement ce caractère de graité. Chez les sujets âgés et peu irritables, chez les ersonnes propres et soumises aux préceptes de l’hysiène , on la voit se développer avec lenteur , passer une région à une autre , et souvent n’apporter
d’autre gêne que la démangeaison qui en est insépas rable, à La gale ne se termine jamais d’une manière spons. tanée , et si on l’abandonnait à elle-même sa durée pourrait être indéfinie ; mais cet état permanent de Péruption scabieuse tiendrait au développement suc> cessif des vésicules, et non à leur persistance : car durée de chaque vésicule ne” dépasse guère deux où trois septénaires ; et si, au bout de ce temps, les on oles du malade les ont respectées, ce qui estfort rare, on les voit se flétrir, se dessécher, et disparaître sous. forme de squammules grises ou blanchâtres. | Le plus souvent les vésicules sont déchirées au bout) de quelques jours ; elles laissent échapper le liquide vis= queux qu’ellesrenferment, etcelui-cise convertit bien» tôten petites croûtes minces, légères et peu adhérentes | La gale peut offrir, dans son éruption, un certain} nombre de particularités qu’il est d'autant plusi impor) tant de noter ici, que des auteurs les ont prises pour em former des espèces et des variétés : ainsi les vésicules scabieuses peuvent être très-petites , pointues, peu transparentes, ou remplacées par de petitesconcrétions noirâtres, formées d’un peu de sang desséché ( sas papuliforme, Willan et Bateman; gale canine, gale mis liaire des auteurs). | Dans d’autres cas ces vésicules sont larges et d’une, ; transparence remarquable, sans aucune trace d'in
.GALE, 227 lammation à leur base ( gale aqueuse ou lymphatiue; Willan et Bateman ).
Enfin, sous l'influence d’une vive inflammation , n leur voit souvent prendre un développement conidérable et perdre leur transparence ; leur base préente une injection plus ou moins vive; le liquide u’elles renferment devient jaunâtre et purulent (gale urulente ; Willan et Bateman; gale pustuleuse , rosse gale des auteurs).
Le siége de l’éruption scabieuse est tout-à-fait suerficiel ; cette dermatose ne laisse après elle qu’une gère furfuration ou desquamation , ou bien encore ‘es taches violacées et non persistantes.
La gale, comme la plupart des autres dermatoses, eut être influencée d’une manière singulière par le éveloppement des phlegmasies organiques aiguës :
*est ainsi qu’on la voit disparaître et se montrer de ouveau lorsque, la phlegmasie terminée, les fonctions nt repris leur état normal (1).
La gale peut être simple, .ou compliquée, soit d’une ffection interne, soit d’une autre éruption.
() Il est certain que, dans ce cas, la disparition des phéomènes ‘extérieurs. de la gale n’est pas due à la mort de acarus; mais plutôt à son état d’engourdissement et d’inacon, ou bien à ce que sa présence sous l’épiderme n’influence lus de la même manière les tissus dont la vitalité se trouve Jle-même modifiée.
Diagnostic. —11l à régné jusqu’ici une si grande confusion dans les différentes descriptions qu’on" a données de la gale, que nous ne devons pas être étonnés des erreurs journalières commises à son sujet par un grand nombre de praticiens.
De toutes les affections qui précèdent , il n’est ce= pendant possible de confondre les vésicules scabieus ses qu’avec celles de la squammeuse humide, de l’olophlyctide, et, dans quelques cas, avec les pustulés du phlysacia.
Mais l'erreur ne peut être de longue durée si l’on se rappelle : 1° que les vésicules de la squammeuse humide sont réunies en groupes et beaucoup plus em flammées ; qu’elles se montrent de préférence dans les points où abondent les poils et les follicules sés bacés; qu’elles sont le siége d’un sentiment de cuis son et non d’un véritable prurit: enfin, qu’elles sont presque toujours remplacées par des concrétions squammeuses plus ou moins étendues ; |
2° Que l’olophlyctide occupe rarement les mêmes régions que la gale ; queses vésicules sont nombreuses et rapprochéés; qu’elles ne dépassent jamais , dans leur plus grand développement , le volume d’une tête d’épingle ou d’un petit pois ; qu’elles suivent unt marche régulière; qu’elles se terminent spontané: ment et par desquamation au bout de deux ou trok septénaires ;
+ 5° Enfin, que les pustules du phlysacia sont ordinairement isolées, et le plus souvent en petit nombre qu’elles s’accompagnent de douleurs lancinantes , et non de démangeaisons ; qu’elles ont une marche successive et-se convertissent en croûtes isolées.
