DIXIÈME GROUPE
DERMATOSES HÉMATEUSES.
Ce groupe-est encore un de ceux dont il est dif-
ficile d’assigner rigoureusement la place dans un cadre nosologique ; les éruptions qui le constituent se monrent avec des caractères tranchés qui ne permettent suère de confusion à leur égard ; ce sont tantôt des plaques uniformes, plus ou moins étendues et d’une jeinte sui generis, tantôt, un plus ou moins grand nombre de points rosés ou livides, disséminés sur la surface des téguments.
Les dermatoses hémateuses sont principalement dues à l’altération du système sanguin ; mais nous devons ajouter que leur développement est évidemment favorisé par toutes. les causes capables d’affaiblir et de détériorer la constitution ; ne voyons-nous pas les individus qui en sont atteints présenter , outre les phénomènes de l’éruption , tous les symptômes caractéristiques de la faiblesse et de la débilité ? leur sang se montre plus fluide, les vaisseaux qui le renferment moins élastiques et moins résistants.
240 DERMATOSES HÉMATEUSES.
En affirmant que la plupart des dermatoses héma-! teuses sont dues à une prédominance morbide du système veineux sur le système artériel, M. Albert est il certain de ne pas avoir pris l’effet pour la causef! C’est une question quime paraît insoluble dans l’état actuel de la science. |
Parmi les dermatoses. hémateuses , les unes exis-! tent souvent comme complication des fièvres typhoï= des , d’autres constituent un des symptômes les plus ordinaires du scorbut ; ne serait-ce pas äci le cas dé rechercher toutes les altérations que subit le sang: dans les affections scorbutiques -dont les dermatosés hémateuses ne sont souvent qu’un des nombreux symptômes ? mais il faut avouer qu’à cet égard la science est peu riche de faits, et que nous sommes le plus souvent forcés de nous en tenir à l’examen des phénomènes extérieurs. |
La marche des dermatoses hémateuses varie suivant qu’elles sont symptomatiques ou idiopathiques. Dans le premier cas, elle est presque toujours subor= donnée à celle de la maladie principale; dans le se= cond, leur développement se fait avec lenteur et progression,
Les dermatoses hémateuses ont toujours besoin ; pour guérir, des secours de l’art et surtout des soins de l’hygiène,
Ces affections, jadis si redoutables, mais beaucoup
PÉLIOSE. 2/1 noms communes de nos jours, se montrent parfois ncore avec un Caractère de ténacité qui fait le déses- Joir du malade et du praticien; mais, nous devons e reconnaître, grâce aux progrès incessants de la ci- Alisation, ces cas graves deviennent de plus en plus ares, et finiront même, nous devons du moins l’esdérer , par disparaître entièrement du tableau déjà r0p nombreux des infirmités humaines.
PREMIER GENRE
PÉLIOSE (Alibert ) ; Pourpre des auteurs; Purpura , - Willan, Itsluos (1).
Dermatose non contagieuse, et principalement caractérisée par le développement de taches quelquefois d’un rouge vif, mais plus souvent d’un rouge obscur ; dans d’autres cas, brunes ou noirâtres. Ces taches ont généralement arrondies, tantôt discrètes, tan- Ôôt confluentes , ne forment aucune saillie à la peau, t sont constamment l’effet d’hémorrhagies sousépidermiques. |
Causes. — On met au nombre des causes prédisposantes : Wenfance et la vieillesse, le sexe fémi-
(4) Telus signifie livide, et exprime l'aspect ordinaire de Péruption qui nous occupe.
