N° 10. ATTACHEMENT
Atlachement, amitié. { Gall. ) Affectionivité, (Spurzheim. | Adhésivité. ( George Combe.
George Combe a donné à l'organe dont nous allons pañ ler, le nom d’adhesiveness, que l’on à cru traduire en fran çais par adhésivité, qui semble présenter l’idée de queb qu’un qui adhère à une chose ; mfais consultez le dictionnait de Boyer et vous verrez qu'adhesiveness signifie fénacülé, € Gall avait trop de jugement pour confondre l'amitié ave la ténacité, ainsi l’on doit rejeter l’adhésivité pour cauf d'incompatibililé avec la pensée de Gall. Quant à l’affectié nivité de Spurzheim, c'est du néologisme, c’est un mot bab bare, inutile, et dont la dure prononciation suflit pour le fai repousser : nous pensons qu'il convient de donner la pré férence à la dénomination attachement, qui d’ailleurs er consacrée par l'emploi qu’en a fait le père de la phréna logie.
» L'amitié, a dit M. Alibert, telle qu’on la voit se dû
» velopper spontanément dans le fond des cœurs, est une » impression forle, entraînante, irrésistible ; elle est le ré- » sultat d’une morale intérieure qui a son code, ses maximes, » ses devoirs; c’est une faculté magnétique, inséparable d’une » volonté ferme, instituée par la nature pour établir le
» commerce des âmes et pour embellir les destinées du genre . » humain. »
Dans la vue d’aider Gall à augmenter sa collection phrénologique , on lui propose de mouler la tête d’une personne citée par tout le monde comme un véritable prototype de l’amitié : Gall consent à ce qu’on lui propose, mais uniquement par complaisance, car il ne pense pas que cette tête puisse lui être très-utile : cependant, après un examen at— tentif, il remarque deux grandes proéminences près del'organe de la philogénésie,
Faire voir à Gall une bosse crânienne qu'il n’avait pas encore aperçue, c'était mettre sur la piste d’un lièvre un chasseur infatigable, accoutumé à poursuivre le gibier jus— qu’à ce qu’il le tienne; aussi voilà Gall qui soudain est en quête de crâne en crâne; à force de soins, de recherches, d’observations, 1l parvient enfin à prendre au gîte l’organe de l’amitié. Il le trouve situé à la parlie postérieure et latérale de la tête, un peu au-dessus de la philogénésie ; il se fait remarquer extérieurement sous la forme saillante d’un segment de sphère, et par son développement il élargit cette partie du crâne.
L'action de cet organe, qu'aucun phrénologien ne révoque en doute, incite à l’attachement, à l’amitié; elle inspire le goût de rapprochement avec ses semblables, et par suite ce— lui de l'association.
L’organe de l’attachement est plus développé chez les femmes que chez les hommes; ne soyons donc point étonnés si, pendant les orages de notre révolution , les dames françaises ont mérité et obtenu l'admiration de toutes les nations par leurs actes étonnans d’attachement , d'amitié, de dévouement. Le nom de ces femmes illustres vivra dans l’histoire, jamais on n'oubliera Mlle de Sombreuil, Mme Grimoard, fille de madame la Chabaussière; Mile Cazoite, Mme Lavalette, Mlle Larochefoucauld, Mwe Legay, libraire à Paris;
Mile Ruvilly de Brest, Mile Delleglace de Lyon, ete, (*).
L’exaltation de l’attachement, du dévouement, peut entra: ner parfois à des actions qu'il est impossible d’excuser Charlotte Corday nous en offre un exemple : jeune, ser sible, sans expérience, elle s’imagina qu'en se sacrifias pour son pays, elle pourrait lui être utile, et, par excès & dévouement, elle devint criminelle.
(Voyez planche 1re, figure 10.)
Nous avons dit que l'organe dont nous nous CCC Por) inspire à l’homme le goût du rapprochement avec ses sem blables ; mais on aürait tort de penser que ce rapprochement comme ceriains philoscphes le prétendent, à lieu par eg prit de calcul, par l'idée que ceux avec lesquels on se me en Coniact pourront être utiles un jour. L'enfant éprouve © penchant, il recherche ses petits camarades, il se lie pl inlimement avec quelques-uns, et certes ce n’est point p& calcul, à cet âge on ne pense guère à l'avenir; cependant ; arrive quelquefois, et même assez souvent, que la liaisop d'enfance devient une amitié aussi vive que durable, qu résiste à l'absence, au temps, et même aux revers.
Les animaux aiment aussi ce rapprochement: les chamois les gazelles se rassemblent par troupes; les grues, les hiro delles, les canards sauvages voyagent réunis; ils n’agissen point ainsi par esprit de calcul, mais par impulsion de l’ors gane de l’atlachement, qui, chez quelques-uns, est très: développé.
Personne n’ignore que les chevaux sont susceplibles d’un très-grand attachement , ils en ont fourni des exemples re marquables; on a vu à l'armée maints chevaux rester près du corps de leurs maîtres qui avaientété tués, tandis que d’aus tres, beaucoup moins atlachés à leurs cavaliers, les abandon: naient, el suivaient par habitude leur régiment dans toutes les manœuvres qu'il était obligé de faire encore long-temps après leur séparation.
De tous les animaux, le chien est celui qui s'attache le plus fortement à l’homme, et qui en a donné parfois des témoignages extraordinaires; pour le prouver, il suffit de rappeler l'histoire du chien d'Aubry de Montdidier, sur—
(*} Voyez les femmes, leur condition, etc., par le vicomte J.-A. d Ségur.
mommé le chien de Montargis, parce que son combat conmire l’assassin Macaire est peint sur la cheminée d’une auberge de cette ville.
L’antiquité nous fournit aussi des faits remarquables de Vattachement des chiens. Voici ce que rapporte Plutarque : @ Entre tous les animaux, on remarque le chien de Xan- .» tippe, père de Périclès, lequel ne pouvant supporter de se » voir abandonné par son maître, se jeta à la mer, et na- » gea toujours près de son vaisseau, jusqu’à ce qu’il abordât, » presque sans force, à Salamine, et mourut incontinent sur 1» le rivage. » En l'honneur de cet acte d'attachement, les Athéniens élevèrent un monument à ce chien, et du temps de Plutarque on montrait encore aux voyageurs la sépulture de cet animal.
Au mois de juillet 4830, tous les habitans de Paris ont élé témoins du chagrin, de la douleur d’un caniche, qui, triste et la tête baissée, veillait près de la tombe de son maître enterré devant le Louvre. Le corbillard du pauvre n'était suivi que de son chien.
L’organe de l’attachement, ou de l'amitié, est très-saillant sur le buste de l’abbé Charpentier, curé de Saint- Etienne-du-Mont, du nègre Eustache, et sur le crâne d'Héloïse, nièce du jaloux chanoine Fulbert, son oncle. Pour reconnaître cet organe chez l’amante d’Abeilard, on a sans doute le portrait de cette femme peinte par derrière, autrement on ne pourrait pas l’apercevoir, à moins que, par des circonstances insolites, on ait retrouvé son buste qui depuis ce lemps aurait pu encore le transmettre à a phrénologie.