* Pronostic. — 11 n’offre jamais de gravité, tant que la gale n’est accompagnée d’aucune complication.
Espèces et variétés. — M. Alibert admet trois-espèces de gale : 1° la gale légitime; 2° la gale bâtarde ; 5° la gale pécorine (1).
Willan et Batéman admettent quatre espèces de gale, savoir: 1° scabies papuliformis ; 2° scabies lymphatica; Sscabies purülenta; 4° scabies cachectica.
Traitement.—On doit, dans certains cas, procéder au traitement de Ja gale par l'emploi des antiphlogistiques, comme bains tièdes, évacuations sanguines , boissons délayantes ou laxatives.
Mais les principaux moyens curatifs sont : les préparations sulfureuses, alcalines et mercurielles : ce sont elles qui font la base des lotions de Dupuytren ; du liniment de Jadelot, des pommades de Saint-Louis, et de l’onguent citrin,
(4) La seconde espèce de gale signalée par M. Albert ne peut plus être admise aujourd’hui.
La gale pécorine appartient à la médecine vétérinaire, et pe devait pas figurer dans notre Manuel.
né tt
230 PRURIGO.
Ces diverses substances sont employées isolément ou réunies plusieurs ensemble ; on les donne quelque fois à l’intérieur ; mais leur usage externe est beau= coup plus fréquent; elles s’administrent.soït en so= lution, dans les bains ou les lotions ; soit mcorporées dans l’axonge ou autres corps gras, pour frictions; soit à l’état de vapeur dans les diverses fumigations. È
Je ne dois pas oublier de parler ici des heureux ef= fets que j’ai obtenus de l’emploi du goudron contre l& gale : incorporé dans l’axonge à la dose de 2 ij sur axonge Z j, et uni au camphre, dansla proportion d’un: dixième pour celui-ci , je l’ai vu constamment calmer avec une rapidité singulière la démangeaison souvent siinsupportable qui accompagne l’éruption scabieuse ; son effet pour la guérison complète n’a paru aussi plus prompt:et plus heureux que celui de toutes les autres préparations en usage.
DEUXIÈME GENRE
PRURIGO. Prurigo (1).
Dermatose réputée non contagieuse, et principale ment caractérisée par le développement de papules
(1) Prurigo, inis signifie démangeaison ; ce mot francisé à été donné à la maladie qui nous occupe, parce qu’il peint un de ses principaux caractères.
PRURIGO. 231 parfois légèrement rosées, mais plus souvent de la couleur des téguments. |
Ces papules, d’un volume variableet quelquefois à peine visibles, sont constamment accompagnées d’une vive démangeaison, et peuvent se términer par résolution, érosion , furfuration ou desquamation.
In Causes. — L'enfance et la vieillesse, le sexe masculin , les chaleurs de l’été, paraissent favorables au développement du prurigo.
On attribue plus particulièrement cette dermatose à une habitation basse et humide, à la malpropreté, à une mauvaise nourriture, à l’abus des alcooliques, des mets salés ou épicés; aux émotions pénibles de l’âme , à des travaux excessifs, des veilles trop prolongées , etc.
M. Renucci affirme que l’acarus scabiei existe également dans le prurigo, et doit être regardé comme la principale cause de cette affection (1).
Symptômes el marche: — C’est constaniment après Plusieurs jours d’une démangeaison fort vive dans
(4) L'opinion de M. Renucci une fois admise, il faudrait croire, comme conséquence, à la contagion du prurigo; et bien que plusieurs faits militent en faveur de cette dernière hypothèse, ils ne sont pas assez conciuants pour nous détermiher à émettre sur la nature du prurigo une opinion nouvelle et opposée à celle de presque tous les dermatologistes.
292 PRURIGO.
les régions qui doivent être le siége de Péruption "| qu’on: voit paraître les papules caractérise du prurigo.