242 PÉLIOSE. | nin , le tempérament lymphatique , une peau molle | et délicate, une constitution affaiblie par des excès ou de nombreuses privations ; ou bien des maladies ans térieures, l'exercice de certaines professions, etc. M Cette affection paraît, le plus souvent, due à lan misère et à la malpropreté , à une habitation humide etnon aérée, à une nourriture malsaineou insuffisantes" à l’usage des préparations mercurielles poussées jus= | qu’à la salivation, etc. ; mais, comme elle attaque éga=s lement des individus placés dans les conditions les plus favorables, nous devons dire qu’elle reconnait, encore d’autres causes, et que son étiologie est loin. d’être dégagée de toute obscurité. | Symptômes et marche. — La péliose, que n’accom=, pagne dans beaucoup de cas aucun mouvement fé brile, se manifeste par des taches rouges ou livides. assez régulièrement arrondies , ne disparaissant pas sous la pression du doigt, ettellement analogues aux p= qûres de pucequ’on ne peut souvent les en distinguer que par l’absence du pointcentral, trace decespiqûres. Leur siége le plus ordinaire est aux membres, et surtout aux extrémités inférieures; elles peuvent aussi se montrer sur le tronc, à la poitrine et même au visage chez les jeunes enfants ; leur nombre est extrémement variable ; leur disposition n’offre aucune ré= oularité ; leur volume varie depuis une tête d’épingle jusqu’à une grosse lentille, et même au-delà; elles sont
PÉLIOSE. 215 toujours discrètes, et la peau qui les sépare conserve son état normal.
… Cés taches deviennent successivement plus foncées, puis perdent peu à peu leur couleur, jaunissent, et disparaissent au bout de quelques jours à la manière des ecchymoses, sans furfuration ni desquamation sensible , et sans laisser ‘aucune trace de leur existence ( Pince vulgaire, Alibert: purpura simplex, Willan).
Dans des cas plus graves le développement de la péliose est quelquefois précédé d’un sentiment de prostration universelle ou d’un trouble plus ou moins marqué des fonctions du tube digestif ; ses taches sont livides ou violacées, plus larges, plus nombreuses et plus profondes: c’est alors qu’elles ont l'aspect des meurtrissures produites par l’action des agents extérieurs.
. Elles peuvent envahir tonte la surface cutanée, mais elles sont surtout nombreuses dans les points où la peau est fine et délicate ; elles peuvent également s’6tendre à l’orifice des membranes muqueuses, à la cavité buccale, et même pénétrer pe la profondeur du tube dipéstif
La péliose est alors souvent accompagnée d’un état tout particulier de l’économie, principalement caractérisé par la fluidité du sang et la perméabilité de tous les tissus : des hémorrhagies surviennent pour la cause la plus légère; on voit le sang couler à la
2h | PÉLIOSE.
surface des téguments, ou surgir de l’intérieur des ca vités naturelles ; s’épancher dans les poches séreuses: ou s’infiltrer dans l’épaisseur même des organes ; du. reste, ces hémorrhagies sont extrêmement variables sousle rapport de la quantité du sang épanché, comme pour la manière dont il sort de ses vaisseaux ; c’est ainsi qu’il peut ne tomber que goutte à goutte, ou couler par jet continu , ou s’épancher en nappe.
Quelques auteurs affirment que la péliose et les hémorrhagies qui la compliquent fréquemment peu= vent être accompagnées de symptômes d’irritation soit générale , soit locale ; de là les divisions de péliose sthénique et péliose asthénique.
L’anatomie pathologique nous démontre que les taches de la péliose sont toutes le résultat de vérita= bles extravasations sanguines: dans les taches les plus petites , lé sang se trouve immédiatement sous lépi= derme , à la superficie du réseau muqueux ; plus les taches sont étendues, plus ce liquide pénètre profondément dans le corps muqueux; il peut arriver jus=
qu’au derme, et même jusqu’au tissu cellulaire sous=
cutané.
Les taches de la péliose sont, le plus souvent, toutà-fait indolentes, et ce n’est que dans des cas exceptionnels qu’elles deviennent le siége de picotements ou de légères démangeaisons.
La durée de la péliose est extrêmement variable:
PÉLIOSE, 245 dans les cas les plus simples , quelques jours suffisent pour son entière disparition ; mais souvent aussi ,. surtout lorsqu'il existe quelques graves complications, Ile se prolonge plusieurs semaines et même plusieurs mois ; mais alors les taches ne se développent que successivement , et la peau des malades peut offrir les eintes les plus variées et les plus bizarres.
