N° 11. COURAGE
Instinct de la défense de soi-même, et de sa propriété, penchant aux rives, courage. (Gall.)
Courage, combativité. (Spurzheim.) Jésus à dit : Rendez à César ce qui est à César. Or, Gall
esl César Pour nous, courage est à lui, nous le lui restituons. Spurzheim a commencé par adopter ce mot, pourquoi donc
s'est-il donné la peine d’inventer la combativité? Quelq jolie que put lui paraître cette expression, elle n’était nécessaire, elle a d’ailleurs l'inconvénient de faire du cou rage une qualité exclusivement attribuée à ceux qui co battent : certes il faut beaucoup de courage à celui q s’expose à la mort pour la donner aux autres, mais n’ faut-il pas également à ceux qui risquent leur vie pour sa ver celle de leurs semblables : if y a le courage guerri et le courage civil.
I! est donc évident que l'expression combativité serait i convenante, quand même ou aurait la complaisance de supposer du bon français.
. Gall savait très-bien que dans ce bas monde il y a di gens braves et des poltrons; mais il ignorait à quels sigr extérieurs il pouvait distinguer les uns des autres. Chez ! Romains, tous ceux qui avaient le pouce coupé étaient vou à l’infamie; de là l’origine du mot poliron (pollice tra cato), C’est pour le découvrir qu’il imagina de rassemb} chez lui, non, comme le dit M. Théodore Poupin (4 gamins qui jouaient dans les rues, mais des hommi des cochers de fiacre, des commissionnaires, des port faix, des savetiers, en un mot des individus pris dans plus basses classes de la société, et il eut soin que da: cette réunion il se trouvât des gens connus pour être quert leurs. Il leur donna de l'argent, leur fit distribuer à bo et à manger. Lorsqu'il vit que la boisson commençait à | faire bavarder , il sut adroitement les exciter à se reprock mutuellement leurs défauts et à louer leurs bonnes qualiti Sans le soupçonner, cette véridique assemblée remplit parf tement les vues de Gall, car elle manifesta très-francheme autant d'estime pour ceux dont le courage était bien prouy que de mépris pour ceux réputés poltrons. Gall tint note € uns et des autres, puis il examina soigneusemeut leurs têté et trouva que les gens courageux avaient Ja tête beaucos plus large que les poltrons, immédiatement derrière et at dessus des oreilles.
Un garçon employé à Vienne aux combats d'animaux
(*) M. Poupin est auteur des esquisses phrénologiques et physion miques.
vint l’objet d'une nouvelle observation : cet homme, assez intrépide pour soutenir, seul dans l’arène, le combat contre Je sanglier ou le taureau furieux, avait la tête très-large et très-bombée à la région que nous venons d'indiquer. Gall moula cette tête qui offrait un développement très-remarquable, un véritable type-modèle.
Après un nombre immense de recherches faites sur les enfans , les soldats, les spadassins, Gall fut convaincu de la certitude de sa découverte.
Le courage ne doit pas être confondu avec la témérité; elle n’est qu’une disposition fugitive qui porte à braver aujourd’hui le danger que l’on fuit le lendemain. Le courage, au contraire, est la disposition habituelle à entreprendre physiquement et moralement quelque chose de grand, de hardi,. : à supporter stoïquement soit la douleur, $oit de grands revers, ou à repousser avec sang-froid et fermeté quelque chose de très-molestant. Ce n’est pas un mouvement de colère, un emportement passager, mais un calme énergique, toujours constant, qui ne cherche point le danger, mais l'affronte sans en être effrayé, et ne se laisse jamais influencer par la crainte.
Lorsque cet organe est développé comme chez la plupart des militaires français, le crâne est irès-large d’une oreille à l'autre : la tête des généraux Lamarque, Foy, etc., en prèsentent des exemples très-remarquables.
Les guerriers ne sont pas les seuls dont les protubérances du crâne annoncent le courage. Le développement de cet organe est très-marqué chez Benjamin Constant, Casimir Perrier, l’évêque Grégoire, le voyageur Makensie; il est très-faible chez Legouvé et les ndous.
Général, consul, empereur et prisonnier, Napoléon a prouvé qu’il possédait à un haut degré tous les genres de courage. Le système de Gall nous présentera de fréquentes oc: casions de parler de cet homme extraordinaire, dont la tête réunit avec le courage quelques sentimens et presque toutes les facultés perceptives et réflectives.
Voyez planche 1re, figure n° 11.