Elles se montrent sous la forme d’élevures pleines et solides, douces au toucher, arrondies à leur sommet, ou légèrement acuminées ; leur couleur se cons fond souvent avec celle des téguments ; dans quelques cas, cependant, elles sont légèrement rosées ( prurigo lichénoïde, Alibert ); leur nombre est extrêmement variable; elles sont semées çà et là, sans offrir dans leur disposition aucune régularité; elles se montrent presque toujours discrètes et isolées ; leur volume varie depuis une petite tête d’épingle jusqu’à la grosseur d’un pois ; elles sont quelquefois si petites , que l’œil a besoin, pour les apercevoir, d’un instrument grossissant ; et sans le prurit insupportable dont sont tourmentés les malades, et qu’on ne peut attribuer à aucune autre cause, leur existence paraîtrait, dans certains cas, problématique (prurigo latent, Alibert).
L’éruption prurigineuse peut envahir toute la sur= face du corps, ou se trouver bornée à certaines régions; cette dernière disposition est même la plus ordinaire : c’est ainsi qu’on l’observe aux épaules , aux lombes, à la partie supérieure et antérieure du thorax, sur les membres, ettoujours alors dans le sens de l'extension ; à l’anus, aux parties génitales ex= ternes. |
PRURIGO. 233 Le développement des papules se fait généralement d’une manière lente et successive ( M. Alibert cite cependant plusieurs cas où leur invasion a été subite et tout-à-fait inattendue); la vive démangeaison qui lés accompagne constamment ne permet guère de les trouver intactes : leur sommet, bientôt déchiré par les ongles du malade, laisse écouler une gouttelette de sang , qui se dessèche et donne naissance à de petites croûtes noirâtres plus ou moins adhérentes.
… Tant que l’éruption prurigineuse est peu ancienne, la peau qui sépare les papules conserve son état normal; mais il n’en est plus ainsi dans les éruptions chroniques : les téguments intermédiaires aux papules, continuellement irrités par les ongles du malade, secouvrent de furfurations, de légères desquamations, et deviennent le siége d’hypertrophies plus ou moins prononcées.
La démangeaison qui précède le développement des papules les suit dans toutes leurs périodes, et per- Siste même quelque temps après leur entière disparition : du reste, elle varie d’intensité chez les différents individus, et suivant l’état plus ou moins chronique de l’éruption : rarement légère et très-supportable ( prurigo mitis, Bateman ), elle acquiert souvent un degré de violence extrême; le malade ne peut goûter un seul instant de repos ; la nuit, ses souffrances sont encore plus horribles : le corps, échaufté
23l PRURIGO.
par le séjour du lit, devient le siége de mille sensations douloureuses; ce sont des fourmillements (prurigo for micans, Bat.), des picotements, et quelquefoismême des élancements sans fin ; ne pouvant résister au be soin de se gratter, il se déchire le corps avec ses on= gles, et trouve seulement alors quelques instants de repos. R
Dans le prurigo la démangeaison présente deux: caractères importants à noter : d’abord elle s’exas père sous l’influence d’une irritation cutanée de médiocre intensité , et ne cède, pour ainsi dire, qu’à 14 lacération même des técuments.
En second lieu elle se montre, dans beaucoup de cas, sous forme d’accès ; les intervalles qui séparent:
-ces derniers sont loin d’offrir une régularité constante :
leur retour peut être provoqué par une émotion vive de l’âme, par le passage subit du froid à la chaleur, par un écart de des et surtout l’abus des alcooliques. ]
Le prurigo est une maladie essentiellement chro= nique ; mais sa longue durée dépend moins de la per sistance des papules que de leur incessante réproduc= tion ; dans l’enfance et la jeunesse on obtient pres. que toujours la guérison complète de cette redoutable: dermatose; mais chez le vieillard elle résiste a S à tous les traitements et l'accompagne jusqu’au to: | beau.