Les taches de la péliose ne laissent aucune trace dé eur existence. Cette dermatose existe rarement à Pétat de simplicité : elle peut être compliquée soit l'une autre éruption, comme la variole ou la scarlaine; soit d’affections typhoïdes ou pestilentielles , joit d’inflammations organiques plus ou moins graves, joit enfin d’affections scorbutiques ou tuberculeuses.
Diagnostic. —Les tachesdela péliosesedistinguent: 1° des ecchymoses , par la nature toute différente le leur cause ; 2° des piqûres de puce , par l’absence lu point central, trace de ces piqûres ; 3° des éruptions xanthémateuses , par l’obscurité de leur teinte, par eur persistance malgré la pression du doigt, par eur dégradation de couleur ; 4° des macules syphiliiques, par la marche de la maladie et la connaissance les signes commémoratifs.
Pronostic. — Le pronostic de la péliose varie suiant son état de simplicité ou de complications , t là nature même de ces complications; selon ’âge et la constitution du stiet , selon l’époque
ae
246 PÉLIOSF,
de la maladie, etc. La péliose est rarement une af-! fection lécère et de peu d’importance. | Espéces et variélés. — M. le professeur Alibert admet trois espèces de péliose : 1° la péliose vulgaires 9° la péliose hémorrhagique; 5° la péliose par con tusion (1).
Traitement. — On conseille, selon l’âge et la, constitution. du sujet, selon la cause , la marche et la, nature de la maladie , quelquefois les antiphlogisti= ques, mais bien plus souvent les toniques et les ex* citants , comme les vins amers, les préparations del quinquina, les ferrugineux, les acides minéraux, les astringents, et surtout le ratanhia , les purgatifs , etl parmi eux le calomel, les’excitants externes. | Les hémorrhagies peuvent réclamer lemploi des! réfrigérants , la compression, les dérivatifs, etc. On doit opposer à chaque complication les moyens
appropriés Wet non - seulement soustraire le malade
plus favorables.
(4) Sous le nom de purpura , Willan admet les cinq espél ces suivantes : purpura simplex, purpura hemorrhagica, pur: pura urticans , purpura senilis, purpura contagiosa. |
La troisiéme espèce de M. Alibert figurerait mieux , selor! nous, dans un traité de pathologie chirurgicale ( chapitre contusion) que dans un cadre dermatologique. |
PÉTÉCHIE. 247 DEUXIÈME GENRE.
PÉTÉCHIE. Fièvre pétéchiale (Franck) ; Purpura (Willan et Bateman) (1).
Affection le plus ordinairement symptomatique , 2 principalement caractérisée par le développement de petites taches quelquefois rosées, mais plus souvent livides ou noirâtres, discrètes et éparses sur les téguments : ces taches, que l’on a comparées à celles de a rougeole, ne deviennent jamais vésiculeuses, se terminent en vingt-quatre ou quarante-huit heures par une légère furfuration , et ne laissent après elles ni croûtes ni ulcérations.
Causes. — Les auteurs assignent commé causes des pétéchies toutes les conditions capables de déterminer les fièvres de mauvais caractère : ainsi, les exhalaisons marécageuses, les grandes inondations, le voisinage des cloaques, l'encombrement des hôpitaux, es vaisseaux ou des ateliers ; une habitation humide, étroite et non aérée ; enfin les privations de l’indience.
(1) Les auteurs anglais paraissent confondre , sous la dénomination de purpura , le pourpre proprement dit et la pétéchie : deux affections qu’il importe de distinguer , et dont les anciens ne nous ont donné que des descriptions inexactes.
248 PÉTÉCHIE.
Mais ce qu'aucun auteur n’a encore expliqués c’est la coïncidence si fréquente des pétéchies aveci les affections typhoïdes et pestilentielles, et le caracs, tère de gravité qui paraît, dans beaucoup de cas, ré” sulter de cette simultanéité d'existence. |
Symplômeset marche, — L’éruption pétéchiale, qué. | l'on pourrait à plus d’un titre classer dans le groupé) des dermatoses exanthémateuses, survient quelquefois: d’une manière spontanée : sa marche estalors rapides. etelle peut disparaître sans avoir déterminé le plus lécer mouvement fébrile ; mais ordinairement le dés veloppement de ses taches est pr écédé et accompa= gné de symptômes plus ou moins nombreux, qui tous annoncent un état de prostration de l’économies comme : sentiment de lassitude générale, céphalalgié sourde, dégoût des aliments, lenteur et débilité du pouls, rêvasseries, délire, etc.; les sécrétions, et sur=, tout l’urine, peuvent être diversement altérées ; chez
d’autres malades les symptômes. sont ceux d’une 1r=|
ritation apparente du système circulatoire ; enfin, chez le plus grand nombre, il n’existe plus aucun, doute sur le caractère typhoïde ou pestilentiel de la maladie principale lorsque paraissent les premières pétéchies. |
Elles se manifestent ordinairement du second au septième jour, sous la forme de petites taches parfois
rosées, mais le plus ordinairement livides ou noirà=
PÉTÉCHIE. 249 es ; ces taches sont discrètes, et laissent dans leurs tervalles la peau tout-à-fait saine : elles se monent d’abord au cou, à la poitrine, à la partie interne es bras, dans les plis des articulations, et de à gaient quelquefois toute la surface des téguments : ur disposition n'offre aucune régularité; leur graneur varie peu: ilest rare qu’elles atteignent le volue d’une lentille ; plus leur teinte est obscure et plus éruption offre généralement de gravité.
La pétéchie paraît avoir son siége à la surface du jrps muqueux : les auteurs se taisent sur la nature e l’altération subie dans ce cas par l’organe affecté.
L’éruption pétéchiale n’est, le plus souvent, accomagnée d’aucune sensation particulière dans les parés qui en sont le siége : quelquefois, cependant, les alades accusent dans ces mêmes parties un senment de cuisson plus ou moins incommode (purpura rticans, Willan).
Les pétéchies n’ont qu’une existence éphémère ;, [les disparaissent presque toujours au bout de vingtuatre ou quarante-huit heurés, par desquamation u plutôt furfuration épidermoïque , et sans jamais isser après elles ni croûtes ni ulcérations.
L’éruption pétéchiale existe rarement comme afction simple et idiopathique; elle survient quelquejs pendant une maladie aigüe (et son développedent coïncide presque toujours dans ce cas avec une
250 PÉTÉCHIE.
exacerbation des symptômes morbides); mais om voit le plus souvent se manifester dans le cours de fièvres de mauvais caractère, et alors elle peut res’ ter sans aucune influence sur la maladie principale: et ne paraître qu’un épiphénomène sans importance! ou bien être suivie d’un amendement général et êtr! considérée comme une éruption critique et salutaire ou bien encore coïncider avec une exacerbation d tous les symptômes et devenir une fâcheuse compli cation. |
L’éruption pétéchiale ne survient généralemen qu’une fois pendant le cours d’une maladie : souver aussi, surtout lorsque celle-ci est de longue durée on la voit paraître à deux reprises différentes, et dan
ce, cas les deux éruptions sont souvent loin d’étr identiques.
Diagnostic. — La pétéchiese distingue : 1° de la pé liose par lextrême petitesse de sa tache, par sa natur exanthémateuse et non hémorrhagique ; 2° de ‘la rou geole, par ses taches discrètes et disséminées, par ét sain des parties tégumentaires qui les séparent, et
Pronostic. — Le-pronostic de la pétéchievarie su vant qu’elle est simple ou compliquée, idiopathique 0 symptomatique : ce qui constitue sa gravité, ce moins l’éruption en elle-même, .que la nature des m:
ladies dans le cours desquelles elle survient ordina rement.
PÉTÉCHIE. 251 Espèces et variétés. — M. le professeur Alibert adet deux espèces de pétéchie: 1° la pétéchie idiopaique ; 2° la pétéchie symptomatique (1 1).
Traitement. — L’éruption pétéchiale n’exige aucun aitement direct : c’est contre la maladie qu’elle mplique qu’il faut diriger tous ses efforts, en obrvant néanmoins qu’il convient de les modifier suint l’espèce d'influence que l’éruption paraît exerx sur l'affection primitive et principale.
(4) Consulter, pour les espèces des auteurs anglais, la te qui termine le genre précédent.
252 DERMATOSES DYSCHROMATEUSES.