PRURIGO. 235 Les papules du prurigo , lorsqu’elles sont intactes , je terminent par résolution, et ne laissent d’autre trace de leur existence qu’une légère desquamation furfuracée : dans ce cas aussi, on les voit parfois se dessécher, se raccornir, et se détacher sous forme de squammules orisâtres, laissant à leur place-une légère coloration bleue ou violacée qui ne tarde pas ellemême à disparaître ; mais, souvent déchirées par les ongles du malade, leur sommet-se couvre d’une petite croûte noirâtre formée par un peu de sang desséché. | = Cette croûtetient plus ou moins fortement aux parties sous-jacentes ; elle finit enfin par se détacher tantôt partiellement, tantôt d’une seule pièce, et donne ainsi lieu à un mode particulier de desquamation. Le prurigo peut être simple ou compliqué soit d’une affection interne, soit d’une autre éruption : comme A gale, certaines espèces de dartres , des furoncles, des phlysacia, quelquefois même des abcès souscutanés.
Il est une autre complication du prurigo, assez commune chezles sujets affaiblis par l’âge ou la misère : c’est l’apparition, sur toutes les parties affectées, d’une quantité innombrable d’animalcules ordinairement du genre pediculus : ces insectes, qu’un auteur moderne assimile au sarcopte de la gale, se reproduisent et se multiplient avec une étonnante facilité ;
236 PRURIGO, ils semblent sécrétés par le derme lui-même, et vien-| nent par leur présence augmenter les tourments du! malade , et le rendre un objet de dégoût pour ceux qui l'entourent ( prurigo pedicularis ).
Outreles symptômesgénéraux dusà éruption prurk gineuse, il est d’autres accidents particuliers au siégel même de léruption : c’est ainsi que le satyriasis ou la! nymphomanie peut résulter d’un prurigo des parties \ génitales externes dans l’un ou l’autre sexe , etc. |
Diagnostic. — Le prurigo, étant une scan es sentiellement papuleuse, ne peut être confondu avec! la gale ( dermatose vésiculeuse ), ni avec aucune au-! tre maladie cutanée, surtout lorsque ses produits élé2! mentaires sont accompagnés d’une vive démangeai2! son. - | Mais ce prurit lui-même, que les auteurs regardent! comme caractéristique, peut être simulé, pour le! prurigo podicis ( Bat. ), par des ascarides situés dans ! le rectum, par des tumeurs hémorrhoïdaires, par | une légère rectite; et, pour le prurigo scroti et le pru= rigo pudendi (Bat. ), par les pediculi pubis et la! squammeuse humide des bourses ou du pudendum.
Pronostic. — Le prurigo ne compromet jamais directement la santé ; mais il montre une fréquente tens | dance à récidiver, et le prurit qui l'accompagne cons tamment est quelquefois porté à un tel degré de vie lence, qu’on a vu des malades ne pouvoir le suppor=
PRURIGO. 237 er et se donner la mort pour échapper à sa funeste mfluence,
Espèces et variétés. — Yes Anglais ont établi leurs variétés de prurigo sur des considérations qui nous Jaraissent bien secondaires : c’est ainsi que, suivant ’âge du malade ou le siége de l’éruption , ils ont admis un prurigo infantilis, senilis, podicis, scroti, pudendi,: plantaris. |
M. Alibert admet quatre espèces : le prurigo lihénoïde ou furfuracé, le prurigo formicans, le prurigo pédiculaire, le prurigo latent.
Traitement, — Suivant que le sujet est jeune ou d’un ige avancé; que sa constitution est forte ou détériorée ; que sa peau est fine et délicate ou rugueuse , épaisse et peu sensible; suivant aussi le plus ou moins d'ancienneté de la maladie , l’on conseille les antiphloistiques, comme saignée générale ou locale, boissons délayantes ou ROUES lotions et bains tièdes ou froids ;
Ou bien les amers et les toniques, les ferrugineux, les alcalis, les laxatifs, les sels de potasse ou de soude ;
À l’intérieur , les savonneux , les alcalins, les sulfureux, la chaux, les bains de vapeur, les fumigaions aromatiques et quelquefois les préparations mercurielles ; mais il est un topique auquel nous donnons la préférence sur la plupart de ceux que nous venons d’énumérer : je veux parler du goudron uni
238 PRURIGO. | à l’opium et incorporé à l’axonge ; il forme un médis cament d’autant plus précieux, qu’il a pour effet, constant de calmer presque instantanément la déman= geaison , symptôme, sans contredit, le plus fâcheux" du prurigo. | {
DERMATOSES HÉMATEUSES. 239